30/06/16

Les Piliers de la Terre : Ellen, de Ken Follett

Les piliers de la terre Tome 1 Ellen

En 2015, j'avais pour objectif personnel de lire ou relire plusieurs sagas mythiques, dont Game of Thrones, Angélique Marquise des Anges, Le Chardon et le Tartan & La Bicyclette Bleue. Je grossis mon effectif, pile pour conclure le Mois Anglais, en incluant la célèbre série de Ken Follett, Les Piliers de la Terre, publiée en VF en 1990, et adaptée en feuilleton télévisé en 2010. Tempus fugit. ^-^ 

Cette saga nous transporte donc dans le Sud de l'Angleterre du XIIe siècle où vont se croiser des destinées toutes étroitement liées, et parfois même inconsciemment, autour d'un projet de cathédrale. Il y a d'abord Tom le Bâtisseur, son épouse, Agnès, enceinte jusqu'aux yeux, et leurs enfants, Alfred et Martha. Suite à l'arrêt brutal du chantier sur lequel Tom était embauché, notre homme est contraint de repartir sur les routes pour nourrir les siens. Les ennuis s'enchaînent lorsque sa femme décède en couches, lui laissant un fils qu'il choisit d'abandonner près du bûcher. À peine le temps de se retourner qu'il rencontre la magnifique Ellen, laquelle vit en hors-la-loi dans la forêt avec son fils Jack. Tom et Ellen cèdent à une pulsion charnelle et décident de faire un bout de chemin ensemble. Leur aventure les conduira sous la protection du prieur Philip, un homme foncièrement bon et généreux, dont la seule ambition est de développer Kingsbridge et d'y construire une cathédrale. D'une rigueur morale exemplaire, notre homme d'église trace sa route sans roublardise et atteint habilement ses objectifs. Il ira même jusqu'à déjouer la duplicité de son supérieur, l'évêque Waleran Bigod, de mèche avec la perfide Regan Hamleigh, dont le physique repoussant est compensé par un machiavélisme démesuré. Cette femme est redoutable. Elle va par exemple venger son fils William, rejeté par lady Aliena, fille du comte de Shiring, en infligeant à leur famille une déchéance cuisante. La vie d'Aliena n'est plus qu'un chaos sans fin, mais la demoiselle, aussi farouche que déterminée, refuse de courber l'échine face à ses tortionnaires et jure de rendre coup pour coup.

Bref. Vous l'avez compris, cette lecture parle de pouvoir, de gloire, de sainteté, d'amour, de passion, de vie, et même de survie. L'intrigue est dense et palpitante, avec des rebondissements nombreux et inattendus. Elle est également conduite de façon magistrale, entrelaçant plusieurs combinaisons et autant de personnages, sans jamais nous égarer (c'est souvent le cas avec les grosses sagas, dopées par un enthousiasme débordant). Ici, c'est fascinant comme c'est simple et d'une fluidité appréciable, tout en maintenant du rythme, du suspense, de l'émotion. Cette épopée romanesque ne démérite pas la réputation qui la précède. J'avoue avoir eu une certaine défiance au moment de m'y lancer... alors que j'avais tort, car c'est tout simplement captivant. Présentée comme une flamboyante fresque historique, la lecture ne nous trompe pas. Elle nous plonge dans une Angleterre moyenâgeuse avec un grand réalisme et enflamme notre imaginaire sans ciller... Une vraie prouesse. 

Stock / Mai 2005 pour la présente édition de 478 pages ♦ Traduction de Jean Rosenthal (The Pillars of Earth)

♦ La deuxième partie, en 596 pages (en cours de lecture)

Les piliers de la terre Tome 2 Aliéna

Pour compenser avec l'édition du Livre de Poche, de 1056 pages, écrites en caractères minuscules

 

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27/06/16

Half Bad : Quête Noire, de Sally Green

Half Bad 3

L'heure du dénouement est arrivé ! L'Alliance des sorciers libres a essuyé une sévère raclée, les pertes sont nombreuses et Nathan se sent responsable du carnage. Il a été trahi et a soif de vengeance. Il a donc fait de la lutte son combat personnel et devient incontrôlable. Il part en roue libre, prend tous les risques, tue à tour de bras, ne ressent aucun remords.

