04/09/17

Au fond de l'eau, de Paula Hawkins

Au fond de l'eauEn retournant s'installer dans la ville de son enfance, à Beckford, Nel avait pour ambition d'écrire un livre sur la légende du « bassin des noyées » - un bras de rivière où des jeunes femmes se donnent la mort dans des circonstances douteuses. Or, c'est finalement le corps de Nel qui va être repêché et c'est sa sœur Julia qui doit répondre aux questions de la police. Pourquoi n'a-t-elle pas voulu lui répondre le soir où celle-ci a cherché à la joindre désespérément ? Julia n'ose pas assumer sa lâcheté, et encore moins fouiller dans son passé pour remonter aux sources du confit. Pourtant, Lena, la fille de Nel, exige des explications et ne laisse aucun répit à Julia. Adolescente revêche et secrète, Lena porte déjà le deuil de sa meilleure amie, dont la disparition est survenue quelques mois plus tôt, au même endroit. De son côté, la police n'a pas de mot pour exprimer le choc de ces drames en cascade et ne souhaite guère alimenter les vieilles rumeurs. Aussi, l'enquête va-t-elle se dessiner lentement et ne pas constituer le point de mire de la lecture. C'est avant tout une ambiance qu'on appréhende, une ambiance énigmatique et étouffante, empreinte d'amertume, de non-dits et de malédiction. Il y a en effet toute une galerie de personnages qui vont intervenir dans le courant de l'intrigue, chacun exprimant son opinion, confiant avec parcimonie ses secrets, ce qui va permettre de dénouer progressivement les fils du canevas. Un procédé, ma foi, efficace, même si l'assemblage semble en apparence sinueux, tout est ajusté au centimètre près. Par contre, on n'y trouve pas une action échevelée, ni du suspense à foison, ici place à une tension psychologique redoutable, qui pique sournoisement. Ce deuxième roman de Paula Hawkins fait donc montre de subtilité et de délicatesse dans sa construction, son atmosphère et sa palette d'émotion, ce qui a eu le bonheur de me distraire. Je n'en espérais pas davantage - huis clos, cachotterie, mythe et vengeance. C'était tout bon.

En bonus, le format audio offre également un casting de choix, avec pas moins de cinq comédiens pour donner du corps à ce roman polyphonique et ainsi parfaire une mise en scène aux petits oignons. Cette multiplication des rôles est tout à l'avantage du roman ! En effet, chacun apporte sa propre sensibilité au personnage qu'il joue, non seulement cela évite les cafouillages ou les confusions, mais cela offre une identification plus claire, une vision personnelle et une proposition distincte selon l'expérience des uns et des autres. On avance ainsi plus aisément dans l'écoute, en plus de donner l'illusion d'une performance théâtrale, ce qui est quelque part excitant. Le tout est aussi d'une grande sobriété, au vu du cadre dramatique, on baigne dans un contexte grave et poignant. On n'en espérait pas moins d'Audiolib, qui avait déjà proposé une excellente interprétation de La fille du train par son choix des trois actrices. “Au fond de l'eau” se révèle un très bon titre, et une très bonne écoute, au service d'une histoire ordinaire et néanmoins fascinante.

©2017 Paula Hawkins / Sonatine Éditions pour la traduction française

(P)2017 Audiolib / Texte lu par : Julien ChateletMarie-Eve DufresneClémentine DomptailIngrid DonnadieuLola Naymark (durée : 11 h 07)


06/04/16

No et moi, de Delphine de Vigan

NO ET MOI

J'avais déjà lu le roman à sa sortie (en 2007) et le redécouvre en format audio aujourd'hui. Il est lu par la ravissante Lola Naymark, qui incarne à sa façon, discrète et élégante, le désœuvrement adolescent et la sensation d'être au bord du gouffre en papillonnant de désespoir pour ne pas y tomber. Lou a treize ans et deux ans d'avance sur sa scolarité. Avec son physique frêle et fragile, l'adolescente se tient à distance de ses camarades, se sentant souvent empruntée et maladroite. Obligée de rendre un exposé scolaire, sur le thème des sans-abris, Lou fait la rencontre de No, dix-huit ans, seule dans la rue, hargneuse et révoltée. La fillette cherche à l'approcher, lui offre à boire et à manger, avant de lui proposer de l'héberger si ses parents sont d'accord. L'ambiance à la maison est particulièrement morose, depuis la perte du bébé, sa mère a sombré dans une dépression et vit isolée dans sa bulle. Cette indifférence atteint Lou, qui souffre en silence et veut chercher à compenser ce vide en voulant arracher No à sa propre détresse et ses vieux démons. Las ! le charme de la relecture n'a ici plus opéré car j'ai trouvé l'histoire agaçante et désespérante. Je n'étais plus convaincue de suivre les déboires d'une jeune SDF irrécupérable, dont le parcours ne me touchait pas, ni de comprendre les agissements de Lou, naïve et à fleur de peau, totalement inconsciente et irresponsable, alors qu'elle cherche à colmater ses propres failles sans réaliser qu'elle se goure complètement. C'est assez frustrant de constater les défauts d'un roman qu'on pensait apprécier (il y a neuf ans), mais de retrouver un tableau qu'on juge davantage amer et démoralisant. Je ne regrette pas ce contre-essai, c'est le jeu aussi d'affronter ses souvenirs et de prendre le risque d'en étioler les couleurs. Je pense qu'il est temps de transmettre cette lecture à mon adolescente de fille...

Lu par Lola Naymark pour Audiolib / Mars 2016 (durée : 5h 10)

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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19/09/14

La Vie en mieux, d'Anna Gavalda

La Vie en mieux

Deux histoires de jeunes gens de notre temps, repus, mais affamés, polis, mais enragés, qui préfèrent encore prendre le risque de se tromper de vie plutôt que de n’en vivre aucune. Alléchant résumé, mais hélas, piètre exécution ! ... J'ai eu la mauvaise surprise de découvrir un « nouveau ton Anna Gavalda », qui se veut cynique et vulgaire. Quelle déception.
Mathilde perd son sac, contenant une grosse somme d'argent, dans un bar et le retrouve quelques jours après en faisant la rencontre d'un drôle d'énergumène. Une rencontre fatale, qui va ébranler sa petite existence insipide et médiocre. La 2ème histoire raconte aussi comment le héros, Yann, va être tourneboulé par sa soirée passée chez son voisin, après lui avoir filé un simple coup de main. Face à tant d'étalage de séduction et truculence, notre jeune homme dit amen mais n'en sortira pas indemne. Résultat, ça tourne en rond et l'effet rendu est quelconque, convenu et irritant. L'auteur entend peut-être démontrer qu'elle refuse de s'enfermer dans une case et brise son image lisse et proprette... au point de désoler ses lecteurs de la première heure. Ou alors je n'ai pas tout compris, mais c'est tant pis.

Très bonne interprétation des deux comédiens, Lola Naymark et Benjamin Jungers, sauf que l'exercice de style n'a pas suffi à m'enchanter sur la durée (et dire que la lecture ne fait que 4 h 52 !!). Le livre pose un réel problème, de fond et de forme, et dans l'état actuel, moi ça ne me touche pas du tout.

Audiolib, septembre 2014 ♦ texte intégral lu par Lola Naymark et Benjamin Jungers (durée : 4h 52)  © le dilettante