08/09/17

Dans l'ombre (Trilogie des ombres T.1), d'Arnaldur Indridason

Dans l'ombre

Un représentant de commerce a été froidement exécuté dans son appartement - fait troublant, la balle provenait d'un revolver de l'armée américaine. Flovent, de la police criminelle islandaise, se voit aussitôt assisté d'un représentant de la police militaire, en la personne de Thorson. Bien qu'étant natif du Canada, ce dernier a des origines islandaises et parle couramment la langue. C'est tout naturellement qu'il est devenu l'interprète auprès des Britanniques, puis des Américains, depuis l'occupation de leurs troupes sur l'île. L'histoire se passe en 1941. La guerre gronde en Europe, tandis qu'un climat de suspicion règne sur cette contrée à la limite du cercle polaire. La victime supposée, un certain Felix Lunden, attire l'attention des enquêteurs du fait de ses origines allemandes et des rapports étroits entretenus par sa famille et les mouvements nationalistes. Flovent et Thorson doivent également cerner la signification d'un autre indice relevé sur la scène du crime, puisque la victime portait sur le front une croix gammée gribouillée avec son sang.

Voilà qui embrouille copieusement enquêteurs et enquête, laquelle se nourrit de nombreux rebondissements et donne à lire un scénario moins prévisible. Certes, la conduite est classique, le rythme tranquille et linéaire, les personnages aussi s'avèrent assez lisses, mais l'ensemble peut surprendre et s'écoute surtout avec grand intérêt. J'avais cru percevoir de la déception chez les fidèles du commissaire Erlendur, d'où mon appréhension avant de m'y lancer, et au final j'ai été personnellement conquise. J'ai beaucoup aimé le contexte historique - les projecteurs sont braqués sur ce caillou volcanique occupé par les troupes des alliés, on y découvre une cohabitation tendue, entre des islandaises en pleine émancipation et des pêcheurs qui font mauvaise figure, les baraquements militaires ne désemplissent pas, et le contre-espionnage ne chôme pas non plus. Les deux enquêteurs vont certainement apporter davantage à cette trilogie, n'esquissant pour l'heure que de vagues zones d'ombre, laissant apparaître quelques failles, l'auteur aura donc beau jeu de s'y faufiler ! Une lecture qui s'annonce pleine de promesses en devenir. Un bon rendez-vous qui n'a pas à rougir de ses choix ni de son apparente simplicité. 

Très bonne lecture de Philippe Résimont. 

©2015 / 2017 Arnaldur Indridason / Publié avec l'accord de Forlagið / Éditions Métailié, Paris, pour la traduction française par Eric Boury

(P)2017 Audiolib, Texte lu par Philippe Résimont (durée : 9h 03)

TOME 2 À PARAÎTRE EN OCTOBRE 2017 CHEZ MÉTAILIÉ - LA FEMME DE L'OMBRE


25/04/17

Opération Napoléon, de Arnaldur Indridason

operation napoleonUn bombardier allemand s'écrase sur un glacier islandais, engloutissant son équipage et son chargement. Nous sommes en 1945. Les premiers enquêteurs font chou blanc pour retrouver la carcasse, laquelle refera surface cinquante ans plus tard - au grand dam de l'armée US. Celle-ci souhaite à tout prix effacer les traces de leur passage mais entretient les rumeurs à propos d'or volé aux juifs dans les camps. Au même moment, une équipe de sauveteurs islandais, en vadrouille dans la région, tombe nez à nez avec les militaires sur place. Parmi eux, le jeune Elias contacte par téléphone sa sœur avant d'être brutalement interpellé. Surprise par ce coup de fil, Kristin, une avocate au ministère des affaires étrangères, s'inquiète puis comprend que la situation n'est pas normale quand elle voit débarquer deux “men in black” dans son appartement. L'islandaise ne doit son salut qu'au hasard et fuit le plus vite possible jusqu'au Vatnajökull pour retrouver son frère en danger. Elle se tourne aussi vers un ami de la base américaine et s'embarque dans une aventure périlleuse et mouvementée, traquée par les forces spéciales, le gouvernement et son état major. Mais Kristin parvient à déjouer les pièges et prend tous les risques, tout en menant son enquête et en attisant la colère de ses poursuivants. Comment en est-elle arrivée là ? Tout ça pour une carcasse d'avion ! Quel lourd secret autour ? Pourquoi tant de précaution pour éloigner le public du site ? Et quel était le but réel de la mission originale ? Quid des conséquences de cet échec ? 

