10/07/17

Alice change d'adresse, de Michel Moatti

ALICE CHANGE D’ADRESSEAnéantie par la perte tragique de son fils Franck, Alice a tenté de mettre fin à ses jours et se trouve actuellement à la clinique de Belmont pour suivre une thérapie. Elle y rencontre un ancien officier de police, Van Dern, qui soulève l'étrangeté de son dossier - selon lui, son fils n'est pas mort mais aurait été enlevé. Cette révélation suffit pour secouer Alice, qui accepte de suivre l'individu hors des sentiers battus. Le personnel de la clinique est vigilant, mais elle refuse de lui octroyer davantage de temps à ressasser son drame. Un dimanche pluvieux, alors qu'elle se promenait avec Franck le long du canal, une averse s'est abattue sur eux, emportant son fils près de l'écluse n°9. Les souvenirs d'Alice sont néanmoins assez flous et confondent les images, les sons, les sensations. À force de discuter avec Van Dern, elle remet peu à peu en scène cet épisode dramatique en convoquant les souvenirs des rares témoins de cette sinistre journée.

Autant avouer que la lecture de cette histoire est tout aussi confuse et embrumée que l'esprit de l'héroïne traumatisée. Son état cotonneux, maintenu par sa prise intensive de médicaments, rend l'avancée tâtonnante et erratique. Mais cela cultive aussi un suspense psychologique appréciable et captivant. On a beau froncer les sourcils, n'y comprendre goutte, on ne lâche pas l'affaire et on tourne les pages avec l'envie d'en savoir plus. Le roman joue habilement avec les codes du genre. Ici, les silhouettes sont vagues, les mots confus et les pistes effacées. Les changements d'adresse d'Alice sont, autrement dit, des “aventures mentales” (“paysages mentaux de la folie”, “échappées belles des psychotiques”). L'expérience est déroutante, mais vaut le détour si l'on accepte de suivre le flux sans pointer du doigt les incohérences et dans l'attente patiente du final qui viendra éclairer les zones d'ombre. Le dénouement, avec ou sans grande surprise, ponctue la dernière note de cette lecture étrange, mais aux illusions et aux espoirs nombreux.

10-18 / 2017

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


05/06/16

Retour à Whitechapel, de Michel Moatti

Retour à Whitechapel FB

À la mort de son père, en septembre 1941, Amelia Pritlowe apprend dans sa lettre testamentaire sa filiation avec Mary Jane Kelly, la dernière victime de Jack l'Éventreur. Amelia n'avait que deux ans au moment des faits, confiée aux bons soins paternels, jamais personne n'a osé lui avouer toute la vérité sur l'identité de sa mère, prétendant que celle-ci était décédée d'une maladie pulmonaire. Cinquante ans plus tard, alors que la ville de Londres subit les bombardements sauvages des allemands, Amelia, qui est infirmière au London Hospital, convoque les membres de la Filefox Society, tous ripperologues actifs, pour se plonger dans les archives et revoir chaque pièce du dossier. La tâche est ardue, mais également minutieuse et exaltante, car Amelia va littéralement remonter dans le temps pour revivre les heures sombres de la plus grande énigme criminelle et raviver les cendres froides des dépouilles du serial killer, entre août et novembre 1888. Le lecteur aussi va participer à cette étude longue et pointilleuse de l'affaire, en s'immergeant jusqu'au cou dans les quartiers pauvres pour constater la misère sociale, avec un souci du détail parfois pesant et indigeste. L'atmosphère nocturne et angoissante de l'East End du XIXe siècle y est dépeinte sans artifice. C'est glauque, miteux et effroyable, cela procure une sensation inconfortable et étourdissante. La reconstitution est d'ailleurs semblable à celle du film From Hell, dans sa volonté de souligner l'antagonisme social et d'apporter une autre lumière à cette intrigue. Michel Moatti propose en effet sa propre solution quant à l'identité de Jack l'Éventreur en une démonstration, aussi hypothétique soit-elle, pertinente et crédible. En gros, ses conjectures tiennent la route. Après, il faut s'attendre à une lecture au style factuel et un peu lourd, même si le livre se lit avec intérêt et s'apprécie pour son authenticité et son thème obsessionnel - Jack l'Éventreur reste un mythe absolu et alimente les spéculations les plus folles aux plus sordides. L'ouvrage découle d'un travail de longue haleine (Michel Moatti était employé aux archives victoriennes de Londres et membre de la Whitechapel Society). C'est peu de dire qu'il connaît son sujet sur le bout des doigts ! Lecture appréciable et intéressante.

10-18, coll. Grands Détectives, décembre 2015

 

# Mois Anglais 2016 : Meurtre à l'anglaise

Mois Anglais 2  British mysteries