09/05/19

En poche Pôle fiction ! Mon homard - Qui veut la peau de Lola Frizmuth ?

« Elle est sexy, elle vit dans une maison immense et elle porte le nom d'une bière. C'est la femme idéale. »

Mon homard tom ellen lucy ivison

Sam et Hannah se rencontrent à une fête, mais se quittent sans avoir échangé leurs noms ou leurs coordonnées. Pourtant, Hannah jure à ses amies que « c'est son homard » - celui pour qui elle serait prête à sacrifier sa virginité. C'est lui, le bon, le seul, l'unique. De son côté, Sam aussi en pince sérieusement pour la jolie inconnue mais vient de décrocher un rencard avec une autre demoiselle ... qui n'est autre que la meilleure amie d'Hannah !

C'est l'été, le temps des vacances, de l'insouciance et de la tortueuse question du déniaisement. Sam et Hannah ont 17-18 ans, des tonnes d'arrière-pensées et la trouille de se tromper. Alors ils vont se perdre, se retrouver, se méprendre ou balbutier des vérités arrangées. Croyez-le ou non, c'est une lecture hyper attendrissante et aux effets inattendus ! Car le roman est très drôle, confondant de maladresse, adorable et authentique. On y trouve aussi des tonnes d'allusions à Harry Potter, Twilight et tout le toutim, ce qui m'a fait énormément sourire.

L'histoire nous embarque dans les aventures délirantes d'une bande de potes (soirées, plage, rencontres, beuveries, bisous, camping, festival dans un champ, séance d'épilation, trampoline, le grand soir, etc.). Il est question d'amour, d'amitié, d'avenir, d'études, du temps qui passe (trop vite), du changement, des attentes et de la frustration. C'est surtout raconté de façon cocasse, sans détour ni vulgarité. Et j'ai adoré. Sans complexe. Sans tabou. Avec dérision et tendresse. Je le conseille fortement.

Mon homard, de Tom Ellen & Lucy Ivison 

Gallimard, coll. Pôle Fiction, 2019 ♦ traduit par Julie Lopez (Lobsters) 

Préalablement paru sous le titre : Celui qui sera mon homard (coll. Scripto)

« Plus grands sont les obstacles, plus vous êtes faits pour être ensemble. Regarde Ron et Hermione. Des obstacles partout. Mais Hermione a-t-elle baissé les bras quand Ron est sorti avec Lavender Brown ? Ron a-t-il baissé les bras quand Hermione s'est tapé ce joueur de Quidditch bulgare ? Ont-il laissé la pression de devoir retrouver les derniers Horcruxes les séparer ? Non. Grâce à tous les drames qu'ils ont traversés, ça a été encore plus poignant quand ils se sont finalement mis ensemble. » 

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Qui veut la peau de Lola Frizmuth

Suite à ses folles aventures au Japon, Lola Frizmuth est désormais choriste pour un groupe de pop. Mais elle a la maladresse chevillée au corps... et le soir de la grande première, Lola va connaître une humiliation publique en se vautrant sur scène. Horrible expérience pour notre héroïne. Par contre, nous on se marre ! Les réjouissances sont d'ores et déjà ouvertes.

Lola va également être témoin d'un crime crapuleux (qu'elle filme sur son portable) et comme elle n'est pas discrète, elle doit prendre ses jambes à son cou pour échapper à ses poursuivants. Elle court se réfugier chez son maître de chant, non sans entraîner son ennemie jurée dans cette galère - la délicieuse Maki, l'autre choriste, qui est vicieuse sur les bords.

Encore une fois, l'action est menée à fond de train, l'humour est partout, frétillant, jubilatoire. Lola est impayable et parfaite maîtresse de cette aventure farfelue (avec robots et clones à bord). On sourit tout du long tant c'est bon et rigolo. On ne s'ennuie pas un instant. Forcément, je dis banco. 

