26/06/17

Tu ne perds rien pour attendre, de Janis Otsiemi

Tu ne perds rien pour attendre

Encore une excellente révélation tirée du label Sang Neuf des éditions Plon - le roman de Janis Otsiemi surprend par son efficacité, son intrigue bien ficelée, sa peinture du Gabon, son système judiciaire en toute impunité et ses révélations douces-amères...

Jean-Marc Ossavou est lieutenant de police à la Sûreté urbaine. Il traque les voyous, les violeurs, les criminels que la PJ a tendance à oublier, par désœuvrement ou surplus de boulot. Lui ne renonce jamais et traque jusqu'au boutisme la réponse aux affaires non résolues. Un soir, en rentrant chez lui, il croise sur la route une très belle femme, Svetlana, qui vient de terminer son service de serveuse au casino et qui cherche à rentrer chez elle. Notre homme la conduit jusqu'à sa porte, tente de discuter avec elle, mais Svetlana est assez évasive et secrète. Le lendemain, il se présente à nouveau devant sa maison, et tombe sur sa mère éplorée de chagrin - sa fille est morte, assassinée deux ans plus tôt. Ne sachant pourquoi son fantôme lui est apparu, Jean-Marc se décide néanmoins à relancer l'enquête et démasquer le coupable impuni. L'affaire est tortueuse, empesée par une omerta, mais notre flic ne lâche rien et n'hésite pas à enfoncer des portes ouvertes.

J'ai facilement lu ce roman d'une traite, il faut dire aussi que tout se prête à concourir à son bon déroulement - une intrigue passionnante, un cadre exotique fascinant, des crimes bien moches, qui soulignent aussi toute la vulnérabilité des femmes dans cette société gabonaise à deux vitesses. Les personnages sont des baroudeurs au cœur tendre, et même si les présentations sont assez succinctes, elles offrent une perspective de retrouvailles non négligeables. Du moins, je croise les doigts pour rencarder cette brigade dans de prochaines enquêtes, après tout ? Très bonne découverte, à la fois classique et riche en suspense, également la promesse d'une évasion d'un exotisme renversant.

SANG NEUF - 2017

 

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Un bref moment d'héroïsme, de Cédric Fabre

Un bref moment d'heroismeAncien reporter-photographe de guerre, Grégoire Lang a tout plaqué après avoir été témoin du drame de trop en Afrique. Replié à Marseille, où il vivote en participant à des combats clandestins, il a coutume de se mêler à des manifestations pour semer la pagaille par des méthodes musclées, et tente en parallèle de panser ses plaies auprès d'Old Mo, le père de son amoureuse décédée sur une plage en Tunisie.

Débarque un jour Awa, qui ravive les souvenirs du passé avec douleur. Elle a aujourd'hui un service à lui demander -  qu'il lui ramène son fils Arsène, placé dans une famille d'accueil. Lang obéit sans réfléchir, mais entend se servir du garçon pour convaincre Old Mo de ne pas mettre fin à ses jours. Dès lors, la vie de Lang va amorcer un changement de cap... avec en toile de fond du chaos, des non-dits, du chantage, de la baston, des fantômes.

On sait, dès le départ, où l'on met les pieds. L'ambiance est électrique, lourde, violente et insoutenable, mais on pressent une lecture extrêmement bonne et percutante. Et on ne se trompe pas. Ce roman - qui inaugure la nouvelle collection des éditions Plon, consacrée au roman noir - nous impressionne par son ton, sa maîtrise, son langage, sa tenue de route. J'ai vibré de la tête aux pieds en tournant les pages du livre, un vrai électrochoc, et ça m'a vachement plu. C'est brut de décoffrage, sombre, amer et incisif. Un roman nerveux et prenant. 

SANG NEUF - 2017

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14/11/14

Saison de lumière, de Francesca Kay

Saison de lumière de Francesca Kay

Francesca Kay dresse un portrait de femme artiste, Jennet Mallow (personnage fictif, j'ai vérifié !), qui se débat entre sa passion pour l'art et son rôle de femme. Son histoire est racontée par son plus jeune fils, qui livre une interprétation parfois personnelle des émotions de sa mère. À bien considérer, c'est sans doute troublant (le narrateur s'en rend compte et tente de se justifier). Mais Francesca Kay réussit en un tour de passe-passe à nous faire oublier ce détail.

