08/12/14

Iris et Lou, de Coralie Clément & Gesa Hansen

IMG_2451

La petite Iris s'ennuie et ne sait pas quoi faire. Elle décide d'inviter sa meilleure amie Lou à la maison. Les deux amies s'amusent à se déguiser, mais se fâchent et boudent ... quelques secondes, avant de se réconcilier en chantant de beaux discours sur l'amitié plus forte que tout.

Bref, c'est une histoire toute mignonne, qui s'adresse principalement aux plus jeunes lecteurs, lesquels ne manqueront pas d'être sensibles aux teintes pastel, aux silhouettes rondes et à l'esthétisme simple concentré dans un album de petit format (16 x 16) 

Le CD d'accompagnement permet d'écouter Coralie Clément raconter cette histoire dont elle est l'auteur. (Oui, c'est la sœur de B.B.) La lecture est apaisante et gentillette... mais beaucoup trop simple, à mon goût.

Le texte aussi se révèle assez niais, « Je suis une fille de l'hiver, et moi de l'été, je suis un peu tête en l'air, et moi très bien élevée » mais est parfaitement adapté pour un enfant de 2/3 ans, qui appréciera cet ensemble doucereux et charmant.

Naïve livres, septembre 2014 

IMG_2452  IMG_2453

IMG_2454  IMG_2455

Posté par clarabel76 à 08:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


22/10/14

Un dîner affreusement parfait, de Marie Wilmer et Alexandra Gabrielli-Kuhn

IMG_2123

Berthe aime partager sa cuisine mais s'ennuie seule chez elle. Elle attend avec impatience la venue prochaine d'un bébé hibou (elle arrose tous les jours les œufs de la chouette avec une potion magique !). Quand le miracle se produit, Berthe décide de nommer son nouveau compagnon Toutoutou. Et ils ne se quittent plus, ensemble ils avalent leur soupe « qui sent la vieille savate » ou partent à la chasse aux horreurs dans les marais.

Mais au cours de leur expédition, Berthe va disparaître ! Toutoutou la cherche dans le nid de chauve-souris, dans l'antre du loup-garou ... avant de la retrouver en compagnie du croque-mitaine, avec qui elle vient de marchander une tranche de lard, deux vieilles chaussettes sales, trois gros crapauds, quatre vipères et cinq aromates. Tout ça contre une montagne d'araignées. Quel bon bouillon Berthe va pouvoir préparer !

La mise en scène est tout de même incroyable : découpages et ombres chinoises plantent un décor stupéfiant. Et l'histoire de se parer d'indications toutes plus spectaculaires les unes que les autres, en choisissant pertinement le vocabulaire : une odeur « délicieusement immonde », un « affreux dîner parfait ». Sans oublier la parade des créatures horripilantes (les araignées velues ! !)...  Que d'émotions. On rit jaune, on frissonne, bref on en voit de toutes les couleurs. Le mélange des genres est une réussite ! Superbe ambiance, couleurs crépusculaires... c'est bluffant.

Naïve, septembre 2014

IMG_2127

IMG_2125

IMG_2126

Posté par clarabel76 à 13:45:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

17/10/13

Les sornettes de Guillemette de Gwendoline Raisson et Sandra Poirot-Chérif

IMG_9468

Voici l'histoire d'un village dont les habitants vivent scotchés à leur petite boîte carrée et à ses images qui passent sans jamais s'arrêter. Les gens ne parlent plus, les enfants ne jouent plus, les rêves se meurent, l'imagination aussi.

IMG_9469

Seule Guillemette, la fille du boulanger, occupe son temps autrement. Son truc à elle, c'est inventer des histoires (des sornettes, dit son papa). Elle n'hésite d'ailleurs pas à se rendre sur la grande place du village et chante une ode pour faire pousser les lampadaires. Evidemment, les villageois la regardent d'un drôle d'air et s'éloignent, effrayés.

IMG_9470

Comprenant que son horizon est bouché au village, elle décide de s'en aller pour découvrir plein de pays. Partout où elle passe, Guillemette raconte ses histoires et en apprend de plus incroyables encore.

IMG_9472

Un jour, dans la forêt d'Âme-à-Zombie, Guillemette découvre une machine qu'il faut constamment alimenter en histoires car celles-ci sont envoyées dans les petites boîtes carrées du monde entier. C'est une course perpétuelle, mais les travailleurs sont épuisés et manquent d'imagination (alors ils racontent n'importe quoi pour remplir leur machine).

