13/04/17

Le Club des Super-Héros : Justice Académie, de Derek Fridolfs & Dustin Nguyen

Le Club des Super-HérosNouvel élève à l'académie Ducard, Bruce Wayne constate rapidement les nombreux dysfonctionnements de l'établissement - le personnel enseignant encourage la compétition, la triche et l'ambition dévorante, les étudiants sont tous plus idiots les uns que les autres, ils portent des masques de clown, font les 400 coups sans peur des représailles et multiplient les blagues humiliantes. Bruce est convaincu d'être tombé dans un traquenard. Il arrive à convaincre deux autres camarades, Clark Kent et Diana Prince, de rejoindre son club secret qui consiste à jouer les espions pour percer le mystère de Ducard. Qui est réellement son directeur ? Nul ne le connaît. À la place, le conseiller pédagogique Hugo Strange filtre chaque tentative d'entrer en contact avec celui-ci. Plus nos jeunes gens fouillent, plus la pression devient suffocante et les traîtrises apparaissent. Bruce découvre ainsi que Clark et Diana sont eux aussi des énigmes ambulantes et n'ont pas tout dévoilé de leurs origines. Vous imaginez un collège réunissant Batman, Superman et Wonderwoman, avec à la barre des savants fous visant à recruter de jeunes disciples pour la ligue des assassins ? Eh bien, ne cherchez plus. Cela se passe ici. Nos apprentis super-héros font déjà l'amère expérience de la lutte contre les forces du mal en redoutant d'accorder leur confiance pour préserver leur nature, leur identité, leur mission, etc.

Le format du livre est en soi très original, assez “fourre-tout”, l'histoire est racontée sous forme de BD, à laquelle s'ajoutent des rapports administratifs, des mails, des articles de la gazette de l'école, des extraits de carnet de notes ou du journal intime de Bruce. Les dessins en noir et blanc finissent de planter le décor et l'ambiance. C'est sombre, assez brouillon et impénétrable, en même temps le scénario se veut classique mais complice, en servant de bonnes séquences burlesques, du suspense et des clins d'œil qui plairont aux amateurs de comics (le majordome Alfred, le Joker, les chauve-souris, Smallville, la Kryptonite, Lex Luthor, la lignée royale de Diana...). Derek Fridolfs et Dustin Nguyen baignent dans le milieu en toute aisance, pour avoir déjà écrit d'autres aventures de super-héros (dont Li'l Gotham) et acquis une certaine notoriété. Ils confortent cette fois leur savoir-faire en s'adressant à un public plus jeune et visiblement ouvert à toute contamination. ^.^

Gallimard Jeunesse, 2017 - Trad. Marie Leymarie

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06/04/17

Hector et les Hypnobots, de Danny Wallace

Hector et les HypnobotsSuite aux invraisemblables événements rapportés dans Hector et les Pétrifieurs de temps, nous retrouvons nos intrépides jeunes gens dans leur routine, si ce n'est que Hector et ses amis sont désormais traités en héros, pour avoir sauvé la petite ville de Starkley. Le Premier Ministre en personne a fait le chemin depuis Londres pour saluer le courage des enfants, seulement au cours de la cérémonie, le politicien perd soudain la boule et se met à gambader en slip devant toutes les caméras en proclamant un discours inintelligible. Son assistant personnel, Mysterio, invite Hector à les rejoindre quelques jours plus tard au 10, Downing Street. La situation sera de nouveau sous contrôle. En attendant, le garçon et son amie Alice en restent éberlués. Quelle mouche a piqué le chef du gouvernement ? Alice voit là un signe du destin, depuis le temps qu'ils ont eu connaissance d'une adresse à Londres pouvant expliquer la mystérieuse disparition du père d'Hector. Mais le garçon traîne des pieds, curieux ou craintif des découvertes à venir. Il n'a pas tort, car la suite de l'histoire réserve encore d'étonnants rebondissements. Et c'est ce qui rend cette série bigrement pétillante, enthousiasmante et attachante. L'auteur combine humour, aventure et espièglerie en quelques pages et bidouille une intrigue passionnante, où se mêlent des créatures affreuses, des dimensions parallèles, des alter ego qui fonctionnent selon un mode on/off. C'est stupéfiant. Parcourir les rues de Londres dans le taxi vert pomme de Léon Bannister devient aussi une vraie partie de plaisir, entre le traditionnel circuit touristique ou la plongée dans un univers plus flou et troublant, nos repères sont vite mis sens dessus dessous. Que de richesse au programme ! Il va sans dire que la série peaufine son originalité, son ton et son mystère par de judicieux tours de passe-passe qui vont surprendre le jeune lecteur. Il y a une franche et belle énergie dans l'histoire, c'est exubérant et contagieux à la fois. Je suis définitivement friande de cette frénésie ambiante, sans sous-estimer la tension nerveuse qui s'immisce chez nos vaillants membres des Forces Spéciales... J'apprécie également le soin délicat apporté dans l'esthétisme de l'ouvrage - illustrations, couleurs, police de caractère... On note ainsi que chaque détail a son importance et procure à l'ensemble une dynamique épatante, qui rend la lecture encore plus excitante ! Vivement le prochain volume. ☺