On découvre alors une femme entière, qui tombe amoureuse d'un artiste peintre, avec qui elle va vivre une relation passionnelle. Confrontée à la pauvreté, la dépression de son époux, son alcoolisme, l'éducation de jeunes enfants, l'exil en Espagne, la tromperie, la maladie, Jennet devra batailler longuement pour s'affirmer, trouver sa place, s'épanouir dans son art, sans négliger sa vie de famille. C'est une constante chez elle, de vouloir préserver cet équilibre et protéger ses enfants. Aussi, lorsqu'elle tentera de s'en échapper, de vivre pleinement sa sexualité et laisser éclater ses idées sur la toile, elle sera rattrapée par un coup vache du destin.

C'est, sans conteste, un roman magnifique, rayonnant de vie et de passion, servi par un style lyrique et une écriture lumineuse qui rendent les sensations et les émotions plus intenses. C'est aussi un roman visuel, aux descriptions minutieuses, tellement poétique dans l'ensemble qu'on « sent » l'ouvrage, on perçoit les peintures, les jeux des ombres et des couleurs... C'est saisissant. Vraiment, quelle belle découverte.

J'ai Lu, décembre 2012 ♦ traduit par Laurence Viallet pour Plon (An equal stillness)

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09/07/13

“L'espoir porte un costume de plumes.”

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Frances est correctrice à la rubrique Livres d'un magazine en pleine tourmente économique. Autour d'elle, les têtes tombent, les postes vacillent, mais Frances tient bon la barre. Elle vient de décrocher la protection de sa supérieure, un miracle qui s'explique depuis la tragédie dont elle a été témoin, un soir, sur une route de campagne. En rentrant de chez ses parents, Frances est arrivée la première sur les lieux d'un accident de voiture. Une femme, blessée, mourante, lui a confié ses derniers mots. Peu de temps après, la famille a cherché à la contacter pour en discuter. Et cette famille, c'est celle de l'écrivain célèbre, Laurence Kyte... Sans calcul, sans rouerie, Frances va glisser une ballerine dans ce cercle réservé aux privilégiés.

Et c'est comme ça, de fil en aiguille, qu'elle réussit à se fondre une place parmi les Kyte, à se rendre indispensable sans devenir envahissante, à demeurer discrète mais attentive, observatrice, toujours à l'écoute, mystérieuse et intrigante... C'est un portrait de femme comme on a rarement l'occasion de lire, Frances est une jeune femme quelconque, même si sa famille pense qu'elle est excentrique. Elle mène une existence insipide, qui trouve du piquant suite à un drame dont elle va exploiter toutes les trames, toutes les failles avec une intelligence remarquable.

Paradoxalement, à aucun moment on a envie de la détester, de la rabrouer. On suit son petit bonhomme de chemin, on s'interroge sur ses motivations, on n'a pas envie de la prendre pour une arriviste, on estime même son ascension menée sans panache, mais avec brio. Pas de manichéisme dans l'histoire, du moins pas de façon apparente, ni selon ma propre interprétation, c'est aussi pour cette raison que j'ai été captivée par ma lecture, tant la personnalité de Frances demeure trouble et insaisissable. Un roman où règne une véritable tension psychologique, à découvrir !

Le beau monde, par Harriet Lane
Plon, coll. Feux Croisés, 2012 - traduit par Amélie de Maupeou

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19/06/13

“... dans n'importe quel choix, il y a toujours une part de hasard.” (Un coeur noir)

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Au cours d'un cambriolage dans une maison qu'il croyait abandonnée, Melkior tombe sur un type, qui vit seul, entouré de livres, avec son vieux chien Chaussette. L'homme s'appelle François et accepte de lui donner de l'argent, mais en échange il prête un roman au garçon en lui demandant de le lire puis de revenir lui en parler.