IMG_9751

Guillemette, elle, a des tonnes de sornettes à leur proposer et se met aussitôt à l'ouvrage. La vie est belle et insouciante, mais un soir, en contemplant un croissant de lune, la fillette songe avec nostalgie à son père et à la boulangerie. Il est temps de rentrer chez elle !

IMG_9753

Son accueil dans son village sera alors ... triomphal. Les dévoreurs d'images ont reconnu Guillemette dans leur petite boîte carrée, ils veulent maintenant tout connaître de son formidable périple. Guillemette a mille choses à raconter et à montrer. Elle va ouvrir une baraque à sucreries pour partager les friandises, mais aussi les poèmes et les histoires, qu'elle a récoltés au cours de son voyage.

Et depuis, le soir, les enfants racontent des contes à dormir debout à leurs parents. De plus en plus ils oublient d'allumer les petites boîtes carrées. Parfois, la nuit, certains se mettent aussi à rêver ! ...

C'est un album MAGIQUE sous toutes les coutures : le texte est drôle, facétieux, poétique et enchanteur, il rappelle l'importance des histoires à lire et à raconter, le passe-temps assassin qu'est la télévision, mais sans jamais nommer l'instrument incriminé ! Le récit est génial et invente des mots, des expressions, des pays, des voyages.

Ajoutez des illustrations aussi débordantes d'imagination et vous obtenez un rendez-vous gai, coloré et exaltant ! A conseiller, pour petits et grands !!!

Les Sornettes de Guillemette, par Gwendoline Raisson et Sandra Poirot-Cheriff (Naïve livres, octobre 2013)

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

16/10/12

Qui a dit que les bisous, c'est pour les bébés ?

Après un lundi rouge passion, on fait chuter la pression avec des petites lectures dont le sujet a su toucher ma corde sensible.

à Bas les bisous ! Abaslesbisous

Kaï est un petit garçon de neuf ans qui ne supporte plus qu'on l'embrasse. Le jour de son anniversaire, il tend la main à sa famille et déclare qu'on doit le traiter comme un grand et cesser de lui donner des bisous. C'est insupportable, à la fin ! Ses parents sont chiffonnés et voudraient comprendre cette grève du bisou. Au lieu de s'en formaliser, ils vont patienter le temps qu'ils estiment que doit durer cette crise. Seul le grand-père, qui n'a plus toute sa tête, ne se gêne pas pour poser un baiser baveux sur la joue de son petit-fils. Qu'on ne s'avise pas de lui donner des ordres non plus !

C'est finalement dans la cour de l'école que Kaï va réfléchir à ce qu'il inflige à ses proches. Par la faute du nouvel élève, prénommé Pascal. Celui-ci est tout le temps seul dans son coin. Une fois, Kaï a même vu qu'il pleurnichait en silence. En creusant bien, il découvre que le garçon ne se console pas de la mort de son papi. Kaï va alors décoller du sol, en pensée. Il va être frappé par l'inspiration : soudain, il comprend qu'avoir envie de faire des bisous, ce n'est pas réservé aux bébés. C'est donner aux autres de l'amour, du réconfort, faire preuve d'amitié, de sensibilité etc.

Un petit roman tout doux et apaisant, où l'on évoque avec pudeur le chagrin des enfants après la perte d'un être cher. Tellement juste, tellement vrai. Avec pour héros un petit garçon aux idées farfelues et à l'imagination débordante (il suffit de découvrir ses jeux de récréation, c'est un bonheur !). 

par Thomas Gornet & illustrations d'Aurore Petit (Rouergue jeunesse, coll. Zig Zag, 2012)

Ceci m'amenant à évoquer le très bouleversant Où es-tu, Lulu ?  Ouestululu

Un matin, Théo découvre l'absence de son ami Lulu. Son maîtresse, avec les larmes aux yeux, lui apprend que son ami a eu un accident et qu'il ne reviendra plus. L'enfant est accablé pour le chagrin, les questions et l'incompréhension. Ses parents eux-mêmes se sentent impuissants pour le consoler. Ils murmurent des phrases maladroites : C'est comme ça, la vie. Ou il y a des jours où le ciel perd ses couleurs. C'est tellement plus facile de raconter des histoires pour s'évader. 

