04/07/16

Sans laisser d'adresse, de Harlan Coben

Myron Bolitar #9

Sans laisser d'adresse

Contraint de prendre le large, suite à des déboires sentimentaux et autres bisbilles involontaires, Myron Bolitar s'envole rejoindre à Paris une ancienne maîtresse, la sublime Terese Collins, avec laquelle il avait eu une incartade amoureuse après le triste épisode de Temps mort. La belle avait ensuite disparu, pour ne plus donner signe de vie. Son coup de fil impromptu, l'invitant à la retrouver sur le champ dans la capitale française, met notre coach sportif dans le doute. Et lorsqu'il comprend que l'ancienne présentatrice télé est mêlée au meurtre de son ex, Myron capte aussitôt qu'il vient de mettre les pieds dans le plat. Encore une fois. 

L'histoire de nouveau va s'emballer, avec une intrigue nerveuse et volubile, qui va salement remuer le passé et raviver de vieux souvenirs, comme la perte d'un enfant, dont on relève bizarrement des traces d'ADN sur une scène de crime. Notre ami Myron est au cœur d'une histoire démentielle, au scénario tordu et compliqué, en passe de déjouer des complots terroristes, en empiétant au passage sur les plates-bandes de la sécurité nationale. C'est chaud bouillant. Cela cogne dur et sec. Tortures et coups mortels à gogo. Harlan Coben cède définitivement aux chants des sirènes sanguinaires en orientant sa série vers une tendance nettement plus macabre et déprimante.

À la fin, tout le monde est à ramasser à la petite cuillère, c'est rude, ça pleure à gros bouillons, ouhlala ! Myron file un mauvais coton. Et risque de contaminer le lecteur. Ses pointes d'humour, qui tombent souvent à plat, sont trop rares et me manquent ! Son univers aussi, car on s'éloigne du sport pour un contexte plus politique et vicieux, en clair on s'égare, c'est dommage. On n'a jamais assez d'Esperanza Diaz ou de Windsor Horne Lockwood, alias "Win". Remobilisation générale. Cet épisode est certes appréciable à lire, mais s'écarte trop du domaine usuel de la série... On s'embrouille, attention ! ^-^

Traduit par Roxane Azimi pour les éditions Belfond (Long Lost), 

Repris chez Pocket, mars 2011 pour la présente édition

« C'est comme ça, Paris. On a beaucoup écrit sur sa beauté, sur ses splendeurs, et ma foi, tout est vrai. Chaque édifice est une petite merveille d'architecture, un régal pour l'œil. Paris est comme une belle femme qui se sait belle, qui aime ça et qui n'a pas à se forcer pour le prouver. Qui plus est, Paris vous donne l'impression de vous sentir - à défaut de terme plus approprié - vivant. Correction,  Paris vous donne envie de vous sentir vivant. D'agir, d'être et d'en savourer chaque instant. On veut ressentir, tout simplement, et peu importe quoi. Toutes les sensations sont magnifiées. Paris vous donne envie de rire, de pleurer, de tomber amoureux, d'écrire un poème, de faire l'amour et de composer une symphonie. »

^-^

 

Posté par clarabel76 à 19:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


20/06/16

L'Accro du Shopping a une sœur, de Sophie Kinsella

Petit bond dans le temps avec cet épisode qui nous ramène dix ans en arrière ! ^-^

L’accro du shopping a une soeur

Sitôt son mariage célébré, Becky s'est envolée pour une lune de miel romantique, à travers le monde. Dix mois plus tard, de passage au Sri Lanka, où elle se découvre une communion céleste avec son chakra, Becky ressent le blues du pays et obtient de son délicieux mari de rentrer avant l'heure. Lors de son escale à Milan, elle fait ainsi la rencontre d'un type très riche, désireux de travailler avec la société de Luke, qui soudoie la jeune épousée en lui obtenant le sac à main de ses rêves. C'est LE petit orteil glissé dans l'engrenage infernal...