Contre toute attente, Melkior se surprend à apprécier sa lecture et retourne chez l'homme, qui manifeste un sincère intérêt pour les tourments du garçon (au boulot, son patron le harcèle moralement, et chez lui il trouve que ses parents s'aiment trop et vivent dans leur bulle).

Melkior traîne aussi avec un petit caïd qui va vite le provoquer au sujet de son amitié avec François et lui colle une étiquette d'homosexuel dans tout le quartier. C'en est trop pour le garçon, qui est déjà au bout du rouleau et voit de vieux souvenirs remonter à la surface.

Ce roman au rythme soutenu et au charme inquiétant se lit d'une traite. J'ai en effet été happée par la spirale dans laquelle glisse le jeune héros, en totale perdition, hésitant entre la violence et l'indifférence, cherchant plus loin pour libérer ce trop-plein qui l'étouffe, d'où cet énigmatique “coeur noir” qui ne demande qu'à exploser. La fin peut troubler, mais doit s'interpréter selon ses attentes.

Un coeur noir, par Olivier Ka  (Plon, 2013)

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13/07/12

« Ok, Lady Pas-De-Chance, tu vas te remettre en selle, et plus vite que ça. »

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Jamais titre n'aura été plus mensonger, puisque de Marilyn, Elvis ou le prince William, il n'en est nullement question dans le roman ! Nous suivons, en fait, l'histoire de Gracie Flowers, la petite vingtaine, agent immobilier à Londres, avec une voix en or et l'incapacité de se produire en public pour chanter. Dix ans plus tôt, elle a perdu son papa, une vedette du chant et de la danse, depuis elle s'est fermée dans sa coquille et pense qu'en s'éloignant du micro elle évitera de s'effondrer à nouveau.

Gracie a un avenir tout programmé selon un Plan en 5 ans, mais celui-ci mord la poussière sitôt qu'elle loupe sa promotion au boulot. Les ennuis ne cessent de s'enchaîner : elle court dans toute la ville pour s'acheter la pilule du lendemain, vole au secours de sa mère, au bord de la banqueroute, veut sauver le lopin de terre où est enterré son père, loin des griffes de promoteurs avides, et cerise sur le gâteau, reçoit un coup de fil de sa belle-mère lui annonçant que son petit copain la quitte !

Pathétique, pensez-vous ? Heureusement Gracie Flowers ne manque pas de ressources et nous entraîne dans sa course folle avec une fraîcheur et un bonheur qui donnent des étoiles dans les yeux. Cette lecture m'est apparue tellement pétillante, tartinée de belles réflexions sur l'amour paternel et sur la musique, les chansons, l'amour aussi... C'est un régal à lire ! C'est aussi passablement abracadabresque, les frasques de Gracie ont parfois un goût de grotesque et de situations téléphonées, si je n'avais pas été sous le charme de l'histoire, j'aurais pu en rire jaune. Peu m'importe, finalement : j'ai passé un excellent moment entre les pages de ce livre, que je trouve parfait pour la détente.

Marilyn, Elvis, le prince William et moi, par Lucy-Anne Holmes
Plon, 2012 - traduit de l'anglais par Odile Carton

Les chansons. Ah, elles peuvent être tellement parfaites... Une chanson. Une simple chanson. Trois minutes et demie d'instruments et de voix, rien de plus en général. Et pourtant ces trois minutes et demie peuvent vous faire voir le monde, dans toute son horreur ou dans toute sa gloire ; elles peuvent vous émouvoir aux larmes ou bien vous faire danser en pantoufles dans votre cuisine. Elles peuvent exprimer une émotion que vous n'aviez pas conscience de ressentir, ou bien une aspiration profondément ancrée en vous. Je sais que j'ai l'air de me la jouer quand je parle de musique, mais j'ai passé trop d'heures à écouter en boucle la même chanson, les yeux écarquillés d'émerveillement, pour qu'il en soit autrement.