Gallimard Jeunesse, 2017 - Trad. Marie Leymarie [Hamish And The Neverpeople]

 

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29/04/16

Pour l'honneur de la tribu, de Wendy Constance

Pour l'honneur de la tribu

Cheval Sauvage tente de prouver à son père qu'il est également un grand chasseur, à l'instar de son frère aîné, mort tragiquement au cours d'une partie de chasse en solitaire. Le garçon éprouve toutefois des difficultés à concilier sa nature sensible et compatissante, notamment à l'égard des animaux, avec son éducation rude et directive. De plus, son cousin Zuni rêve de décrocher le rôle de chef de la tribu et ne cache pas son ambition, n'hésitant pas à braver les interdits et bafouer les règles de sécurité pour vivre son heure de gloire. Une compétition s'engage alors entre les deux garçons quand un autre chef de clan, Mogoll, sollicite leur aide pour retrouver sa fille cadette, Mésange Bleue, qui vient de disparaître. Or, celle-ci a volontairement quitté sa tribu où elle ne se sentait plus à sa place, martyrisée par sa belle-mère et ignorée par son père. Elle souhaite traverser les grandes plaines pour rejoindre la famille de sa mère décédée en couches. Cheval Sauvage parvient à retrouver sa trace et fait le choix de tout quitter pour l'accompagner. Son cousin Zuni n'est pas dupe et piste nos deux fuyards pour gagner davantage de galons. Ce garçon est usant... Tant de ténacité, à son stade, c'est machiavélique. Sans compter que le voyage dans lequel s'engagent Cheval Sauvage et Mésange Bleue est long, périlleux, sans espoir de réussite !

Cette formidable épopée est cependant racontée avec un entrain jovial et captivant qui fait sincèrement plaisir. On plonge ainsi dans une saisissante reproduction de la Préhistoire en Amérique du Nord, où l'on découvre les us et coutumes des tribus, mais aussi les créatures féroces que les hommes n'hésitaient pas à abattre pour survivre (d'où la réflexion finale sur l'extinction des espèces). C'est également un grand roman d'aventures, riche en émotions, dont la lecture se veut modeste et distrayante. Comme il est assez rare de trouver des ouvrages pour la jeunesse se déroulant durant la Préhistoire, cette référence est agréablement surprenante.

Gallimard Jeunesse, Mars 2015 - Traduit par Marie Leymarie (Brave)

