20/12/17

Lumikko, de Pasi Ilmari Jääskeläinen

LumikkoCe roman est tout simplement hors du commun ! J'ignorais tout de son contenu, si ce n'est que la couverture fort séduisante me faisait de l'œil et m'invitait à m'y pencher. C'est maintenant chose faite, et j'avoue n'avoir pas été déçue du voyage.
Direction un petit village finlandais, à Jäniksenselkä, où Ella Milana découvre, en corrigeant ses copies, que l'exemplaire de Crime et Châtiment, emprunté par un élève à la bibliothèque, est truffé d'erreurs. Elle se rend sur place pour rencontrer la responsable, Ingrid Kissala, qui balaie le problème d'une main désinvolte, avant de confiner l'exemplaire dans une pièce à part. Ella Milana ne renonce toutefois pas à comprendre cette incongruité et va s'embarquer dans une traque insensée pour percer, entre autres, la personnalité de Laura Lumikko, célèbre auteur de romans pour la jeunesse, également connue pour avoir créé une Société littéraire dont l'entrée est verrouillée. Chance incroyable, Ella est conviée à devenir le dixième membre... Mais au cours de la cérémonie de son intronisation, une effroyable tempête de neige ravage tout sur son passage et fait disparaître la maîtresse des lieux. Ella est alors à la croisée des chemins et a la sensation d'avoir été assise sur un strapontin. Qu'importe, elle décide de poursuivre son enquête et s'applique à suivre les règles tordues du Jeu - qui consiste à se faufiler chez les autres sociétaires et les obliger à “déverser”, en usant parfois de méthodes douteuses. Les dés sont lancés, la partie de “strip-tease psychique” peut commencer. Ella Milana va ainsi pénétrer dans les coulisses d'une société secrète avec des écrivains dont les révélations vont faire chavirer la barque ! 
Au final c'est drôlement vicieux, assez étrange et malgré tout fascinant. J'admets avoir été parfois paumée ou mal à l'aise, mais pas du tout rebutée par ce que je lisais. Au contraire, en dépit des excentricités et autres divagations, j'avais toujours envie de découvrir la suite ! Car cela reste une expérience de lecture peu banale, et plutôt enthousiasmante. Il y a pas mal de charme, de mystère et de “réalisme magique” au menu. Une ambiance singulière et des personnages pas du tout attachants. Mais c'est ce mélange qui rend l'aventure incroyable, puisqu'on s'égare volontiers dans les méandres de cette histoire où se mêlent le processus d'écriture, la création littéraire, la mythologie, les spectres et les croyances. Cela foisonne en toute allégresse. Résultat, la lecture est à la fois tendre, ironique, subtile et troublante. Elle procure une immersion originale et marquante ! ☺

“Les détectives amateurs dont regorge la littérature l'avaient toujours agacée par leur manque de crédibilité. Elle n'avait aucune intention de devenir une petite fouineuse du dimanche façon Miss Marple ou une version bon marché de l'homme de Baker Street, et elle n'avait pas la moindre envie de finir dans les gros titres des journaux à sensation. Ce n'était pas ainsi qu'on bâtissait une carrière universitaire. Elle ne voulait pas être le bras de la justice, elle voulait simplement écrire une bonne étude littéraire et gagner sa vie.”   

10x18 (2017) - Trad. Martin Carayol

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08/04/15

Fille de l'eau, d' Emmi Itäranta

FILLE DE L’EAU

Noria sait qu'un jour elle sera Maître de thé comme son père, qui lui enseigne déjà tous les secrets de son art, selon les rites ancestraux. Leur vie, pourtant, est menacée dès l'instant où le commandant Taro met un pied en ville. Ce type, intransigeant et acharné, a donné pour mission à ses troupes de surveiller l'approvisionnement en eau de la population et démanteler tout trafic illégal. La neige ayant disparu, l'eau est devenue une denrée rare. Appauvries par la sécheresse, les contrées sont donc rationnées pour leur besoin personnel. Le commandant Taro est persuadé que le Maître de thé possède en secret une source d'eau douce pour sa cérémonie, dont les traditions séculaires ne sont plus en phase avec les privations subies par la population (trop de gaspillage, selon lui). Pensant que Noria est naturellement dans la confidence, il tente de l'intimider pour obtenir les précieuses informations. Or, elle a juré de ne jamais évoquer cet « endroit qui n'existe pas ». Son existence paisible, vouée à reprendre le flambeau de son père, va alors basculer dans le chaos.

Cette lecture m'aura finalement inspiré un profond sentiment de lassitude et d'ennui. Non pas que l'histoire soit inintéressante (elle montre l'importance de l'eau et la nécessité de la préserver pour notre survie). C'est simplement la façon de la raconter qui est particulièrement accablante. L'intrigue est pesante et dramatique, le ton monotone, l'héroïne désespérée et l'action lente. Tout ça baignant dans une atmosphère austère et glaciale, pas étonnant de se sentir oppressé, avec l'envie pressante d'en sortir ! Je n'ai donc pas été sensible aux charmes de cette histoire poignante, un brin déroutante, limite cafardeuse. Et malgré l'atmosphère poétique et le contexte original, on s'y sent mal à l'aise et peu inspiré. Dommage.

Presses de la Cité, janvier 2015 ♦ traduit du finnois par Martin Carayol (Teemestarin kirja)

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