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17/08/09

La femme blessée ~ Caroline Pascal

Plon, 2009 - 256 pages - 19€

la_femme_blesseeVictoire de Clervie, épouse Mornas, découvre la liaison de son mari, Henry. Celui-ci est l'objet de tractations mielleuses faites dans les coulisses du milieu politique. Sa tête est jeté sur le billard, le bonhomme est soudain promu nouveau chouchou et valeur montante, avec poste à l'Elysée à la clef, surtout s'il se débrouille bien. On mise gros, on le jette dans les bras d'une très belle femme qui travaille dans la communication, on a tous les dés en main. La victoire est assurée. Or, ladite Victoire, de son prénom, épouse malheureuse car délaissée, a découvert le pot-aux-roses et ne digère pas la trahison de son Henry Mornas. Il lui faut cependant se taire, ranger son amertume dans un placard fermé à double tour, et faire profil bas, au nom de son appartenance à cette petite noblesse qui serre les fesses et les dents, qui accepte sans sourciller la tromperie en pensant au devoir, aux enfants et au sacrifice. Point barre. Néanmoins, il semblerait qu'un souffle de révolte agite les pensées de Victoire de Clervie, épouse Mornas. Va-t-elle réellement faire preuve de dissidence ? refuser de porter la médaille de la famille, devenue trop lourde et pesante ?
Il s'agit du troisième roman de Caroline Pascal, après Fixés sous verre et Derrière le paravent (lus et appréciés). Un retour attendu depuis 2005 ! Aussi, j'ai été très heureuse de recevoir ce nouveau livre, signé et dédicacé par l'auteur. Avec un clin d'oeil de sa part, chut je n'en dis pas davantage. J'aurais aimé lui rendre un avis amical, hélas je n'ai pas été totalement emballée par La femme blessée. Et j'en suis désolée.
Ce n'est pas que j'ai détesté non  plus, j'ai lu le roman d'une traite et j'y ai retrouvé cette ambiance à la Chabrol, pincée en apparence, tout à fait grinçante une fois le couvert débarrassé. J'ai simplement trouvé l'ensemble très lisse, attendu, pas franchement désagréable, mais trop sage et sans réel cynisme. Je ne sais pas dire... un roman sans grande surprise, qui se lit sans déplaisir.

Lecture notée  3/5.

 

 

 

extrait : « On oublie. Elle, elle n'a rien oublié. Elle est toujours là, terrée au fond d'elle-même, cette part d'histoire qu'elle a cachée. Ne rien dire, ne rien avouer, le meilleur moyen pour oublier. C'est ce qu'elle avait pensé. Pas donner de réalité, d'existence. Juste un souvenir, parce qu'un souvenir, ça s'efface, ça s'estompe. On finit par se demander si ça a vraiment existé. C'était peut-être qu'un fantasme. Peut-être rien. Des gestes en silence, dans le noir, deux êtres qui savent. Pas l'autre, pas le troisième, celui qui aurait besoin de mots, d'explications, de sens. Qui construirait une histoire, avec des fondations, des origines, des raisons. Qui trouverait la fissure, la lézarde inévitable. Qui voudrait replâtrer, une couche d'enduit, trois de peinture et ça se voit comme le nez au milieu de la figure, définitivement. Le silence, ça se voit pas. Jamais. Et pourtant si ; dans sa paume, il est resté un truc, une impression qui ne s'est pas effacée. Elle la sent tous les jours, plus ou moins. Parfois, une petite chatouille, comme un remords. Parfois, un picotement, comme une envie. Mais rien qui mérite d'ouvrir la main. Elle garde le poing serré sur son secret.  »

en librairie le 20 août.

 

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05/05/09

Vendredi soir chez les Becker ~ Alain Teulié

 