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12/02/16

Hector et les Pétrifieurs de temps, de Danny Wallace

Hector et les Pétrifieurs de temps

Hector Obel a 10 ans et vit à Starkley, décrite comme étant la quatrième ville la plus ennuyeuse d'Angleterre, car il ne se passe jamais rien de palpitant. Jusqu'au jour où Hector, en train de se morfondre en classe, surprend son professeur et ses camarades figés sur place. Comme si le temps s'était arrêté net. Tout rentre finalement dans l'ordre au bout de quelques minutes. Le garçon n'a pas l'éternité devant lui, pour y réfléchir, que la situation se répète déjà, mais cette fois il a décidé de chronométrer la durée de la Pause. Sept minutes et sept secondes. Au lieu de se retourner le cerveau, Hector choisit de tirer profit de la situation et va s'amuser à parcourir la ville avec une Vespa flambant neuve, se venger de ses tortionnaires ou se rendre dans la boutique de bonbons pour faire des emplettes. La propriétaire, Mme Cou Cous, lui en a interdit l'accès sur un coup de tête. Hector a d'ailleurs remarqué que plusieurs adultes de Starkley se comportaient de façon très étrange, de plus en plus mauvaise et méchante. Est-ce que cela aurait un lien avec les Pauses ? Et puis, au bout de 100 pages, l'étau se resserre quand le garçon surprend des créatures affreuses, les Terribles, se faufiler dans la ville pour kidnapper ses habitants pétrifiés... L'heure est grave. L'histoire n'est plus à la rigolade. Hector doit agir, vite. Trouver des forces alliées (oui ! ... ça va arriver), sauver sa petite ville de cette invasion sournoise et se convaincre que son père disparu fait aussi partie du lot. 

Pour son intronisation dans la littérature jeunesse, Danny Wallace sort les grands moyens (univers déjanté, monstres terrifiants, péripéties à rebondissements, sur un ton sans cesse désopilant). Et c'est clair que le livre vise haut et fort. Au départ, l'histoire semble déjà écrite et préfigure les thèmes du genre : Hector est un gamin sensible, maltraité par des grosses brutes, et qui porte en lui le départ de son père comme un poids lourd insurmontable, sa mère bosse comme une dingue et son frère est devenu un ado renfrogné. Et puis, tout bascule vers une aventure délirante, fantastique et même de plus en plus sombre et inquiétante. Il faut le lire pour le croire. Les méchants ne font pas semblant, les enfants entrent en résistance et montent une association de Transpauseurs. On découvre alors une intrigue complètement loufoque, mais où règnent l'action, l'émotion et le danger. C'est efficace, raconté de façon hilarante et néanmoins détachée. Nul doute que cette dose d'énergie bouillonnante plaira aux plus jeunes (dès 9 ans pour les bons lecteurs, le livre fait 300 pages et est largement illustré). Jamie Littler a contribué par sa touche d'encre à une atmosphère décalée et fascinante. À tester, pour le fun et l'atmosphère frissonnante.

Gallimard Jeunesse / Février 2016 ♦

Traduit par Marie Leymarie (Hamish and the Worldstoppers) ♦ Illustrations de Jamie Littler

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23/10/15

Le Collège Lovecraft, Tome 1 : Professeur Gargouille, de Charles Gilman

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Chouette bouquin que voilà ! Sa couverture à effet d'optique est clairement un appel du pied pour les amateurs d'histoires qui font peur. Imaginez un collège ultramoderne qui vient à peine d'ouvrir ses portes en vantant ses équipements et ses services à la pointe des nouvelles technologies et où une nuée de rats blancs bondissant des casiers des élèves se met à galoper dans les couloirs, le jour même de la rentrée... Matteo Debb, notre jeune héros passionné de récits fantastiques, en reste comme deux ronds de flan, comme lorsqu'il retrouve son tortionnaire de toujours, Glenn Torkells, ou son professeur de sciences, l'étrange Garfield Gouille, dont le régime alimentaire donne quelques sueurs froides.

L'histoire est d'entrée de jeu étonnante et assez saisissante d'effroi, mais n'a pas fini de nous surprendre. En explorant les couloirs de son collège, dont la magnifique et gigantesque bibliothèque, Matteo fait la connaissance d'une jeune fille de son âge, Karina Ortiz, qui l'encourage à dépasser ses peurs et ses doutes, alors même qu'une créature se faufile dans son sac. C'est seulement de retour chez lui, après bien des émotions, que la surprise sera au rendez-vous ! Et c'est tout aussi incroyable que ces événements étranges surviennent dans la vie du garçon, pourtant ordinaire et craintif, et le poussent à agir en première ligne. Lorsqu'une fille de sa classe est portée disparue, Matteo a déjà un pied dans l'engrenage et se lance dans une enquête improbable, en compagnie d'alliés tout aussi inattendus !