Nathan n'est plus une bête traquée, mais un véritable prédateur. Toutefois, cette propension au mal effraie Gabriel, qui sent son ami s'éloigner et tomber dans la folie obsessionnelle. Les blagues, les câlins, les promesses n'ont plus lieu d'être. Gabriel tape du poing sur la table. Pourtant, Nathan le rassure - blessé, pas perdu. Leur leitmotiv.

Ce refrain va guider l'essentiel de leurs missions et devenir leur étoile du berger. D'ailleurs, Nathan a établi un nouveau plan pour s'opposer au Conseil des sorciers blancs - il veut retrouver une vieille et puissante sorcière, Ledger, qui détient la moitié d'une amulette pouvant assurer l'invicibilité.

Mais le temps presse, les chasseurs ne lâchent rien et multiplient leurs efforts pour traquer les survivants et pulvériser leurs camps. Nathan voient ses amis tomber, faillir, hésiter. La tension monte d'un cran et annonce des retrouvailles ardentes entre les ennemis. Toute la communauté des sorciers est sens dessus dessous. Les cœurs s'emballent et présagent un final bouleversant ! 

Ce dernier tome est plus court que les précédents (il est allégé de quelques 25 pages). Par conséquent, la narration est plus mordante, plus efficace. On y trouve aussi beaucoup d'intensité et d'émotion. Des choix douloureux, des sacrifices, des renoncements, des abnégations et des liens inaliénables. La fin est cependant discutable, car elle casse l'image d'une série rock-n-roll qui refusait le mélo. On retombe là dans le basique, le déjà-vu. C'est un peu dommage.

De toute manière, la série a globalement oscillé entre le bon et le moins bon, elle a renouvelé le genre de la sorcellerie et proposé un thème original, elle a aussi abordé des sujets sensibles et poignants, autour de l'amour filial et l'homosexualité, mais a manqué de rigueur pour relater ce parcours délicat. Un roman honorable pour une série inégale, d'où une certaine frustration après la lecture des 3 tomes.

Publié chez Milan, mai 2016 - Traduit par Marie Cambolieu (Half Lost)

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25/06/16

James Bond - Déclic mortel, par Anthony Horowitz

Déclic Mortel

Cette couverture chez Calmann-Lévy est juste magnifique ! Complètement fidèle à l'esprit James Bond - smoking, vodka martini, beauté fatale et belle voiture. Anthony Horowitz ne se moque pas du lecteur en nous servant cette intrigue, inspirée d'après les archives de Ian Fleming, où l'on replonge avec exaltation dans une histoire d'espionnage habilement troussée et palpitante à lire.

James Bond vient tout juste de rentrer d'Amérique, après son coup d'éclat contre Golfinger, lorsqu'il est convoqué pour une nouvelle mission d'infiltration. S'inscrire pour la périlleuse course de voitures du Nürburgring. Déjouer les plans des Russes qui visent à éliminer le pilote vedette, le britannique Lancy Smith. Mais avant cela, il doit éclaircir le dossier Pussy Galore. La caïd de Harlem s'affiche à son bras, le suit jusque dans la campagne anglaise, prétend être menacée, pistée par de dangereux individus, surgis de son passé et venus lui régler son compte. On le sait, l'aventure, chez Bond, est une seconde peau. Le danger, la montée d'adrénaline, l'action, il connaît. Et on ne se plaint pas de suivre notre agent 007 dans cette histoire originale, reprenant donc toutes les marques de fabrique de la série.

La couverture chez Hachette indique la seconde orientation de l'enquête, d'où ces plans de fusée qui rappellent la bonne vieille guerre d'influence entre l'Est et l'Ouest. Bond croisera aussi le chemin d'un riche homme d'affaires coréen, en apparence froid et impénétrable, et d'un lutin farouche, aussi charmante que Jean Seberg... C'est un vrai plaisir coupable de savourer cette lecture. James Bond y est opérationnel sur toute la ligne, séducteur, intuitif et audacieux. Les vilains sont assoiffés de vengeance, les JB Girls glamour et pittoresques, aux patronymes fabuleux et truculents (^Jeopardy Lane^).