Ses déboires avec ses achats compulsifs ne sont plus que de lointains souvenirs ? Que nenni. Au fil de ses voyages, Becky n'a jamais loupé une bonne occasion de faire flamber sa carte bancaire, en envoyant fissa ses achats à Londres. Dès son retour, le convoi des transporteurs ne manquera pas donner le tournis... mais quelle bidonnade ! Car Becky, aussi futile soit-elle, est une héroïne impayable. Sans annoncer à ses proches son arrivée anticipée, elle débarque aussitôt chez les uns et les autres, imaginant des retrouvailles festives, avant de tomber des nues. Ses parents sont distants, vraisemblablement préoccupées, son amie Suze est débordée par ses jeunes enfants et vampirisée par une nouvelle connaissance, la très distinguée Lulu. Le petit univers de Becky s'effondre, la déprime se rapproche à grands galops. Comble du comble, elle se découvre une sœur, débarquée de nulle part, avec laquelle elle rêve déjà d'une osmose parfaite, sauf que Jessica est très, très différente de Becky, pour ne pas dire aux antipodes de celle-ci. Leur rencontre au sommet vaut pourtant son pesant d'or. Le vrai choc des cultures. Et là, sincèrement, on s'attache à Becky, pourtant légère et superficielle, mais profondément humaine et généreuse, tandis que Jess se révèle froide et intransigeante. Il faudra compter sur une escapade en pleine campagne, avec une ascension vertigineuse sur des chemins escarpés, en sandalettes à paillettes (pourquoi pas ?) et une détermination farouche pour briser la glace entre ces deux-là. Quelle farce !

Ce quatrième tome est aussi jubilatoire que les autres livres de la série. Ceci dit, en tant que fan absolue des aventures de l'inénarrable Becky Bloomwood, mon avis manque totalement d'objectivité. ^-^ Cela n'en reste pas moins un épisode plein d'humour, de situations ubuesques et délirantes, avec une héroïne au charme ravageur, qui nous surprend continuellement et qui déploie aussi des ressources cachées et ingénieuses sur des sujets impensables (lancer un piquet de grève contre l'implantation d'un centre commercial... eh oui ! on croit rêver). Une lecture follement cocasse et enlevée. ♥☼

Traduit par Daphné Bernard (Shopaholic and Sister) pour les éditions Belfond, 2006

Repris chez Pocket, juin 2007 - Relooking des couvertures (2016) : Delphine Dupuy

 

Mois Anglais 3 Mois Anglais 3 Mois Anglais 3

# Mois Anglais 2016 : Écrivain contemporain 

 

30/05/16

Territoires, d'Olivier Norek

Territoires

À Malceny, dans le 93, on est habitués aux règlements de comptes. Mais un nouveau prédateur est arrivé en ville et, en quelques jours, les trois plus gros caïds du territoire sont exécutés. Le capitaine Coste et son équipe vont devoir agir vite, car leur nouvel ennemi s'implante comme un virus dans cette ville laissée à l'abandon, qui n'attend qu'un gramme de poudre pour exploser. Une ville où chacun a dû s'adapter pour survivre : des milices occultes surentraînées, des petits retraités dont on devrait se méfier, d'inquiétants criminels de 12 ans, des politiciens aveugles mais consentants, des braqueurs audacieux, des émeutiers que l'État contrôle à distance de drone. Et pendant ce temps, doucement, brûle la ville. 