Qui veut la peau de Lola Frizmuth ? d'Aurélie Gerlach

Gallimard jeunesse, coll. Pôle Fiction (2019)

 

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24/03/19

Les Mystères de Larispem : Le sang jamais n'oublie, de Lucie Pierrat-Pajot

Les Mystères de LarispemJe pourrais vous évoquer Larispem comme une version alternative d'un Paris de 1899. Vous évoquer un monde revisité où les insurgés de 1871 auraient remporté la victoire et banni les aristocrates de leur ville proclamée Cité-état indépendante. L'égalité et la solidarité ne seraient plus vains. De grandes innovations verraient le jour... notamment grâce à Jules Verne, convié à exécuter les idées fabuleuses qui nourrissent son imaginaire. Ceci dit, les tensions persistent car les Frères du Sang ourdissent complots et magouilles en lançant quelques avertissements, “le sang jamais n'oublie”.

Je pourrais aussi évoquer les magnifiques illustrations de Donatien Mary qui, en couverture, invitent déjà à l'évasion et à la curiosité. Puis, trois personnages font leur entrée sur scène : Carmine, une apprentie bouchère au franc-parler éclatant, son amie Liberté, débarquée de sa campagne pour devenir mécanicienne, et Nathanaël, un orphelin qui cherche un but à sa vie. Tout en suivant leurs parcours chaotiques, on fait aussi le tour du propriétaire et on explore sous plusieurs angles ce Paris rétrofuturiste qui se livre sous nos yeux ébahis. C'est comme ça qu'on se balade des quartiers populaires à la légendaire Tour Verne (pour y croiser le fameux écrivain), qu'on se faufile la nuit dans les couloirs d'un orphelinat ou qu'on s'introduit dans un club de chimie un peu spécial, qu'on part en maraude ou qu'on ravive de vieux souvenirs éteints. L'histoire prend ses aises mais avance à un rythme entraînant car je me suis souvent surprise à avaler les chapitres en savourant chaque instant.

Je pourrais donc vous évoquer cette série qui débute de façon sensationnelle. Où l'on apprécie le fond, la forme, l'élégance, l'ambiance, les points de suspension. Lauréat de la deuxième édition du Concours du premier roman jeunesse, ce livre est décidément plein de promesses et ravit mon petit cœur de lectrice toujours en quête d'extraordinaire. Suis en pleine lecture du tome 2 : Les Jeux du Siècle. #fascination

 

Gallimard jeunesse (2016) - magnifiques illustrations de Donatien Mary

Livre gagnant de la deuxième édition du Concours du premier roman jeunesse
organisé par Gallimard Jeunesse, Télérama et RTL.

parution en poche : collection: Pôle Fiction - N°125

les mystères de larispem gj

 

20/02/19

En poche ! Une fille au manteau bleu - Les valises - Les mille visages de notre histoire - Tortues à l'infini

Une fille au manteau bleu

Amsterdam, 1943. Hanneke sillonne les rues à vélo afin de dénicher au marché noir les marchandises qu'on lui commande. Un jour, l'une de ses clientes lui fait une requête particulière: retrouver une jeune fille juive disparue, avant les nazis. Elle s'appelle Mirjam et porte un manteau bleu.

Loin d'être un énième roman sur le sujet, cette lecture offre surtout la possibilité de découvrir une histoire passionnante, qui puise autant dans l'émotion que dans l'action et le suspense. Avec son héroïne de 18 ans, si juste et imparfaite, par ses choix, ses failles et ses engagements, on se lance dans un parcours bouleversant et inattendu. Il y a d'abord sa quête pour retrouver Mirjam, puis sa prise de conscience des dangers qui rôdent, l'horreur des rafles et des dénonciations, la culpabilité et la rédemption.

C'est un cheminement chaotique, mais poignant, qui emprunte de nombreuses bifurcations, qui fait aussi battre le cœur plus fort et qui noue l'estomac à l'énoncé des enchaînements tragiques et malheureux. En un mot, c'est excellent ! Et c'est à remettre entre les mains des plus jeunes sans délai.

Une fille au manteau bleu, de Monica Hesse

Pôle Fiction (2019) - trad. Anne Krief

 

Les valises

Ce dimanche de 1982, Sarah, quinze ans, se rend en voyage scolaire en Pologne où elle visite avec sa classe le camp d'Auschwitz. Pudique et solitaire, l'adolescente ne s'explique pas le profond malaise qu'elle ressent en découvrant l'amoncellement des valises ayant appartenu aux millions de déportés juifs. Prise de vertiges, elle a des visions de scènes sur un quai de gare où des enfants sont arrachés à leurs parents. Horrifiée, Sarah se ferme comme une huître. Car tout ceci l'amène à réfléchir à ses propres origines. 