Casting réussi, enquête haletante, ambiance vintage... L'empreinte de Ian Fleming est bel et bien présente, sans une once de nostalgie, Anthony Horowitz a repris dignement le flambeau et n'a pas bradé son héritage. “I think he got the point.”

Traduit par Annick Le Goyat (Trigger Mortis) pour les éditions Calmann-Lévy (2015)

Parution simultanée chez Hachette Romans, sept. 2015

James Bond – Déclic mortel

 

#Mois Anglais 2016 : “You’re a women of many parts, Pussy.”

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24/06/16

Half Bad : Nuit Rouge, de Sally Green

Half Bad 2

Après bien des épreuves, Nathan a finalement reçu ses dons de sorcier au cours d'une cérémonie inattendue, mais au terme de laquelle le chaos règne toujours parmi sa communauté. Sorciers blancs et noirs se déchirent. Et de nouveau Nathan se sent isolé de toute part, traqué comme une bête, sans possibilité de rédemption.

Seule sa rencontre avec le trublion Nesbitt et la divine Victoria van Dal va donner un semblant de sens à ses objectifs - remettre la main sur le Fairborn, retrouver Gabriel et Annalise, et déjouer les plans trop ambitieux de Soul O'Brien. 

La série n'a hélas pas corrigé son problème de rythme (sensation de longueurs et répétitions abusives dans le schéma de l'intrigue), par contre elle continue d'afficher une volonté de ne pas s'abaisser à tout sentimentalisme inutile et revendique un ton dur, âpre et sans appel. Les batailles font rage, les trahisons se multiplient, les corps tombent, les coups pleuvent, les non-dits affluent...

Un vent de protestation souffle chez les sorciers, ce qui va donner lieu à une nouvelle alliance, celle des sorciers libres. Nathan y retrouve Celia, son pire cauchemar, mais accepte de prêter secours à leur cause en tentant de convaincre Marcus de rallier leurs rangs.

La précipitation des événements dans les dernières pages du livre vient conclure cette intrigue hasardeuse, ou exécutée avec maladresse, pour enflammer notre imaginaire et ouvrir les paris. Suspense et émotion sont au taquet. Nathan face à son destin ! ^-^

Publié chez Milan, en juin 2015 - Traduit par Marie Cambolieu (Half Wild)

 

British mysteries British mysteries British mysteries

# Mois Anglais 2016 : British Mysteries

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23/06/16

Pingouins en pagaille : L'Abominable bête des neiges ! de Jeanne Willis

L’abominable bête des neiges

C'est avec grand plaisir qu'on retrouve nos délurés pingouins dans cette nouvelle aventure pleine de folie ! ☺

Alors que nos amis pensaient avoir résolu leur problème, en assurant leur place au zoo et en lui redonnant un second souffle, ils constatent avec effroi que le vent est de nouveau en train de tourner. Notre joyeuse bande de gorfous sauteurs, manchots pygmées, manchots empereurs et manchots à jugulaire n'a plus les faveurs du public et ignore le pourquoi de ce désamour !

On murmure qu'un nouveau locataire, installé dans une grotte gigantesque, avec cascade et tout le confort, attire les foules en masse au détriment de nos adorables pingouins. On raconte même qu'il s'agit d'une créature féroce. Rien ne va plus dans les chaumières, il est temps d'éclaircir ce mystère.

Toujours aussi délirant, toujours aussi pétillant, le roman s'inscrit dans la rigolade et ne manque pas d'imagination pour raconter les frasques de nos charmants pingouins qui ne cessent de nous surprendre ! Leur mot d'ordre : gags à répétition.

C'est également raconté avec une telle énergie (jeux de mots, situations saugrenues & quiproquos) qu'on ne quitte jamais le sourire affiché sur nos lèvres. On y découvre des pingouins rusés et fantasques, adeptes d'aérobic ou de masques en peau de poulpe (blurp), mais aussi lanceurs de crottes en rafale pour se venger des indifférents et casser leur image trop lisse. 

