07/05/18

Je sens grandir ma peur, de Iain Reid

Je sens grandir ma peurUn jeune couple prend la route pour se rendre à la campagne, où vivent les parents de Jake, dans une ferme isolée. Le paysage est enneigé, les températures sont glaciales.
La jeune fille est silencieuse, paumée. Son histoire avec Jake date d'à peine quelques semaines. Elle a rencontré le garçon dans un pub. Ils ont discuté, plaisanté et ont gardé le contact. Elle connaît Jake, sans fondamentalement être sûre de lui. Il est cultivé, timide et attachant, mais s'enferme aussi dans ses mutismes.
Plus le temps passe, plus elle prend conscience de ne pas trouver sa place. Elle ignore pourquoi elle a accepté de l'accompagner. Elle est inquiète aussi car elle se sent épiée, harcelée par un individu qui lui téléphone ou envoie des messages. Bizarrement, elle n'ose pas se confier à Jake.
De toute façon, l'ambiance dans la voiture diffuse une sensation étrange, mêlée de tension, de suspense et de mystère. C'est très prégnant et cela renvoie un vrai malaise.
Et pourtant, impossible de décrocher. On se sent pris en otage. Happés par ce climat de terreur sourde, par les rares indices lâchés au sujet d'un massacre, on avance à l'aveugle, on frissonne et on reste aux aguets. 
C'est comme se sentir au bord du gouffre, sauf qu'on bascule pour rapidement toucher le fond de l'abîme. On se relève en zigzaguant, pris de vertige. Encore plus désarçonnés et déroutés par ce qu'on découvre.
En gros, c'est un roman hors normes, qui ne laisse pas indifférent, qui soulève beaucoup de questions et qui hante le lecteur bien après avoir tourné la dernière page. La fin est inexplicable, difficile, obscure et abstraite. Une pure torture !

Presses de la Cité, 2018 - Traduit par Valérie Malfoy

Titre VO : I'm Thinking of Ending Things

« Si seulement c'était plus surnaturel. Une histoire de fantômes, par exemple. Quelque chose de fantastique, un produit de l'imagination, même abominable. Ce serait moins terrifiant. Si c'était plus difficile à intégrer ou à admettre, s'il y avait plus de place pour le doute, je serais moins effrayée. Ceci est trop réel. Bien réel. Un homme dangereux animé de mauvaises intentions, d'intentions irréversibles, dans cette grande école vide. C'est ma faute. Je n'aurais jamais dû venir ici. »


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26/02/18

On la trouvait plutôt jolie, de Michel Bussi

On la trouvait plutot jolie

Dans son petit HLM à Port-de-Bouc, près de Marseille, Leyli Maal élève seule ses trois gosses - Bamby, Alpha et Tidiane - et tient à une cohésion familiale envers et contre tout. Comme l'obligation de prendre ensemble le repas du soir, à heure fixe. Mais les aléas du quotidien rendent parfois les promesses difficiles à tenir, car l'une part en quête de ses origines, l'autre se lance dans le business et le petit dernier de dix ans défend son rituel de la lecture avant le coucher. La belle Leyli mène plusieurs combats de front et rêve du jour où elle pourra enfin poser les armes (trouver un grand appartement, un job sous CDI, de la confiance, de l'amour, du bonheur). C'est auprès de son voisin, Guy, qui affiche sans honte son aversion pour “l'exotisme”, ou Ruben, son nouveau patron déjanté, qu'elle confie son histoire, depuis son enfance à Segou, un petit village près de Bamako, sa brusque cécité, son choix de l'exil et sa rencontre avec une association chargée de venir en aide aux migrants...

Se dresse ainsi un long parcours chaotique, interrompu à plusieurs reprises par l'avancée d'une enquête policière (un type est assassiné dans une chambre d'hôtel, puis un deuxième et ainsi de suite). L'histoire frise parfois la profession de foi, avec une Leyli qui évoque son itinéraire douloureux et son espoir en une vie meilleure. On passe facilement en revue toutes les vicissitudes du système, les flux migratoires, les dérapages politiques, les dénonciations voilées et la misère humaine comme bouc émissaire. J'entends tout ça, mais je ne suis pas emballée, c'est trop lisse et bien-pensant, ancré dans un registre trop d'actualité. L'histoire de Leyli est touchante, les personnages aussi sont attachants, mais disons que la sauce ne prend pas. La lecture est loin d'être aussi captivante que les autres romans de Michel Bussi déjà lus. J'ai été moins tenue en haleine, et même si je n'ai pas vu venir le fameux “twist”, je n'ai pas non plus été abasourdie !

Un rendez-vous de routine, pas mal en attendant mieux la prochaine fois. ☺

 

©2017 Michel Bussi / Presses de la Cité (P)2017 Audiolib

Texte lu par Marie Bouvier. Durée : env. 14 h.

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23/02/18

Solomon Creed : La route de Redemption, de Simon Toyne

SOLOMON CREEDEn plein désert de l'Arizona, un avion se crashe, provoquant un incendie, lequel se propage jusqu'à la ville de Redemption, dont les habitants sont tous réunis autour du cercueil de James Coronado.