Changement de cap pour Arnaldur Indridason, qui nous éloigne de son commissaire Erlendur avec un roman d'espionnage, sur fond de 2nde guerre mondiale, de secret d'état et de théorie complotiste. L'auteur revient ainsi sur la présence contestée de l'armée américaine en Islande - sujet déjà esquissé dans Le lagon noir - et s'engage sur un sentier épineux en glissant des sous-entendus peu glorieux quant au rôle des américains dans le tournant de la guerre. Toutefois, l'histoire se lit sur la base d'une course-poursuite aux retournements multiples et, certes, improbables - Kristin est une héroïne qui vient à bout de tous les tueurs aguerris, seuls ses partenaires n'ont pas la même chance qu'elle. Là où elle passe, les témoins trépassent ! Qu'à cela ne tienne, la lecture se révèle prenante, avec un suspense impeccable, même si elle se noie aussi dans des détours et des faux-fuyants un peu redondants. Je n'ai pas autant accroché au personnage central de Kristin, comme c'est habituellement le cas avec notre commissaire de Reykjavik, mais j'apprécie toujours autant le décor islandais, son ambiance et ses paysages glacés, son esprit lunaire et son passé historique assez troublant.

Et puis il y a Thierry Janssen, lecteur pour Audiolib, une voix grave et dramatique qui pose le tableau et donne le ton du livre. J'ai, pour ainsi dire, apprécié mes retrouvailles avec l'auteur par son biais et ne suis qu'impatience pour découvrir son nouveau roman, Dans l'ombre, qui se réserve riche en surprises !

Audiolib, 2017 - Texte lu par Thierry Janssen (durée : 10h 08) - Trad. David Fauquemberg pour les éditions Métailié (2015)

24/04/17

La Daronne, de Hannelore Cayre

La DaronnePatience veuve Portefeux travaille pour la police en tant que traductrice-interprète judiciaire. Elle mène une petite vie très ordinaire, dans un appartement modeste dans le quartier chinois. Elle trime comme une folle pour payer l'encadrement médical de sa mère vieillissante et hargneuse, lui rend visite chaque semaine tout en retenant des bouffées d'angoisse et de haine à subir son acrimonie. Patience veuve Portefeux est aussi terne que sa vie, après avoir connu une enfance rocambolesque auprès de parents juifs, rescapés des camps, reconvertis en escrocs organisés, un mariage de princesse, une existence de rêve hélas brisée par la morte subite de son mari... Patience peine donc à joindre les deux bouts et trompe son ennui en s'attachant à une famille marocaine dont elle traduit les écoutes téléphoniques avant de débusquer leur important trafic de drogue. Un jour, comme ça, Patience décide d'y prendre part et se retrouve à la tête d'un stock de shit dans sa cave qu'elle va écouler au vu et au su de tous - dealers et flics compris. Patience veuve Portefeux est insoupçonnable, elle se fond dans le décor, elle a une longueur d'avance en magouillant les documents ou en discutant avec son petit ami, promu à la brigade des stups. Elle peut ainsi déjouer les embuscades sans frémir pour sa petite personne. Et franchement, quel pied ! C'est vachard, mordant, caustique et dérisoire. Hannelore Cayre nous sert sur un plateau sans napperon un portrait plein d'humour et de sarcasme de son personnage de Patience veuve Portefeux, figure atypique, hallucinante de détachement et de self-control, qui nous raconte sa vie plate et qui se dévoile d'une rouerie formidable. Sacrée bonne femme qui mène sa barque au gré du flux et du reflux des circonstances. On s'émerveille tout du long à la lecture de son parcours, et on se demande sincèrement comment cela va se terminer ! Emballez, c'est pesé. Voici un roman incisif, particulièrement bluffant et au suspense habilement troussé, qui rappelle aussi le bon goût des Chamonix ! ☺ 