Polissons, nos pingouins ? Certainement. Et l'histoire démontrera encore l'étendue de leurs talents en matière de camouflage et d'espionnage ! ^-^

La lecture s'accompagne d'illustrations réjouissantes et de chansons entraînantes. Un franc succès pour ce troisième titre d'une série découverte l'année dernière, avec Zizanie au zoo & Opérations poussins. Bidonnade assurée. Bonté sardine ! 

Nathan, février 2016 - Traduit par Lilas Nord /  illustrations de Nathan Reed

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« On chante, on danse, on se fait des bœufs.
- Vous avez mangé un bœuf ? J'espère que ce n'est pas celui de la mini-ferme. »

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20/06/16

L'Accro du Shopping a une sœur, de Sophie Kinsella

Petit bond dans le temps avec cet épisode qui nous ramène dix ans en arrière ! ^-^

L’accro du shopping a une soeur

Sitôt son mariage célébré, Becky s'est envolée pour une lune de miel romantique, à travers le monde. Dix mois plus tard, de passage au Sri Lanka, où elle se découvre une communion céleste avec son chakra, Becky ressent le blues du pays et obtient de son délicieux mari de rentrer avant l'heure. Lors de son escale à Milan, elle fait ainsi la rencontre d'un type très riche, désireux de travailler avec la société de Luke, qui soudoie la jeune épousée en lui obtenant le sac à main de ses rêves. C'est LE petit orteil glissé dans l'engrenage infernal...

Ses déboires avec ses achats compulsifs ne sont plus que de lointains souvenirs ? Que nenni. Au fil de ses voyages, Becky n'a jamais loupé une bonne occasion de faire flamber sa carte bancaire, en envoyant fissa ses achats à Londres. Dès son retour, le convoi des transporteurs ne manquera pas donner le tournis... mais quelle bidonnade ! Car Becky, aussi futile soit-elle, est une héroïne impayable. Sans annoncer à ses proches son arrivée anticipée, elle débarque aussitôt chez les uns et les autres, imaginant des retrouvailles festives, avant de tomber des nues. Ses parents sont distants, vraisemblablement préoccupées, son amie Suze est débordée par ses jeunes enfants et vampirisée par une nouvelle connaissance, la très distinguée Lulu. Le petit univers de Becky s'effondre, la déprime se rapproche à grands galops. Comble du comble, elle se découvre une sœur, débarquée de nulle part, avec laquelle elle rêve déjà d'une osmose parfaite, sauf que Jessica est très, très différente de Becky, pour ne pas dire aux antipodes de celle-ci. Leur rencontre au sommet vaut pourtant son pesant d'or. Le vrai choc des cultures. Et là, sincèrement, on s'attache à Becky, pourtant légère et superficielle, mais profondément humaine et généreuse, tandis que Jess se révèle froide et intransigeante. Il faudra compter sur une escapade en pleine campagne, avec une ascension vertigineuse sur des chemins escarpés, en sandalettes à paillettes (pourquoi pas ?) et une détermination farouche pour briser la glace entre ces deux-là. Quelle farce !

Ce quatrième tome est aussi jubilatoire que les autres livres de la série. Ceci dit, en tant que fan absolue des aventures de l'inénarrable Becky Bloomwood, mon avis manque totalement d'objectivité. ^-^ Cela n'en reste pas moins un épisode plein d'humour, de situations ubuesques et délirantes, avec une héroïne au charme ravageur, qui nous surprend continuellement et qui déploie aussi des ressources cachées et ingénieuses sur des sujets impensables (lancer un piquet de grève contre l'implantation d'un centre commercial... eh oui ! on croit rêver). Une lecture follement cocasse et enlevée. ♥☼

Traduit par Daphné Bernard (Shopaholic and Sister) pour les éditions Belfond, 2006

Repris chez Pocket, juin 2007 - Relooking des couvertures (2016) : Delphine Dupuy

