21/04/17

La colline aux esclaves, de Kathleen Grissom

La colline aux esclaves

Après avoir découvert Maia (Les sept sœurs #1) de Lucinda Riley, j'avais envie de prolonger la sensation de m'immerger dans une fresque romanesque passionnante, et au vu des bonnes critiques, j'ai opté pour La colline aux esclaves, un marathon de 13 heures, formidablement porté par Nathalie Spitzer. Cela a été une évasion riche, exaltante et bouleversante. Une belle découverte offerte par Audible Studios.

Virginie, 1791. Lavinia n'est qu'une fillette fluette et vient de perdre toute sa famille lorsqu'elle est recueillie par le capitaine Pyke sur sa plantation de tabac, à Tall Oaks. C'est auprès de la communauté noire qu'elle va grandir, auprès de Mama Mae, Oncle Jacob, le séduisant Ben et l'intouchable Belle... alors que dans la grande maison, Mme Martha contient sa jalousie, sa langueur et sa folie. Son fils Marshall va lui aussi entretenir une haine farouche envers la jolie métisse, Belle, dont il suppute les origines, et méditera longuement sa vengeance pour punir son père, responsable de son éducation délaissée, des méthodes radicales de son tuteur, de son penchant pour l'alcool, etc. Le temps passe, Lavinia s'attache à sa famille d'adoption, voit la vie égrener une série de petits bonheurs et de grands malheurs, comme son départ forcé pour Williamsburg, son retour chez les blancs. Une séparation déchirante pour la jeune fille idéaliste, qui n'a connu la véritable chaleur d'un foyer qu'auprès des esclaves. Son apprentissage se poursuit cependant en matière d'études, de badinages amoureux... mais sa jeunesse, son innocence et son cœur pur viendront souvent fausser ses jugements et bouleverser sa destinée.

Quel tourbillon d'émotions à la lecture de ce roman plein de souffle et de péripéties ! C'est poignant, c'est vibrant, c'est vivant. J'ai été littéralement transportée. Comment demeurer insensible aux injustices de la ségrégation raciale, aux conditions de vie des domestiques et des esclaves, aux familles brisées par des contrats qui se revendent pour éponger des dettes, aux droits de cuissage honteux qui bafouent des jeunes femmes et renient leur progéniture ? L'auteur a réussi un véritable tour de force en traduisant avec force et authenticité l'ambiance des magnifiques propriétés sudistes, mais en s'intéressant aux coulisses et aux petites mains laborieuses. Ce sont des foyers misérables et opprimés, où subsistent pourtant une tendresse, une entraide, une détermination à tenir bon en dépit des adversités. Certes, les séquences dramatiques s'enchaînent en une valse étourdissante et étalent leur lot de violence, de larmes, de mensonges, de trahisons et de non-dits. Si j'ai brièvement craint une once de mièvrerie, j'ai vite revu mon jugement en constatant l'orchestration flamboyante de l'intrigue, racontée en alternance par Lavinia et Belle. Ce ne sont pas non plus des héroïnes fascinantes, fortes et magnanimes, car elles se révèlent parfois naïves, capricieuses et égoïstes, mais cela corrobore le tableau d'une nature humaine capable de prouesses et son contraire.

>> Texte lu par Nathalie Spitzer (durée 13h 13) pour Audible Studios (2016)

en exclusivité sur le site, uniquement disponible en téléchargement.

©2015 Charleston éditions - Trad. de l'anglais (USA) par Marie-Axelle de la Rochefoucault (P)2016 Audible FR

La colline aux esclaves | Livre audio  La colline aux esclaves pocket

 


07/09/16

Juste une ombre, de Karine Giébel

Juste une ombre

Cloé Beauchamp ne connaît pas l'échec : à trente-sept ans, elle est à deux doigts de décrocher le poste de directrice générale d'une agence de publicité et file le parfait amour avec le beau Bertrand. Brillante et ambitieuse, elle ne doute de rien. Pourtant, depuis quelques semaines, rien ne va plus dans sa vie parfaite.
La jeune femme est en effet persuadée d'être traquée par un individu mais ne parvient pas à convaincre son entourage ni la police de cette probabilité. Et à force de vouloir leur bourrer le mou, elle passe pour une folle. Pire, on la sent sur la corde raide, victime de surmenage et sensible aux hallucinations. En fragile équilibre sur une pente glissante.
Ainsi, tout ce qu'elle avait réussi à construire est en train de se casser la figure (boulot, amour, amitié, famille). Rien ne va plus dans la vie de Cloé, au bord de la crise de nerfs. Quand, enfin, elle décroche l'attention d'un flic, elle soupire d'aise et compte se servir de lui pour prouver à tous qu'elle n'est pas dingue. Or, Alexandre Gomez n'est pas un flic ordinaire.
Mis sur la touche après une bavure, le type, qui ne surmonte pas son récent veuvage, est en train de partir en roue libre. Il est grossier et odieux, n'est pas tendre avec Cloé, n'éprouve aucune compassion pour elle et la trouve insupportable. Il s'accorde néanmoins à reconnaître l'existence d'un détraqué qui la harcèle à l'insu de tous.
Soulagement général ? Que nenni. 
L'histoire continue de prendre un plaisir sadique à brouiller les pistes et à nous faire croire tout et n'importe quoi. C'est très perturbant. On partage le désarroi de l'héroïne, sans trop savoir sur quel pied danser. On ne s'apitoie pas trop sur son sort non plus, car Cloé n'est pas du tout attachante, même si on trouve sa situation vachement tordue à vivre. De toute manière, la frontière entre le vrai, l'acquis et le fantasme est hyper mince. On croit détenir un bout de la vérité, et bam c'est l'impasse.  
Cette lecture est juste diabolique, elle se joue du lecteur sur toute la ligne, elle est à la fois pesante, longue, lourde et frustrante. Par contre, elle est remarquable de rouerie. La fin, clairement, déchire tout. C'est bluffant jusqu'au point final. Et ça rattrape tous les défauts mineurs du roman. Chapeau.  

 

Texte lu par Nathalie Spitzer en exclusivité pour Audible (durée : 15h 08) / Août 2016

2012 Univers Poche (P)2016 Audible FR

Juste une ombre | Livre audio

Posté par clarabel76 à 10:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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