07/06/09

Vengeances romaines ~ Gilda Piersanti

vengeances_romainesEn tournant la dernière page de Jaune Caravage, qui fermait le cycle des Saisons Meurtrières, j'avais émis le souhait (muet) de retrouver un autre cycle avec les personnages récurrents créés par Gilda Piersanti. J'ai donc été très heureuse d'apprendre la parution de Vengeances romaines, et à la fin de cette lecture je sais désormais qu'il y aura d'autres livres avec Mariella De Luca et sa coéquipière Silvia.

L'intrigue policière est bien nébuleuse dans ce roman, on signale la disparition d'une veuve, mère de famille, qui n'a plus donné signe de vie après le réveillon du Nouvel An. Dans le même temps, Silvia, subjuguée par une réfugiée roumaine, enquête également sur la disparition de sa mère, une badante arrivée en Italie, pour subvenir aux besoins de sa famille restée au pays. Et également, les agissements mystérieux d'un couple de personnes âgées les rendent de plus en plus suspects d'un crime qu'on ne saurait comprendre !

Au coeur de la cité romaine, l'histoire inscrit son rythme latin envoûtant, et riche culturellement (comme souvent, on retrouve des références à l'art qui participent à résoudre les affaires criminelles). Mariella est une jeune femme amoureuse, sa liaison avec Paolo la rend plus douce et posée, ce qui ravit son supérieur. Mais Silvia est plus soupçonneuse, intriguée par la chambre fermée à clef dans l'appartement luxueux du fiancé, incapable de saisir l'attachement de sa camarade. Cette insistance laisse présager un nuage sombre, et la belle romance pourrait y prendre ombrage.

Ce qui devient une signature dans cette série, c'est la présence des sentiments et de la nostalgie dans l'enquête policière, on n'y trouve pas du tout de cavalcades échevelées, de crimes sanguinolents. Le charme opère autrement, grâce à l'ambiance, à la personnalité des personnages, à la complexité de l'intrigue (trop de disparition, trop de vengeances voilées...). C'est toujours très bon de se plonger dans les romans de Gilda Piersanti. Ce titre ne fait pas exception à la règle. L'auteur a su étoffer une romance qui aurait pu virer plan-plan et qui, finalement, ouvre la porte de l'anti-chambre des tragédies romaines. Point de commedia dell'arte dans ce théâtre. C'est sombre, tendrement mélancolique. Ai-je besoin de préciser que je suis totalement sous le charme ?!
De plus, la fin de ce roman apporte des révélations stupéfiantes. Je suis impatiente de lire la suite des événéments.

Le Passage, 2009 - 260 pages - 18€

A signaler : Les 3 premiers volets des Saisons meurtrières sont déjà disponibles en poche, chez Pocket. rouge_abattoir vert_palatino bleu_catacombes  (plus d'infos en cliquant sur les couvertures)

 

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27/12/08

A tout jamais - Nicholas Sparks

Ohlala ! Cette couverture, ce titre, cet auteur américain prolifique... beaucoup de niaiserie droit à l'horizon, et je mords à l'hameçon. Mais pourquoi ? Il a fallu un film découvert et apprécié récemment pour que je m'intéresse à cet auteur américain, Nicholas Sparks. Le film en question est celui de Cassavetes, The Notebook, adapté du roman "Les pages de notre amour". J'ai été purement fascinée, j'ai adoré cette histoire d'amour et je me suis dit qu'une telle adaptation s'est nourrie d'une bonne intrigue, et donc que les livres de l'écrivain ne devaient pas être dénués d'intérêt... Alors j'ai choisi parmi son importante bibliographie ce titre - A tout jamais. De là à croire que j'avais bientôt entre les mains un nouveau Love Story... il n'y a qu'un pas que je ne saurais franchir. Toutefois il ne faut pas s'emballer !

