23/11/16

Miss Charity, de Marie-Aude Murail

Enfin en Médium poche !  (édition Luxe 20,5 x 14,2 cm)

Miss Charity

Ah, Miss Charity ! Quel bonheur de lecture. Découvert en 2008, sous forme d'une bonne grosse brique d'au moins 500 pages, j'avais savouré ce roman au charme poudré, qui était aussi un bel hommage à la littérature enfantine et à ses héroïnes. En faisant connaissance avec Charity Tiddler, une jeune anglaise passionnée d'animaux et de botanique, c'est aussi à Beatrix Potter qu'on pense inévitablement, et plus largement, à George Sand, Charlotte Brontë, la comtesse de Ségur et même Jane Austen.

Fille unique d'un couple appartenant à la bonne société, Charity grandit dans un carcan de bonnes manières victoriennes. Solitaire et rêveuse, la jeune fille aime se réfugier dans la lecture et apprendre par cœur du Shakespeare qu'elle récite à ses petits compagnons sous les toits, car Charity possède une véritable ménagerie dans sa nursery (souris, grenouilles, lapins, canards...). Sa gouvernante française ou même sa bonne écossaise ferment les yeux sur ses excentricités - après tout, Charity n'aime ni chanter, ni jouer du piano, ni la broderie, mais se complaît dans le dessin et l'aquarelle en se révélant extrêmement douée. Elle n'aime guère non plus les sorties mondaines et préfère des amitiés moins conventionnelles, comme sa relation avec Kenneth Ashley, un fils de fermier qui se lance dans le théâtre. 

C'est incontestablement une lecture raffinée et exquise, avec les illustrations harmonieuses de Philippe Dumas. Elle dresse un beau portrait d'héroïne, attachant et décalé avec son époque, à la volonté farouche et la curiosité insatiable. Elle possède aussi une aura chaleureuse et captivante, renvoie un grand souffle romanesque, dégage un sentiment de confort et inspire un déchirement au moment de tourner la dernière page. De l'humour, de la finesse, de la tendresse et de la délicatesse. Ce roman, c'est le doudou par excellence. 

L'école des Loisirs, coll. Médium Poche - Novembre 2016

« Autant les fleurs et les champignons trouvaient facilement leur nom et leur définition au clair soleil de ma raison, autant les choses humaines se déposaient au fond de moi, toutes grises et indécises. »

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11/10/13

“Je suis votre fils, monsieur Personne. Moitié grinche, moitié cogne.”

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Oui, j'ai honte. Plus d'un an déjà que ce livre était sorti et j'avais complètement oublié de le lire ! C'est parfaitement incompréhensible, d'autant plus que j'avais beaucoup aimé ce que j'avais lu jusqu'à présent. L'histoire de Malo de Lange est une succession de péripéties malchanceuses et poignantes, mais formidablement mises en scène et contées sur un ton humoristique, avec en bonus des répliques piquées de l'argot, ce qui vous donne un pétillant cocktail avec des bulles qui éclatent dans les narines !

Dans ce dernier épisode, Malo est désormais lieutenant à la Brigade de Sûreté de Paris et tire profit de son expérience de grinche pour se faufiler dans les rues malfamées et obtenir des informations précieuses. Dernièrement, c'est sur une série de disparitions de chiens errants qu'il travaille, alors qu'on retrouve leurs corps mutilés peu de temps après. Glauque, très glauque. Mais le sordide fait partie intégrante de cette série, imaginez aussi le vol d'un bocal contenant le cœur de Louis XVII, l'apparition du fantôme d'un garçonnet qui annoncerait une mort imminente ou l'exercice d'un magicien qui coupe les femmes en deux.

Au milieu de tout ça, le roi fait appel à ses services pour veiller sur la sécurité de ses fils. Pour bien faire, Malo doit se rendre au collège Henri-IV, apprendre du latin et ânonner du Corneille à longueur de journée, de quoi lui faire regretter son passé de voleur ! Cet épisode constitue pourtant une bouffée d'air frais dans cet univers très lourd du crime crapuleux et des complots politiques sanguinolents. L'intrigue est retorse, avec une pelletée de détails dégoûtants, mais au-delà le récit est enlevé, pétulant et taquin. Même la relation entre Malo et son père est bigrement attachante, bien que teintée de pudeur.

On a aussi le plaisir de retrouver des personnages hauts en couleur, comme Nini Guibole ou Moïra de Feuillère (Gaby), sans oublier la très placide Léonie de Bonnechose, en plus de côtoyer le jeune duc de Montpensier, surnommé Toto. Non, vraiment, c'est une série agréable et pleine de surprises, capable de vous balancer du gore, du laid, du dégoûtant, et en parallèle elle vous vend du rêve, du rire, de l'insouciance. Un excellent compromis pour une lecture franchouillarde et définitivement divertissante !

