01/02/13

Il va venir

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Un adolescent de 14 vit seul avec sa grand-mère (du moins, c'est ainsi qu'il la considère car on n'en sait pas plus sur leurs liens, ni sur comment ils en sont arrivés là). Bref, ils vivent dans une maison isolée, en pleine forêt, le paysage est couvert de neige et la tempête s'acharne de plus belle. La vieille est folle, elle a perdu la tête et pense que son fils Bernard, disparu depuis des années (en vrai, il est mort) va rentrer un jour. Le garçon ne fait plus l'effort de la convaincre du contraire. "Il va venir, il va venir..." dit-t-elle inlassablement. Aussi, lorsqu'un soir un individu tape à leur porte et s'effondre sur leur plancher, avec un sac à la main, la vieille clame que c'est lui, son fils, Bernard.

L'inconnu est dans les vapes, blessé et visiblement égaré. Pendant que la grand-mère est aux petits soins pour lui, le gamin se méfie et se pose mille questions à son sujet. Qui est-il ? d'où vient-il ? que veut-il ? Lorsque l'autre reprend connaissance, il a vite cerné la situation et compris son intérêt à jouer le jeu sans contrarier l'ancienne, dans la foulée il tente d'amadouer le garçon qui refuse toute complicité. En fait, il pense l'avoir reconnu et se dit qu'il est de son devoir de protéger la vieille avant que la situation dérape. Ceci dit, il est peut-être déjà un peu trop tard...

Avec une économie de moyens, Marcus Malte a su mettre en scène, dans ce roman de seulement 100 pages, un climat angoissant, où règne une tension palpable et vite irrespirable. C'est bien simple, on lit cette histoire sous effet d'hypnose (ou d'apnée). Par contre, ce qui est frustrant à la fin du roman, c'est de réaliser que toutes les questions sur l'adolescent et la grand-mère resteront sans réponse. Si vous appréciez ce genre de récit, lisez aussi le roman de Marcus Sedgwick - Revolver.

Il va venir, par Marcus Malte
Syros, coll. Souris Noire, présente édition: 2011

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25/03/11

Les racines du mal sont les fruits du paradis.

IMG_3089Quel immense coup de coeur, pour moi, ce livre ! Il réunit ces ingrédients qui me font chavirer : l'étendue sauvage, la chevauchée éperdue, l'équipée de bras cassés, l'aventure, les larmes, le chaleur, la faim, l'injustice, l'amitié, l'amour... Qu'est-ce que c'est bon !
Mosquito a été enlevé à ses parents, après que leur diligence ait été attaquée par la bande du redoutable Bandit. Celui-ci sème la terreur dans cette région qu'on surnomme le Ventre du Diable. L'enfant, habitué au confort, va brutalement connaître sa douleur. Il est confié à la cantinière du campement, la pétillante baronne Ernesta von Singer, apprend à ranger ses larmes dans sa poche, ne doit pas poser de questions, mais s'endurcir à cette vie rudimentaire, peut-être qu'un jour finira-t-on par le libérer si la rançon est payée.
Heureusement, il y a Paloma. La belle Amazone. Le gamin est totalement fasciné, il sent déjà son destin se lier à elle. Paloma, mystérieuse et frondeuse, s'attachera également à Mosquito. Tous les deux ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre - la lecture, l'écriture, la vie, la confiance, l'espoir... mais aussi les armes, la bataille, le courage, la rage.
C'est terriblement poignant comme histoire. Ce sont plus de 300 pages qui vous embarquent, vous font adhérer à cette drôle d'épopée, vous laissant apercevoir un combat juste, malgré les moyens employés, et vous rendant tous les personnages tellement vrais. On sent le coeur battre et se serrer plus d'une fois, l'entrain est palpable, l'histoire se lit d'une traite, et je ne vous cache pas que, plus d'une fois, les larmes n'étaient pas loin.
Je suis totalement envoûtée. C'est un roman, aussi, qui porte un message fort et qui résonne encore dans nos sociétés - la force et la terreur, à tout jamais les armes des tyrans. Et pour combattre cela, il faut que renaissent les légendes.
Car c'est étrange ce qu'il se produit, le pouvoir de ce récit, comment notre affectif bascule d'un camp à un nôtre, le fait de détester un personnage puis de le comprendre, de le plaindre et de s'apitoyer sur son sort. C'est incroyable, incroyablement bon ! Et fort.