418SGQ977WL__SS500_Ce roman réunit tous les ingrédients pour faire chavirer le lecteur, qui est d'ailleurs prévenu au début du roman : vous allez rire et pleurer. Pour ma part, je n'ai été concernée ni par l'un ni par l'autre. N'en concluez pas que j'ai été déçue, car l'histoire est efficace, très rapide et assez exaltante. Cela raconte une rencontre improbable, un garçon riche et soucieux du regard des autres (Landon Carter), une fille de pasteur, qui se promène avec sa bible et s'habille comme l'as de pique (Jamie Sullivan). Cette dernière dégage une humeur placide et confiante, elle semble se moquer des railleries de ses camarades au lycée. Elle est généreuse, atypique, elle agace Landon parce qu'elle est différente. Et puis, elle le choisit comme partenaire dans une pièce de théâtre. C'est important pour elle et son père, que le garçon de 17 ans a toujours eu en horreur. Pourquoi ferait-il plaisir à cette fille ? Et que vont penser ses copains ? Malgré tout, il accepte, s'embarque dans l'aventure, et il va l'inviter comme cavalière à la fête de l'école. De fil en aiguille, les deux jeunes gens passent de plus en plus de temps ensemble, apprennent à se connaître, disons surtout que Landon est surpris par la beauté insoupçonnée de Jamie. Il est séduit, s'amourache, malgré son interdiction. Jamie avait prévenu : "Promets-moi de ne pas tomber amoureux de moi."

Ce qui rend cette histoire poignante et percutante est, sans aucun doute, sa briéveté. En quelques 200 pages, le tableau est dressé. Quarante ans ont passé et Landon est à jamais marqué par ses 17 ans. Il nous raconte son histoire, qui est belle parce qu'elle est éphémère et tragique.  C'est du pur mélo, prédisposé pour le grand écran (un film est d'ailleurs sorti en 2002 : Le temps d'un automne). Je n'ai toutefois pas réussi à être pleinement touchée par le récit. C'est très paradoxal car je n'ai pas décroché de ma lecture, que j'ai dévorée en quelques heures. Et ma foi, j'en suis là à me demander ce que j'ai à ce point apprécié pour ne pas m'en détacher... car j'ai été profondément agacée par l'influence judéo-chrétienne qui se glisse entre les lignes, jugeant finalement que ça devenait gnan-gnan à la longue. Ceci me laisse perplexe, parce que j'ai aimé ce petit bouquin (qui est très, très sentimental !). C'est peut-être ça...

      Robert Laffont, 2000 / Pocket, 2002 - 214 pages - 5,90€
traduit de l'anglais (USA) par Christine Bouchareine

 

 

 

Acheter : A tout jamais

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28/11/08

De Prada à l'enfer du shopping

Superficielle et légère, en ce moment, c'est moi ! Encore 2 jours et le mois de novembre pourra plier bagage. Yalla ! Ce mois me tue, et je ne sais plus où piocher mes remèdes magiques pour chasser les nuages noirs qui envahissent ma petite tête. A mon actif, j'ai choisi de regarder des comédies sans prétention.

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Je vais vous confier une chose : je suis une terre vierge en matière de chick-lit ! Je connais Bridget Jones, vu le film et lu le premier roman, mais c'est tout. J'ai longtemps pensé que j'étais un peu trop snob pour ce genre de lecture - mea culpa. Et j'imaginais à tort que c'était mal écrit, trop facile et déjà entendu. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis !!!

Tout d'abord, je voulais jeter un oeil au roman de Lauren Weisberger. J'ai beaucoup aimé le film, je n'ai pas trop compris qu'on juge le personnage de Meryl Streep diabolique, non j'étais souvent de son côté, elle fait son job, elle est impitoyable mais parce qu'elle est aussi attendue au tournant, dans ce monde intraitable où règnent les diktats de l'apparence (éternellement jeune, innovatrice, et tendance). Bref, je n'ai rien du petit agneau en détresse... c'est bizarre. :/

Résultat : je n'ai pas réussi à mettre la main sur ce livre. Il est quelque part, perdu dans mes cartons, oui perdu (comme des centaines d'autres livres, je patauge en ce moment). A la place, j'ai opté pour ce bonbon rose.