En vérité, j'ai longtemps hésité avant de lire un roman d'Olivier Norek, en dépit des appréciations ultra positives des libraires et autres lecteurs. Le cocktail banlieue-93-magouille-émeute ne m'attirait pas franchement. Et puis, j'ai eu l'occasion d'entendre l'auteur (charmant) et j'ai été conquise. N'ayant pas trouvé Code 93 en rayon, j'ai reporté mon choix sur le suivant, Territoires, et je ne regrette pas du tout de lui avoir donné une chance. C'est en effet un très bon roman policier, efficace, conduit sans esbroufe, avec juste quelques scènes bien choquantes (le chat dans le micro-ondes... brrr!), avec des personnages ordinaires et attachants, des flics qui tentent de mener une vie de famille, de se lancer dans une relation amoureuse ou de résister aux appels des sirènes, tout en se dévouant à leur travail qu'ils ont choisi par conviction. Le contexte également est actuel, sans effet de manche, ni discours fallacieux. L'auteur parle en connaissance de cause, mais sans paraître pompeux ou donneur de leçon. Le monde n'est ni tout noir, ni tout blanc, mais bel et bien gris. Et si certaines révélations dans l'histoire s'avèrent authentiques, c'est à vous dégoûter de l'administration et des grosses têtes de ce pays. Une lecture que je recommande. 

Pocket Thriller, octobre 2015

Texte lu par François Montagut (durée : 8 h 56)

Territoires | Livre audio

En exclusivité sur Audible FR - uniquement disponible en téléchargement.

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

14/05/16

Ces lieux sont Morts, de Patrick Graham

Ces lieux sont morts

Amateurs de sensations fortes, ne passez pas votre chemin et jetez-vous sur ce roman incroyable et stupéfiant ! Tout commence un soir d'hiver, à l'approche des fêtes de Noël, Rebecca Miller, la nouvelle compagne du docteur Eric Searl, un éminent spécialiste du coma profond, est en route pour le chalet familial avec ses trois enfants. Le voyage cumule néanmoins les déconvenues, entre les chamailleries des mômes, la course-poursuite d'un camion fou et une effroyable tempête de neige. Rebecca est à cran, seule au volant, en pleine campagne paumée, regrettant amèrement l'absence de son fiancé, bloqué par une urgence de dernière minute. Elle pense alors trouver un bref répit en faisant halte dans un restoroute, où elle prend en stop un jeune garçon bègue, qui rend visite à sa grand-mère. Seulement cet individu est un dangereux psychopathe, recherché par le FBI, coupable de massacres en série, avec une prédilection pour les familles et tout ce qui touche le docteur Searl (son parcours professionnel, ses expériences, sa plus jeune fille Kirsten). Autant avouer qu'à ce stade de ma lecture, quelques 100 pages avalées en une goulée, j'avais les nerfs à vif et le palpitant dans le rouge écarlate. Quelle tension, mais quelle tension ! Non contente de nous guider à un rythme démentiel, l'histoire nous embarque dans un délire hallucinant, dont les enjeux sont plus qu'inattendus, pour ne pas dire aberrants ! Clairement, cette lecture prend aux tripes. Elle nous bouscule, nous attrape dans ses filets, nous soumet à une pression constante. Puis nous absorbe, nous broie et nous recrache au terme d'une terrifiante machination... Un parcours, certes éreintant, mais purement et simplement captivant. C'était le premier roman que je lisais de l'auteur, Patrick Graham, et ce ne sera certainement pas le dernier, tant j'ai été bluffée par son sens du rythme et de la tension psychologique, d'une puissance machiavélique sidérante. Graham n'a rien à envier aux maîtres du thriller américains - ou disons qu'il leur a tout pompé avec efficacité et prodigiosité - et s'impose avec style dans ce créneau sous haute surveillance. ;-)