Et puis, le temps passe. A petits pas, Théo avance sur son chemin. Le chagrin s'estompe ou s'apprivoise. Théo a grandi avec. Il sait maintenant qu'il y aura des jours de chagrin, des jours de fête, des jours de doute. Le souvenir de son ami restera intact, présent dans un coquillage, une bille ou un marronnier. 

Que n'aurais-je pas donné, deux ans plus tôt, pour avoir cet album entre les mains ! A l'époque, ma fille a perdu une copine d'école dans des circonstances tragiques. Après le choc, l'immense chagrin et l'incompréhension. Un chagrin multicolore tant l'éventail des émotions était grand. En lisant cet ouvrage, j'y ai instinctivement repensé. C'est là, en nous, toujours. Parce qu'elle aussi a été frappée par un drame personnel, Laurence Pérouème livre des mots justes et sensibles pour évoquer la mort et accompagner l'enfant et les parents qui y sont confrontés à surmonter ces instants difficiles. Une lecture précieuse, encadrée par des illustrations lumineuses.

par Laurence Pérouème et Cécile Rescan (naïve, 2012)

26/07/10

La Petite Taiseuse

Présentation de l'éditeur

C'est l'histoire d'un Village, d'une petite fille silencieuse et d'un meunier... La vieille dame qui apportait chaque jour de la nourriture au meunier venait de mourir. Qui allait la remplacer? s'inquiétait le Village. Le meunier avait l'air si étrange, personne ne voulait le rencontrer... Mais il y en avait une autre qui avait l'air étrange, c'était cette petite fille qui ne disait jamais, jamais rien. On l'appelait 'la petite taiseuse'. Et bien c'était tout trouvé, c'est elle qui remplacerait la vieille !

 

La_petite_taiseuse

C'est Gaëlle qui est à l'origine de cette découverte car cela avait été un grand coup de coeur pour elle !

La première lecture m'a vu hésitante et intimidée, j'attendais quoi de ce petit livre qui était loin de me plaire, de prime abord, avec sa couverture sobre, un peu froide et son histoire qui ne voulait pas livrer tous ses secrets non plus ? J'en attendais beaucoup, oui c'est vrai, je voulais être à l'écoute de ce texte incroyable et stupéfiant, et c'est clair que j'ai été ballottée.

C'est en fait un conte philosophique,
l'histoire d'une petite fille silencieuse bouleversée par la solitude d'un meunier,
l'histoire d'un village qui décida de prêter l'oreille...
Il ne suffit pas d'une seule lecture pour se sentir sonnée et secouée, il faut lire et relire le texte, peser les mots, les murmurer et les réciter pour soi. Gaëlle parle de swoush, ce qui résume tout : l'impact émotionnel est fort, très fort. Mais au début, non ce n'était pas gagné. J'étais encore timorée, j'avançais à tâtons, je sentais que ce n'était pas loin, même si la route m'apparaissait encore un peu longue. Néanmoins, la sensibilité de la petite taiseuse a su me conquérir, me toucher. J'ai aimé ce qu'elle dit avec intelligence et douceur au Meunier, tous deux seuls et incompris se livrant enfin, faisant voltiger des conversations si pleines de vérités, sans se douter que le village était enfin à l'écoute, grâce à la complicité du Vent...  Cela ne se résume pas, cela ne s'explique pas, c'est un texte qui se livre avec mesure et précaution. D'ailleurs la conclusion n'est pas rien, puisque il est rappelé que c'est : 
une histoire où l'on pouvait tout entendre, même ce qui ne se dit pas.
Tout dire, même ce qui ne s'entend pas.
Une histoire où finalement, à bien l'écouter, personne n'aurait le dernier mot.

Voilà un texte qui souligne l'importance de s'ouvrir aux autres, de se confier et d'ouvrir son coeur, d'être sensible au langage des yeux aussi car
un regard a toujours quelque chose à dire, tandis qu'une bouche qui a décidé de se taire ne dira jamais rien.
- Allons donc, rien ne remplace les mots !
- Ecoute : ne dit-on pas des yeux rieurs, des yeux éteints, des yeux moqueurs, des yeux affamés ? Ou un regard sournois, un regard mélancolique, un regard apeuré, un regard amoureux ? On dit même un regard mourant ! Crois-moi, Meunier, si tu veux entendre quelqu'un, regarde-le dans les yeux.