41DHWCZA98L__SS500_L'accro du shopping, c'est Becky Bloomwood. Une londonienne de vingt-cinq ans, journaliste financière pour un magazine qui parle d'épargne et de budget. Un comble. La demoiselle a des factures de cartes de crédit plus longues que mes deux bras réunis, elle tente de se résoudre qu'il faut absolument qu'elle fasse des efforts. Limiter ses achats, contrôler ses dépenses, réfléchir avant de dégainer sa CB, résister aux offres de soldes. Mais c'est impossible. Et je la comprends. Souvent je me suis retrouvée dans son portrait. Et généralement je trouvais que c'était vraiment déraisonnable. Qu'elle était une dinde finie ! Mais qu'importe. J'ai beaucoup souri, vraiment trouvé dans ce livre un défouloir.

Naïve et immature, Becky n'en reste pas moins attachante et hilarante dans ses tentatives pour Dépenser Moins ou Gagner Plus. Plus d'une fois, je me suis surprise à éclater de rire ! Et n'oublions pas son flirt avec Luke Brandon, le patron d'une agence de relations publiques dans le secteur bancaire, un homme riche, intelligent, charmant et auréolé d'une touche mystérieuse et imposante... C'est craquant. Ce bonbon rose est à prescrire sitôt que vous sentez votre moral fléchir et tomber dans les chaussettes, j'ai testé : c'est radical ! 

 

Confessions d'une accro du shopping - Sophie Kinsella
Pocket, février 2006 - 366 pages - 6,80€
traduit de l'anglais par Isabelle Vassart

 

Vivement le film !

 

 

(sortie février 2009)

10/11/08

L'anneau de Moebius - Franck Thilliez

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Comment parler du nouveau roman de Franck Thilliez ?
Je pourrais vous présenter les personnages : Vic Marchal, le flic, et Stéphane Kismer, un créateur de monstres pour le cinéma. Ils sont tous les deux mariés à des femmes charmantes, mais leur couple est en perte de vitesse. On comprendra vite pourquoi...
Ou je pourrais évoquer l'enquête criminelle qui s'ouvre avec la découverte du corps d'une ancienne actrice de porno reconvertie dans la prostitution de luxe (et pas seulement). Je vous épargne les détails, mais l'affaire est une bombe à retardement.
L'allusion au début du roman à Brad Pitt et Seven n'est pas anodine. Vic Marchal est un bleu, comme on dit, il a choisi la criminelle et a quitté son Sud natal pour rejoindre Paris. Son baptème de feu le conduit directement dans un milieu dégoûtant et pervers. On touche à l'acrotomophilie, au Freaks show, à l'éventail des classiques du cinéma de l'horreur. Un cocktail décapant !
Mais ce qui devient complètement délirant c'est lorsque les rêves effrayants de Stéphane (où il apparaît amoché, les mains en sang, en train d'écrire à la craie sur un mur ou psalmodiant des phrases insensées) empiètent sur la vie réelle. Un doute grandissant voit jour car l'homme se sent coupable du meurtre d'une petite fille qui a été ou va être accompli. C'est le flou, mais Stéphane veut à tout prix conjurer le sort et modifier le destin.
Mais éviter le futur suffit à le créer.
Ce n'est pas une phrase quelconque, mais une logique folle. Une curiosité mathématique, qui porte le nom d'Anneau de Moebius. Au tour de votre imagination de faire le reste...

41RAL445_2BIL__SS500_La lecture de ce roman prend très vite l'allure d'une course à bout de souffle. Deux hommes deviennent traqueurs, leurs chemins sont appelés à se croiser et on attend ce moment avec impatience.
Et puis le rythme s'accélère et les rêves incroyables de Stéphane continuent de s'amplifier.
La fin frise l'absolue incompréhension, si on ne prête pas attention aux indications temporelles présentes à chaque début de chapitre.
Douze jours et douze nuits à traverser. Un aller simple pour l'enfer.
C'est l'invitation au voyage de Franck Thilliez.
Et personnellement j'ai été captivée du début à la fin et n'ai rien vu venir ! 
Ce roman n'a plus rien de similaire avec les précédents romans de l'auteur, certes le suspense est toujours haletant, les meurtres bien sanglants mais il y a une touche de fantastique en plus.
En bref, c'est habile. Glauque. Bluffant. Les personnages sont justes et attachants. On ne saute pas une seule ligne !
Deux mots pour conclure : intense et troublant.
Bonne lecture ! 

