15/12/16

Un aigle dans la neige, de Michael Morpurgo & illus. par Michael Foreman

Un aigle dans la neige

Fuyant Londres et ses bombardements incessants, Barney et sa mère croisent dans le train un individu qui va leur confier l'histoire étonnante de son vieil ami Billy Byron.
Soldat durant la Première Guerre Mondiale, celui-ci a fait preuve d'une bravoure remarquable, largement récompensée par les médailles et les honneurs. Tout à sa modestie, Billy se défendait d'être un héros. Il avait la guerre en horreur mais la saisissait à bras-le-corps pour y mettre un terme au plus vite. Le jeune homme n'était pas inconscient, pas plus courageux ou intrépide, simplement il était déterminé à abréger le carnage, à épargner la population et les soldats sacrifiés. 
Mais au cours d'une bataille acharnée à Marcoing, dans le Nord, Billy et son bataillon sortent vainqueurs et rassemblent leurs prisonniers, lorsque un allemand hagard surgit de nulle part, le fusil à la main. Ses camarades le mettent en joue, mais Billy réclame la clémence générale et laisse ce soldat repartir. 
Après la guerre, Billy aspire à retrouver une vie tranquille, tout en songeant longuement à une petite fille, Christine, qu'il avait sauvée et conduite à l'hôpital. Il n'aura de cesse de la retrouver... pour finalement l'épouser ! La folie des hommes étant une source intarissable, Billy en subira de nouveau le poids en découvrant un film de propagande nazie. Là, s'affichant sur l'écran de cinéma, un énergumène au regard haineux et aux discours enflammés. Billy reconnaît aussitôt le soldat épargné à Marcoing sous les traits du Führer.
Cette vision va le plonger dans un gouffre sans fond de dépression et de culpabilité. Malgré le coup de fil du Premier Ministre Chamberlain, assurant qu'il avait participé au maintien de la paix en secourant Hitler, Billy va amèrement se reprocher sa charité. N'en pouvant plus, Billy part donc en Allemagne et ne touche mot à personne de son projet d'assassiner le dictateur. 

Ce récit romancé a été inspirée par l'histoire vraie du soldat Henry Tandey, « celui qui n'a pas tiré sur Hitler ». Anecdote authentique ou fabulée, elle a donné matière à Morpurgo d'écrire une histoire romanesque et poignante. Avec un art consommé du suspense et de la mise en scène, la lecture se révèle captivante ! On y plonge le cœur battant et on absorbe aussitôt l'angoisse ambiante, à s'imaginer aux côtés de Barney et sa maman, coincés dans leur train qui se planque dans un tunnel pour échapper aux raids aériens. La rencontre avec l'ami d'enfance de Billy va ouvrir la porte aux souvenirs et faire revivre le passé et le parcours du soldat Byron. En dépit des doutes et des interrogations, on ressent une vive émotion à l'évocation des actes manqués du soldat, qui aurait pu changer la face du monde et le cours du destin. Morpurgo et Foreman ont, comme de coutume, uni leurs talents pour recomposer l'injustice de la guerre à travers une intensité dramatique palpable et émouvante. Très bon roman.

Traduit par Diane Ménard pour les éditions Gallimard Jeunesse - Octobre 2016


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28/07/15

Folio junior Version Originale : The Mozart Question, de Michael Morpurgo

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Une jeune journaliste doit interviewer l'illustre violoniste, Paolo Levi, avec pour seule consigne de ne pas aborder la question Mozart. Mais face au musicien, elle s'embrouille et lâche le morceau. L'homme réagit de façon tout aussi inattendue en murmurant : « Someone once told me that all secrets are lies. The time has come, I think, not to lie anymore. ». Sur ces mots, il lui raconte l'émouvante histoire de son père, ou comment un brillant violoniste est devenu barbier à Venise, après avoir renoncé à jouer de son instrument.

L'enfant a neuf ans et serine ses parents pour connaître la raison. Mais ces derniers se ferment comme une huître. Paolo finit par rencontrer dans la rue un musicien de 62 ans, Benjamin Horowitz, qui joue du Mozart à n'en plus pouvoir et va accepter de donner des leçons au garçon, en cachette des siens. Le jour où ses parents découvriront la supercherie, au lieu d'exploser de colère, ils se jetteront dans les bras de Benjamin. Toutes larmes dehors. Les langues vont se délier et raviver le souvenir de leur rencontre.