 

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# Mois Anglais 2016 : Écrivain contemporain 

 

17/06/16

Le Diable de la Tamise, d'Annelie Wendeberg

Le diable de la tamise

Au cours de l'été 1889, le Dr Anton Kronberg, bactériologiste de renom, est appelé pour confirmer les traces suspicieuses de choléra sur une victime retrouvée morte dans la Tamise. Sur place, il y fait la rencontre de l'excentrique Sherlock Holmes, personnage nerveux et insupportable, qui lui inspire aussitôt une aversion épidermique. Il faut dire que le détective a mis à jour le secret inavouable de Kronberg en une poignée de mains et un simple coup d'œil. Anton Kronger est en vérité une femme, Anna. D'origine allemande, où les études de médecine sont interdites aux femmes, puis exilée à Harvard, pour enfin exercer ses talents à Londres, Kronberg dupe son entourage depuis de longues années, mais au prix d'une incroyable mise en scène entourée de mille précautions. Elle a également choisi de vivre dans un quartier misérable, où elle s'y cache et mène son existence non-conformiste. Chaque nuit, elle tombe le masque et redevient Anna, infirmière à la coupe de cheveux peu conventionnelle, qui se faufile dans le dédale des rues puantes et crasseuses pour retrouver son amant, un crocheteur irlandais, et pour soigner les plus malchanceux. Son quotidien n'est pas sans risques, Anna en a conscience, malgré un moral d'acier et un tempérament de feu, elle redoute la découverte de sa vraie nature et de finir en prison. En attendant, notre affaire de macchabée va prendre un nouveau tournant pour remonter la piste d'un étrange réseau de trafics humains, sous couvert de servir les besoins de la science (un vaccin contre le tétanos), avec les dérives inhérentes aux ambitions dévorantes.

Difficile pour moi d'apprécier pleinement ce roman qui emprunte la figure de Sherlock Holmes mais en lui prêtant une posture effacée et pleine de retenue. Ce n'est pas le Sherlock que l'on sait ! Après, c'est un personnage secondaire, prêtant assistance au Dr Kronger, figure autrement plus complexe à cerner et à apprécier... Ces deux-là jouent un drôle de jeu entre attirance et répulsion, besoin de bousculer l'autre et prouver qui est le meilleur, un concours d'ego assez pesant au démarrage, car les deux parties se jaugent et font grincer des dents. Que d'arrogance !! Puis, ça se tasse car l'histoire finit par les convaincre que l'union fait la force, qu'une femme peut être dotée d'un cerveau aussi tonique que celui d'un homme, qu'il y aura toujours l'inégalable Irene Adler, et désormais Anna Kronberg, remarquable pour son habileté au déguisement et sa vivacité d'esprit ! Toutefois, la perspective d'un trouble amoureux a failli me perdre. Pensez donc... Un mythe se meurt ! “Ses lèvres avaient la douceur de la soie. Tout à coup, mon cœur si peu raisonnable quitta ma poitrine pour aller s'installer dans la sienne. Je me demandais s'il avait remarqué le poids supplémentaire.” C'est niais, non ? Huhuhu. Mis à part ces petits détails, le livre se lit vite et bien. L'intrigue criminelle n'est pas époustouflante, mais reproduit efficacement une ambiance, un contexte, des enjeux médicaux etc. Bon point pour le décor. Je ne suis pas convaincue par l'esquisse des personnages, mais je reste curieuse de la suite de leurs aventures, ce roman étant le premier d'une trilogie.