"Un coup de foudre littéraire" pour Cuné, qui m'a donné envie de découvrir ce roman - Lire son enthousiasme contagieux ici.

Métailié, 2017 / Prix Le Point du polar européen - 2017

 

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03/03/17

La chair, de Rosa Montero

la chairRongée par la jalousie de croiser son amant et sa jeune épouse enceinte à l'opéra, Soledad s'offre les services d'un escort pour l'exhiber à son bras. Adam est jeune, beau, sexy. Il a la trentaine d'années, parle l'espagnol avec un accent russe et produit son effet en société. Soledad est comblée. À soixante ans, Soledad porte un soin attentif à sa silhouette et à son allure pour ne jamais paraître son âge. Elle refuse le temps qui passe, ne conçoit pas de mener une vie de couple ordinaire et avoue sans complexe préférer les hommes jeunes et beaux. Soledad aime l'amour et la passion, c'est son carburant. Jamais la solitude n'a eu d'emprise sur elle. Soledad s'épanouit dans son travail - elle organise des expositions insolites et a acquis une solide réputation dans son domaine, même si cela lui demande beaucoup d'énergie, de la créativité et du renouvellement perpétuel. Soucieuse de monter son nouveau projet sur les écrivains maudits, Soledad est pour la première fois confrontée à une concurrence farouche et déloyale (une archictecte plus jeune et ambitieuse, qui empiète sur son territoire). Elle n'entend pas s'y soumettre et rage de devoir prouver ses compétences. Insomniaque, Soledad ressasse les nombreuses références littéraires pour alimenter son expo (Burroughs, Philip K. Dick, Thomas Mann, Maupassant, etc.) tout en notant que son corps et sa tête sont entièrement accaparés par la passion naissante qu'exerce Adam sur elle.

Quel beau roman ! J'avais à peine lu les premières pages que j'étais déjà complètement envoûtée par l'écriture de Rosa Montero, touchée par le personnage de Soledad et intriguée par sa relation avec Adam. Une relation forcément toxique et obsessionnelle, mais décrite avec ludicité et réalisme. Soledad réprouve le rapport mercantile de son histoire avec Adam, mais cherche à entrevoir la sincérité du jeune homme dans ses gestes et ses paroles. Elle s'accroche à de douces illusions, vaguement désabusée, mais refuse la fatalité. Le roman évoque admirablement le combat de cette femme de soixante ans, seule et indépendante, qui résiste aux idéaux et à la morale ambiante. C'est un parcours non sans heurt, car au fil des pages on découvre une héroïne fragile et à fleur de peau, en lutte contre le temps et le destin. C'est à la fois touchant, livré sans fard, sans tricherie, mais c'est aussi truffé d'ironie, de dignité et de désir farouche. J'ai aimé la sensualité qui découle du récit, tout en élégance, sans détails sordides ou graveleux. De quoi retoquer certaines productions actuelles de très mauvais goût. Ici, Rosa Montero parle du corps, d'envie et d'appétit charnel avec raffinement et lyrisme (très belle traduction de Myriam Chirousse, au passage). C'est un roman d'une grande pudeur, et en même temps passionnant et authentique. Une lecture forte et vibrante d'émotions, pleinement enthousiasmante. 