vendredi_soirCe sont deux couples que tout oppose : Pierre et Julia, quarante ans, mariés, profs, parfait petit couple bobo ; Tom et Sarah, bientôt trente ans, des losers de première, ils crèchent en banlieue, n'ont jamais un sou en poche et vivent de leurs charmes. Oups, le sujet s'annonce glissant lorsqu'au début du roman, Pierre rentre de sa journée et prévient sa blonde épouse de la venue d'un couple ce soir, comme convenu. La belle Julia est glacée, mécontente, plus du tout partante. L'homme s'est inscrit sur un site de rencontres, sa femme et lui en avaient discuté, ils voulaient assouvir leurs fantasmes, mais l'heure du dégrisement est venu. Les pendules de l'horloge tournent, pendant ce temps le couple s'engage dans une longue discussion.
De l'autre côté, Tom et Sarah ont la même conversation venimeuse, animée par la rancune, la frustration, la jalousie, l'incertitude. Les deux couples ont en point commun de se poser des questions mortifiantes, sur leurs désirs, sur la vie faite de faux-semblants, sur leur rencontre, sur leurs attentes et pourquoi ils en sont arrivés là.
La soirée s'annonce chaude, tendue, explosive.
Si vous pensiez vous rincer l'oeil, laissez courir. Cette soirée d'échangisme met finalement en avant tous les loupés du couple actuel, « une soirée bancale à l'image même d'une vie où les désirs avaient été rarement exaucés, les ambitions peu satisfaites, et les prières lancées vers un ciel sans fin ».
Cela peut paraître très verbeux, et pédantesque. Au contraire, j'ai eu le sentiment de goûter à une pièce de théâtre. La mise en scène est impeccable, offre un miroir de deux couples au bord de la crise de nerfs, avec la perspective d'une soirée qui va chambouler toutes les données. Dans cette atmosphère étouffante, la vision du couple est écornée. Qu'ils soient des intellectuels branchés ou des exclus des cités, les couples d'aujourd'hui ne sont pas jolis à décrypter à la loupe ! Mariage, désirs, argent, fidélité, réussite : ils essaient de voir clair dans tout cela sans y parvenir.
C'est une radiographie dérangeante, qui mêle un humour grinçant à une franche ironie. La tension y est fort perceptible, et tout vole dans les plumes. Pour un résultat effarant.
J'ai bien aimé !

Plon, 2009 - 232 pages - 18€

extrait :

    « Ils vivaient à une époque étrange, où la culture n'était plus la marque de repères et de traditions, mais une incontournable obligation destinée à donner de soi une image valorisante. Autrefois, l'identité faisait la culture. Désormais, c'était la culture qui forgeait une identité. Le résultat, c'était que chacun se forçait à lire des livres, voir des films, courir des expos ou visiter certains pays, juste pour dire qu'ils l'avaient fait. Juste pour avoir l'air d'être quelqu'un de bien. »

18/01/09

Je n' suis pas un héros...

Accident de parcours - Jean Cavé

51FZ0XPLgbL__SS500_Un type imbuvable, Jean-Guillaume, est surpris un matin dans le lit de sa maîtresse, la jolie Alice. Ni une ni deux, il file au volant de son bolide pour rentrer chez lui où l'attendent épouse et petite chérie de 7 ans. En chemin, notre goujat heurte un corps, celui d'un enfant, qu'il abandonne en prenant la poudre d'escampette. L'étau se resserre quand Jean-Gui, journaliste, est convoqué en personne par son chef pour enquêter sur l'identité du chauffard en fuite, car dans le même temps on apprend que c'est le fiston du chef la victime ! Vous n'en pouvez plus ? Alors, encore une dernière pelle de charbon dans le feu, on découvre que le journal concurrent a aussi dépêché un journaliste sur place, et il s'agit de la ravissante Alice ! Bah oui. Et tout ça en moins de 50 pages !
Ce n'est pas une histoire qui révolutionnera le genre du roman noir, tous les éléments sont intégrés, et l'histoire est assez stressante. Toutefois le personnage de Jean-Guillaume est absolument indigeste ! Impossible de compatir à son calvaire, de prendre goût à ses actions, de cautionner ses mensonges. Non, non, non. Et puis l'écriture, dans ce livre, est agaçante, trop saccadée. Cela ne prend pas. Je passe.