De cet enfer, surgit la silhouette de Solomon Creed, du moins le suppose-t-on, car l'individu est amnésique. Un nom apparaît à l'intérieur de son costume, puis des bribes de souvenirs lui font penser qu'il doit sauver un type déjà mort. La police locale est perplexe, par contre les narcotrafiquants ruent dans les brancards. Et blablabla. 

J'admets avoir été attirée par les promesses d'une ambiance western, d'où mon étonnement de trouver un roman d'action impliquant un ersatz de Jack Reacher et Jason Bourne réunis dans une course contre-la-montre assez explosive !

Je n'ai toutefois pas été médusée par ce qui découle des 500 pages de ce gros roman. On ressent tout de même une forte inspiration cinématographique, car plus je tournais les pages et plus je voyais les images d'un film défiler sous mes yeux. C'est, ma foi, distrayant mais également prévisible et banal comme ligne conductrice. À réserver sur un transat ou pour caler des heures creuses d'un trajet quelconque.

Presses de la Cité, 2017 - Traduit de l'anglais par Jacques Martinache

 

Roma, de Mirko Zilahy

RomaCe thriller glaçant et implacable de Mirko Zilahy ne fait pas dans la dentelle et appuie bien là où ça fait mal pour chahuter son lecteur. Avant tout ordinaire, l'histoire déploie son arsenal de détails immondes pour impliquer son auditoire avide de sensations.

Rincées par une météo déplorable, les rues de Rome sont aussi le théâtre de crimes atroces, où surgissent des corps mutilés, sans lien apparent. Le commissaire Enrico Mancini n'y prête guère une oreille attentive, n'étant pas au mieux de sa forme depuis le décès de son épouse, emportée par un cancer foudroyant. Il cherche avant tout à se consacrer à l'affaire d'un oncologue disparu, le même ayant traité sa femme. Mais les victimes s'accumulant, notre inspecteur n'a plus trop le choix de diriger son équipe sur les traces d'un vraisemblable serial killer.

Si on recherche à tout prix du glauque et de l'innommable, le roman procure quelques séquences choc pour marquer le coup. À part ça, le fond demeure assez simple et convenu. Donato Carrisi y apporte certes son parrainage, mais la lecture n'en reste pas moins classique, au suspense frelaté et où la recherche excessive du sensationnel prend trop le pas sur une construction plus subtile et aboutie. 

On referme le livre en ressentant néanmoins un profond malaise, suite aux indices sournois distillés au fil des pages.

 

Presses de la Cité, coll. Sang d'Encre, 2017 - Traduit de l'italien par Marianne Faurobert

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21/02/18

Une minute d'attraction, de Carrie Elks

UNE MINUTE D'ATTRACTION carrie elks

Hanna et Richard se rencontrent un soir de réveillon du 31 décembre à Londres.
Elle rentre à peine de vacances catastrophiques pour donner un coup de main à sa mère, traiteur pour la famille du jeune homme. Lui est tiré à quatre épingles, charmant, lisse et avenant, il partage sa vie avec New York où il poursuit ses études, tandis qu'elle est plutôt rock et en quête d'elle-même.
Ce premier contact est cependant placé sous le signe de l'amitié complice et sans arrière-pensée. Ces deux-là se plaisent mais préfèrent en rire.
Les mois vont ainsi passer, puis les années, sans aucune ambigüité. Chacun trace sa route, au gré des rencontres ou des aléas de la vie (dont le drame du 11.09.01). Hanna et Richard ont établi entre eux un lien inaltérable. Ils s'écrivent, se téléphonent, se voient de temps à autre. Il y a évidemment ce truc indéfinissable, palpable à la surface, qui attend son heure et se joue du destin.
L'issue est sans surprise, mais disons que j'avais imaginé une histoire totalement différente en lisant la quatrième de couverture ! Du style rencontre coup de foudre, quiproquos et longue séparation avant des retrouvailles romantiques.
En vrai, le roman retrace treize années d'une amitié amoureuse, avec ses petits coups de canif dans le contrat, mais où une connivence sincère et touchante s'épanouit au fil des pages.
Par contre, il faut se farcir une myriade de clichés et une série de virevoltes à faire lever les yeux au ciel. Ouhlala. Cela dégouline de sucre et cela colle aux doigts à chaque coin de page, ça en devient limite écœurant !
Au-delà de la jolie couverture, ce n'est pas Hollywood dans ton salon. La lecture est basique et distrayante, mais clairement peu émoustillante, voire lassante, à force de rajouter des couches. Alerte overdose. En gros, l'histoire manque de fantaisie, d'humour et de second degré. Le lecteur reste figé dans un enchaînement théâtral et mièvre - c'était trop à mon goût. Et c'est dommage, ma quête de douceur s'en trouve flouée.