La lecture est entraînante, riche en aventure et en bizarreries qui ne manqueront pas de combler les aficionados de la collection Chair de Poule de R.L Stine par exemple. C'est aussi un roman court (175 pages), écrit dans un style alerte et agréable, où l'on bascule dans une dimension autrement plus fantastique qu'une intrigue basique pour collégiens solitaires et balbutiants, victimes de harcèlement scolaire. Et tant mieux. La lecture tient ses promesses et vous ouvre les portes d'un monde parallèle avec savant fou, esprits démoniaques et créatures étranges. La série compte 4 titres, avec autant de vilaines couvertures (avis personnel) qui tapent néanmoins à l'œil et attirent de façon efficace le public. Un truc de jeunes, quoi. ^-^

Bayard jeunesse / Septembre 2015 ♦ Traduit par Marie Leymarie (Professor Gargoyle - Tales from Lovecraft Middle School #1)

Lovecraft

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27/02/12

Les extraordinaires aventures de Tom Scatterhorn

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Vous ne manquerez pas de trouver ce roman passionnant, si vous acceptez de partir à la découverte d'un musée humide, sombre et glauque, avec des animaux empaillés, et derrière tout ça, une histoire de diamant disparu. Le héros du roman, Tom Scatterhorn, est un jeune garçon de douze ans, pas particulièrement intrépide, mais curieux et attentif aux moindres détails. Suite à la récente disparition de son père en Mongolie, sa mère a décidé de partir à sa recherche en confiant Tom chez son oncle Jos et sa tante Melba, également les conservateurs du musée.
L'endroit va vite devenir son nouveau terrain de jeux, avec des couloirs qui font voyager dans le temps et des animaux qui ressuscitent alors qu'on ne s'y attend pas. Ajoutez également l'arrivée de leur nouveau voisin, Don Gervase Askary, et sa fille Lotus, décidé à racheter le musée pour lui redonner ses lettres de noblesse, mais on sent bien qu'il y a anguille sous roche. Don Gervase est le descendant d'une famille qui a longtemps été amie puis ennemie avec les ancêtres des Scatterhorn. En emménageant dans le manoir des Catcher, Don Gervase ne fait pas simplement figure de mécène, il a des ambitions cachées, dévorantes et dangereuses. 
Voilà une lecture enthousiasmante, originale et riche en aventures (pour tous ceux qui aiment plonger dans des intrigues comme Indiana Jones, La Momie, Jumanji etc.). L'histoire est bien ficelée, le cadre du musée est un pur enchantement, c'est comme se plonger dans un univers hors du temps, au charme inquiétant mais fascinant. L'intrigue aussi est travaillée avec élégance, elle nous suggère une invitation au voyage et au dépaysement, en fait je crois bien être tombée amoureuse de cette ambiance ! Ceci dit, les personnages sont également très attachants, en particulier le couple de l'oncle et la tante. Et même le méchant est réussi, tant il donne la chair de poule ! Ce premier tome (d'une trilogie) se révèle une plaisante introduction. 

Les extraordinaires aventures de Tom Scatterhorn : Le Musée abandonné, par Henry Chancellor
Illustrations de l'auteur, traduction de Marie Leymarie.
Pocket jeunesse, 2011. 

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06/02/12

“The Gods know what it is to be eternal, and they love to toy with mortals who use absolutes.”

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Hélène vit avec son père sur l'île de Nantucket, un petit coin paradisiaque où tout le monde se connaît, si bien que l'arrivée d'une nouvelle famille ne passe jamais inaperçue. Les Délos aussi sortent de l'ordinaire, ils sont tous beaux, riches, intelligents, ils vivent dans une grande maison entre frères et cousins, ils suscitent l'admiration et la curiosité. Seule Hélène éprouve des sentiments opposés : la première fois qu'elle a posé les yeux sur Lucas Délos, elle lui a sauté dessus pour lui tordre le cou ! Ces deux-là ne peuvent pas se croiser dans le couloir du lycée sans avoir envie de se battre. Comme c'est bizarre, déjà Hélène se sentait mal dans sa peau - bon, c'est une bombe atomique mais elle se tient voûtée et a toujours le sentiment de déranger, ahem - et depuis quelques jours, l'adolescente est encore plus mal dans ses baskets, entre ses maux de tête, ses cauchemars et sa perte d'appétit, rien ne va plus !