L'histoire va vous toucher en plein cœur tant elle est bouleversante. Sarah va brutalement sortir de sa torpeur, remuer ciel et terre pour démêler les non-dits de sa famille, va hélas se heurter à la tragédie. Et au milieu de ce chaos sans nom, Sarah découvre aussi les fulgurances du premier amour. Une relation tendre, farouche et explosive se dessine, forcément stimulée par son besoin de savoir qui elle est, quelles sont ses racines. Un vrai cri du cœur. En somme, c'est tout emmêlé, emberlificoté dans un parcours teinté de rencontres et révélations parfois rapides et improbables, mais qu'importe.

La lecture est entraînante, animée d'une belle sincérité. On en ressort avec le cœur pulvérisé, un sourire heureux et des larmes au coin des yeux. C'est tout bon ! Je recommande fortement.

Les valises, de Sève Laurent-Fajal

Pôle Fiction (2019) - couverture illustrée par Emmanuel Polanco

PRIX CHRONOS 2018 - SÉLECTION DU PRIX DES INCORRUPTIBLES 2017-2018

 

les mille visages de notre histoire

Tout le monde croit connaître Libby Groby, mais personne ne s'est jamais intéressé qu'à son obésité. Elle a longtemps vécu recluse dans sa chambre, cachant son corps et ses angoisses. Cette année, Libby en est sûre, sa vie peut changer ! Tout le monde croit connaître Jack Masselin : lycéen rebelle, sexy et imprévisible. Sous son arrogance, Jack a enfoui un secret douloureux.

Ce deuxième roman de Jennifer Niven, après Tous nos jours parfaits, se veut positif et porteur d'espoir. Il pulvérise les différences, incite à croire en l'impossible, bouscule les barrières, balaye les clichés. Bon point donc pour son engagement, pour l'espoir qu'il inspire, les messages de tolérance, la dénonciation du harcèlement. Ce sont toujours de bonnes intentions. Reste que la romance qui s'installe n'est pas à la hauteur des attentes. Beaucoup trop classique et délicate. On a en effet une romance qui se base sur la souffrance du couple à concilier ses différences, à surpasser ses problèmes. Mais on retombe vite dans le superficiel et le scepticisme. Ne nous leurrons pas : Libby et Jack appartiennent à deux univers diamétralement opposés. J'aurais aimé croire en leur histoire, mais voilà... ça me semble peu probable en réalité. C'est dommage car j'avais trouvé le début du roman tellement engageant : l'échange des points de vue donne du rythme à la lecture. Cela partait plutôt bien...

Les mille visages de notre histoire, de Jennifer Niven

Pôle fiction (2019) - trad. Vanessa Rubio-Barreau

 

Tortues à l'infini pole fiction

Prise dans la spirale vertigineuse de ses pensées obsessionnelles, Aza n'avait pas l'intention d'enquêter sur la disparition du milliardaire Russell Pickett. Mais c'était compter sans sa meilleure amie Daisy et une récompense de cent mille dollars. Aza renoue alors avec le fils Pickett, Davis. L'improbable trio devient inséparable et va trouver en chemin d'autres mystères et d'autres vérités, comme celles de la résilience, de l'amour et de l'amitié indéfectible.

Voilà un roman très touchant, très fort, sans réelle action mais tellement juste et attachant. On y trouve encore et toujours des jeunes gens fragiles et délicats, des adolescents jouer les funambules sur une corde raide. On les sent fébriles et en détresse, parés du besoin de trouver leur place ou de comprendre le monde qui les entoure. Ce sont des mômes déstabilisants. Des adolescents qui essayent d'être des amis à la hauteur, des enfants obéissants, des élèves studieux, des amoureux flamboyants. Ce regard que pose John Green sur la jeunesse est égal à lui-même - lucide, tendre et sans détour - même s'il y ajoute une pointe d'excentricité et de complaisance. Toutefois, c'est drôlement bon et franchement attendrissant.

J'ai aimé vivre dans la tête d'Aza, comprendre ses raisonnements et toucher du doigt sa logique implacable. John Green a d'ailleurs avoué s'être inspiré de son propre vécu et son expérience de la maladie pour donner à Aza une note authentique et poignante. Cette sincérité est réelle. On ressent toute l'émotion de cette histoire comme si elle nous est personnellement dédiée. Gros big up aussi à la complicité entre Daisy et sa fidèle “Holminette” - je me sentais bien en leur présence !