Editions du Passage, octobre 2008 - 540 pages - 22,50€

18/07/08

Tokyo - Mo Hayder

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Qui est Grey ? Derrière la façade de l'étudiante anglaise, qui a tout plaqué pour venir à Tokyo et rencontrer un homme censé la renseigner sur un sujet qu'elle bûche depuis neuf ans, sept mois et une dizaine de jours, qui est-elle ? De prime abord, Grey est une jeune femme mystérieuse, mal fagotée, les cheveux plaqués derrière les oreilles, obnubilée par la guerre en Chine et le massacre de Nankin par l'armée japonaise. Sans argent ni bagages, Grey accepte d'être hébergée chez Jason, dans une vieille bicoque délabrée, et trouve un emploi d'hôtesse dans un club privé, le Some like it hot.

Ce ne sont pas ses charmes qu'elle offre, mais sa compagnie, sa serviabilité à servir des verres, allumer des cigarettes et faire la conversation pour égayer des messieurs venus se distraire. Cela fait passer le temps, car elle espère toujours que son professeur Shi Chongming change d'avis et accepte de la revoir pour négocier ce qu'elle attend de lui. C'est alors que celui-ci fait volte-face et propose de monnayer le précieux film qu'elle brûle d'avoir contre un autre objet de sa convoitise. Objet non identifié, bien sûr. Chongming sait d'avance que Grey parviendra à mettre la main dessus, mais où ? Dans l'antre de l'enfer. Elle doit se faufiler chez un redoutable yakuza, client du Some Like It Hot, un dénommé Junzo Fuyuki, bloqué dans son fauteuil roulant et toujours affublé de sa Nurse, une personne étrange au physique tout aussi impressionnant.

Entre-temps, se mêle le récit d'un journal intime rapportant le sinistre désastre de l'automne 1937 à Nankin. C'est dans ce sombre décorum qu'on s'enfonce en retenant tantôt un hoquet de dégoût ou en haussant les sourcils de stupéfaction. Le livre peut mériter toutes les appelations, il n'en demeure pas moins bluffant. Accroché aux basques de la jeune héroïne, on découvre les travers d'un Tokyo malsain, où fleurent la transgression, la perversité et la sensualité. Et croyez-le ou non, mais impossible de décrocher !

Cette histoire est fascinante, derrière son goût de l'interdit et de l'horreur. Je ne vous cache pas qu'au début j'ai eu un peu de mal, j'étais dégoûtée, non pas par l'atmosphère poisseuse, mais plutôt par la personnalité complexe de Grey. Son jeu d'effarouchée est inquiétant, limite agaçant. (On comprend mieux après de longs, longs chapitres, mais en attendant il faut serrer les dents.) J'ai craint aussi le pire avec l'introduction de la pègre nippone, du club privé (la propriétaire a remporté toute ma sympathie, derrière sa pâle imitation de Marilyn), des locataires russes dans la grande maison abandonnée, et "du pas de deux sophistiqué" avec Jason (personnage encore plus tordu que Grey !). Or, finalement, tout se place plutôt bien, comme des morceaux de puzzle.

J'ai été séduite par Tokyo, mais j'admets que c'est un roman qui peut déconcerter. Sa violence sournoise gronde longtemps avant de nous exploser dans les dernières pages, et les révélations de cette intrigue nouée sont assommantes. C'est tout à fait le genre de lecture qui ne nous épargne pas... (à lire, donc !)       

 

Tokyo

Presses de la Cité, 2005 - traduit par Hubert Tézenas

Pocket, 2007 - 475 pages.

Je me rappelle combien Tatiana avait été scotchée par ce livre...

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15/07/08

(lectures de vacances - 3)

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Qu'est-ce que j'ai été déçue par ce livre ! Au menu, on trouve sept nouvelles, aussitôt précisées comme étant caustiques, féroces et intraitables avec le dogme de l'apparence, le féminisme et le poids de la société qui influence l'estime de soi. Et franchement je n'y crois pas aux critiques, "On se tient les côtes. Ces femmes sont drôles, tordues, actuelles." (Madame Figaro) "A lire pour se réconcilier avec sa cellulite." (Biba)... Ah bon ? Autant le dire de suite : non je n'ai pas ri. J'ai plutôt senti combien ces histoires étaient tristes, sans appel et pitoyables pour les êtres mis en scène.