Starcrossed est une nouvelle saga adolescente qui offre une relecture de la mythologie grecque de manière originale et captivante. Oui, j'ai pris énormément de plaisir à lire ce roman. Les premiers chapitres se lisent en toute facilité, et l'idée de voir la jeune fille se jeter au cou du beau gosse pour d'autres raisons que la sempiternelle sérénade sentimentale, ma foi, c'était très drôle ! Après quoi, on rentre vite dans le moule et on retrouve nos bons vieux classiques. Hélène et Lucas s'apprécient mutuellement, mais leur relation demeure platonique, ce qui agace notre héroïne. Bon, c'est sûr que les atermoiements adolescents ne sont pas ma tasse de thé, et parfois j'ai un peu rouspété contre cette vilaine manie de pleurnicher sur son sort. Heureusement, il y a une forte capacité de rebondissements dans l'histoire, même nos chéris frappés d'une malédiction vont prouver qu'ils peuvent offrir un visage frais et un humour salvateur au-delà du reste.

La lecture n'est pas novatrice dans son genre, mais cela fonctionne toujours bien. Je pense que cela tient du fait que les personnages sont bien campés, ils sont tous attachants et font preuve d'humour, l'intrigue aussi tient la route, et puis le cadre est splendide, on se croirait dans un petit cocon, c'est apaisant. Les derniers chapitres soulèvent de plus en plus d'interrogations, avec en prime des retrouvailles et une révélation qui devrait laisser pantois (sauf que, pour moi, ça a l'effet d'un pétard mouillé). Objectivement, l'auteur s'est emmêlée les pinceaux à deux, trois reprises mais on lui pardonne. La lecture a accompli son office : divertir et intriguer, du coup je suis partante pour la suite !

Starcrossed, par Josephine Angelini
Pocket jeunesse, 2012. Traduction de Marie Leymarie. 

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07/02/11

Pêle-Mêle Clarabel #21

IMG_2289L'histoire est simple et gentille, mais elle s'est révélée super émouvante, en fait. Ninon apprend que sa mère, âgée de 38 ans, attend son 2ème enfant. La jeune ado n'est pas franchement emballée, elle se braque dès que son beau-père tente de s'immiscer dans leur quotidien, elle fait de la résistance passive pour attirer l'attention car elle se sent de plus en plus délaissée. Il n'en a que pour le bébé dans le ventre ! C'est d'un ridicule, pense Ninon, qui ne s'interroge pas sur ce qu'elle ressent. Serait-elle jalouse ou ennuyée par les changements à venir ? Elle verra ça plus tard. Pour l'instant, elle soupire fort, très fort et regrette de devoir partager sa mère. Puis, arrive la naissance prématurée. Longtemps le bébé sera entre la vie et la mort, toute la famille est bouleversée, Ninon est toujours tenue à l'écart, sa mère n'est plus qu'un zombie, Stéphane, lui, avance ses billes avec précaution mais efficacité. Je ne sais pas l'expliquer, mais j'ai été vraiment émue par le stress et la détresse qui gagnent la jeune fille concernant le sort de sa soeur, entre la découvrir totalement indifférente puis fondre pour ce gnome qu'elle trouvait inutile et affreux. A croire que son statut d'aînée la conduit à se montrer moins exclusive dans sa relation avec sa mère - et là encore, c'est un sujet qui me touche beaucoup ! Enfin bref, cela a été une lecture surprise fort agréable.

- Tu vois tous ces petits bébés ? Ils se battent pour vivre. Ils se battent jour et nuit. On ne peut pas les fragiliser avec des microbes.
J'ai pensé que mes microbes n'étaient pas pires que ceux de maman ou de Stéphane, mais je n'ai rien dit. Quand quelqu'un vous fait une faveur exceptionnelle, ce n'est pas le moment de chipoter.

