29/10/15

Horrorstör, de Grady Hendrix

Horrorstör

Quelle singulière couverture, qui prête volontairement à confusion ! Eh non, ceci n'est pas le dernier catalogue d'un célèbre magasin d'ameublement suédois. Il s'agit tout simplement d'une tentative amusée d'un auteur américain qui cherche à faire parler de son roman, dont l'histoire se passe dans une grande enseigne de meubles (Orsk).

Basil, le responsable du magasin, est contrarié par des actes de vandalisme répétés, qui se passent la nuit, sans jamais alerter les caméras de surveillance. Il convoque donc deux employées, fiables et discrètes, Amy et Ruth Ann, pour une inspection nocturne et entend lever le mystère sur ces agissements incompréhensibles. Or, rien ne va se passer comme prévu. Et la nuit va être longue, très longue. On réalise assez vite que l'ambiance du magasin est oppressante, en plus d'être inquiétante, car des phénomènes dignes de figurer dans Paranormal Activity s'invitent à la fête. Youhou. La lecture prend enfin une tournure glaçante, alors qu'on s'imaginait débarquer dans une critique cinglante de la société de consommation, planquée sous des artifices anxiogènes. Mais le résultat est là, scotchant, sombre, poignant. On louvoie entre les émotions fortes et la réflexion suggestive, à l'ombre d'une histoire terrifiante et au suspense hyper efficace. C'est d'autant plus percutant que l'expérience est vécue par une jeune femme éreintée par son boulot, qu'elle ne supporte plus mais auquel elle reste enchaînée par obligation économique. La tension qui s'installe au fil des pages est donc pernicieuse. On devine le danger, plus qu'on ne le subit. Le rythme est lent, l'attente assez longue. Mais heureusement cette chasse aux fantômes prête aussi à sourire, dans les échanges entre les personnages et leur humour sarcastique, d'où certaines scènes surréalistes (cf. extrait ci-dessous). En bref, Horrorstör n'est pas juste un roman qui fait peur, qui dénonce l'esclavage moderne et qui a réussi un gros coup de pub. C'est avant tout une lecture qui fait ressentir des tas de choses et ce n'est déjà pas si mal. 

Milan et demi / Août 2015 ♦ Traduit par Amélie Sarn

♦ Lecture en commun avec Hilde - Sookee &  Lou ♦ 

« De l'autre côté de l'allée, le décor présentait la chambre Sylbian. Tonalité mauve, le moindre détail parfaitement agencé. Rien ne manquait, tout était à sa place. Sauf qu'une main dépassait du cache-sommier. Une main poilue avec une alliance en or.
Amy donna un coup de coude à Basil. Il suivit son doigt tendu et ses yeux s'écarquillèrent comme des soucoupes. 
Leur mouvement de recul alerta Matt qui se retourna. En voyant la main, il sursauta et essaya de tirer Trinity en arrière, mais elle se dégagea. Ruth Ann s'éloigna le plus possible.
- Hum, toussota Basil, nous vous voyons.
Rien. Pas de réaction.
- Sous le lit, poursuivit Basil d'une voix trop forte. Avec l'alliance. Nous voyons votre main poilue et... nous vous encerclons.
La main ne bougea pas, ne tressaillit même pas. Amy ferma les yeux. Ils avaient trouvé un cadavre, ça ne pouvait être que ça. Quelqu'un était mort dans la zone des Chambres, et il était évidemment hors de question que ce cadavre puisse être encore là à l'ouverture. Basil exigerait qu'il soit évacué avant l'arrivée du consultant de la maison mère. Cette nuit ne finirait jamais.
- Nous avons appelé la police, tenta de nouveau Basil. Vous devriez sortir de dessous ce lit de votre plein gré, maintenant. Sinon, ce sont les policiers qui vous y obligeront. Vous avez envie de goûter à leurs bombes lacrymogènes ? Ou à leurs Taser ?
Brusquement, Ruth Ann passa devant lui et poussa le lit. L'homme était étalé face contre le sol, les bras écartés, façon étoile de mer. »

♦♦♦♦♦♦

 

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22/10/15

Classique Maudit pour le #Challenge Halloween : Docteur Jekyll et Mister Hyde

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illustré par Sébastien Mourrain ♦ traduit et adapté par Maxime Rovere

Magnifique adaptation de ce classique de R.L Stevenson, qui propose, rien par sa couverture et ses illustrations mystérieuses, une immersion radicale dans un univers fiévreux et inquiétant. 