Malo de Lange et le fils du roi, par Marie-Aude Murail (Neuf de l'Ecole des Loisirs, janvier 2012 - ill. de couverture : Yvan Pommaux)

- Crois-tu que c'est une vie de traîner dans les rues la nuit, de se déguiser en Tortillard, de jaspiner l'arguche avec les grinches ?
- Il n'y a que cette vie-là qui puisse me rendre heureux et «tous les hommes veulent être heureux, même celui qui noue la corde pour se pendre», comme disait Blaise Pascal. Soyez content de moi, papa. Pour la première fois en quinze ans d'existence, je viens de faire une vraie citation. Parce que, maintenant, j'ai de l'instruction !

 

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29/03/11

Teaser Tuesday #13

TuesdayteaserChasseur d'énigmes ! C'est Catherine qui m'a décerné ce titre. Ce qu'elle ignore et ignorera tant que la lettre que je lui destine sera close, c'est que je ne serais jamais devenu ce chasseur si je n'avais été pour moi-même une énigme.
Dinky rouge sang - Marie Aude Murail

Après la vague de panique due à l'épidémie qui avait conduit les gens à se cloîtrer chez eux pendant plusieurs semaines, la vie reprenait timidement. Depuis quelques jours, la population se risquait petit à petit à mener de nouveau une vie normale, feignant d'ignorer qu'elle avait elle-même instauré une sorte de couvre-feu ainsi que toute une liste de règles draconiennes pour se protéger. La météo exceptionnellement clémente y était sans doute pour quelque chose. On sentait dans l'air comme un frisson printanier qui invitait à délaisser le confinement protecteur des maisons pour aller respirer l'air marin à pleins poumons.
Le temps des Tsahdiks - Claire Gratias

Il se réveilla difficilement car ses rêves avaient été trop beaux pour qu'il les quitte déjà. Ils lui avaient tous parlé d'évasion et de liberté, et lui murmuraient encore, à l'aube, de bien agréables projets.
Quand son esprit s'éclaircit enfin, il prit donc rendez-vous avec eux pour les nuits prochaines.
Le Tropique du Kangourou - Aurélien Loncke

Quand j'étais petit, mon père me disait toujours : "Dans la vie, Will, on peut choisir ses amis, on peut se moucher devant ses amis, mais on ne peut jamais moucher ses amis." Observation qui me semblait fort pertinente du haut de mes huit ans, mais qui s'est révélée fausse par bien des aspects. Pour commencer, personne ne choisit vraiment ses amis, sans quoi je n'aurais jamais atterri avec Tiny Cooper.
Will & Will - John Green et David Levithan

04/03/11

On peut voler sans être voleur, mentir sans être menteur, et finir chez les fous sans en être un.

IMG_2927Ce fut bien agréable de prendre des nouvelles de Malo, même si son existence a connu du changement et qu'elle n'est toujours pas de tout repos. Le voici désormais agent secret, chargé de missions gentilles mais qui commencent à l'ennuyer, jusqu'au jour où il va s'infiltrer chez un duc qui sera retrouvé pendu. Malo est aussitôt arrêté et jugé coupable du vol d'un diamant. Expédié au bagne, Malo nous fait vivre un plan incroyable même si - personnellement - j'ai trouvé le tout un peu long et lassant.
J'ai beaucoup aimé les nouveaux personnages de ce deuxième livre - Moïra de Feuillère, en tête. Et Nini Guibole, rien que pour le nom ! C'est un petit roman fort sympathique, truffé d'arguche encore une fois, on y prend goût ou on tique. J'étais partagée, je ne saurai l'expliquer (peut-être parce qu'il n'y avait plus l'effet de nouveauté). Par contre, les révélations finales ont su m'alpaguer, l'intrigue se solde avec habileté et beaucoup de tact. Je n'étais pas au bout de mes surprises et c'est sur cette impression avenante que j'ai fermé le livre.