Vingt ans plus tôt, tous trois sont juifs et envoyés en camp de concentration, où ils sont recrutés pour jouer dans l'orchestre, d'abord pour divertir les soldats et officiers nazis, puis pour accueillir les convois et noyer l'angoisse des prisonniers, toujours plus nombreux. Du Mozart pour endormir leur vigilance. Les accompagner jusqu'aux portes de la mort. Tromper le monde et les apparences. Quelle ironie. Après quoi, Gino et Laura, traumatisés à vie, ont rangé leurs instruments au fond d'un placard. Pour tout oublier.

On lit cette histoire avec la boule au ventre, à mesure qu'on découvre le drame de ces musiciens brisés. C'est beau et poignant, raconté avec élégance et pudeur. Michael Morpurgo rend un formidable hommage de mémoire (« the memories we have are like nightmares, and we want to forget, but there is a time for truth ») en rappelant l'importance de la transmission. Un roman fabuleux, à découvrir dans sa langue originale. Accessible et bouleversant.

Folio Junior, coll. Version Originale / Juillet 2015 ♦ Illustration de couverture : Michael Foreman

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25/09/09

Kaspar Le chat du Grand Hôtel ~ Michael Morpurgo

Gallimard jeunesse, 2009 - 208 pages - 12,50€
traduit de l'anglais par Diane Ménard
illustré par Michael Foreman

kasparInvité en tant qu'écrivain en résidence à l'hôtel Savoy de Londres, Michael Morpurgo s'est inspiré de l'histoire d'une statuette de chat noir pour imaginer la vie d'un chat - Kaspar - symbole de chance et d'amour pour ceux qui l'approchaient. Bien évidemment, ce n'est pas n'importe quel chat, il s'agit du prince des chats, le compagnon d'une comtesse russe, également une diva très célèbre, et le jeune groom de l'hôtel Savoy, Johnny Trott, est alors fasciné par cette femme et son chat à l'air hautain et dédaigneux. Sa bonne fortune aidant, il va être très proche de la comtesse et s'attacher au chat qui va en retour l'adopter. Un drame va pourtant bouleverser cette belle idylle. Johnny, qui est également orphelin, s'était habitué  à cette promesse d'une vie qui le faisait rêver. Bref, son chemin va lui faire rencontrer une autre famille très riche, les Stanton, des américains venus en Angleterre à bord d'un immense paquebot, avec leur fille âgée de huit ans, Lizbeth (plutôt frondeuse et risque-tout, elle prend plaisir à gambader partout et à se cacher dans les moindres recoins de l'endroit où elle se trouve). C'est ainsi qu'elle va rencontrer Kaspar, puis Johnny. Et l'aventure ne s'arrête pas là, puisque les Stanton doivent rentrer à New York et s'embarquent à bord du Titanic.

Du Morpurgo, encore et toujours ! Forcément, l'histoire est belle, bien écrite, touchante, pleine d'émotion et de sensibilité, avec cette fois les illustrations de Michael Foreman pour nous plonger dans une incroyable ambiance du début du 20° siècle. Plaisir des yeux, plaisir de la lecture aussi...
J'ai cependant moins adhéré à la partie se passant à bord du Titanic, tout simplement parce que j'avais trop les images du film dans la tête, c'est idiot, je sais, par contre ma fille (encore une page blanche sur le sujet) s'est totalement laissée absorber par l'histoire, elle a été transportée par le vent de panique, le suspense et la tragédie du naufrage. Elle a tremblé, retenu son souffle, s'est souciée du sort de tous les personnages, le chat compris, elle a vraiment beaucoup apprécié.
D'où ma conclusion que ce livre doit être lu par les jeunes lecteurs, dès 9 ans par exemple, car c'est un roman en même temps qu'un livre illustré, les 200 pages ne seront jamais trop pesantes.

> lu et apprécié par Emmyne, également

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20/10/08

Plus jamais Mozart - Michael Morpurgo

Journaliste débutante, Lesley McInley remplace une collègue blessée au pied et s'envole pour Venise interviewer l'illustre violoniste, Paolo Levi. Une importante condition a été glissée : ne surtout pas poser la question Mozart. Mais quelle est-elle, se demande Lesley. Perplexe, elle rencontre donc le musicien et perd tous ses moyens. Elle lui bredouille ses plus plates excuses en faisant allusion à la question Mozart qu'elle ne doit pas évoquer, et cela entraîne une réaction tout à fait contradictoire chez Paolo Levi. Il se prend la tête entre le mains et murmure que tous les secrets sont des mensonges. Sur ces mots, il se met à confesser une histoire étonnante. La sienne, celle de ses parents et celle de millions de juifs exterminés.