Fleuve Noir, 2014 - repris par Pocket, juin 2015

Posté par clarabel76 à 09:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

15/04/16

Les Vacances d'un serial killer, de Nadine Monfils

Les Vacances d'un serial killer

Place à la comédie belge, portée par le fabuleux duo de Nadine Monfils et Dominique Pinon, qui livre à eux deux un festival comique de haute volée ! L'histoire nous entraîne aux côtés de la famille Destrooper, le père Alfonse, la mère Josette, les deux ados, Lourdes et Steven, sans oublier l'inénarrable Mémé Cornemuse dans sa caravane, en route pour la pension des Mouettes face à la mer du Nord. Mais le voyage cumule les déconvenues, d'abord Josette se fait voler son sac par un motard, puis la voiture largue son attelage et lâche la mémé en pleine nature. Celle-ci, ne manquant pas de ressource, fait de l'autostop et rencontre un bonhomme et sa fiancée... Autant glisser que cette dernière ne fera pas long feu ! Leurs vacances vont ainsi enchaîner les bévues et autres mésaventures qui font faire imploser la belle union familiale. Ah, ah ! C'est à mourir de rire. Les Destrooper ont cette délicate parenté avec les Tuche, dans le genre franchouillard un peu plouc, avec en tête de liste une Mémé Cornemuse hargneuse, voleuse, menteuse, obsédée et cupide. Plus mordante et manipulatrice que Tatie Danielle. C'est dire. 

Quoi que prétende le titre, on ne verse pas dans la littérature policière, mais clairement dans la parodie vaudevillesque. L'histoire est loufoque et insensée, on adhère ou pas à l'humour belge, à son sens de la dérision et aux situations ubuesques. Pour ma part, j'ai souri tout du long ! Dominique Pinon est un comédien extraordinaire. Nadine Monfils, quant à elle, lit toutes les voix féminines. Leur duo fait des étincelles et fournit une prestation jubilatoire, qui donne du pep's au roman ! J'en veux encore. 

Texte lu par Dominique Pinon et Nadine Monfils pour Audible, Juillet 2015 (durée : 4h 09)

>> En format papier chez Pocket (2012) ou Belfond (2011)

Offre d'essai Audible : Premier mois gratuit

Posté par clarabel76 à 14:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


07/04/16

Ce que je peux te dire d'elles, d'Anne Icart

Ce que je peux te dire d'elles

C'est une histoire de femmes et de filles qui se raconte dans ce roman d'Anne Icart. Une histoire de sœurs, Angèle, Justine et Babé, qui grandissent auprès de leur grand-mère et qui vont apprendre à voler de leurs propres ailes en suivant leurs rêves et leurs espoirs fous. Angèle, qui souhaite devenir journaliste, fait la rencontre de Charles qui ne ménage pas ses efforts pour la séduire et la convaincre de faire un bout de chemin ensemble. Justine, indépendante et frondeuse, se lance dans la couture, apprend, fait des merveilles et va créer son propre atelier de mode. Babé, la plus jeune, la plus sensible, est aussi le maillon essentiel du trio, celle qui consolide le groupe et répare les petits bobos, prête une écoute attentive, cajole les moues boudeuses et sèche les larmes. Blanche, bientôt, se joindra à ce fabuleux essaim. Bébé de l'amour fou, mais rappel incessant de ce qui n'est plus. La fillette va grandir dans l'ombre d'une mère aux humeurs lunatiques, atteinte d'une grave dépression, qui la privera des petites attentions, des gestes affectifs et des témoignages de tendresse. Blanche, par précaution, se tiendra à distance de l'amour et suscitera à son tour un gouffre de frustration chez sa propre fille, Violette, laquelle quittera le nid très tôt, en colère et demandeuse d'explications. Et le roman de s'ouvrir sur un simple coup de fil, Violette a accouché d'un petit garçon. Blanche se rend, par le premier train, à son chevet et ressasse l'histoire du clan Balaguère sur près de cinquante ans.

Quel doux roman ! Il est à la fois généreux, simple, tendre, attendrissant, fort et poignant. Toute l'histoire est centrée sur un magnifique portrait de famille, dont la particularité est d'être essentiellement conjuguée au féminin. Et quelle énergie ! Que de luttes ! Les filles Balaguère ont aimé, ont donné, ont perdu. Elles ont mené chacune leurs propres combats, ont trébuché et se sont relevées. Leur complicité n'était jamais à l'abri de coups de griffes, les colères souvent explosant dans leur appartement rue d'Aubuisson à Toulouse, également suivies de rires et de larmes. C'est une vie colorée, bruyante, passionnée et passionnante. Et j'ai pris un plaisir fou à partager la chaleur et l'exubérance de ce cocon familial. On s'y sent à son aise, on y trouve sa place et on écoute avec grand intérêt les vies de chacune se raconter avec pudeur et sans tricherie. Cela a beaucoup de charme, en plus d'être attachant.