De Poussière et De Sang - Marcus Malte smileyc219
Pocket (2011) - 375 pages - 7€

Little Joy - mon dernier album coup de

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24/03/11

(...) la vie est une fleur. C'est une rose qu'on nous offre. Avec ou sans pétales. Et des épines, qui piquent et font saigner.

IMG_3082Très émouvant ! Beaucoup de sensibilité à travers ce récit qui parle de maladie, mais ce n'est jamais - par miracle - triste ou larmoyant. La petite soeur de Romain est atteinte d'un cancer, elle est hospitalisée, toute la famille s'installe à la Maison des Parents pour être plus proche d'elle. Romain est un passionné d'astronomie et connaît tout des mystères de l'univers. Il rencontre Alexia, dont le frère est également très malade. Elle porte un regard froid, réaliste et amer sur ce qui l'entoure. Elle reproche au garçon de ne pas avoir les pieds sur Terre, à force de trop regarder les étoiles.
C'est ce qui fait la force et la beauté de ce livre - une histoire de rencontres, d'expériences, de partages. La vie est un mystère, d'où le parallèle avec l'univers, de quoi rendre les perspectives infinies, avec risques de trou noir, sauf si on continue d'y croire, comme Laurette, la Blouse Rose, qui collectionne les pétales avec confiance et optimisme.
Une lecture définitivement positive !
NB : "Mon vaisseur te mènera jeudi sur un nuage" est en fait le moyen mnémotechnique pour se souvenir des planètes du système solaire, de la plus proche du soleil, Mercure, à la plus éloignée, Neptune. Chaque chapitre nous présente, de façon amusante, cette planète.

Mon Vaisseau Te Mènera Jeudi Sur Un Nuage - Marcus Malte
Syros, coll. tempo (2011) - 115 pages - 5,95€

Sophie a également aimé.

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22/02/11

Teaser Tuesday #8

TuesdayteaserC'était un soir de neige comme on n'en avait pas vu depuis longtemps. Londres frissonnait, étourdie par la tempête, et les traces des passants, à peine dessinées sur les trottoirs, s'effaçaient tels les mots d'un poème d'enfant. Jamais l'hiver n'avait paru aussi cruel, et jamais aussi délectable, pour le jeune garçon, la perspective de demeurer cette nuit dans sa chambre sous les toits avec une histoire pour seule compagnie.
Les étranges soeurs Wilcox : Les masques de sang - Fabrice Colin

Papa a dit une seule valise par personne. Je respecte les consignes. De toute façon, la mienne est à moitié vide. Qu'est-ce que j'aurais pu mettre de plus ? Pas besoin d'emporter une tonne d'habits, il paraît qu'il y a un lave-linge sur place. Il y a tout ce qu'il faut, il paraît. Il y a même un grand jardin. Papa a dit que ça devrait me plaire.
Hier, il est rentré avec un gros paquet-cadeau. Quand je l'ai vu, j'ai cru que c'était mon télescope que j'avais commandé pour Noël. Le cadeau, c'est pour Juju. C'est une poupée qui parle. On peut lui faire prendre le bain et on peut la coiffer aussi. Justine va adorer. Papa a dit que ce serait moi qui lui offrirais si ça me faisait plaisir. Je ne suis pas jaloux. Je sais que j'ai beaucoup de chance de ne pas être malade. Je sais que la santé, c'est le plus beau de tous les cadeaux. Pas besoin de me le répéter. Noël, c'est dans moins de deux mois, je peux bien attendre.
Mon vaisseau te mènera jeudi sur un nuage - Marcus Malte