L'auteur aussi a de l'humour, puisqu'elle se met en scène dans son propre roman, comme étant une journaliste “raz-de-marée” qui s'habille chez Zara et porte des Dr. Martens avec des roses brodées “quand bien même elle voulait s'habiller comme si elle était une jeunette” (p. 142). ☺

Traduit de l'espagnol par Myriam Chirousse pour les éditions Métailié, Janvier 2017

 

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La folle du logis, de Rosa Montero

la folle du logisÀ la base, Rosa Montero envisageait d'écrire un livre sur la littérature, la fiction et le métier d'écrivain en reconnaissant que cela manquait d'audace et d'originalité, mais c'est tout naturellement qu'elle a emprunté le chemin de la digression pour évoquer l'amour, la passion, l'enfance, les souvenirs, le féminisme, la féminité, la lecture, l'écriture, et forcément l'imagination, cette fameuse “folle du logis” selon Sainte Thérèse d'Avila.
Elle nous offre ainsi un ouvrage riche de réflexions pertinentes, cocasses et ironiques sur la vie des écrivains et sur ses propres expériences (plus ou moins fondées, comme le rappelle l'auteur en post-scriptum). Ainsi, ses nombreuses anecdotes sur son aventure avec M., l'acteur européen dont la carrière hollywoodienne est pleine ascension, sont fort probablement à prendre avec des pincettes, ou mieux vaut les recadrer dans un ensemble romanesque. Car Rosa Montero est bavarde, mais se refuse aux confessions sur l'oreiller. 
À l'inverse, les caprices de figures littéraires comme Goethe, Kipling, Philip K. Dick, Stevenson, Capote ou Calvino alimentent copieusement son texte et viennent éclairer ses théories sur les névroses et autres faiblesses de ses comparses, écrivains maudits ou vaniteux, éperdus de reconnaissance, persuadés d'être des éternels incompris, se débattant avec leurs démons et leurs ambitions, avides de compliments et pourtant méfiants envers les coups d'encensoir. En somme, c'est la jungle hostile et sauvage. 
C'est donc dans ce joyeux chaos d'idées, entre grandeur et décadence, que Rosa Montero trace son récit, sans prétention, mais avec un grain de lucidité féroce et jubilatoire. L'auteur peste contre le machisme ambiant, la jalousie et l'incompréhension, notamment à l'égard des épouses d'écrivains, dont Fanny Vandegrift, femme indépendante et farouche, qui bousculait Stevenson dans son travail en le forçant à revoir ses copies, mais qu'on accusait d'être une vieille sorcière, ou Sonia Tolstoï qu'on prétendait dérangée alors que c'était son mari la brute du foyer. 
L'écrivain est un être tourmenté, car écrire est une souffrance. Cela implique de se livrer aux autres, trahir son intimité, se dévoiler et se rendre vulnérable. Mais inventer demande aussi de l'énergie et de la désinhibition, d'où le casse-tête interminable qui se joue dans leur esprit dément ou limite schizophrène. Le rapprochement entre l'écriture, l'imagination et la folie coule donc de source. Ce sont trois pôles intrinsèquement liés, parmi lesquels cheminent les pensées de Rosa Montero en une démonstration de longue haleine. 
Au final, écrire demande aussi un engagement spirituel. S'extirper de sa coquille pour se confronter au monde, puis retourner dans sa “cellule” en toute humilité et accepter l'idée de la mort, ce contre quoi les écrivains lutteraient avec acharnement... Bref, ce petit bouquin remis au goût du jour dans un format poche (1ère édition en 2004) est savoureux et croustillant pour ses nombreuses interpellations et sa matière grise qui invite à cogiter ! L'humour de Rosa Montero est toujours aussi jouissif, son intelligence, sa verve, son ironie, ses caprices et ses mascarades ne sont pas non plus en reste. Un auteur à découvrir, si ce n'est pas déjà fait !  