Mais en fait, chaque lecture est différente. La vôtre, la mienne ... et celle qui suivra et ne sera jamais la même que la précédente. Ce n'est pas un livre qui peut facilement se confier à un enfant, ou alors il faut l'accompagner, ne rien expliquer, juste le lire ensemble, à voix haute ou pas, c'est selon ses désirs et ses envies. La suite n'appartiendra qu'à vous !

La Petite Taiseuse - Stéphanie Bonvicini (texte) & Marianne Ratier (illustrations)
Naïve (2010) - 13,50€

la_petite_taiseuse_velo_taiseuse

 

Posté par clarabel76 à 12:30:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,

19/11/09

Le Souffle des Marquises ~ Muriel Bloch & Marie-Pierre Farkas

Naïve, 2008 - 250 pages - 14€

le_souffle_des_marquisesEleonore, jeune lilloise qui ne vit que pour la musique, se heurte au refus obstiné de son père, pourtant premier piston de l'orphéon, qui prétend que ce n'est pas la place d'une fille d'être musicienne. Nous sommes en 1862. Pour la punir de jouer en cachette, il l'envoie à Paris travailler dans la blanchisserie de la tante Angèle. C'est un nouveau monde pour l'enfant, un monde bruyant, coloré, vivant et opportuniste. Car sur son chemin des livraisons, Eléonore découvre l'atelier d'Adolphe Sax, le génial inventeur du saxophone. Elle se fait passer pour un garçon afin de travailler chez lui, son rêve se réalise, même si elle ne peut plus jouer, elle vit auprès des instruments de musique. Son oncle et sa tante la soutiennent, jusqu'au jour où son identité est révélée. 
D'autres aubaines vont se présenter à elle, comme de faire partie d'une fanfare de femmes (avec tous les déboires à venir, puisqu'elles n'avaient jamais le droit de jouer en public. Les filles aux aiguilles, dit-on.). Elle rencontre aussi un garçon, Joseph, lui aussi cleftier aux ateliers Sax, il deviendra son premier amour.
L'époque n'est pas uniquement à la fête, la France de Napoléon III va basculer dans la guerre, les quartiers populaires vont se révolter, la Commune s'installer. Eléonore va choisir son camp, elle fera aussi la connaissance de Louise Michel, son coeur battra toujours plus fort, ses certitudes vont s'envoler mais la demoiselle va comprendre que son existence est vouée à un destin extraordinaire.
La musique est toujours associée à ses pas, et ce sera sur un air entraînant et sur le swing de Mississippi qu'elle n'hésitera pas à faire le grand saut !
Le Souffle des Marquises est un titre prometteur et qui affiche bien son ambition : en plus du souffle romanesque, c'est un hymne à l'amour, à la liberté, à la vie, à la passion pour la musique. C'est aussi un roman historique, la deuxième moitié du livre - avec le soulèvement populaire sur les buttes de Montmartre - rend l'histoire plus authentique, plus soucieuse des détails, avec parfois le risque de s'éloigner des personnages, mais la palette des figures est vraiment belle, intéressante, la fiction se mêle à la réalité avec une aisance qui ne donne pas à rougir.
On suit le personnage d'Eléonore avec bonheur, ses choix et son caractère affirmé font d'elle une héroïne admirable, en avance sur son temps. Le vocabulaire, aussi, donne une tonalité joviale et enlevée à l'histoire, nous sommes vite transportés à une autre époque, nous suivons les tourmentes et c'est un formidable tourbillon qui emporte le lecteur.
La suite s'annonce d'ailleurs totalement dépaysante, mais tout aussi ^chantante^.

-) a été lu sur le conseil de gaëlle.

Le deuxième tome est déjà publié : Le Swing des Marquises.
Le troisième est prévu pour mars 2010 : La Samba des Marquises.