Tortues à l'infini, de John Green

pôle fiction (2019) - trad. Catherine Gibert

 

19/11/18

En poche ! Où est passée Lola Frizmuth ? par Aurélie Gerlach

lola frizmuth

Folle amoureuse de Tristan, qui vit actuellement au Japon, Lola Frizmuth décide de partir sur un coup de tête pour le rejoindre. Elle prend donc le premier vol pour Tokyo et se présente la bouche en cœur devant la porte de son chéri. La suite ne va pas se passer comme prévu. Lola va se retrouver seule, dans la panade, avec une bande de Yakuzas à ses trousses !

Invraisemblable ? Qu'importe ! Attendez-vous surtout à une histoire follement cocasse au pays du Soleil Levant avec une héroïne au charisme ravageur. Résultat, le roman se boit comme du petit lait : il y a du rythme, de l'humour, des personnages délirants (entre autres, le gangster à la retraite qui passe désormais son temps à boire une bière au soleil en caressant son petit chat).

Lola Frizmuth est une tornade blonde, qui chamboule tout sur son passage et rend la vie de ceux qui la croise sens dessus dessous. On craque aussi pour le jeune stagiaire de l'ambassade, avec son look de premier de la classe, pas du style à casser la baraque, et pourtant embringué dans une course-poursuite infernale. En bref, on ne s'ennuie pas une seconde. C'est pétillant et mené à fond de train. Et on adore ça. Pour une première entrée en scène, Aurélie Gerlach avait su taper fort et avec brio ! Auteur à suivre, sans nul doute.

Pôle Fiction (2018) chez Gallimard jeunesse

Illustration de couverture : Camille Benyamina

 

 

 

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18/09/18

Gaspard in love, de Stéphane Daniel

Cet ouvrage a été publié pour la première fois en 2006, puis en 2010 sous le titre Si par hasard c'était l'amour, aux éditions Rageot.

Gaspard in loveRoulant joyeusement sur la route des vacances, la famille Corbin doit pourtant revoir ses projets quand leur voiture tombe en panne en rase campagne. Le garagiste du coin leur promet d'agir au plus vite, en attendant Gaspard et ses parents s'installent à l'hôtel du Lion d'Or. Mais ce contretemps contrarie grandement l'adolescent, impatient de rejoindre sa bande de potes, plus particulièrement sa dulcinée, car il n'ignore pas que sa place laissée vacante sera rapidement occupée par un autre prétendant...
Face à ce garçon qui erre comme une âme en peine, l'hôtelière lui suggère de faire un tour au bistro voisin. Dans l'arrière-salle, d'autres jeunes de son âge ont l'habitude de se réunir autour d'un babyfoot. N'en rajoutez plus : les mots magiques ont coulé comme du miel sur Gaspard, dont les yeux brillent déjà de mille feux. Lui, le King de la gamelle, va enflammer la foule en délire. Il n'en doute pas une seconde. Du moins, ce serait oublié que ses vacances sont placées sous le signe de l'inattendu (et de la déconfiture).
Ha, ha ! Comment vous dire, à part que c'est drôle, mais tellement drôle à lire ! J'ai franchement souri tout du long des aventures de Gaspard, dont l'ironie est son arme fatale, quitte à paraître un peu lourd et cinglant, mais ce garçon mérite vraiment d'être connu. On partage à ses côtés quelques jours de vacances dans un village loin du tourisme de masse et on aime cette mise au vert imposée qui rend notre jeune parisien moins cynique à force de côtoyer la faune locale. C'est plein de vie, de joie, d'insouciance, d'amitié et d'amour. On passe un vrai bon moment et c'est tout ce qui compte. Big up aussi pour l'écriture en verve et les réparties rigolotes qui fusent à chaque coin de page. J'ai adoré.