La petite fille dans une boîte en verre - Marie Leymarie
Gallimard jeunesse, coll. Hors-piste (2010) - 154 pages - 8€
illustrations de Pierre Bailly

A signaler en sortie(s) poche :

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Ce que j'ai vu et pourquoi j'ai menti, roman de Judy Blundell : New York, 1947. Evie vit dans le Queens avec sa mère et Joe. Lorsque ce dernier reçoit un coup de fil insistant, il décide de partir en vacances en Floride. A Palm Beach, ville fantôme où seul un petit hôtel minable est ouvert, les Spooner vont lier connaissance avec un autre couple, les Grayson, et un ancien soldat qui a connu Joe en Europe, Peter Coleridge. Evie tombe immédiatement amoureuse de lui, elle a quinze ans, elle est naïve et a toujours vécu dans un cocon, elle voue une vraie fascination pour sa mère, Bev, qui est belle comme Lana Turner. A côté, Evie se sent comme le vilain petit canard, quelconque, transparent jusqu'à ce que Peter l'aborde, l'invite à danser, lui sourit, propose de la balader dans sa voiture et l'embrasse.

Sous ce climat lourd et pesant, la tension monte, donne du suspense au récit, lequel va très mal se terminer, mais le lecteur s'en rend compte tout seul, au fur et à mesure que l'histoire avance, l'amertume gagne du terrain, les masques tombent, certaines révélations apparaissent, les confiances se perdent, et au milieu Evie se prend la plus grande claque de sa vie. Son passage à l'âge adulte résonnera comme une lente tombée du haut d'un ravin, tant elle comprendra qu'autour d'elle il n'y a que duperie, mensonge et trahison. C'est ahurissant, et le décor de l'après-guerre apporte aussi son lot en dramaturgie et autres horreurs à dévoiler, c'est franchement flippant et hallucinant. La voix d'Evie devient encore plus poignante et magnifique, on partage longtemps cette dualité qui naît en elle, en même temps que la tragédie va fragiliser son petit monde.

C'est un roman à lire d'une traite, écrit dans un style proche des films noirs d'après-guerre, classique et envoûtant, aussi amer qu'un chocolat. Une atmosphère à laquelle j'ai été très sensible.

Coll. Pôle Fiction chez Gallimard jeunesse - 6,60€

A venir : Les confidences de Calypso - Romance royale.

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04/03/10

Mine, tu crois que trop ressembler à ses parents, ça rend malheureux ?

Deux récentes lectures viennent se télescoper dans ma tête, avec leurs petites phrases qui cherchent à se brusquer les unes et les autres, des questions d'une part, des réponses de l'autre, c'est un peu le bazar mais ça me force à réfléchir et à discuter longuement avec ma propre demoiselle de fille. Nous parlons de notre relation, de notre lien qui est considéré par beaucoup comme fusionnel, et ce lien entre nous fait peur, moi la première. Je sens qu'il faut qu'entre elle et moi nous devons apprendre à nous détacher, à mieux nous séparer, à nous aimer autrement. Disons, je ne suis pas non plus comme la maman de Marcia, qui étouffe son enfant, qui copie-colle ses goûts, son style et son parfum pour n'être plus qu'une. J'additionne nos différences, certes ma fille est aussi façonnée à mon image, mais comme le souligne Clarika, c'est moi en mieux. Cette bafouille n'a nulle vocation nombriliste, ce sont juste quelques mots qui découlent de mes lectures, donc.

les_anglaisesPour commencer, j'ai terminé le nouveau roman de Marie Chartres, à la jolie couverture rouge, et qui porte le titre facétieux : Les anglaises. En référence aux boucles folles, à cette chevelure sauvage et indomptable qu'a la petite Suzie, presque dix ans. J'ai d'ailleurs aimé y retrouver une petite fille qui avait le même âge que la mienne, c'était comme me dire, alors ça fonctionne comme ça une bestiole de cet âge... Bref. L'histoire de Suzie commence par un terrible constat : on lui a menti. Elle a forcément été adoptée. Pourquoi, comment. On ne le sait pas tout de suite. Et ce sont en tout seize lettres qu'elle adresse à Mine, probablement sa véritable mère, qui l'aurait abandonnée. Tout au long du roman, Suzie se remet en question, se juge dans les miroirs et juge aussi ses parents, elle devient farouche, renfermée, elle fait la tête et veut même se venger sur la vendeuse à la queue de cheval. On n'imagine pas à quel point ça se bouscule dans la caboche d'une fillette de cet âge, pourquoi ses folles anglaises lui mènent la vie dure. C'est dit, la vie n'est décidément qu'une sombre affaire capillaire. Dans le roman, on découvre aussi Marcia, j'en parlais ci-dessus, et c'est la meilleure amie de Suzie. Elle vit seule avec sa maman qui la couve trop. Et lorsque Marcia tombe malade, tout se complique. Suzie elle-même va plonger, elle se sentira plus perdue que jamais, jusqu'à l'arrivée de Tante Odile et son fer à lisser. C'est une merveilleuse petite histoire qui parle d'identité et de personnalité, d'indépendance et de reconnaissance, et aussi de ce que l'on voit avec les yeux ou le coeur, ce qu'on souffre de ne pas dire et ce qu'on entend parfaitement dans les silences... Beaucoup d'intelligence et de sensibilité derrière ce parcours d'une fillette qui ne manque pas d'imagination, mais qui justement va s'en servir pour comprendre ce qu'elle n'arrive pas à expliquer, et permettre ainsi à mieux cerner la vérité qui ne se voit pas toujours dans les miroirs.