Malo de Lange, fils de Personne - Marie Aude Murail
Neuf de l'Ecole des Loisirs (2011) - 250 pages - 10,00€
illustration de couverture : Yvan Pommaux

Découvrir :

 

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22/02/11

Teaser Tuesday #8

TuesdayteaserC'était un soir de neige comme on n'en avait pas vu depuis longtemps. Londres frissonnait, étourdie par la tempête, et les traces des passants, à peine dessinées sur les trottoirs, s'effaçaient tels les mots d'un poème d'enfant. Jamais l'hiver n'avait paru aussi cruel, et jamais aussi délectable, pour le jeune garçon, la perspective de demeurer cette nuit dans sa chambre sous les toits avec une histoire pour seule compagnie.
Les étranges soeurs Wilcox : Les masques de sang - Fabrice Colin

Papa a dit une seule valise par personne. Je respecte les consignes. De toute façon, la mienne est à moitié vide. Qu'est-ce que j'aurais pu mettre de plus ? Pas besoin d'emporter une tonne d'habits, il paraît qu'il y a un lave-linge sur place. Il y a tout ce qu'il faut, il paraît. Il y a même un grand jardin. Papa a dit que ça devrait me plaire.
Hier, il est rentré avec un gros paquet-cadeau. Quand je l'ai vu, j'ai cru que c'était mon télescope que j'avais commandé pour Noël. Le cadeau, c'est pour Juju. C'est une poupée qui parle. On peut lui faire prendre le bain et on peut la coiffer aussi. Justine va adorer. Papa a dit que ce serait moi qui lui offrirais si ça me faisait plaisir. Je ne suis pas jaloux. Je sais que j'ai beaucoup de chance de ne pas être malade. Je sais que la santé, c'est le plus beau de tous les cadeaux. Pas besoin de me le répéter. Noël, c'est dans moins de deux mois, je peux bien attendre.
Mon vaisseau te mènera jeudi sur un nuage - Marcus Malte

C'est toujours impressionnant de pénétrer pour la première fois dans une taverne de sinistre réputation. Mais il y a cela de bien chez Papa Guillotin qu'on n'a pas besoin de pousser la porte pour entrer : il n'y en a pas. Pour pisser, il y a les quatre coins. Et quand on veut manger, on nettoie la table d'un revers de manche.
Ce soir-là, l'ambiance était à la rigolade. Les clients, qui savaient que le pâté de lapin était en fait du pâté de chat, faisaient miaou quand la serveuse posait l'assiette devant eux.
Malo de Lange, fils de Personne - Marie Aude Murail

Je suis une astronaute surfant sur une vague, dans l'océan de la Tranquillité. J'ai roulé trop vite sur la route de la Tristesse, dérivé trop longtemps sur l'épave du navire Stress, et failli perdre la tête sur le TGV de l'Oubli. Mais voilà que je glisse avec grâce dans une direction positive. Ce ne sera pas un trajet éclair. Il va me falloir être patiente, suivre le flux cosmique. Je me rapproche des côtes, où m'attend la plage de la Décontraction.
C'est le genre de délires dans lesquels Blake est capable de partir. Blake vient de Nouvelle-Zélande, et porte des tongs même par temps pluvieux. Il lui arrive de sortir des trucs tellement ringards que j'éclate de rire même lorsque je me sens triste. C'est plus fort que moi.
Lottie Biggs n'est presque pas désespérée - Hayley Long

Immobile sur la grève, mes longs cheveux noirs flottant au vent du large, je regarde la marée monter lentement au rythme des vagues et des courants, et je songe à ce que je suis devenue. Je ne sais trop à quel moment la chance m'a abandonnée, mais il y a, c'est évident, un certain temps déjà que cela s'est produit...
Filles de Lune : Naïla de Brume - Elisabeth Tremblay

 

25/08/10

Pêle-Mêle Clarabel #3

Zelie_et_les_Gazzi_de_Adrien_AlbertCoup de coeur ! Ce petit roman réussit à combiner le charme, l'humour, le burlesque et le talent ; c'est l'histoire des trois Gazzi qui veulent voler la boulangère avant de kidnapper la couturière pour confectionner des déguisements, et qui tombent nez à nez avec une demoiselle intelligente et futée. La rencontre est drôle, facétieuse, les illustrations de l'auteur s'en donnent à coeur joie et ne sont pas sans éveiller une petite pointe de nostalgie, avec son petit côté rétro et décalé. C'est un régal ! Ce n'est pas vraiment un roman, pas non plus une bande dessinée, c'est un mélange des genres et ça cartonne ! Ce fut une formidable découverte, nous avons beaucoup aimé. Et puis les idées de déguisements valent le coup d'oeil...