Traduit par Mélanie Blanc-Jouveaux, pour les éditions Presses de la Cité (The Devil's Grin) - mai 2016

 

#Mois Anglais 2016 : Sherlock Holmes

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15/06/16

Quand j'étais Jane Eyre, de Sheila Kohler

QUAND J’ÉTAIS JANE EYRE

Au chevet de son vieux père, qui se remet doucement d'une opération risquée des yeux, Charlotte trouve le temps long et sent son esprit divaguer vers des bouts d'idées qui amorcent le début d'un nouveau roman. En s'inspirant de son expérience, pauvrette et maigrichonne, et de son entourage, restreint et condamné aux psychoses innombrables, Charlotte élabore un roman ambitieux, promu à devenir un grand classique, mais il lui faudra encore patienter deux ans pour savourer pleinement le produit de son labeur. En attendant, on suit notre héroïne dans son existence terne et monotone, d'abord à Manchester, puis dans le petit presbytère de Haworth, où elle passe tout son temps à écrire avec ses sœurs, Emily et Anne, tandis que leur frère Branwell succombe à ses délires obsessionnels et son penchant pour l'alcool. Le quotidien chez les Brontë est terriblement austère, empesé par les échecs, les doutes, les refoulements. Sans doute cette accumulation de frustrations donna lieu à cette verve romanesque et flamboyante présente dans les livres des sœurs Brontë. Toujours est-il que Charlotte, Emily et Anne contenaient en elles une passion et une violence qui ne demandaient qu'à s'exprimer, d'où leur prose déchaînée dans leurs romans, et pourtant si longtemps incomprise aux yeux de leurs contemporains. Il n'y a qu'à relire Les Hauts de Hurlevent pour sentir cette sauvagerie et l'impudeur des sentiments, déchirés entre la haine et la vengeance, et saisir ce qui a offusqué les critiques et les lecteurs de l'époque. Ou plonger dans Jane Eyre pour y aspirer l'étroitesse d'un avenir sans horizon, l'angoisse de l'amour naissant et le désespoir d'une passion bafouée après la découverte de la tromperie. Ce court roman de Sheila Kohler retrace le portrait remarquable d'une famille composée de trois talentueuses jeunes femmes, condamnées à une existence sans éclat (filles de pasteur, vivant à la campagne, vouées au célibat), et qui vont se consacrer religieusement à l'écriture, avec la conscience aigüe de maintenir leurs projets dans le secret (d'où leurs pseudonymes, Currer, Ellis et Acton Bell, pour brouiller les pistes de leur sexe). Sheila Kohler a su s'imprégner de cette ambiance pour nous livrer un roman original et authentique, qui nous convie dans une ronde des souvenirs sincères et émouvants, où l'on prend conscience des ambitions et des espoirs déçus de ces jeunes femmes, de leur ténacité et de leur prodigiosité à avoir su sublimer le tragique de leurs vies en œuvres d'un romantisme fougueux. Un vrai coup de maître ! 

Traduit de l’anglais par Michèle Hechter pour Quai Voltaire / La Table Ronde (2012)

Repris chez 10/18 Littérature Étrangère, Août 2013

 

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#Mois Anglais 2016 : Victoriens anglais

 