Dans le Londres de la seconde moitié du XIXe siècle, le notaire Utterson revient sur sa rencontre avec mister Hyde, un personnage abject, qui prétend connaître le respectable docteur Jekyll, dont il serait le légataire universel. « Comment un véritable suppôt du diable peut-il fréquenter un parfait gentleman ? » Utterson cherche à obtenir une explication de son ami, mais le docteur Jekyll se ferme comme une huître et Utterson s'en retourne à ses basses besognes. Un an plus tard, mister Hyder fait de nouveau parler de lui en assassinant cruellement un honorable conseiller municipal. La ville est sous le choc mais l'individu est introuvable. Jekyll est prostré chez lui, clamant qu'il ne reverra plus jamais de sa vie ce rustre, ce maudit, ce dément. Il remet également au notaire la confession écrite du coupable, que celui-ci aurait déposée devant sa porte avant de disparaître. Peu de temps après, Utterson s'entretient avec un ami commun, le docteur Lanyon, qui lui avoue avoir reçu un choc dont il ne se remettra pas. « Je ne veux plus entendre un mot à propos du docteur Jekyll. Ne parlons pas d'un homme que je considère comme mort. Un jour, vous apprendrez peut-être la vérité sur toute cette histoire. » Après bien des drames et autres tragiques disparitions, Utterson finira par percer le mystère du lien étrange entre le docteur Jekyll et mister Hyde. Une découverte susceptible de bouleverser sa vision de l'être humain (le civilisé et le sauvage, l'animalité et l'humain, la mort et la vie) et qui préfigure sans nul doute la schizophrénie actuelle.

J'ai toujours eu un faible pour cette histoire sombre et fantastique, palpitante et endiablée. Elle reste pour moi un titre inconditionnel de la littérature classique anglaise indémodable. Cette adaptation sous forme d'album au grand format (26,5 x  32,5 cm) lui rend un formidable hommage, avec une mise en couleurs extraordinaire qui crée d'office une aura envoûtante.

Milan / Coll. Albums Classiques ♦ Octobre 2015

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03/07/15

#8PM, tome 2 : Effets secondaires, de Jeff Sampson

8PM

Emily était une jeune fille sans problème, plutôt réservée, jusqu'au jour où sa personnalité a commencé à se dédoubler pour devenir une Emily de la Nuit, vamp incontrôlable, qui fait les 400 coups et drague les mecs lors des soirées alcoolisées. Mais c'était avant de découvrir sa nature profonde et de comprendre qu'elle avait servi de cobaye pour un laboratoire privé. Elle a depuis identifié d'autres jeunes gens dans son cas, zigouillé un meurtrier en série et renoncé à sa vie d'avant. Car les ennuis la poursuivent et Emily doit sonner le rassemblement de la “meute” pour prévenir la présence envahissante de “spectres” et repérer les nouveaux “déviants” qui circulent en électrons libres. Or, son amie Megan prend la mouche et pollue futilement une grande partie de l'histoire, qui déraille en une spirale infernale, mais pas démentielle non plus. Le rythme est bon, les personnages bien en place dans une intrigue peu exceptionnelle, mais pas déplaisante. On n'a pas une évolution fulgurante des caractères qui restent, pour la plupart, très juvéniles et peu fouillés. Je reste aussi perplexe à la lecture de l'univers dépeint (le truc où l'on se renifle... mouaip), même si l'auteur tente sincèrement de renouveler une mythologie ressassée (je spoile si je balance sa teneur), cela reste donc trop en surface à mon goût. Il s'agit de l'avant-dernier tome d'une série qui ne se distingue pas par son originalité, mais inspire une certaine sympathie.

Milan, coll. Macadam / avril 2014 ♦ Traduit par Mim (Deviants #2 : Havoc)

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25/06/15

Les Insurgés, de Malorie Blackman

Les insurgés

Kaspar Wilding vient d'intégrer la prestigieuse académie des Gardiens et rêve d'une brillante carrière, à l'instar de ses parents tous deux décédés. Depuis son enfance, il a grandi dans le culte de l'Alliance et son Haut-Conseil qui lutte contre les Insurgés en prônant un combat pacifique : les armes létales sont strictement interdites, toute répression est réglementée, l'ennemi est arrêté et envoyé en détention pour interrogatoire. Kaspar est convaincu d'œuvrer pour la bonne cause. C'est seulement lors d'une opération de contrôle avec son pote Dillon que le garçon va croiser le chemin d'une jeune rebelle et entrevoir une autre perspective sur ce monde où ils vivent dans des camps différents.