* Zélie et les Gazzi, par Adrien Albert
Mouche de l'école des loisirs (2010) - 7,00€
en librairie le 26 août 

sur_ma_teteEncore un petit bijou, signé Emile Jadoul. SUR MA TÊTE suit l'étonnante aventure de Gaston, un petit garçon, qui s'est découvert un jour un moineau sur la tête. Et le volatile s'est installé ! Les jours ont passé, il est toujours là, même pour dormir, manger, se laver ou aller à l'école. Le plus incroyable, c'est que personne ne semble s'en rendre compte. Comment l'expliquez-vous ?
En fait, cet album intelligent s'emploie à expliquer une expression courante et qui concerne souvent les enfants, lorsqu'un adulte leur serine, "mais tu as une cervelle de moineau"... La tournure est habile et se révèle particulièrement cocasse dans les dernières pages, avec un certain parallèle qui prête à sourire.
Nous sommes tombés sous le charme de cet album mignon et craquant, pour la bouille de Gaston et pour son moineau sur la tête.

* Sur ma tête, Emile Jadoul
Pastel de l'Ecole des Loisirs (2010) - 9,00€
en librairie le 23 septembre

du même auteur : Gros_pipi (Gros pipi)

C'est l'histoire d'un petit pingouin qui réveille toutes les nuits ses parents, parce qu'il a envie de faire pipi. Les grands en ont assez et lui font comprendre qu'il doit se débrouiller tout seul, que ça aide à grandir, etc. Pas de problème, se dit le pingouin, et la nuit arrive. Avec son alerte pipi, bien entendu. Mais il va gérer la crise sans ses parents, quelle fierté ! Aussi, ne s'en va-t-il pas comme un bolide avertir ses parents, héhéhé ! Vraiment cette fin, elle est tordante ! Et ça sent le vécu... 

La_vie_avant_moi_de_Colas_GutmanUn autre coup de coeur : Colas Gutman est un auteur qu'il faut absolument découvrir, ses livres sont drôles et fantaisistes, ils racontent des histoires sincères et qui tiennent la route, les lecteurs s'y sentent à l'aise car ils s'y retrouvent facilement, et puis c'est exprimé de façon simple et délirante, je pense qu'il n'y pas d'âge pour savourer ce type de lecture !
La Vie avant moi veut décomplexer la question cruciale : dis papa, dis maman, comment on fait les bébés ? ! Léonard a sept ans, c'est son anniversaire et ses parents ont choisi de lui expliquer les choses de la vie. Et ça part dans tous les sens, d'une potion Brigitte, des femmes à barbe, des borgnes, des bébés envoyés comme des colis et reçus par la poste, de la soupe de potiron aussi et des voyages à dos de mammouth. C'est du grand n'importe quoi, mais l'imagination du petit bonhomme est un vrai régal à suivre !
Delphine Perret s'est également beaucoup amusée à illustrer cette histoire ! Nous conseillons ce livre fortement !

* La vie avant moi - Colas Gutman
Mouche de l'école des loisirs (2010) - 38 pages - 7,00€
illustrations de Delphine Perret
en librairie le 9 septembre

J'ai bien aimé Docteur Fred et Coco Dubuffet de Catharina Valckx, Docteur_Fred mais en fait je m'attendais à une histoire plus rigolote. Elle se destine à merveille aux plus jeunes lecteurs, qui vont apprécier la rencontre de Fred, un éléphant très mince, qui s'ennuie chez lui et qui va proposer à une petite fourmi rouge de partager son toit, mais en rentrant de l'école Coco Dubuffet fait une mauvaise rencontre, et surtout une mauvaise chute, et ça a bien failli virer à la catastrophe. La journée passe et Docteur Fred n'a plus de nouvelles de Coco, il commence à s'inquiéter. Heureusement, tout est affaire de rencontres, surtout dans cette histoire, car le docteur Fred va croiser Ouzi l'araignée, Olga la cane et Yoyo l'escargot avant de savoir où est passée Coco, et ainsi tout va rentrer dans l'ordre.
Les illustrations sont jolies, l'esprit est bon enfant, la lecture est sympathique, mais surtout destinée aux enfants (car personnellement je n'ai pas été touchée). ^.^