 Traduit de l'espagnol par Bertille Hausberg [ La Loca de la Casa]

Éditions Métailié, coll. Suites, 2017

« Comment peut-on vivre sans lecture ? Cesser d'écrire, c'est peut-être la folie, le chaos, la souffrance mais cesser de lire, c'est la mort instantanée. Un monde privé de livres est un monde sans atmosphère, comme la planète Mars. Un univers impossible, inhabitable. Lire, c'est vivre une autre vie. »

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18/07/16

Le Lagon Noir, d'Arnaldur Indridason

Le Lagon Noir

Retour sur le début de carrière de notre Erlendur, âgé d'une trentaine d'années, alors jeune recrue de la section criminelle à la demande de Marion Briem. Nous sommes en 1979. Le corps d'un homme est repêché dans un lagon, dont les bains sont réputés pour ses vertus thérapeutiques. Cet homme, dont on ignore l'identité, se révèle être un ingénieur islandais, employé à la base américaine de l’aéroport de Keflavik. La police n'obtient aucun accord pour enquêter sur les lieux, mais peut s'appuyer sur l'assistance d'une jeune officier de la base, Caroline, qui prête son concours en dépit des circonstances. La présence de l'armée américaine est perçue comme une intrusion inacceptable aux yeux de la population, Erlendur lui-même ne cache pas ses sentiments politiques sur ce sujet. Mais que ceci ne vienne pas nous détourner de notre chemin. L'affaire Kristvin, un type ordinaire, pas si irréprochable, moins lisse en apparence, au vu de sa consommation de marijuana et la découverte d'une liaison extraconjugale... Un cas autrement plus complexe et torturé, que nos inspecteurs ne manqueront pas de décortiquer. En marge de cette enquête, Erlendur se passionne sur un vieux Cold Case : la disparition d'une jeune étudiante sur le chemin de son école, vingt ans plus tôt. La démarche, personnelle et officieuse, fait naturellement écho au drame que l'on sait. 

Cet épisode aux événements antérieurs complète efficacement la série et apporte une dimension juvénile attachante au personnage d'Erlendur. Ce n'est pas un scoop. L'homme est un éternel solitaire, qui suinte la tristesse et qui protège jalousement ses secrets. Ses collègues ignorent encore tout des démons qui l'habitent, même si on perçoit la fragilité de sa carapace et le début de confiance qui s'installe entre Marion Briem et lui. Les deux intrigues criminelles sont passionnantes, l'une pour le contexte qu'elle révèle (la présence de l'armée américaine, le marché clandestin, la musique rock, les disques, les cigarettes qu'on se refile en douce... et bien entendu une grogne montante chez les insulaires antimilitaristes). La deuxième histoire ne manque pas non plus d'attrait, Cold Case oblige, même si son dénouement me rappelle une autre œuvre classique hyper connue, chut ! ^-^ 

Une ambiance définitivement envoûtante, des histoires poignantes, des destinées qui prennent racine et des personnages qui s'étoffent... Le Lagon Noir a tout pour plaire. La construction alambiquée de cette série, via son procédé de remonter le temps, est judicieuse car elle apporte beaucoup au personnage d'Erlendur ! C'est un roman noir, sans effet de style, simplement construit sur un solide appui et auréolé d'une atmosphère unique, mystérieuse et captivante. Un très bon cru  ! 

Texte lu par Jean-Marc Delhausse pour Audiolib (Juin 2016) durée : 10h 04

Le Lagon noir (Commissaire Erlendur Sveinsson 14) | Livre audio

Traduit de l'islandais (Kamp Knox) par Éric Boury / Titre téléchargé sur la plateforme Audible

22/02/16

Le Détroit du Loup, par Olivier Truc

Le détroit du loup CD

« Il se passe des choses pas sympas. Il y a beaucoup d'argent en jeu.
Et nous [les éleveurs], on pèse pas lourd. »