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11/06/16

Pique-Nique à Hanging Rock, de Joan Lindsay

Pique-nique à Hanging Rock

« Pour les habitants d'Appleyard College, le dimanche 15 février fut un jour de cauchemar où l'on balançait entre le rêve et la réalité et où alternaient selon les tempéraments des bouffées d'espoir violent et d'angoisse éperdue. » La veille encore, une cohorte de collégiennes innocentes s'aventure pour un pique-nique champêtre en compagnie de leurs chaperons. Le temps est ensoleillé, la chaleur douce et apaisante. Quatre jeunes filles vont se détacher du groupe pour se hasarder dans les brousses et explorer le site de Hanging Rock. Au bout d'une heure, pourtant, seule l'une d'entre elles revient en pleurant. Elle ne sait plus, elle ne comprend pas. Toujours est-il que ses camarades ont disparu, sans laisser la moindre trace. Une enseignante va se lancer à leur recherche, avant d'être à son tour aspirée par l'énigme et s'évaporer dans les airs. Ce drame va aussitôt marquer les habitants de la région et bouleverser le pensionnat de Mrs Appleyard, qui s'enorgueillissait d'instruire la crème de la crème en matière de jeunes héritières écervelées. La police va mener son enquête, fouiller les lieux, alerter la presse et ne pas ménager ses efforts. Elle va rassembler les témoignages des enseignants, des élèves, des rares témoins sur place, dont deux jeunes hommes en goguette...  « Oh, Miranda, Marion, où êtes-vous parties... ? » Outre le suspense présent dans cette histoire curieuse et inquiétante, on trouve aussi un style étonnamment alerte et primesautier, un lyrisme délirant et parfois déconcertant, où au détour d'un détail poignant, l'auteur coupe court avec des interventions hallucinantes. « Bien que nous soyons nécessairement concernés, dans un récit d'événements, par l'action physique qui se déroule au grand jour, l'histoire donne à penser que l'esprit humain s'aventure bien plus loin dans les heures silencieuses qui s'écoulent entre minuit et l'aube, ces fructueuses heures sombres rarement relatées, dont les secrètes floraisons engendrent la paix et la guerre, l'amour et la haine, le couronnement et la chute des rois. Ainsi, par exemple, que prépare la petite impératrice grassouillette de l'Inde, en chemise de nuit de pilou, dans son lit à Balmoral, qui la fait sourire en cette nuit de mars et froncer sa petite bouche obstinée ? Qui sait ? » Publié en 1967, adapté au cinéma par Peter Weir, Pique-nique à Hanging Rock est une lecture hors du commun et hors du temps. Récit dramatique, il est surtout empreint d'un charme envoûtant, qui laisse une trace marquante d'un mystère qui continuera de vous hanter un long moment.

Traduit par Marianne Véron pour Flammarion (1977)

Repris par Le Livre de Poche, mai 2016 pour la présente édition

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# Mois Anglais 2016 : Auteurs anglais d'origine étrangère 

Drink tea and read english

Joan Lindsay, née Weigall, est une écrivaine connu pour son roman Picnic at Hanging Rock publié en 1967. Dramaturge, critique littéraire et critique d'art, elle a collaboré à diverses revues et journaux. Elle fait partie des membres fondateurs de National Trust of Victoria, une organisation non gouvernementale australienne, créée pour la promotion et la conservation du patrimoine aborigène, naturel et historique du pays.

 

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09/06/16

La Couleur du lait, de Nell Leyshon

La Couleur du lait

Dorset, 1831. Mary, une fille de ferme de quinze ans, est envoyée chez le pasteur pour tenir compagnie à son épouse malade. Avec ses manières frustes et son langage grossier, elle impose son style avec une naïveté touchante. Mary dit haut et fort ce qu'elle pense, au risque de chambouler ce petit monde replié sur lui-même, mais sa patiente est aussi une femme attentive, sensible et délicate. Elle est touchée par la jeune paysanne, lui raconte sa vie, ses blessures et ses chagrins, sa solitude aussi, alors qu'elle vit cloîtrée dans sa maison, sans recevoir la moindre visite. Son fils Ralph va bientôt partir à l'université et le cœur de cette maman affaiblie ne peut supporter cette déchirure. De son côté, Mary vaque à ses besognes, elle cure les sols, vernit les buffets, prépare le thé, cueille les fruits pour la confiture ou les légumes pour la soupe. D'abord peu à l'aise dans ce confort étranger, où elle découvre l'existence du boudoir, mais aussi des oreillers et des draps, elle s'empêche de penser à sa famille, au grand-père vieillissant et alité, aux vaches à traire, aux champs à semer... La vie était rude à la ferme, ses parents pas causants, ses sœurs utilisées comme des bêtes de somme. Mary peut s'estimer chanceuse de s'être extraite de sa condition. Vivre au presbytère est confortable et routinier. Et puis, on lui offre aussi la possibilité d'apprendre à lire et écrire. Mary. m.a.r.y. Une plume unique, une lecture coup de poing, une histoire qui nous fait vaciller, de l'espoir à l'enfer. Le portrait est sans artifice, la voix lucide et le destin poignant. Un roman marquant, mais qui suscite aussi un sentiment d'injustice et de tristesse. 

Traduit par Karine Lalechère (The Color of Milk) pour Phébus

Repris chez 10/18 Littérature étrangère, septembre 2015

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# Mois Anglais 2016 : Campagne anglaise

Mois Anglais 3

 

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