Merveilleux_petit_champignon_atomiqueEncore un coup de coeur pour ce Merveilleux petit champignon atomique de Sabrina Mullor, illustré par Catharina Valckx ! C'est une histoire incroyable qui débute sur une montagne alors que le champignon n'était qu'un spore. Il a grossi et est devenu un beau champignon, sauf qu'il était bourré de plutonium et qu'il se sentait prêt à exploser. Il s'est lié d'amitié avec la montagne, laquelle est boudeuse et grincheuse, elle en a assez qu'on lui marche dessus et voudrait qu'on en finisse grâce à un feu d'artifices. Mourir, pour elle, ça veut dire : confondre l'Amérique avec une chasse d'eau ! Hihihi.
Notre champignon est donc prêt à fissionner lorsqu'une demoiselle se pointe sur la montagne, ce n'est pas une inconnue, il s'agit de la petite Affabulatrice, et la montagne, cette cachotière, n'ignore pas qui elle est. Selon elle, c'est une raconteuse d'histoires. Car elle parle d'amour, donne des bisous et invente aussi des noms d'amour. La montagne et le champignon trouvent qu'elle est dingue, mais dans le fond, ils se sont attachés à l'Affabulatrice et attendent sa venue, chaque jour, avec impatience.
Ont-ils toujours envie de confondre l'Amérique avec une chasse d'eau ? Non, plus vraiment.
J'ai trouvé que derrière la tendresse et l'humour de ce texte se trouvaient aussi des messages sur le monde qui nous entourait : la terre, le soleil, la montagne, etc, des extraits de monde qu'on n'imagine pas, ou auxquels on ne prête plus attention, plus autant qu'on ne le devrait. Et même la fin de l'histoire m'est apparue philosophique, et d'une grande sagesse !

* Le merveilleux petit champignon atomique - Sabrina Mullor
illustrations de Catharina Valckx
Mouche de l'école des loisirs (2010) - 75 pages - 8,50€
en librairie le 14 octobre (un peu de patience, je sais)

Contes_des_tres_grandes_plaines_de_Jean_Fran_ois_ChabasJ'ai lu aussi l'un des derniers écrits de Jean-François Chabas, un auteur que j'admire beaucoup. Ce sont des Contes de très grandes plaines, qui s'adressent aussi bien aux enfants et à ceux qui ont été bercés par La dernière séance d'Eddy Mitchell et qui raffolent des ambiances de westerns, avec les indiens. Dans ce livre, deux histoires nous plongent dans des ambiances proches de la nature, des légendes sur le roitelet ou sur un indien qui ne voulait pas tuer. C'est propre, classieux, intelligent. Du bon Chabas !

* Contes de très grandes plaines ~ Jean-François Chabas
illustrations de Philippe Dumas
Mouche de l'école des loisirs (2010) - 52 pages - 8,00€
en librairie le 9 septembre

D'autres auteurs réputés et qui font les beaux jours de l'Ecole des Loisirs :

La_redaction_de_Soleman_de_AudrenLa rédaction de Soleman d'Audren : un petit texte agréable où les élèves doivent raconter leur meilleur souvenir. Soleman, le petit nouveau, est bien en peine, car il prétend qu'il n'en a aucun et se met à pleurer silencieusement dans son coin. Toute la classe va donc s'employer à lui en créer un, et c'est réussi. Audren est un auteur que j'apprécie beaucoup, mais ce titre ne m'a pas fait tomber à la renverse. Les illustrations non plus ne m'ont pas séduite.
illustrations de Gabriel Gay - en librairie le 26 août

La_bande_a_Tristan_de_Marie_Aude_MurailLa bande à Tristan de Marie-Aude Murail : dans l'école de Tristan, il y a des bandes qui font la loi dans la cour de récréation et cela mine un peu tout le monde. Tristan n'appartient à aucun clan, il aime plutôt passer du temps avec sa petite soeur, un copain du CP et d'autres petits de la maternelle. Mais le jour où il découvre qu'il figure sur la liste de guerre, il doit trouver une solution. Créer sa propre bande ?
Cependant, Tristan veut à tout prix se distinguer et déclare sa bande ouverte à tous. Il n'y a pas de test à passer, juste un mot de passe à recevoir et un secret à garder jalousement. Le problème, c'est que Tristan n'a pas encore de secret. Et puis, un drame a marqué sa petite vie : son timbre préféré, celui qui vient de Chine, a été chapardé par le plus grand de l'école. Plus fort, d'accord, mais Olivier n'est pas un bon élève et le maître ne cesse de le répéter, tandis que Tristan brille par ses résultats, et grâce à sa très belle poésie qui a récolté l'admiration de tous.
Et ça continue, l'histoire n'en finit pas. Ce roman, qui compte 100 pages et figure dans la collection Mouche, pourrait rebuter les enfants qui aiment déjà lire tout seuls et n'osent pas s'aventurer dans des livres plus épais, mais ce serait dommage, pour eux, de passer à côté. Le livre raconte avec beaucoup de délicatesse les histoires qui se passent durant la récréation. En grandissant, on comprend qu'il s'agit de l'école de la vie mais on se rappelle aussi que ce n'est pas toujours tout rose. Aussi, Marie-Aude Murail nous propose sa version où le monde n'est ni tout beau ni tout bon mais où tout se finit bien, avec quelques larmes et beaucoup de rire aussi.
A conseiller aux enfants !