Et parce que j'adore ce passage (entre autres) ...

La première fois que je l'ai vue, ce sont ses cheveux qui m'ont sauté au visage. Mine, ça ressemblait à une attaque orange. Elle est rousse, tellement rousse : je suis persuadée que, si les gens dans l'univers entier n'arrivaient plus à connaître la signification des mots, tous au même moment, et devaient tout réapprendre, eh bien, le monsieur chargé d'inventer le dictionnaire mettrait la photo de Marcia face à ce mot de six lettres et tout le monde comprendrait, c'est sûr.
Ce serait lumineux, comme définition.

Neuf de l'Ecole des Loisirs, 2010 - 100 pages - 8,50€
illustration de couverture : Gwen le Gac

L'autre roman est le coup de coeur du moment de mademoiselle ma fille, nous l'avons lu ensemble, tandis qu'elle s'extasiait et s'emballait en tournant les pages comme une folle, j'avais un avis plus réservé. J'ai bien aimé ce livre, mais je pense que c'est davantage pour l'enthousiasme qu'il a su susciter chez ma jeune lectrice.

ma_mere_est_une_etoileMa mère est une étoile, roman de Marie Leymarie, raconte une autre relation très fusionnelle entre une mère et sa fille. Allons donc. Laurie vit seule avec sa maman qui est danseuse à l'Opéra. C'est une femme précieuse, raffinée, qui consacre l'essentiel de sa vie et de son temps à sa passion, et à sa fille. Celle-ci est éperdue d'admiration, tout ce que dit, pense ou vit sa mère est le modèle absolu. Laurie calque sa propre existence sur celle de sa mère, le cerclé est fermé, on parle même d'un père qui serait parti aux Etats-Unis en ne voulant jamais connaître sa fille. Aucune place pour un élément extérieur, c'est vif et tranchant. Or, Laurie voit d'un très mauvais oeil la nouvelle liaison de sa mère avec le père d'un copain. D'abord elle n'y croit pas, puis elle se fâche, elle fait un tas de reproches (muets) à sa mère, elle trouve le couple mal assorti, elle ne cesse de critiquer cet homme, refuse de partir en vacances avec lui ou de manger au restaurant s'il s'y trouve. L'attitude de Laurie relève du pur égoïsme, jusqu'à ce qu'on comprenne que ce n'est pas totalement sa faute non plus. Elle a été élevée dans l'ombre d'une mère qui elle-même s'est façonnée une image de faïence et qui s'est entourée de barricades lorsque cela l'arrangeait. L'histoire de Laurie nous raconte la difficulté de grandir et de voler de ses propres ailes, de s'accepter telle qu'on est, sans se référer à quelqu'un d'autre. Laurie comprend qu'elle doit cesser de protéger sa mère et oser mener enfin une vie qui soit vraiment la sienne. En réussissant ce pari, elle se sentira mieux dans sa peau et acceptera aussi l'amour des autres. La fin est ouverte, mais il a fallu que je l'explique à ma demoiselle de fille.

Ce fut intéressant de voir qu'à travers cette lecture, deux regards se sont penchés. Et une discussion a suivi...

Tempo, coll. de Syros, 2009 - 128 pages - 5,90€
illustration : Ilya Green

dès 9-10 ans !