>> Également disponible en livre audio, en exclusivité sur Audible, uniquement en téléchargement.

Ce que je peux te dire d'elles | Livre audio

©2013 Robert Laffont (P)2015 Audible FR

Lu par : Benedicte Charton - Durée : 7 h 30

 

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Marie d'en haut, d'Agnès Ledig

Marie d'en haut

J'ai voulu donner une seconde chance au roman d'Agnès Ledig, Marie d'en haut, qui nous raconte l'histoire d'une fermière au caractère de cochon, Marie, mère célibataire d'une adorable Suzie, et sa rencontre avec Olivier, qui débarque chez elle avec ses gros sabots, pour une enquête de gendarmerie. Entre ces deux-là, la tension est explosive. La jeune femme se méfie, l'accueille haut et fort, et lui tombe des nues face à ce petit bout de gonzesse qui beugle sans ciller devant un représentant des forces de l'ordre. Youplaboum. L'histoire s'annonce riche de promesses excitantes, un peu comme dans Le mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti, où deux opposés s'attirent en s'envoyant des noms d'oiseaux. Cela va être aussi fou et farfelu, me suis-je dit. Et puis, non. C'est beaucoup plus long, plus sentimental, plus larmoyant aussi. Je lance une alerte Mélo droit devant ! En effet, Marie est meurtrie par un échec amoureux et Olivier par une enfance maltraitée. Tous deux ont manqué d'affection durant leur enfance, se sont construits à force de rencontres opportunes (son meilleur ami Antoine pour elle et sa mère nourricière Madeleine pour lui). Ils ont cru en la fin de leurs soucis, même si, au fond d'eux, ils restent des êtres fragiles et vulnérables. Leur histoire d'amour va donc prendre du temps pour trouver ses marques et apporter au couple une forme de thérapie compensatrice. C'est porteur d'espoir et pétri de bons sentiments, et pourtant ça ne me touche pas du tout. Il faut croire que je préfère le cynisme de Katarina Mazetti et sa production de romans courts, beaucoup plus percutants et plus drôles à parcourir. Des goûts et des couleurs... Ce deuxième essai, après Juste avant le bonheur, ne me convainc pas et me pousse à conclure que les romans d'Agnès Ledig ne sont pas ma tasse de thé. Et le monde de continuer de tourner, ainsi soit-il. ;-)

Également disponible en format poche chez Pocket

  Marie d'en haut | Livre audio

>> Ce livre audio en version intégrale en exclusivité sur Audible, uniquement disponible en téléchargement.

©2011 Les Nouveaux Auteurs (P)2016 Audible FR

Lu par Marie Bouvier - Durée : 7 h 33

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

15/03/16

Sous l'emprise des ombres, de John Connolly

Sous l'emprise des ombres

Imaginez une communauté repliée sur elle-même, attachée à ses traditions et allergique à toute intrusion. Ce qu'il se passe à Prosperous reste à Prosperous. Cette petite ville du Maine vit sous la gouverne du conseil des Anciens, impliquant le chef de police, le pasteur et la vieille Hayley Connier, laquelle est chargée de filtrer les informations pour préserver leur image proprette. Ils ont fixé leurs propres lois, les font respecter sans état d'âme. Aussi, l'entrée en scène du détective Charlie Parker, venu enquêter, après de longues, longues pérégrinations, sur la mort suspecte d'un sans-abri et la disparition de sa fille Annie, provoque quelques remous au sein du conseil. Parker empiète sur leur territoire, Parker pose trop de questions, Parker pose et impose son rôle de trublion. Prosperous voit rouge et va répliquer sans attendre. Et promis, ça va saigner. Tout ce mystère autour de Prosperous nous enveloppe dans un climat de doute et d'angoisse particulièrement réussi et rend la lecture piquante, grinçante, flippante à souhait. Sans cela, j'ai eu un mal fou à entrer dans le roman, car j'avais l'impression de prendre un épisode en cours (il s'agit du tome 12 de la série Charlie Parker) et je ne comprenais rien du tout. Il y a notamment un fil rouge concernant le Collectionneur, sans plus de précision pour les non-initiés, ce qui est extrêmement perturbant. Globalement c'était bien, voire très bien, dès lors qu'on découvre les arcanes de Prosperous, ses secrets, ses mensonges, ses rituels et ses sacrifices, mais c'était aussi déconcertant de débarquer au milieu du schmilblick, dans le cercle de Charlie Parker, sans les présentations d'usage. J'aurais sans doute apprécié davantage si j'avais commencé la série par le début (Tout Ce Qui Meurt). À méditer... ;-)