* La bande à Tristan ~ Marie-Aude Murail
Mouche de l'école des loisirs (2010) - 100 pages - 9,50€
illustrations de Gabriel Gay

13/05/10

Un automne à Kyoto (Karine Reysset) & Le tueur à la cravate (Marie-Aude Murail)

A suivre, deux romans récemment publiés par l'école des loisirs.

Je commence par mon préféré : Un automne à Kyoto de Karine Reysset.

Un_automne_a_Kyoto_de_Karine_ReyssetC'est un petit roman très attachant, qui raconte le voyage de Margaux au Japon (son père a obtenu une bourse pour résider à la Villa Kujoyama de Kyoto). En plus d'être dépaysante et poétique, l'histoire nous invite à explorer les états d'âme de l'adolescente dont le petit monde est en train de se fissurer de partout. D'abord, il y a la distance qui s'installe avec son petit copain, resté à Saint-Malo, puis l'humeur morose de son père, accaparé par son travail, et l'absence de leur mère, qui ne les a pas accompagnés à cause de son travail, et enfin Eric, leur voisin photographe, qu'on nous présente avec un sourire carnassier et qui, à force de croiser Margaux, va affoler les battements de son coeur. 

C'est une histoire touchante, avec quelques pointes d'amertume, sur ce qui fait et défait un lien, sur ce qui fait grandir aussi, sur les petites choses belles, touchantes, émouvantes, celles qu'on regrette, celles qu'on ne supporte plus. Ce beau voyage au Japon va faire exploser le coeur et la tête de Margaux, mille sensations sont attendues, avec cette petite phrase qui dit peu et tout à la fois : " Kyoto, il est temps que je parte, tu m'as ensorcelée, divine, tu m'as presque rendue folle, tu nous as tous rendus fous. Tu vas me manquer. "

Vraiment un joli roman qu'offre Karine Reysset, qui s'inscrit entre le carnet de voyage et le roman d'apprentissage, enrichi d'haïkus et d'illustrations sur les paysages de Kyoto.

Coll. Médium, EdL (2010) - 176 pages - 10,00€
illustration de couverture :  Hélène Millot

Le deuxième livre est celui de Marie-Aude Murail, Le tueur à la cravate.

Le_tueur_a_la_cravateJe crois avoir été plus emballée par le journal de bord que par l'histoire policière elle-même. En effet, sur quelques 70 pages, l'auteur nous raconte son métier d'écrivain et la lente élaboration de son dernier roman (pour tous ceux qui se posent la question, d'où vous vient l'inspiration, comment naît un roman, vous serez servis !). Donc, Marie-Aude Murail vient de terminer Malo de Lange et songe déjà à son prochain projet - un livre sur la mythologie grecque ou les réseaux sociaux du net. (Finalement, MAM optera pour la deuxième option.) Et c'est tout simplement cocasse de la suivre sur les pistes des blogs, de sites des copains d'avant, de facemachin, une sorte de pélerinage dans un pays inconnu qui la déconcerte et la met mal à l'aise. (Bon, il faut noter que l'auteur est absolument farouche au principe d'exhibition, mais elle ne juge pas, elle s'interroge et elle pose un regard innocent et sévère à la fois.)

Bien sûr, il y a d'abord le roman à lire pour frissonner de plaisir. Le Tueur à la cravate se veut un très bon thriller, où tout commence quand deux adolescentes postent la photo de classe des parents de Ruth sur un site du genre perdu-de-vue. A partir de là, les vieux démons vont se réveiller car nos demoiselles ignorent qu'un macabre fait divers a secoué la classe de TC3 qui appartenait au père de Ruth, à sa mère et la soeur jumelle de celle-ci. Vingt ans plus tôt, donc, cette dernière a été sauvagement étrangée, le corps jeté dans la Charente, le meurtrier mis sous les verroux, même si pendant un temps c'était le père de Ruth, lui-même, qui avait été suspecté. Aujourd'hui chirurgien estimé, Vincent Cassel élève seul ses deux filles, depuis la mort soudaine de son épouse. C'est beaucoup pour un seul homme, pense-t-on.