Autre idée de lecture, Toni Mannaro (Jazz Band) dans "Ballade Nocture" - un récit de Manuela Salvi, illustré par Maurizio A.C. Quarello (lu ICI)

Posté par clarabel76 à 11:30:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , ,

02/09/09

Etranger à Berlin ~ Paul Dowswell

Naïve, 2009 - 420 pages - 18€
Traduit de l'anglais par Nathalie Peronny
Titre vo : Ausländer

etranger_a_berlinSuite au décès accidentel de ses parents, Piotr a été confié à un orphelinat polonais pendant deux ans. Dans le courant du mois d'août de l'année 1941, des soldats escortant des médecins allemands débarquent pour une procédure de "germanisation". Un par un, les garçons sont mesurés, pesés, étudiés au millimètre près, avant d'être séparés en deux groupes. Avec son physique typiquement aryen, Piotr gagne son ticket pour Berlin et est accueilli chez les Kaltenbach. Ce sont de farouches défenseurs du parti national-socialiste, ils ont trois filles nourries au même sein et comptent bien endoctriner ce jeune garçon de treize ans, très grand, blond aux yeux bleus, très beau aussi.

Piotr devient Peter. Il parle un allemand parfait, il est ébloui par le confort berlinois, adhère à toutes les idéologies de la famille Kaltenbach sans rechigner et intégre les Jeunesses Hitlériennes, où il fait preuve d'un zèle exemplaire. Il n'était pas franchement bien accepté en Pologne, du fait des origines bavaroises de sa mère, et avait essuyé des insultes après l'invasion des troupes ennemies en 1939.

A Berlin, le garçon grandit et apprend à développer son sens du jugement et de la critique, qu'il conserve pour lui, bien évidemment, trop soucieux du climat instable et délateur autour de lui. Il fait la rencontre de la délicieuse Lena Rieter, qui appartient à une famille fort appréciée et respectée au sein du Parti, sauf qu'au-delà des apparences, ce sont des opposants du régime qui n'hésitent pas à venir en aide aux juifs clandestins.

Mais tout ceci ne touche pas encore Peter, ni ne le concerne véritablement. Il mène sa vie sans se poser de questions, il ambitionne d'être pilote dans la Luftwaffen et la compagnie de Lena pimente son quotidien. Ensemble, ils se rendent à des soirées interdites, boivent du gin et écoutent du jazz. Ils se veulent libres et rebelles, à leur façon. Et ils rêvent d'une Allemagne rendue à elle-même, délivrée du fanatisme aveugle.

C'est progressivement que la situation dégénère. Peter s'oppose à la famille Kaltenbach en critiquant la politique du Führer, il découvre également la nature secrète de son tuteur, dont le travail à l'institut pour l'anthropologie, l'hérédité humaine et l'eugénisme cache des expériences honteuses et ignobles, et dans le même temps la ville de Berlin essuie une pluie de violence avec des bombardements répétitifs et virulents.
Nous sommes à un tournant de la guerre, et Peter décide de choisir son camp.

"Etranger à Berlin" est un roman remarquable, par son sujet et par son ton très entraînant, qui donne une lecture très agréable, fluide et attachante. J'ai beaucoup apprécié suivre le parcours de ce garçon Peter, qui va grandir dans un pays où la population agit comme une armée de robots, hypnotisée par les paroles d'un homme fou dangereux. L'auteur Paul Dowswell a su tirer profit de ses recherches en donnant des détails d'une précision mortifiante, comme les décorations de Noël en forme de croix gammée, et des exercices à consonnance xénophobe tirés des manuels scolaires. Du véridique ! Ce n'est pas un livre de trop sur la guerre, c'est un roman convaincant et passionnant. Et à l'égal de La voleuse de livres, le roman de Markus Zusak , il faut considérer "Etranger à Berlin" comme une lecture qui plaira à tous - jeunes et plus.   

le site de l'auteur : http://www.pauldowswell.co.uk/

 