Au choix : dans une société du futur, dirigée par le bistouri, le Botox et la silicone, les hommes pleurent d'être de plus en plus privés du moelleux de la femme ; aux élections présidentielles, une femme a décroché le poste suprême et décide d'ouvrir des maisons closes pour femmes respectables ; une épouse devient l'objet sexuel mis au centre des contrats à négocier par son mari et son patron ; un anniversaire de mariage met à plat les coucheries des uns et des autres ; une femme au foyer a choisi de briser l'habitude en couchant à droite et à gauche avec le postier, le boulanger, le boucher etc.

Je suis passée totalement à côté. Je n'ai pas souri un instant, je me suis pratiquement ennuyée. J'ai trouvé les portraits de ces femmes pas loin d'être pathétiques, mais surtout ça m'a fichu un voile glacial sur tout le corps. Plus je lisais les nouvelles et plus je m'enfonçais dans une énorme tristesse. La vision du couple, par exemple, est terriblement amère, désespérante. Non désolée, ça ne prend pas avec moi...

Eloge de la cellulite et autres disgrâces - Dominique Dyens

Editions Héloïse d'Ormesson, 2006 - Livre de poche, 2008. 180 pages.

... sur un conseil de Laure ;o)

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Celui-ci est un roman, mais il est constitué de dix courtes histoires pré-publiées dans des magazines sous forme de nouvelles. Le tout assemblé se lit d'une traite, se cogne, se fait signe et se répète... c'est la règle. Mais ce n'est jamais redondant, au contraire. On souligne combien la mort du père, par exemple, a morcelé la vie des deux garçons, dont le narrateur, le cadet. Il y a eu un avant, et il y aura ensuite l'après, les restes, la vie qui tente de continuer...

Au centre, demeure cette figure céleste et sublime de la mère. Son nom, Maria Dolorosa. En espagnol, cela signifie la Mère des Chagrins. Coquette, féminine, la touche de Shalimar dans les airs, rêveuse, pointilleuse et secrète, cette femme est l'image même de la fascination pour le jeune garçon. Avec son nouveau copain du quartier, Denny, le fiston aimait se faufiler dans les placards de la mère et se pavaner avec ses toilettes. A onze ans, avec le décès brutal du père, le garçon reçoit une gifle cinglante quand ses cachotteries sont mises à jour... Tu seras un homme, mon fils. C'est la phrase qu'on peut lire entre les lignes, jamais noir sur blanc. La mère pressent, tremble et pourtant elle refuse de l'admettre. Promets de ne jamais devenir homosexuel, lui souffle-t-elle lorsqu'elle le surprend en train d'écouter des disques de Piaf.

Les derniers chapitres du livre concernent de loin en loin les souvenirs d'enfance, ciblent les deux fils devenus adultes. Davis va connaître une morte violente et prématurée, la mère va vieillir en perdant la tête et le narrateur, au centre, cherche à assumer son identité sexuelle, malgré les réminiscences d'une enfance encadrée de reproches, de non-dits et d'évidences tues :  "Je savais déjà , je suppose, que j'étais le fils de ma mère, tout comme Davis était le fils de notre père." Une nostalgie sourde résonne, un arrière goût de chagrin mêlé à un sentiment d'observation. Le narrateur partage avec le lecteur son portrait de famille et la peinture d'une époque (l'Amérique des années 50) avec tendresse et mélancolie. C'est joli, mais la fin est désolante et a gâché mon plaisir...

La mère des chagrins - Richard McCann

Editions des Deux Terres, septembre 2006 pour la traduction française / Points, 2008

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Damour

Les avis de Lily & Cathulu

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Et si l'amour n'était qu'un rêve ? La question est posée, elle nourrit sept textes assez courts et dont l'autre point commun est de mettre en scène des personnages féminins. Elles se prénomment Harriet, Anna, Madame, Ellie Pearl et Rupe Pearle. Elles n'ont pas le même âge, ne sont pas issues du même rang social mais elles attendent toutes l'amour. Ce n'est pas un sentiment qui les sauve, parfois cela les plonge dans un profond désarroi, mais cela procure quelques pages de divertissement pour le lecteur impassible que nous sommes (ou que je suis, tout simplement).