L'histoire nous en montrera d'autres, des vertes et des pas mûres, et durant une lente et haletante montée en pression, l'intrigue ressert son étau de façon inexorable (même si j'avais facilement deviné la fin). Malgré tout, cette histoire policière ne prend pas ses lecteurs pour des idiots, il y a des morts, des suspects, des psychopathes et des beaufs. Au milieu, on suit une jeune fille qui, en perte de repères, ne va plus savoir à qui accorder sa confiance (et on la comprend tout à fait !). C'est un roman noir, à l'ambiance oppressante. Et je crois que, pour un lecteur qui n'est pas encore trop usé par les ficelles du genre, ce livre conviendra parfaitement.

coll. Médium, EdL (2010) - 362 pages - 11,50€
illustration de couverture :  Franck Juery

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29/10/09

Malo de Lange, fils de voleur ~ Marie-Aude Murail

Neuf de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 275 pages - 11,00€
illustration de couverture : Yvan Pommaux

malo_de_langeUn bambin de deux ans, blond aux yeux bleus, orphelin abandonné à l'hospice, est recueilli par deux soeurs, deux vieilles filles qui rêvaient d'une petite fille en parfaite santé, ni trop grande ni trop petite, propre, sage, intelligente, sans croûtes sur la figure. Et c'est comme ça que Malo devient le protégé des demoiselles de Lange. C'est un enfant charmant, intrépide et frondeur, qui n'hésite pas à creuser dans les murs séparant son jardin des voisins pour faire connaissance avec la ravissante Léonie de Bonnechose puis avec La Bouillie, qui n'a pas sa langue dans sa poche et avec laquelle Malo va apprendre l'arguche.
Car malheureusement son bonheur sera de courte durée, un type dénommé Riflard se présente chez les demoiselles de Lange en prétendant être son père. Ni une ni deux il kidnappe le blondinet, le séquestre dans un coffre d'où Malo découvre le sinistre plan de Riflard et sa bande de voleurs. C'est un usurpateur, le chef d'une bande qui pille les riches familles en usant de violence et de vice. Les origines du garçon sont jusqu'alors inconnues, mais elles constituent la pièce maîtresse de toute l'intrigue du roman.
En effet, Malo porte en tatouage dans le dos la marque de la fleur de lys, ou le symbole des criminels. C'est assez pour qu'il se sente impliqué dans un destin à mille lieux de celui offert par les demoiselles de Lange, Malo devient un grinche (= un voleur) et s'entoure de garçonnets aussi perdus que lui. De plus, les rues de Paris renferment d'autres dangers qu'un gamin de son âge aurait tort de sous-estimer, malgré son art pour le déguisement et la comédie, Malo doit prendre gare là où il met les pieds.
Ce délicieux roman, à la mode des feuilletons du 19°siècle, nous fait partager un tourbillon d'émotions et nous plonge au coeur de l'action, aux trousses d'un enfant attachant. Malo de Lange, fils de voleur ? C'est ce que le lecteur brûle de savoir, en attendant la grande révélation dans les toutes dernières pages. 
Ce livre pourra être lu par des lecteurs de la tranche 9-12 ans (et plus). Car c'est un livre qui appartient à la collection Neuf de l'école des loisirs, donc il est parfaitement accessible. L'histoire est essentiellement écrite en argot (ou arguche) qui donne un ton original et bien senti à cette histoire, racontée à la première personne par Malo himself. C'est vraiment bien, drôle et ça ne manque ni de rebondissements ni d'action.

Le mot de l'éditeur : On lit les premières lignes, on s'emballle, et très vite on cavale derrière Malo, ce fils de grinche à la recherche de son daron ! On tremble, on rit, on accepte de bonne grâce les situations rocambolesques et les coincidences en pagaille. On dévore à belles dents un vrai roman d'aventures, trop heureux de le lire d'un trait et pas découpé en feuilleton dans le genre de presse populaire où Malo de Lange aurait eu toute sa place au XIX°siècle.

 

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30/12/08

Miss Charity - Marie Aude Murail

Ce roman est un refuge, 560 pages durant lesquelles une demoiselle prénommée Charity voit jour, grandit, se passionne pour les animaux et la botanique, grandit et s'isole dans son monde, où la peinture et les histoires sont ses principales sources d'intérêt. Nous sommes dans l'Angleterre victorienne, riche et prospère, crispée et hypocrite sur ses arrières. Charity Tiddler n'a pas d'autre choix que parfaire son éducation pour briller dans les hautes sphères de la société, elle fera cependant montre d'un tempérament exceptionnel (pour l'époque) en refusant de se plier aux règles établies et de se fondre dans le moule.