Pocket / Mars 2016 

>> Ce livre audio en version intégrale vous est proposé en exclusivité par Audible,

uniquement disponible en téléchargement.

Sous l'emprise des ombres | Livre audio

Traduit de l'anglais par Santiago Artozqui pour les Presses de la Cité (The Wolf in Winter)

Lu par : François Tavares (Durée : 12 h 59) - Audible FR / Mars 2015 

 

08/02/16

Demain est un autre jour, de Lori Nelson Spielman

Demain est un autre jour

À la mort de sa mère, Brett Bohlinger pense qu’elle va hériter de l’empire de cosmétique familial. Mais, à sa grande surprise, elle ne reçoit qu’un vieux papier jauni et chiffonné : la liste des choses qu’elle voulait vivre, lorsqu’elle avait 14 ans. Pour toucher sa part d’héritage, elle aura un an pour réaliser tous les objectifs de cette life list ...

J'avais très, très envie de découvrir ce livre depuis un bon moment, pressentant une lecture agréable et de détente. Souvent envisagé pendant mes vacances, sans cesse remballé dans mes valises sans avoir eu le temps de l'ouvrir, ce roman a donc énormément végété en ma compagnie. Lui et moi avons sacrément fait un bout de chemin ensemble ! J'anticipais déjà la rencontre, bim bam boum, et j'étais certaine de tenir là un coup de cœur. Et puis, non. Avouons-le de suite. Cette lecture n'a pas été une déception mais m'a laissé une sensation tiède. Je vous le jure, monsieur le juge, c'est la faute, la très grande faute du personnage central : Brett Bohlinger. Âgée de 34 ans, cadette d'une fratrie propre sur elle, amoureuse d'un avocat mégalo, puisant dans ses dernières ressources pour s'intéresser à l'art du business, plus dans l'idée de reprendre le flambeau familial, elle qui se sentait très proche de sa maman, veillant sur elle dans son combat, jusqu'au bout, se sent légitimement abandonnée et malheureuse au moment de sa mort, avant d'éprouver cette sensation - terrible - de trahison. C'est concrètement le portrait qu'on tente de tirer, au mieux. Car ce qu'on découvre ensuite ressemble à une détestable princesse, déchue de ses droits, confrontée à une réalité douce-amère, dans laquelle elle chouine beaucoup, se plaint superficiellement et tombe amoureuse toutes les trente secondes. Ouhlala. C'est peu de dire que j'ai été exaspérée par ses caprices... Mais il en va ainsi, sur presque 10 heures d'écoute fluide et entraînante, avec une histoire au déroulement étonnamment plein de vivacité et de gaieté. Brett va en effet relativiser sa situation, en fonction de ses nouvelles rencontres et de ses expériences. Eh oui, c'était aussi le but de la liste : apprendre à grandir et tenter de construire quelque chose pour faire de sa vie une réussite. Je n'ai pas trop compris pourquoi sa mère n'avait jamais pris le temps de lui dire entre quatre yeux qu'elle se fourvoyait jusqu'à présent, préférant le lui suggérer post-mortem en l'appâtant avec le pactole. Je chipote, je chipote, car ce roman n'est pas exempt de détails incongrus et d'éléments invraisemblables, sur lesquels on ferme volontiers les yeux, comme de coutume. Et même si Brett Bohlinger est, dans son genre, à claquer, son parcours, avec ses déboires et ses bonnes surprises, reste une façon consolante de se changer les idées. C'est mimi à souhait, en plus de véhiculer un message positif et inspirant. 