Car hélas, ces sept histoires sont trop vites lues. C'est bien la première fois que je m'entends me plaindre d'un livre trop court ! En fait, ce qui frustre ici, c'est que j'ai l'impression qu'on a raclé les fonds de tiroir. Ce sont les derniers récits, inédits, de Kressmann Taylor. Je me rappelle avoir lu et beaucoup apprécié Ainsi mentent les hommes, son précédent recueil, sauf que les nouvelles me paraissaient plus consistantes. Ou peut-être aurait-il été plus judicieux de compiler les textes dans un seul ensemble.

Bref, je retiens de ce maigre butin une très bonne impression avec Ellie Pearle. Cette jeune fille a grandi dans les montagnes, un milieu rudimentaire et difficile pour les conditions féminines. Par le soutien de sa mère, elle est partie en ville suivre des leçons de dactylo, gagner son propre argent et s'élever coquettement. De retour chez les siens, pour une semaine de vacances, Ellie Pearle retrouve son ancien petit copain Tige Tagard, le fermier rustre par excellence, et voit là un conflit d'attirance - sa vie rêvée en ville ou ses amours passionnelles dans les montagnes. Personnellement, je pense que ce texte aurait pu nourrir un début de roman plutôt appétissant... Dommage.

Ainsi rêvent les femmes - Kressmann Taylor

Editions Autrement, 2006 pour la présente édition /  Livre de Poche, 2008

Nouvelles traduites de l'anglais (Etats-Unis) par Laurent Bury

Lu par Lilly (très enthousiaste) ; Laurence (déçue, comme moi)

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02/05/08

Jaune Caravage - Gilda Piersanti

jaune_caravageRome, automne 2006, la Nuit Blanche bat son plein, la ville est en ébullition. Des torrents de jeunesse se déversent dans les rues et convergent vers le Gazomètre, nouveau symbole des nuits romaines, véritable phare dressé face à la Ville éternelle. Mais l'aube sera sanglante, une jeune fille est retrouvée atrocement mutilée sur les quais du Tibre. La victime s'appellait Eva Ismaïlova, elle avait dix-sept ans, était d'origine slave et vivait seule avec sa mère.

C'était une superbe jeune fille blonde, la fierté de Katja qui est ravagée de douleur d'apprendre la mort de son unique enfant. Mariella et sa coéquipière Silvia avancent à tâtons dans cette délicate enquête. Leur rencontre avec Leonora, la meilleure amie d'Eva, leur laisse entrevoir une autre personnalité de cette délicieuse mais étrange défunte ;  Eva aimait le mensonge, les nuits de débauche, les paradis artificiels et coucher avec des types plus vieux qu'elle. La découverte de l'identité de son amant ne va pas sans relancer une autre piste de cette affaire, qui baigne incontestablement dans l'univers fragile et cruel de l'adolescence, les jeux de dupes et l'amour passionnel.

Quatrième volet des Saisons Meurtrières, Jaune Caravage boucle ce premier cycle avec un brio époustouflant ! De loin, cette enquête de Mariella de Luca est la plus étoffée, la plus construite avec parcimonie, la plus conduite sur du velours. En parallèle, l'auteur nous ouvre les portes de l'intérieur de l'inspecteur, jeune femme de 35 ans, amoureuse de son bel archéologue. Leur relation, jusque-là épanouissante, connaît le creux de la vague, car Mariella se laisse ronger par la suspicion et les doutes, son tempérament volcanique commence à épuiser son compagnon. Bref, qu'est-ce que cela annonce ? Et puis, d'un autre côté, l'histoire va apporter quelques éclaircissements sur des faits mystérieux survenus dans le petit studio de Mariella (cf. Bleu Catacombes), et qui pourraient avoir un rapport avec la disparition du fils de son supérieur, le commissaire D'Innocenzo.