Ce roman est un bel hommage à la littérature, en s'inspirant de Beatrix Potter, Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, de même en citant Shakespeare que Charity apprend par coeur pour réciter à tue-tête, dès son plus jeune âge. C'est un roman épais, près de 600 pages, qui pourtant se lit avec plaisir et grande facilité, les illustrations de Philippe Dumas apportent un raffinement précieux, en pleine osmose avec l'aura de l'histoire. Cette peinture de l'époque est savoureuse, le portrait de Charity est attachant, très beau. Il soulève l'excentricité d'une demoiselle qui s'émancipe avant l'heure, et qui va accomplir de belles choses dans le domaine qui la touche, malgré la désapprobation générale, de même en s'affichant avec un garnement passionné de théâtre, qu'on considérait alors comme un voyou !

Marie-Aude Murail réussit à partager avec son lecteur son amour pour la lecture et sa reconnaissance pour cette littérature d'antan qui continue d'influencer les oeuvres romanesques de nos jours ! Ce serait merveilleux d'en trouver davantage.

9782211089258

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Ce roman est un refuge, dans lequel les 560 pages ne sont pas de trop pour nous couver, nous dorlotter, nous emporter. On ne se lasse pas une minute, on plonge, on adore et on décolle pour une autre dimension, on vit à l'heure victorienne dans cette Angleterre riche et prospère, un peu crispée et hypocrite sur ses arrières. C'est aussi l'histoire d'une jeune demoiselle, sensible et cultivée, intelligente et originale. Miss Charity Tiddler, née en 1870, est l'unique rejeton d'un couple guindé, qui appartient à la bonne société. C'est une enfant solitaire, elle aime trouver refuge au troisième étage de la demeure familiale, dans sa nursery où elle cache sa petite ménagerie. Car Charity s'entoure de petits animaux (des souris, des grenouilles, des lapins, des canards etc.) et passe son temps à les observer pour les dessiner, les peindre à l'aquarelle.

Son goût des sciences naturelles, ses longues promenades dans la campagne du Kent, ses discussions en aparté avec ses compagnons animaux et ses lectures de Shakespeare qu'elle apprend par coeur ne font pas d'elle une jeune lady appliquée. Et c'est justement parce que Charity Tiddler ne convient pas à l'image moulée et à l'archétype attendu qu'on s'attache à elle, en reconnaissant implicitement un parcours à la Beatrix Potter... Mais c'est de manière générale un hymne à la littérature, à travers Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, pour ne pas en nommer davantage, que cet épais ouvrage nous convie. C'est un véritable enchantement. Un remarquable travail de finesse, d'humour, de délicatesse. Et les illustrations de Philippe Dumas sont un atout inestimable dans cet ensemble raffiné.

J'ai tout bonnement adoré, c'est simple, je ne voulais plus en sortir. J'ai aimé les mille petits détails qui fourmillent à chaque page, la belle description de l'éducation anglaise, la volonté encore balbutiante de l'émancipation de Charity, son tempérament teinté de discrétion et de modestie, ses bonnes manières, sa gentillesse, son amitié pour sa gouvernante française et pour sa bonne, une écossaise à la chevelure rousse, Tabitha, qui raconte des histoires folles parce qu'elle-même est ravagée. Et Charity, à l'aube des manifestations d'indépendance pour la femme, apparaît davantage excentrique et incomprise. C'est une originale, certes, mais surtout elle est différente, rêveuse et douée. Elle chante faux, joue mal du piano, fuit la broderie mais elle se révèle dans le dessin et l'aquarelle. Elle comprend très vite une chose, 

« Autant les fleurs et les champignons trouvaient facilement leur nom et leur définition au clair soleil de ma raison, autant les choses humaines se déposaient au fond de moi, toutes grises et indécises. »

Miss Charity ne se mêle pas aux sorties mondaines, noue des relations profondes avec des personnages jugés inconvenables, comme Kenneth Ashley, un ami d'enfance de ses cousins, un fils de fermier qui s'est lancé dans le théâtre. Quelle belle rencontre, d'ailleurs. Ce jeune homme est remarquable, effronté et coquin pour l'apparat, mais sa fantaisie est attirante ; et on ressent presque des petits papillons dans le ventre lorsqu'il fait son entrée et taquine la timide Charity.

En bref, j'ai plus qu'aimé. Je me suis noyée avec bonheur dans ce roman-pavé de près de 600 pages. Impossible de l'abandonner. C'est en outre regrettable de tourner la dernière page et de lâcher la main de Miss Charity. Marie-Aude Murail a su brillamment nous enchaîner... encore, des lectures de la sorte !

Ecole des Loisirs, coll. Medium Grand Format - 2008 - 562 pages - 24,80€
Illustrations de Philippe Dumas

--) les avis de Marie , Alice et Emjy