 

extrait : Peter était soulagé que Segur ne soit pas là. Il se serait mis à rire. En voyant l'expression sincère de ces jeunes filles s'appliquant à chanter les nouvelles paroles, il comprit qu'elles y croyaient corps et âme. D'un coup, il se sentit très seul. Plus il y pensait, plus cela l'angoissait. Fleischer avait raison. Il resterait toujours un étranger - un Ausländer - parmi ces gens. Mais au fond de son coeur, Peter savait qu'il avait raison. Quelque chose en lui refusait d'adhérer à cette adoration totale, à cette foi aveugle et dérangeante que tous les autres semblaient vouer à Hitler et aux nazis.
Il se sentait affreusement déloyal d'avoir de telles pensées en présence de ceux qui l'avaient accueilli comme un des leurs - ou plutôt "réclamé pour la Communauté nationale". Ils l'avaient aidé à oublier le chagrin causé par la mort de ses parents. Son père et sa mère lui avaient toujours donné le sentiment que l'Allemagne était un pays meilleur. Que les Allemands étaient un peuple meilleur. Peter voulait désespérement y croire, malgré le sort des Ostarbeiters qui le hantait toujours dans un coin de sa tête. Et il voulait faire partie de la famille Kaltenbach. Il n'avait jamais vraiment pensé à ce qui lui arriverait s'ils le rejetaient. Serait-il renvoyé en Pologne, ou bien expédié dans l'un de ces camps dont il avait entendu parler ? Il se mit à chanter à pleins poumons, comme pour chasser ces troublantes pensées de son esprit.

 

*-*-*-*-*-*

« Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire !

Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici. »

 

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : ,

06/01/08

La déclaration - Gemma Malley

la_declarationDans le cadre d'une Angleterre de l'an 2140, l'histoire d'Anna raconte un avenir sombre où l'économie peu florissante a misé sur un programme de Longévité pour permettre à la société une vie éternelle et figée (ceci permettant aussi à la Nature de ne plus puiser dans ses ressources affaiblies). Mais trop de population menace la survie de l'espèce humaine, alors la Déclaration est promulguée et interdit quiconque de procréer (on accorde toutefois un héritier par foyer). S'Affranchir de cette loi est une condamnation à l'emprisonnement, le fruit de cette rebellion aussitôt envoyé dans une pension de Surplus. (Entendez par Surplus, "indésirable" et "impropre" à respirer le même air que tout Légal ! Le seul but dans leur vie est d'être le domestique de la caste supérieure.)

Grange Hall est un bâtiment austère et gris, où il fait vraiment misère de vivre. Il fait partie de ces lieux lugubres où on recueille les enfants des hors-la-loi, et Anna, jeune fille de 15 ans, en est du nombre. Elle ne sait quasiment rien de son passé, mise à part que des Rabatteurs sont venue l'enlever de sa cachette pour vivre son existence de Surplus à Grange Hall. Elle n'avait pas trois ans, alors. Appliquée et consciencieuse, Anna a acquis la certitude que ses parents étaient des égoïstes, que sa place n'est qu'un concours de soumission et de brimades répétées. La directrice, Mrs Pincent, a réussi là un lessivage du cerveau absolument prodigieux.

Puis, débarque un jour Peter, un adolescent récalcitrant, trop âgé pour atterrir à Grange Hall, trop vif et intelligent pour être tombé entre les griffes des troupes des Rabatteurs. Alors, pourquoi est-il dans ce pensionnat ? Il s'approche d'Anna et lui murmure qu'elle est l'enfant désiré de parents aimants, qu'elle porte un nom de famille et qu'elle n'a pas sa place chez les Surplus. Autant de propos qui ne peuvent qu'ébranler une jeune fille résolue de sa pitoyable condition...

Savamment, le roman déroule le fil de son histoire et parvient sans conteste à nous toucher et nous émouvoir. Ceci est une fiction futuriste, et pourtant le récit est truffé d'éléments auxquels on ne peut résister et s'empêcher d'y croire ! C'est bluffant. Cela fait froid dans le dos. Imaginez un monde où l'on peut vivre sans fin, mais au prix de sacrifier la jeunesse. Renier l'importance du renouvellement souligne la profondeur de l'égoïsme et de la bêtise du programme de la Déclaration. Et c'est avec un soupçon de profondeur que s'écrit l'histoire d'Anna, personnage très attachant, qui s'entête avant de comprendre ce que signifient l'endoctrinement et l'amour ! Et puis il y a aussi beaucoup d'émotion, du suspense (un peu de précipitation vers la fin, mais les violons peuvent entreprendre leur mélopée avec passion !). C'est captivant du début à la fin, sensible, inquiétant et intelligent. Une lecture brillante !

Naïve, collection naïveland - 366 pages. Traduit de l'anglais par Nathalie Peronny.  16 €

A été lu par Mélanie aussi !

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [52] - Permalien [#]
Tags : ,