On a là un scénario classique pour un roman dystopique promu par la réputation de l'auteur. Malorie Blackman a coutume d'écrire des livres qui incitent à réfléchir et ne pas tout gober à la première cuillerée. Cette fois, la réflexion porte sur la politique et la manipulation des têtes gouvernantes. Ne pas croire aveuglément tout ce qu'on peut raconter. Le héros de l'histoire est un garçon intrépide mais meurtri par son héritage familial. C'est un bon bougre, qui agit à l'instinct, voit tout, capte tout, sent tout. Un vrai petit génie.

C'en est même trop, car il n'est pas assez avisé. Après chaque coup d'éclat, il tente de se poser et commence à s'interroger. Il collabore avec une jeune Archiviste aux cheveux mauves, Mac, pour bidouiller les ordinateurs et va s'attirer les foudres des chefs, bref on connaît la suite. Je sais bien que c'est un cheminement basique, mais à ce stade j'ai lu trop de romans du même goût pour lui passer la pommade sans avoir à y redire ! ... Le bouquin se lit vite et bien. C'est truffé d'action et de conspiration. Après ça reste léger et trop survolé. 

Milan, coll. Macadam / avril 2015 ♦ Traduit par Amélie Sarn (Noble Conflict)

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23/04/15

Complice(s) d'Eireann Corrigan

Complice

« Ça a commencé comme une plaisanterie. Une blague de très mauvais goût. Le genre de truc dont on n'aurait osé parler à personne, Chloé et moi, de peur de passer pour des monstres. (...) On n'était pas obsédées par la célébrité, d'autant qu'elle est éphémère, les gens ont la mémoire courte. Non, l'intérêt c'était plutôt d'avoir un rôle crucial lors d'un événement important. Une façon de rester vigilantes et réactives, quoi. »

L'heure est grave : une éducation complète ne suffit plus pour entrer dans l'université de son choix, il faut aussi de la motivation en béton, une forte personnalité et combattre l'adversité. Chloé met alors au point, avec son amie Finn, un faux kidnapping. Tandis qu'elle se planque dans la maison de sa grand-mère, savourant son succès devant son poste de télévision, Finn est dépassée par l'ampleur du drame qui se joue à l'extérieur et tente de trouver une issue favorable. Le plan des deux ados peut sembler stupide, naïf et irréfléchi, mais il est dénonciateur des défauts de notre société, comme la pression sociale, la spirale médiatique et ses effets pervers. Difficile alors de ne pas se sentir concernée, ou littéralement happée, par le fil de l'histoire, qui se déroule selon une orchestration simple en apparence, avant de se révéler féroce et implacable. 

La lecture est en effet hallucinante, voire frustrante, car les deux héroïnes sont rudement agaçantes par leur égoïsme et leurs mauvaises décisions. On n'éprouve aucune empathie pour elles, au contraire on s'indigne et on a envie qu'elles se ressaisissent (peut-on infliger pareille torture à sa famille ?!). Même leur amitié sera mise à rude épreuve, faisant voler en éclats le vernis des apparences. L'histoire est donc d'une redoutable efficacité, avec un suspense au taquet et la démonstration d'une supercherie aux conséquences dévastatrices. Bonne pioche pour ce roman qui se veut captivant, poignant, tordu... scotchant !

Milan, coll. Macadam, mars 2015 ♦ traduit par Pascale Houssin (Accomplice) 

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20/04/15

L'Élite 2. Sous surveillance, de Joelle Charbonneau

L’Elite2

Je m'attendais à une suite plus originale, au lieu de ça l'histoire est lente, répétitive, portée par une héroïne peu attachante. Cia est une jeune fille brillante, mais franchement agaçante. Tout repose sur ses épaules, au lieu de paniquer, elle gère à merveille les nouveaux tests psychologiques, les nombreux cours qu'elle doit suivre, la mission d'infiltration, bref elle anticipe chaque événement sans frémir. De plus, l'intrigue évolue sans hâte et se perd dans la description de la routine universitaire. Me suis clairement ennuyée. Il est loin le temps d'une lecture trépidante, semée d'embûches et pleine d'imprévus. Je n'ai pas été convaincue par la nécessité de tester à nouveau les rescapés du tome 1, et encore moins par l'interlude amoureux, qui ne sert à rien. Je lirai néanmoins le prochain tome, pour connaître la fin de l'histoire qui avait su faire preuve d'un brin d'originalité jusqu'à présent... ☺