Pôle Fiction, coll. Gallimard jeunesse (2018)

« Avec Gaspard, j'ai fait le choix de raconter une histoire d'humour, et de préférer les éclats de rire aux éclats de pire. J'ai eu pour ambition de rendre les lecteurs heureux, le temps d'une lecture. » Stéphane Daniel

 

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24/05/18

En poche ! Nous les menteurs, de E. Lockhart

Nous les menteursL'été de ses 15 ans, Cady passe ses vacances sur l'île de la famille Sinclair quand elle manque de se noyer et finit aux urgences avec un traumatisme crânien. Depuis, la jeune fille a la mémoire en vrac et souffre de migraines foudroyantes.

Éloignée du giron familial pendant deux ans, Cady y retourne dans l'espoir de raviver ses souvenirs. L'adolescente n'en peut plus de retrouver ses cousins, Mirren et Johnny, ainsi que Gab, son grand amour. Or, l'ambiance à Beechwood n'est plus la même - les silences sont lourds et les secrets pesants, faisant poindre une vérité cruelle et amère.

Prenez garde, en effet, à cette fausse lecture estivale ! On s'imagine partager un moment de calme et de douceur dans un cadre enchanteur avant de réaliser les fissures et les fêlures. En attendant, on gobe tout, sans réfléchir. On se laisse bercer par le ronron des vagues, on hume les bonnes odeurs de cuisine, on s'étourdit des parfums du jardin, on se prélasse au soleil, on bouquine paresseusement, on rit et on joue en toute innocence...

Prenez garde (bis) - les apparences sont trompeuses. On le devine au ton grave et cérémonieux de Cady, dépossédée d'une histoire dont elle redessine les contours avec parcimonie. On la suit méthodiquement, tout en guettant les signes du faux-semblant et en échafaudant toutes sortes de théories. Au final, on ne voit rien venir. Et la réalité pulvérise les limites de votre imagination ! 

Le roman réussit à combiner une ambiance hors du temps, des personnages attachants, une intrigue envoûtante, des secrets à la pelle et des rebondissements inattendus. Le cocktail est goûteux et explosif. Très bon !

Pôle Fiction (2018) - traduit par Nathalie Peronny pour Gallimard Jeunesse

 

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13/03/18

Le sel de nos larmes, de Ruta Sepetys

Le sel de nos larmes Pole fictionHiver 1945, sur les routes de l'Europe de l'Est. Des milliers de réfugiés fuient les troupes soviétiques et remontent jusqu'à la côte Baltique pour rejoindre un énorme navire, le Wilhem Gustloff, à bord duquel civils et militaires espèrent s'échapper. Tous fuient les bombes, les soldats, la haine, la vengeance aveugle, la folie, le chaos. Tous sont épuisés, affamés, blessés, frigorifiés. Ils ont abandonné des maisons, des familles et perdu leurs maigres illusions. Leur avenir n'est plus qu'une ligne lointaine et floue, entre les mains de Hitler ou Staline. Mais tous luttent avec l'énergie du désespoir.

L'histoire s'attache à retracer le parcours de quatre adolescents, chacun né dans un pays différent et armé d'un lourd secret, tous poursuivis par la culpabilité, le destin, la honte ou la peur, mais liés par le même sauve-qui-peut. Il y a la lituanienne Joana, une jolie infirmière dévouée, Florian, un  prussien farouche, grièvement blessé, mais qui refuse qu'on s'approche de lui, Emilia, une polonaise de quinze ans, avec son bonnet rose et ses grands yeux de biche aux abois, accrochée aux basques de son chevalier qui la fuit, et enfin Alfred, un jeune matelot allemand, qui écrit de longues lettres à son amoureuse, sans avouer la vraie nature de sa mission...

Les chapitres sont courts mais dégagent une force romanesque inégalable. Cela accentue également l'intensité dramatique, à laquelle s'ajoute le poids des informations, car tout ce que nous renseigne l'auteur est méconnu ou oublié, d'où son impact et sa valeur. Émotionnellement, ça vous pulvérise et vous foudroie sur place. L'histoire est romancée, et malgré tout ancrée dans une réalité historique poignante. L'Europe est en pleine débâcle, sillonnée par l'exode en masse de populations hagardes, ne sachant plus où se tourner pour un semblant de liberté. Les militaires livrent leurs derniers combats acharnés, ils torpillent à tout-va, d'où le naufrage du Wilhelm Gustloff, une catastrophe maritime insouçonnée, qui a pourtant fait six fois plus de victimes que le Titanic ! C'est dans la lecture des souvenirs de Joana, Emilia, Florian ou Alfred, qu'on découvre des nouveaux visages de la guerre, mais c'est aussi en suivant leurs incroyables destinées, entre amitié, courage et amour, qu'on réalise le sordide et l'horreur, l'éclat et l'inextricable. Cela vous donne des frissons partout. Effet coup de poing assuré.