Plon, 2009 - 259 pages - 19,50€

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Marche arrière - Valérie Saubade

41ObmyP922L__SS500_Divorcé, Vincent Verdun avait toujours entretenu de très bonnes relations avec son ex, Marianne, qui avait refait sa vie avec un minet, Pierre-Emmanuel (de vingt ans son cadet). Tous les dimanches soirs, Vincent avait pris l'habitude de s'inviter dans son ancienne maison pour y prendre l'apéritif, en toute cordialité. Oui, vraiment. Tout allait à merveille. Jusqu'à cette soirée d'octobre 2002, Vincent vient de s'acheter un 4x4, il fait un saut chez Marianne mais a une mauvaise manipulation en embrayant la marche arrière, et il écrase son ex-femme ! Leur fille Julie est témoin de la scène, elle accuse aussitôt son père qui passe devant un juge, la très coriace B. Lamotte-Choisy, auprès de qui Vincent doit se justifier. Il est innocent, il le jure. Hélas Pierre-Emmanuel ne peut témoigner car il est dans le coma. Les charges sont nombreuses contre Vincent, et quelques lettres anonymes viennent l'accuser en rapportant des faits peu glorieux sur sa vie intime. C'est l'occasion de rembobiner le film de son passé, on en tire les conclusions de son choix, mais Vincent Verdun fait figure du pauvre type, lâche et benêt, pas du tout charismatique. La fin du roman, d'ailleurs, ne m'a guère surprise (mais soulagée !).
C'est difficile d'aimer un roman quand on ne peut pas sentir le personnage central, lequel se révèle en plus le narrateur ! Donc, dur. Aucune empathie possible. Au contraire, une bonne dose d'irritation. Cependant l'histoire parvient à nous accrocher, pour le fin mot de l'enquête.
Verdict : ne jamais acheter de 4x4.

Anne Carrière, 2009 - 242 pages - 18€

Pour info : Valérie Saubade est l'auteur de l'excellent Happy birthday grand-mère.

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23/08/08

Paridaiza - Luis de Miranda

Paridaiza est un monde virtuel créé par un génie de l'internet, Angelot Malaner. C'est notre société reproduite à l'identique, où se berce l'illusion du bonheur, de l'euphorie, de la béatitude, avec ses règles tenues par un Parlement, qui veille, notamment, à sévir contre les Hasardeux Intraterrestres, des révolutionnaires prêts à semer le trouble et empêcher le lancement du nouveau programme - le Jour de l'amour, au sein du Plaisirium.

Inquiet de voir son histoire d'amour naissante avec Clara foncer droit dans le mur, Nuno décide de se connecter à Paridaiza et crée son double, plus un avatar du nom d'Orante Magellan. Dans ce cyber-espace, il retrouve sa Clara et la redécouvre sous une autre identité, dans les bras d'un autre... son ancien ami d'enfance, Malaner.

Un peu malgré eux, Nuno et Clara vont être entraînés dans de drôles d'aventures, aux côtés des HI! qui mettent en oeuvre le kidnapping du double du Nobel, Ludmila Gagarina, et participent à la prolifération de homards bleus dans les eaux de la Seine. Manipulation des codes génétiques, introduction de virus informatiques, le tout sous couvert d'une menace : la Grande Nuit qui tombe et enveloppe votre univers, quitte à vous faire disparaître. Ce sont les éléments essentiels de cette histoire, où se déroulent - en filigrane - les fils d'une histoire d'amour qui se bat contre la morosité, le train-train et les doutes.

IMGP5979

Luis de Miranda est parti de cette idée : pour redynamiser le couple aux élans en berne, il propose d'avoir recours à un monde parallèle, qui offre de faire semblant, à condition d'en accepter les limites et de ne surtout pas les dépasser. Mais à ce petit jeu, on se brûle les ailes. La liberté et la magie perdent soudain droit de cité, et c'est difficile à accepter. C'est le credo des révolutionnaires, des briseurs de rêves.

Nous n'avons pas ici un énième roman de science-fiction vulgarisée, mais une fable onirique et poétique. L'histoire résumée peut laisser songeur mais pique franchement la curiosité, dès les premières pages. La tension n'est certes pas palpable mais se laisse gentiment conter. Parfois on perd pied et on y comprend goutte, mais on parvient au bout de cette lecture, assez séduit et décontenancé par ce qu'on vient de croiser.

Le site de Paridaiza : www.paridaiza.net 

Paridaiza

Editions Plon, 2008 - 198 pages - 18,90€

 

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