Suite à ma première rencontre enthousiasmante, cf. Le dernier Lapon, avec l'univers d'Olivier Truc, nous introduisant en Laponie Norvégienne, parmi la communauté Sami et les éleveurs de rennes, je me réjouissais de retrouver les patrouilleurs, Klemet Nango et Nina Nansen, dans une nouvelle intrigue policière. Et effectivement, la transhumance à peine commencée se voit déjà compromise par un incident malheureux : la noyade d'un éleveur, Erik Steggo, qui plonge ses proches dans un profond désarroi. Très vite, les murmures de mécontentement grondent et enflent, visant les envahisseurs, touristes, politiciens, compagnies pétrolières... Trop de monde se bouscule sur un même lopin de terre, le fameux Détroit du Loup. Et la mort d'Erik Steggo n'est pas un simple accident, car d'autres événements tragiques, comme la mort du maire d'Hammerfest, de responsables pétroliers et de plongeurs, viendront confirmer les craintes. 

Ce deuxième livre de la série n'offre peut-être plus la surprise de la nouveauté, mais préserve son ambiance singulière et fascinante. Si Klemet se montre particulièrement virulent, pas loin de saboter sa relation avec sa collègue Nina, celle-ci dérive aussi de son côté, vers les traces de son père disparu, qu'elle cherche à retrouver. Cette absence d'osmose est un peu pénible, et alourdit la lecture, que je trouvais déjà longue et lassante. Après, on sent bien les intentions louables de l'auteur, à vouloir dénoncer le décalage culturel de la Laponie, le fossé entre les traditions à préserver et les exigences économiques, souvent peu regardantes des éléments en place. Pour illustrer tout ça, on croise des personnages comme Nils le plongeur sans scrupule, Anneli la jolie veuve, Tikkanen l'agent immobilier véreux et Sikku le berger utopiste. Tous incarnent à leur façon le visage du pays. Exit le charme de l'exotisme, cette fois la plongée en Laponie est teintée d'une sombre amertume, qui déteint sur le ressenti de la lecture. La magie n'a plus fonctionné et je sors quelque peu déçue de cette promesse d'évasion. L'histoire s'éparpille trop, manquant souvent de rythme, et se noie dans des digressions fastidieuses. Dommage, pour cette fois.

Sixtrid / Novembre 2015 ♦ Interprétré par Jacques Frantz (Durée : 15h15)

Points, coll. Policier / Septembre 2015

⛄🐺⛄🐺⛄🐺⛄🐺

Challenge Nordique 2016

 

 

04/06/15

Les Nuits de Reykjavik, d'Arnaldur Indridason

Les Nuits de Reykjavik

Nouveau retour aux sources avec cette lecture, qui fait suite au Duel, épisode consacré au commissaire Marion Briem au début de sa carrière. Cette fois, c'est le jeune Erlendur que l'on découvre, en tant que fraîche recrue de la police de Reykjavik, cantonnée aux patrouilles de nuit. Un poste en parfaite conformité avec son tempérament solitaire et taciturne. Mais notre homme est également un grand sensible, proche des gens, attentif à leur détresse (violence domestique, alcoolisme etc.), on sent déjà qu'il cherche à expier une faute. L'histoire tourne donc autour de la mort d'un clochard qu'Erlendur avait souvent croisé dans les rues et tenté d'aider. La sœur de celui-ci veut connaître les circonstances du drame et pousse le policier à se lancer dans une enquête officieuse. Le tableau est planté, avec toujours les mêmes ingrédients (l'atmosphère morose, le rythme lent, le personnage accablé, l'obsession du passé). La magie ne peut qu'opérer immédiatement ! Et c'est tellement bon, même si l'intrigue n'est pas surprenante, elle est fidèle à elle-même, profonde, poignante et attachante. 

Jean-Marc Delhausse, pour sa 6ème collaboration avec Audiolib dans le rôle d'Erlendur, nous accompagne dans notre lecture en faisant corps avec le personnage et livre une interprétation à l'intensité dramatique réussie et émouvante.

