04/10/16

La Blonde aux yeux noirs, de Benjamin Black

La Blonde aux yeux noirsLe mythe Marlowe reprend vie sous la plume de Benjamin Black (alias John Banville, Booker Prize 2005 pour La Mer) qui goupille une enquête inédite dans laquelle ce cher Philip M. déploie son talent et sa gouaille pour conquérir son public orphelin. Le pari était osé, mais le défi pleinement assumé. Et j'ai personnellement apprécié ce revival du roman noir hardboiled.
Tout commence un mardi, “un de ces après-midi d'été où on se demande si la terre n'a pas cessé de tourner”. Notre détective désabusé reçoit la visite d'une blonde fatale qui l'engage pour retrouver, en toute discrétion, un certain Nico Peterson, son amant officiellement disparu dans un accident de voiture deux mois plus tôt. Or, elle est certaine de l'avoir croisé bien vivant en train de marcher dans la rue et entend refiler la patate chaude à Marlowe. Celui-ci accepte parce que la cliente est belle et distinguée - Clare Cavendish appartient à une riche famille de Californie, l'argent n'étant pas une finalité pour notre ami, celui-ci est davantage captivé par les “atouts” de la blonde aux yeux noirs. 
Car Marlowe ronchonne dans sa barbe. L'affaire paraît déjà fumeuse et ne va pas manquer de le plonger dans des arcanes improbables mêlant club privé, mauvaises combines à deux balles, trafics de drogue, usurpation d'identité, mensonges et autres félonies. Cela sent la duperie à plein nez, et Marlowe va mordre la poussière.
Cette enquête éreintante applique cependant toutes les lignes du cahier des charges - la clope, la gnôle et les torgnoles - dans une ambiance clairement saturée d'amertume et de macchabées. Mais les répliques sont mordantes à souhait, l'humour est dégainé à tire-larigot et la stylistique ciselée à la mode des années 50. Un bouquin qui nous sort un “oh pétard” en guise de protestation, moi je dis banco.

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch (The Black-Eyed Blonde) pour les éditions Robert Laffont

Repris chez 10/18 - Février 2016