Gallimard Jeunesse, coll. Pôle Fiction (2018)

Traduit par Bee Formentelli . Titre original : Salt to the Sea

 

Carnegie Medal du meilleur roman jeunesse 2017

 

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« Je suis devenue très habile à faire semblant. Si habile que la frontière entre vérité et fiction s'est brouillée, effacée. Et quelquefois, quand je me montre particulièrement habile à ce jeu, je me leurre moi-même. »

 

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15/12/17

Le Livre de Perle, de Timothée de Fombelle

Le livre de Perle

J'avais une petite appréhension au moment d'ouvrir le roman de Timothée de Fombelle, étant donné mon degré d'amour pour ce que l'auteur a coutume d'écrire. J'éprouve toujours un sentiment proche de la peur d'être déçue. Alors j'attends bêtement de vaincre ma trouille, puis je me sermonne d'avoir trop attendu car, franchement, j'ai encore reçu des pages et des pages d'amour tant c'était beau et bon. C'est un roman aux multiples facettes. Un roman avec des tonnes de tiroirs. Un roman qui vous raconte une histoire, laquelle vous en raconte une autre et vous promène encore plus loin vers d'autres horizons. Car c'est un roman magique, qui fait voyager, rêver et sentir battre le cœur toujours plus fort. Un roman qui fait comprendre la vie et ses combats. Une lecture indescriptible pour tout ce qu'elle procure et offre, si ce n'est un grand chant d'amour et de poésie à découvrir sans frémir ! ♥

Vers l'âge de quatorze ans, le narrateur s'est perdu dans la forêt et a rencontré un vieil ermite vivant isolé dans sa cabane. Ce type prétend s'appeler Joshua Perle. Son passé n'appartient qu'à lui, il confie au garçon de rentrer chez lui sans le questionner ni ouvrir l'une de ses précieuses valises qui encombrent le modeste logis. Mais notre ami croyant échapper à la vigilance de son hôte s'arme de son appareil-photo et brave l'interdiction, avant de s'évanouir pour se réveiller au bord d'une route. La suite de l'aventure révèle le fabuleux écheveau tissé autour de la figure légendaire de Joshua Perle - il sera question d'une fée et d'un prince sans royaume, d'une confiserie de guimauves, d'un fils prodige, d'une guerre, de trésors éparpillés, de mythes et de croyances en l'impossible. En gros, ce roman est aussi un hymne à l'imagination et à son pouvoir capable de renverser des montagnes. Ce sont autant de messages subliminaux qui ne pouvaient que me séduire. J'ai donc absorbé tout ça en ressentant un immense feu de joie s'embraser au creux de mon ventre et une totale dévotion à l'égard de cette plume charmeuse et lyrique. Offrez ce livre autour de vous ! C'est de l'amour sans demi-mesure et c'est prodigieux. #iputaspellonyou

Gallimard, 2014 - repris en poche Pôle Fiction, 2017

 

Le livre de Perle Pole fiction

 

Pépite du roman européen 2014.
Prix de la Foire de Brive 2015.

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14/03/17

Atlantia, d'Ally Condie

Atlantia FolioSœurs jumelles, Rio et Bay vivent dans la cité sous-marine d'Atlantia, créée exprès pour préserver l'espèce humaine de l'air pollué à la surface de la terre. Chaque année, une cérémonie invite les jeunes gens à prêter allégeance ou exprimer leur désir de rejoindre le monde d'En Haut. Une envie qui n'a jamais quitté Rio, qui se sent à l'étroit à Atlantia, mais qui a promis à sa sœur de n'en rien faire pour ne pas l'abandonner. C'est pourquoi le choc est grand à l'annonce du départ de celle-ci. Ne comprenant pas pourquoi Bay a agi dans le secret, Rio entreprend de mener son enquête, tout en cherchant le moyen de partir à son tour. Mais Rio doit veiller à préserver son identité de sirène - sa vie serait en danger - et ne se résout pas à contacter sa tante Sea, seule sirène officielle, pour obtenir des réponses à ses nombreuses questions. Car, peut-on réellement lui faire confiance ? Rio la suspecte d'être responsable de la mort de sa mère, alors ministre d'Atlantia, dont on a retrouvé le corps sans vie, dans des circonstances douteuses. Les filles ont fait profil bas par prudence, mais vraisemblablement leur famille avait le culte du non-dit, car Rio va aller de surprise en surprise, à sa plus grande déconvenue.