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Vers l'âge de neuf ans, Paolo a découvert que ses parents ont été de brillants violonistes qui ont choisi de ranger leurs instruments en renonçant au plaisir d'y jouer et d'apprécier tout simplement la musique. Dans la rue, le garçon fait la connaissance de Benjamin Horowitz, un homme de soixante-deux ans, qui lui confie avoir connu ses parents il y a quelques années, dans des conditions cauchemardesques. C'est encore trop tôt pour tout avouer mais Benjamin accepte d'initier l'enfant à la musique en lui enseignant le violon, en cachette de ses parents.

Le pot aux roses sera découvert et Paolo va apprendre le passé des siens, envoyés en camp de concentration et retenus, après audition,  pour jouer dans un orchestre à la solde des officiers nazis. Non, ce n'était pas dans un but de divertissement, c'était bien pire que ça mais le piège était déjà refermé sur Gino, Laura et Benjamin. Et la question Mozart prend alors tout son sens, en une promesse faite à son père de ne jamais raviver cette plaie à vif.

Encore une histoire racontée avec élégance et pudeur par Michael Morpurgo, qui se met au service du devoir de la mémoire et de l'hommage vibrant à tous les prisonniers qui ont pu survivre en jouant de la musique dans un théâtre affreux. Qu'ont-ils pu ressentir de jouer dans des circonstances aussi horribles ? Et associer Mozart à ces heures sombres a-t-il eu une conséquence tout aussi grave et traumatisante ? C'est ce dilemme que traite l'auteur, avec toute la justesse qu'on lui connaît.

L'histoire est tendre, assez émouvante, illustrée par les aquarelles de Michael Foreman. Ici la musique réveille l'écho d'un passé terrible pour nous plonger au coeur de la nuit la plus noire. C'est très beau.

Gallimard jeunesse, octobre 2008 - 75 pages - 11,90€

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25/04/07

Pour voir plus loin que le bout de son nez

Je tiens à vous présenter ce livre d'une histoire vraie racontée par Michael Foreman ...

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Imaginez que vous vivez dans une sorte de décharge, entre la grande ville et les montagnes, dans la cordillière des Andes… C'est là que le narrateur de cette histoire a rencontré Mia. Elle vivait avec sa maman, son papa, leur cheval Sancho et son chien Poco, dans une maison faite de bric et de broc. Ils sont devenus amis au premier instant.
Voici l'histoire de Mia.
Partie à la recherche de son chien Poco qui a disparu, elle découvre un jour, dans les montagnes, de petites fleurs blanches qu'elle décide de cultiver et de vendre au marché. C'est un vrai succès et elle peut, à son tour, rêver avec son papa de pouvoir se construire un jour une maison en brique.

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Ce livre nous emmène au-delà de nos frontières, dans une région où des enfants vivent avec leurs parents dans la pauvreté. Ils n'ont pas de maison, vont dans une petite école, vivent de petites débrouilles et pataugent dans des décharges qui permettent de subvenir à leurs besoins. Mais loin du misérabilisme, l'auteur va raconter l'histoire d'une petite fille qui perd son chien et, sur le chemin de ses recherches, elle aperçoit un gros nuage noir flottant au-dessus de la ville. Pouah. Sa fraîcheur et son optimisme vont la conduire également à produire de belles petites plantes blanches pour les vendre sur le marché, gagner un peu d'argent et espérer ainsi avoir une vraie maison en briques !

C'est une histoire sur la modestie, sur la prise de conscience, sur le souci écologique et l'importance du recyclage. J'ai trouvé que cet album proposait une vraie richesse dans ses thèmes de lecture, tout en racontant une belle histoire d'amitié entre une petite fille et son chien. Ce n'est pas courant, et c'est même la première fois que j'aborde un sujet aussi sensible avec ma fille. Cela permet de leur ouvrir les yeux sur notre monde et c'est important de prévenir. Enfin moi je trouve... 

Un livre très beau, aussi bien dans ses illustrations que dans son propos, et jamais compassé ou larmoyant. Bien au contraire ! C'est une belle leçon de courage ! A partir de 6 ans.

Gallimard jeunesse (mars 2007)

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Fais un voeu...

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