Jaune Caravage est un livre qui boucle une série qui n'a jamais cessé de faire grandir l'intérêt du lecteur, au fil des tomes (quatre, au total) truffés de références culturelles (musique, cinéma, peinture, poésie...). La dernière page tournée reste un crève-coeur, car j'ai personnellement le sentiment que TOUT ne m'est pas conté sur Mariella De Luca et que son histoire personnelle est encore enveloppée par des brumes de secrets et de rebondissements sans fin. Y aura-t-il un autre cycle ? Je croise les doigts.

Jaune Caravage, Gilda Piersanti

Editions le Passage, 2008 - 280 pages - 17€

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30/04/08

Bleu Catacombes - Gilda Piersanti

bleu_catacombesEté 2003, en pleine canicule, les catacombes romaines battent tous les records de fréquentation... jusqu'à ce qu'un groupe de visiteurs réfugié dans ces chambres froides d'un genre nouveau tombe nez à nez avec une tête coupée. L'horreur ne fait que commencer, puisqu'une autre tête sera retrouvée dans une cabine de bain, à Ostie, là où l'inspecteur Mariella De Luca passe quelques jours de vacances, avec son amoureux. Notre super flic, déjà rencontrée dans Rouge Abattoir, voit ses congés écourtés et rentre d'urgence à Rome pour résoudre ces meurtres en série qui paraissent être la signature d'un inconditionnel de Judith, l'héroïne biblique qui a nourri l'art occidental du fantasme de la décapitation.

Amoureux de l'histoire de l'art et de l'archéologie, installez-vous dans votre fauteuil ! L'intrigue policière, ici présente, va fortement puiser dans ces deux sources d'inspiration pour tisser la toile implacable de cette machiavélique machination. En fait, dès les premières pages, le lecteur est dans la confidence du nom du coupable. L'intérêt, pour la suite, est de savoir pourquoi, quel mobile, quelles circonstances et quelle folie poussent le criminel à décapiter cinq personnes ! De son côté, Mariella est rapidement décontenancée par les événements, n'arrivant pas à trouver le lien entre les victimes : la star internationale du monde de l'art et une paisible directrice d'orphelinat. Elle a deux pistes à suivre : la veuve éplorée, et la maîtresse froide et calculatrice de Max Fegiz.

Ce qui désoriente aussi notre héroïne concerne sa fraîche et éblouissante passion pour un bel archéologue rencontré lors d'une enquête précédente (cf. Vert Palatino), Paolo Ronca. On connaît le parcours sentimental de notre croqueuse d'hommes, sa fragilité à s'attacher et son refus calculé de s'impliquer dans toute relation. Mais son histoire avec Paolo la prend à contre-pied de ses (vains) idéaux. La jeune femme tombe amoureuse, ne peut plus se passer de son amant, et peut-être son enquête en cours souffre de son léger manque de concentration. Pourtant, qu'est-ce qu'on s'attache au personnage de Paolo, qu'est-ce qu'on aime cette idée de passion naissante et prometteuse ! J'aime particulièrement la lecture de romans policiers qui mettent en scène des héros récurrents, dont on suit la vie personnelle qui évolue au fil des épisodes. Gilda Piersanti a saisi cette essence et donne ainsi à sa série des Saisons Meurtrières une autre motivation de s'intéresser à ses romans, en plus de lire une intrigue policière habile et captivante. Bleu Catacombes est le troisième titre de la série. N'hésitez pas !

Bleu Catacombes, Gilda Piersanti

Editions le Passage, 2007 - 250 pages - 17 €

Prix du Polar méditerranéen 2007 - Prix SNCF du polar européen, 8ème édition.

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07/03/08

Rouge abattoir - Gilda Piersanti

rouge_abattoir_1Le quartier chic et paisible de Testaccio à Rome est de nouveau frappé par un crime horrible : le corps d'une jeune femme mutilée a été retrouvé dans son appartement. Il s'agit d'une troisième victime dans ce petit coin branché de Rome, la presse pense aussitôt à un serial-killer, mais le commissaire D'Innocenzo refuse cette hypothèse. Pour l'heure, il doit accepter l'arrivée d'une super flic, l'inspecteur principal Mariella De Luca, pour l'aider à boucler cette enquête qui met à cran les grosses têtes haut placées.