éditions Milan, coll. Macadam, février 2015 ♦ traduit par Amélie Sarn (The Testing : Independent Study)

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06/04/15

L'Élite, de Joelle Charbonneau

L’Elite

Meurtrie par les guerres successives et les catastrophes naturelles à répétition, la planète se reconstruit avec peine. La société a également remodelé ses repères en formant diverses colonies où chacun doit multiplier ses efforts pour assurer sa survie. Dès 16 ans, la jeune génération est jetée en pâture, soit pour travailler, soit pour aller à l'université et devenir l'élite de demain. Mais pour se montrer à la hauteur des attentes, il faut faire montre d'intelligence, de rouerie et d'acharnement.

Cia a grandi dans la colonie des Cinq Lacs et aspire à rejoindre la Capitale pour intégrer l'université de Tosu. Pour décrocher son ticket d'entrée, il faut être sélectionnée à passer le fameux Test (une série d'épreuves intellectuelles, physiques et morales). Son père en a fait l'expérience, mais n'en a plus aucun souvenir. Cette situation frustre la jeune fille, désireuse de se surpasser. De plus, cela fait dix ans que leur petite colonie n'a pas envoyé de candidats pour les représenter. Cia a donc hâte de chambouler la répartition, quand arrive enfin la remise des diplômes, avec l'annonce officielle de la précieuse sélection.

À l'annonce du cocktail : jeunes gens prêts à tout pour décrocher le Graal, écrémage drastique, selon des règles à l'éthique douteuse & zigouillages d'une rare violence (poison, arbalète, chasse à l'homme), vous vous dites “j'ai déjà lu ça”. Mais encore ? Eh bien figurez-vous que cette histoire au scénario rodé parviendra une fois encore à vous surprendre, en vous embarquant dans une aventure palpitante, et qui tient en haleine. Seule l'héroïne a pour principal défaut d'être une demoiselle trop parfaite (elle sait tout, capte très vite, semble revenue de tout). Même son histoire d'amour arrive comme un chien dans un jeu de quille. C'est passablement frustrant.

À part ça, on mord à l'hameçon et on ne le lâche plus. L'intrigue ancrée dans le milieu universitaire est une donne nouvelle et intéressante. On se sent vite à son aise, curieux de tout, angoissé par les épreuves et leurs enjeux. Même si la recette est parfaitement éculée, elle est toujours efficace et d'une intensité psychologique redoutable ! J'ai beaucoup aimé et n'ai pas traîné pour lire la suite !

éditions Milan, coll. Macadam, mai 2014 ♦ traduit par Amélie Sarn (The Testing)

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30/03/15

Les Légendes de Blackwell : Les Corbeaux d'Odin (T.2), de K. L. Armstrong & Melissa Marr

LEGENDES DE BLACKWELL T2

Leur mission : arrêter le Ragnorök, la fin du monde annoncée par les mythes scandinaves. Selon la saga ancestrale, tous les dieux allaient périr. Sauf qu'ils étaient déjà morts. Odin, Balder, Loki... tous, sans exception. Matt et son équipe devaient donc prendre leur place, si possible sans mourir à la fin. Car s'ils échouaient... alors le monde sombrerait dans un hiver éternel.

Pas de temps mort à l'ouverture de ce livre. L'action reprend exactement là où nous l'avions quittée à la fin du 1er tomeavec des héros affrontant tous les dangers (le gouffre de l'enfer, le royaume des morts, les zombies Vikings, la rivière acide, les Valkyries, le troupeau de chèvres, les Berserks et le Serpent de Midgard...). L'histoire est pleinement ancrée dans la mythologie nordique et exploitée de façon captivante, même si parfois son utilisation me paraît également excessive.

On a l'impression que les protagonistes ont été projetés dans ce décorum et sont employés comme des pantins sans âme. Ils enchaînent action sur action (pour ça, on ne s'ennuie pas) mais ils ne reflètent aucune émotion. Ils restent, pour moi, des jeunes gens stéréotypés (13 ans, immatures et brouillons) dans une série d'aventures pour collégiens. Par principe, c'est passionnant et ingénieux, mais peut-être trop fourni / fouillis. 