Audiolib ♦ mai 2015 ♦ texte lu par Jean-Marc Delhausse (durée : 8h 17) 

 

LES NUITS DE REYKJAVIK Métailié

Traduit de l'islandais par Éric Boury (Reykjavíkurnætur) pour les éditions Métailié

02/06/15

Le Dernier Lapon, d'Olivier Truc

Le dernier lapon

Quelle étonnante lecture ! Direction la Laponie, où un précieux tambour de chaman a été signalé disparu, un éleveur de rennes est retrouvé assassiné, les oreilles tranchées, et un géologue français s'improvise chercheur d'or à travers la toundra. Klemet et sa jeune coéquipière Nina, enquêteurs de la police des rennes, coutumiers des querelles entre éleveurs, vont s'initier aux arcanes d'une enquête déroutante avec patience et perspicacité. C'est drôlement bien mené ! Mais c'est surtout l'ambiance, l'atmosphère frileuse et atypique, de cette Laponie méconnue qu'on savoure pleinement. On y avance à tâtons, et dans le noir, en pleine nuit polaire, saisissant les bribes d'ensoleillement avec ahurissement. On découvre la culture et le folklore Sami, au sein d'une communauté silencieuse, repliée et parfois blessée par les non-dits. C'est délicat, poignant, avec une brochette de personnages attachants, dont le duo formé par Klemet et Nina. Leurs missions de routine ont su forger leur complicité, sans la moindre ambiguïté. Et c'est reposant, car sans malentendu. L'intrigue aussi se lit (ou s'écoute) en toute fluidité, interprétée par Jean-Marie Galey, pour Sixtrid, au cours d'un marathon de lecture de 15 heures. C'est dire comme l'évasion est enrichissante et excitante ! Et c'est d'autant plus stupéfiant que ce roman aux allures de polar nordique a été écrit par un auteur français maître de son sujet ! Bravo.

Sixtrid ♦ novembre 2014 ♦ texte intégral interprété par Jean-Marie Galey (durée : 14h 49)

♦ Avec l'aimable autorisation des éditions Métailié ♦

Le dernier lapon Métailié   

Le dernier lapon Points 

♦ disponible en poche aux Points ♦

 

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28/04/14

Le Duel, par Arnaldur Indridason

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Pendant l'été 1972, le monde a les yeux braqués sur la minuscule Islande qui accueille les championnats d'échec qui opposent l'américain Fischer au russe Spassky. Dans le même temps, le corps d'un adolescent est retrouvé poignardé dans un petit cinéma de quartier. Marion Briem et son collègue Albert se rendent sur place et procèdent à une enquête.

Pas d'Erlendur au programme, ce livre nous plonge dans le passé de son mentor, alias Marion Briem, se dépatouillant avec une affaire sur fond d'espionnage et de guerre froide, mais surtout on plonge dans son passé d'enfant malade de la tuberculose, envoyé dans un sanatorium au Danemark pour y suivre des soins, se faire à une vie isolée, ponctuée de rencontres éphémères, marquée par les pertes et les amitiés fugaces. Le type ne déborde pas d'un charisme dévastateur, l'intérêt du livre apparaît minime et seule la toute fin fait vaguement sourire. 

Malgré cet a priori peu reluisant, on se laisse prendre par l'histoire au rythme lancinant. Rouages parfaitement huilés, lecteur mené par le bout du nez, contexte politique haletant vécu à travers un duel d'échecs sur lequel on cherche à faire peser des enjeux, et puis... bon... C'est plutôt bluffant ! Même si elle est classique et très conventionnelle, l'intrigue reste agréable à écouter (grâce à un Jean-Marc Delhausse au taquet, bien à l'aise dans son rôle, et qui distille une interprétation toute en nuances).

La série s'offre ainsi un nouveau crochet, intéressant mais peut-être pas indispensable, en attendant le retour des nouvelles enquêtes de notre commissaire fétiche !  (NB : eh bien, changement de perspective ... avec un prochain tome qui sera la suite de celui-ci. Scrogneugneu !)

Audiolib, avril 2014 ♦ texte intégral lu par Jean-Marc Delhausse (durée : 9h 28) ♦ traduit par Éric Boury pour les éditions Métailié