Mariella est une jeune femme efficace, qui va aussitôt mettre le pied à l'étrier et entrer dans le vif du sujet. Elle fait la connaissance de Tecla Tittoni, une caissière de cinéma, et de son frère Alberto, qui est le projectionniste. Ce couple lui laisse une impression étrange, le garçon est un coureur de jupons, la fille est hautement détestée dans tout le village. De plus, ils semblent avoir tous deux connu les victimes de Testaccio. Alors, de manière peu orthodoxe, Mariella va procéder à une enquête sur le terrain, passant outre les règles d'usage, en s'invitant chez les Tittoni ou en appréhendant un autre individu louche lors de ses promenades nocturnes, et en solitaire.

C'est un roman policier qui appartient à ce genre qui nous plonge dans une intrigue correcte et qui nous fait pénétrer dans l'intimité des personnages. Ici, nous apprenons à mieux connaître l'inspecteur Mariella De Luca et ses nouveaux collègues, surtout parce que Rouge Abattoir appartient à la série des Saisons Meurtrières (trois titres suivent) et que nous allons ainsi pouvoir suivre l'évolution de toute la clique. L'auteur Gilda Piersanti est italienne mais vit en France depuis vingt ans, c'est en français qu'elle a écrit son texte mais situe son action dans la Ville Eternelle. Cadre superbe et fascinant, Rome est ensevelie sous la neige et apporte cette atmosphère frileuse et angoissante, nécessaire à l'intrigue. Celle-ci, assez hasardeuse en cours de lecture, après un début fracassant, connaît un sursaut de rebondissements dans les derniers chapitres. Belle entrée en matière, pour une série qui s'avoue convaincante !

Editions Le Passage, 2003 /

rouge_abattoirPocket, 2008. - 277 pages.

La série des Saisons Meurtrières comporte :

  • Rouge abattoir (2003)

  • Vert Palatino (2005)

  • Bleu Catacombes (2007)

  • Jaune Caravage (2008)

 

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31/07/07

La chambre des morts - Franck Thilliez

Chambre_des_mortsUne nuit de décembre, dans la région dunkerquoise, deux potes un peu pétés d'alcool décident de tagger des locaux avant de rouler à toute berzingue, phares éteints, dans la zone industrielle.
En chemin, la voiture heurte un corps. Amoché et zigouillé net, l'inconnu avait près de lui un sac rempli de billets. Pas moins de deux millions d'euros en coupures de cent !
L'aubaine pour ces deux fauchés, licenciés de leur job d'informaticiens et qui pointent au chômage depuis des mois.
Alors Vigo et Sylvain prennent la décision de garder les sous, de planquer le corps et de rentrer chez eux sans rien dire de cette horrible mésaventure.
Cependant, cet acte inconsidéré sera aussi la déclaration de mort pour une petite fille aveugle, retenue en otage par un monstre ignoble. Et bientôt, une autre fillette va être enlevée.
S'agit-il d'une signature macabre par le même tortionnaire ? Et nos deux lascars du début, pétris de remords seront-ils ?
Voici en quelques lignes la recette du polar français qui n'a pas à rougir car dans le genre thriller implacable le Monsieur se pose là ! Franck Thilliez est un grand malade du bocal ! Où puise-t-il cette inspiration ? Ambiance morbide, misère humaine et sociale, paysages rigoureux ... "La chambre des morts" a l'avantage d'être efficace dans son genre mais incroyablement inquiétant dans un autre sens.
Beaucoup de noirceur, des âmes putrides, une atmosphère glauque, une enquête nébuleuse, et pourtant le lecteur est entraîné du début à la fin. Le personnage de l'inspectrice Lucie Henebelle reste toutefois sympathique et touchant, c'en est presque un soulagement dans ce tas d'immondices !
On sort de cette lecture soulagé d'être à la fin. Vivant.

Le passage, 2005 - Pocket, 2006 - 340 pages.  Cet ouvrage a reçu le prix des lecteurs Quais du polar.

Posté par clarabel76 à 17:30:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
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