Ingrid Donnadieu, la lectrice, interprète cette princesse des temps modernes avec fraîcheur et entrain, pour une exécution très agréable à écouter, en plus de réveiller le souvenir du personnage de Lady Mary dans Downton Abbey, puisque la comédienne est aussi la voix française de Michelle Dockery. ;-)

Audiolib / Janvier 2016 ♦ Texte lu par Ingrid Donnadieu (durée : 10h 56)

Téléchargez l'extrait (mp3, 3 Mo)

Traduit par Laura Derajinski (The Life List) pour les éditions Le Cherche Midi

Pocket, Édition Collector / Novembre 2015

02/02/16

Nymphéas Noirs, de Michel Bussi

NYMPHÉAS NOIRS

À Giverny, berceau de Claude Monet, la découverte du corps d'un ophtalmologiste gisant dans l'eau, plaie béante au cœur, crâne ouvert, provoque un choc émotionnel, même s'il faut bien admettre que la victime n'était pas sans tache non plus. Réputé pour être un coureur de jupons, Jérôme Morval aurait payé sa nature butineuse. Et très vite, les rumeurs grondent dans le village, des photos sont adressées anonymement aux enquêteurs, rendant perplexe le nouvel inspecteur, Laurenç Sérénac. Avec son look de jeune motard, blouson de cuir, sourire rebelle, l'homme fait palpiter le cœur de la ravissante institutrice, Stéphanie Dupain, dont le mari devient, dans la foulée, le suspect principal. L'adjoint Sylvio Bénavidès tente de freiner les ardeurs de son supérieur, certes beau gosse et érudit, tout en fouillant activement dans les archives des musées, dans les mémoires collectives, ou se lançant sur la piste de tableaux volés, des Monet authentiques, débusquant par la même occasion la mort accidentelle d'un môme de onze ans, classée sans suite, malgré les protestations de la mère convaincue du contraire. Cette lecture, finalement, possède un charme éthéré, calfeutré sous la couche du suspense, des crimes à répétition (eh oui... ce n'est pas faute d'avoir été prévenus non plus), des silhouettes floues et fuyantes qui parcourent les rues de Giverny, ressassant des souvenirs, élaborant des théories, tels “des yeux de hibou qui voit et sait tout”. C'est aussi une lecture étrange, empreinte d'émotions et chargée de points de suspension. On devine plus qu'on ne suppose, tout en pénétrant dans une intrigue nébuleuse et inquiétante, mais tout de même enveloppée dans un voile vaporeux, du moins c'est ce que je ressens après avoir tourné la dernière page. La fin du roman est franchement déconcertante. Limite poussive, pour dire la vérité. J'avais anticipé ce revirement et les révélations qui en découlent, aussi je n'ai pas été totalement ébahie par la découverte. Mais l'entourloupe est brillante et originale, drôlement bien suggérée et servie royalement sur un plateau. On est en droit de relire le roman pour le considérer autrement ! Livre après livre, Michel Bussi convainc, séduit, touche et surprend. Il use et abuse de jeux de miroirs pour semer la zizanie et mystifier son lecteur, lequel saisit les nuances et apprend à déjouer les plans de l'auteur, sauf que ce petit jeu de dupes fait vite tourner les têtes et esquinte les nerfs. Mais c'est de bonne guerre. ;-) À la lecture, Colette Sodoyez, plaisante et agréable, nous embarque dans cette histoire pour le moins troublante et évanescente. 

 Audiolib / Janvier 2016 ♦ Texte lu par Colette Sodoyez (durée : 13h 40)

Téléchargez l'extrait (mp3, 2 Mo)

Pocket, Édition Collector / Novembre 2015