J'ai beaucoup aimé la mise en place de l'histoire, l'ambiance et le décor aquatique, la mythologie des sirènes, les enjeux d'une vie en autarcie, ses limites et ses dangers. Ce sont globalement les mêmes grandes lignes propres aux romans dystopiques, mais avec toute la délicatesse dont sait faire preuve Ally Condie (cf. sa série Promise). L'auteur parvient à créer une atmosphère unique, pleine de charme et de mystère, avec une trame romanesque délicate, qui inspire une certaine évanescence. C'est écrit avec tact, intelligence et sensibilité. On embarque sans difficulté dans l'histoire de Rio pour vivre en sa compagnie une aventure fabuleuse et surprenante. Autre point appréciable, c'est un livre autonome, qui déroule son fil en 400 pages, sans point de suspension. On prend, on goûte et on est pleinement rassasié ! Un livre qui se suffit à lui-même, pour une lecture agréable et riche en évasion. 

Gallimard Jeunesse - Coll. Pôle Fiction - Trad. Vanessa Rubio-Barreau - 2016

 

Atlantia

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02/12/16

Big Easy, de Ruta Sepetys

Big EasyDirection La Nouvelle-Orléans, en 1950. Josie a 17 ans et rêve de poursuivre ses études à l'université. Mais elle est fille de prostituée, travaille dans une librairie et fait du ménage dans une maison close. Sa mère n'étant pas un modèle du genre, Josie idéalise l'image de son père qu'elle ne connaît pas.
Un jour, elle croise dans la boutique un galant homme en quête d'un recueil de poésie. Il est de passage en Louisiane avant de repartir chez lui à Memphis. Charmant, attentif et attentionné, l'individu ne laisse pas la jeune fille indifférente. Aussi, lorsqu'elle apprend dans les journaux sa mort accidentelle, Josie est bouleversée. Encore plus chamboulée lorsqu'elle découvre sa montre sous le lit de sa mère, laquelle a plié bagages avec son amant maudit, abandonnant sa fille sans se retourner.
Josie ne sait plus quoi penser, même si l'enquête de police creuse dans sa direction, elle demeure muette et contrite. Dans le même temps, Josie fait la rencontre d'une étudiante de Smith College, Charlotte. Elle est vive, époustouflante et se méprend sur Jo, qu'elle considère comme une petite orpheline d'origine française. Sa découverte des beaux quartiers brise là aussi quelques-unes de ses illusions... 
Mais le parcours de Josie est rayonnant et insuffle un formidable optimisme. Malgré les aléas de la vie, la jeune fille se bat pour échapper à un destin moribond, refusant aussi de suivre les traces de sa mère indigne. Pour cela, elle est également bien entourée par des personnes qui croient en elle et la poussent à sortir du Vieux-Carré pour accomplir ses rêves.
On a là une belle brochette de personnages attachants, entre Willie la tenancière, Cookie son vieux chauffeur dévoué, Jesse, le jeune mécano débrouillard, Patrick et son père malade, les proprios de la librairie... Le petit monde de Josie est coloré, chaleureux, bienveillant. Cela compense ainsi la vision assez amère que Ruta Sepetys nous fait entrevoir de la Louisiane des années 50. La plongée est à la fois sombre et pittoresque, livrée sans concession, mais non sans une once de sensibilité. 
La lecture est envoûtante, le personnage de Josie très touchant, pour un roman incroyable, admirablement écrit et très intelligent. L'auteur montre aussi qu'elle sait se renouveler et brasser des genres très différents, dont le point commun n'en demeure pas moins une force de caractère et la puissance évocatrice dans des destinées rares et émouvantes.  

Traduit par Bee Formentelli pour les éditions Gallimard

Coll. Pôle Fiction - 464 pages - Avril 2016

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