C'est toujours impressionnant de pénétrer pour la première fois dans une taverne de sinistre réputation. Mais il y a cela de bien chez Papa Guillotin qu'on n'a pas besoin de pousser la porte pour entrer : il n'y en a pas. Pour pisser, il y a les quatre coins. Et quand on veut manger, on nettoie la table d'un revers de manche.
Ce soir-là, l'ambiance était à la rigolade. Les clients, qui savaient que le pâté de lapin était en fait du pâté de chat, faisaient miaou quand la serveuse posait l'assiette devant eux.
Malo de Lange, fils de Personne - Marie Aude Murail

Je suis une astronaute surfant sur une vague, dans l'océan de la Tranquillité. J'ai roulé trop vite sur la route de la Tristesse, dérivé trop longtemps sur l'épave du navire Stress, et failli perdre la tête sur le TGV de l'Oubli. Mais voilà que je glisse avec grâce dans une direction positive. Ce ne sera pas un trajet éclair. Il va me falloir être patiente, suivre le flux cosmique. Je me rapproche des côtes, où m'attend la plage de la Décontraction.
C'est le genre de délires dans lesquels Blake est capable de partir. Blake vient de Nouvelle-Zélande, et porte des tongs même par temps pluvieux. Il lui arrive de sortir des trucs tellement ringards que j'éclate de rire même lorsque je me sens triste. C'est plus fort que moi.
Lottie Biggs n'est presque pas désespérée - Hayley Long

Immobile sur la grève, mes longs cheveux noirs flottant au vent du large, je regarde la marée monter lentement au rythme des vagues et des courants, et je songe à ce que je suis devenue. Je ne sais trop à quel moment la chance m'a abandonnée, mais il y a, c'est évident, un certain temps déjà que cela s'est produit...
Filles de Lune : Naïla de Brume - Elisabeth Tremblay

 

26/10/08

Toute la nuit devant nous - Marcus Malte

 

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61skVFxMBEL__SS500_Par inattention, je n'avais pas remarqué qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles. Donc, lorsque j'ai ouvert les premières pages, totalement emballée par ce que je lisais, je n'avais pas imaginé un seul instant qu'on allait brutalement couper mon élan ! Couic. Il a fallu que je reprenne mes clics et mes clacs et bouge mes fesses de mon fauteuil où j'étais confortablement installée, car il était temps d'aller voir ailleurs.

Autant dire que j'ai été carrément frustrée ! Et un peu dépitée vis-à-vis de moi-même. J'aimais bien cette étrange histoire dans laquelle le narrateur se reportait à une sinistre expérience du temps de ses 11 ans. Il avait été envoyé dans un camp de vacances, avait fait connaissance avec le très énigmatique François et avait pu lui rendre grâce de le tirer de situations douteuses et douloureuses. Mais justement, la façon dont procédait François restait un gros point d'interrogation. Il n'en imposait pas, il était silencieux mais il avait un regard ou posait juste la main sur votre épaule et cela valait toutes les bastons du monde ! C'était vraiment très étrange... le tout dans un cadre fantastique et surréaliste d'un vieux château peuplé de courants d'air et de fantômes !!!

C'était vraiment très bien, j'étais partie pour une petite centaine de pages à ce rythme et mangée à cette sauce, il n'en fut rien ! D'un seul coup, je découvre quatre adolescents qui se sont rebaptisés de noms de fleurs et sont déterminés à lutter contre cette terre irradiée. Résister, foncer, ne pas renoncer... je n'ai pas été totalement convaincue.

Mais j'ai complètement abdiqué avec l'histoire du père à Francis (du foot, des jeunes, la ville de Marseille et un peu de Zidane, forcément...). Je n'étais plus dans le coup, j'étais déçue. Je n'ai pas encore lu Garden of Love de Marcus Malte (je n'y renonce pas) mais j'ai déjà apprécié cette première rencontre. L'auteur montre ici qu'il varie les styles et brasse divers genres, pas du tout enfermé dans un créneau. C'est appréciable... Et lisez donc Le fils de l'étoile, qui vaut son pesant de cacahouètes ! 

Zulma, Octobre 2008 - 126 pages - 15€