On ne prend pas le temps d'apprécier le calme, le silence, la réflexion, il n'y en a pas. L'action prime, de manière abusive. Point positif, K.L. Armstrong et M. Marr ne brident plus leur écriture, qui retrouve enfin son naturel et sa fluidité ! L'histoire se termine aussi sur un retournement de situation que le lecteur aura hâte de démêler dans le dernier livre à paraître (Thor's Serpents en mai 2015 pour la VO).

Éditions Milan, janvier 2015 ♦ traduit par Emmanuelle Pingault (Odin's Ravens)

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19/12/14

Le Tour du Monde en 80 jours, de Jules Verne & ill. de Jonathan Burton

Adaptation de Maxime Rovere

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Cette adaptation du classique de Jules Verne est une brillante réussite, qui se veut accessible pour des enfants (texte abrégé et remodelé avec pertinence), mais propose aussi une lecture délicieusement guindée, avec des illustrations traditionnelles et d'une grande sobriété.

Phileas Fogg, gentleman de la haute société anglaise, se lance dans un pari insensé : faire le tour du monde en 80 jours. Réputé pour être casanier et toujours d'une grande ponctualité, l'homme relève le défi de partir à l'aventure, en bateau, en train ou encore à dos d'éléphant, en compagnie de son nouveau majordome, le très efficace Passepartout. 

À leurs trousses, on retrouve un inspecteur de police, Fix, convaincu et borné que ce sont les suspects recherchés après le cambriolage à la Banque de Londres. Selon lui, ils tentent de masquer leur fuite à travers cette course contre la montre. Fogg, imperturbable, trace sa route, dans la plus grande insouciance.

Il est vrai que le personnage apparaît hautain et peu attachant : de plus, il est indifférent aux lieux qu'il visite ou aux us et coutumes des civilisations. Car, il « ne voyage pas, mais décrit une circonférence ». Moi qui le voyais jovial et conquérant d'après le dessin animé des années 80 !... un Mythe s'effondre. ;-)

Et puis, sur sa route, il croise la douce Mrs Aouda... et enfin son attitude engoncé va vaciller ! Ce voyage ne rapportera probablement rien au gentleman, sur  un plan culturel ou financier, mais il connaîtra l'Amour ! « Et ne ferait-on pas, pour moins que cela, le tour du monde ? » C'est d'un romantisme !

Pour une première approche, voilà une lecture appropriée, soignée et délicate, où l'on saisit de subtiles descriptions, qui font « l'effet d'une belle coquille de colimaçon, éclairée et chauffée ». Cela donne forcément envie d'en parcourir davantage !  

Milan, octobre 2014

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Le Papa de Simon, de Guy de Maupassant, ill. de François Roca & adapt. de Charlotte Moundlic

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Simon, sept ans, souffre à l'école d'être la risée de ses camarades, car le garçon n'a « pas de papa ». Il s'en défend et se bagarre avec les malotrus. Dépité, l'enfant songe même à plonger dans le lac pour oublier ce flot de quolibets. C'est alors qu'un homme lui pose la main sur l'épaule et engage un début de conversation.

L'enfant, rassuré, le conduit chez lui, où vit sa maman, la belle Blanchotte, qui l'accueille avec réserve. Mais Simon a décrété que son nouvel ami, Philippe, serait son papa ! Il le clame avec fierté, mais de nouveau ses camarades se moquent de lui, sous prétexte qu'il n'a pas le même nom de famille ou ne vit pas avec lui. 

Après tout, un papa, qu'est-ce que c'est ?

Ce texte, adapté d'après une nouvelle de Maupassant, remis au goût du jour par Charlotte Moundlic, en offre une définition assez simple, mais attendrissante. Un papa, ça va au-delà du nom, de la présence, de l'idée ou de l'éducation, c'est tout ça à la fois, mais surtout cela comble de bonheur un petit garçon, confronté à la bêtise et à la méchanceté, qui considérera providentielle la rencontre avec le forgeron.

Les illustrations de François Roca nous régalent avec des décors de campagne, ambiance très 19ème siècle, culottes courtes, chemise blanche, cheveux peignés, souliers vernis, besace en cuir... chaque détail compte et c'est d'un raffinement ! Toutefois, l'histoire n'en demeure pas moins contemporaine, à traiter de la cruauté du groupe et d'exclusion, sitôt qu'un détail vous distingue.

Pari est donc réussi pour C. Moundlic, qui a su distiller sa touche personnelle dans ce très beau texte, poignant et saisissant, en parfaite harmonie avec le style précieux et élégant de F. Roca.

Milan, septembre 2014

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