Presses de la Cité, 2018

Traduit de l'anglais par Marie Blanque  [Fix You]

 

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15/02/18

Une histoire des abeilles, de Maja Lunde

Totalement sous le charme de la couverture, j'ai découvert avec ravissement une lecture pleine de sensibilité et étonnamment captivante !

Une histoire des abeilles

L'histoire se déroule sur trois époques et trois continents, à travers trois personnages et leur vie familiale.
En Angleterre, au milieu du XIXe siècle, William file un mauvais coton et cherche un nouveau sens à sa vie, trouvant son confort domestique étouffant, loin de ses aspirations de jeunesse et de naturaliste passionné. Un jour, il tombe sur un livre abandonné par son fils Edmund dans son bureau et pense que celui-ci lui adresse un message caché. William plonge alors à la découverte de l'apiculture et décide de concevoir une ruche révolutionnaire pour l'impressionner. 
En Amérique, courant 2007, George se sent trahi lorsque son fils Tom, parti à l'université, lui annonce finalement qu'il ne reprendra pas le flambeau de la ferme car il se sent une vocation d'écrivain. Brisé moralement, l'homme perd goût à son travail, mais relève avec inquiétude les premiers signes de disparition des abeilles, chez ses voisins et sur ses propres colonies. 
Et enfin, direction la Chine de 2098, une perspective futuriste glaçante, car la planète n'est plus que l'ombre d'elle-même. La classe ouvrière est désormais employée à “polliniser la nature à la main” suite au Colony Collapse Disorder - le Grand Effondrement ayant entraîné l'extinction des abeilles. Profitant de son seul jour de congé, Tao part en famille pique-niquer dans la forêt... mais la sortie vire au drame, quand elle trouve son fils agonisant sur le sol et transporté d'urgence à l'hôpital. Placé en soins intensifs, le cas de l'enfant suscite une attention abusive des plus grands chercheurs du pays, tandis que sa mère est tenue à l'écart, folle de douleur. C'est en lisant de vieux ouvrages que Tao prendra conscience du bouleversement passé et du changement à venir, avant de comprendre le rôle de son garçon dans ce cataclysme.

Parce que l'écriture est belle, l'histoire romanesque et fascinante, on se surprend à tourner les pages du livre sans réaliser que le temps passe et que c'est déjà le point final. C'est ce qui m'est un peu arrivé. Car il faut dire aussi que ce n'est pas uniquement une histoire des abeilles - même s'il y a urgence à les protéger et qu'il n'est jamais vain de le rappeler - c'est surtout une histoire de transmission qui ressort de la lecture. Les trois histoires ont en effet en commun de présenter des relations filiales qui ne sont pas simples. Chez William, par exemple, l'homme déploie une énergie incommensurable pour épater son garçon, mais ne voit plus sa fille sous son propre nez, pourtant douce et attentive à son travail. Inversement, les liens distendus entre Tom et son père vont peu à peu se ressouder à travers les épreuves. Quant à Tao, c'est un grand cri d'amour et de dévouement qui s'étale sous nos yeux, dans l'adversité et à travers son combat. En bref, c'est un roman remarquable, qui tente de symboliser l'espoir et réveiller les consciences écologiques, tout en évoquant l'amour filial avec tendresse et sincérité. En fermant ce livre, je me sentais imprégnée de poésie et de lumière ! C'était bon. ☺  

Presses de la Cité, 2017 / Traduction du norvégien par Loup-Maëlle Besançon
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21/09/17

La menace, de S.K. Tremayne

LA MENACELorsque Rachel rencontre David Kerthen, à Londres, la jeune femme croit immédiatement au conte de fées. David est bel homme, avocat brillant, veuf et père d'un adorable garçon, Jamie. Sous le charme, elle l'épouse et part vivre dans son manoir, Carnhallow, au cœur des Cornouailles. C'est là que tout va se compliquer. Entre les souvenirs de l'épouse tragiquement disparue, les murs figés dans le temps et les fantômes du passé familial, Rachel perd pied. Elle remarque aussi que Jamie se comporte de façon étrange et fuyante avec elle. Le garçon n'est plus que l'ombre de lui-même, il s'isole et chuchote dans son coin, il prétend que sa mère est vivante et déclare enfin que Rachel va mourir le soir de Noël. Glacée d'horreur, elle cherche à en toucher un mot à David, qui se ferme comme une huître et interdit formellement sa nouvelle épouse de céder à une curiosité malsaine. Son fils ne souffre nullement de troubles psychotiques, sa mère est bel et bien morte, aucun spécialiste de l'âme humaine n'est apte à comprendre leur deuil. Le sujet est clos. Sauf pour Rachel, décidée à en découdre. Alors qu'elle pense être enceinte, elle se demande qui est réellement l'homme qui partage sa vie. 

Ouch, cette histoire affiche clairement son ambiguïté et sa volonté de brouiller les cartes. Au départ, on pense fatalement à Daphné du Maurier, avant d'en chasser l'idée car le roman de SK Tremayne surprend, mais de façon obscure. On le sait, l'auteur est friand des mystères, des névroses et des embruns, cf. Le doute pour en juger. Cette fois encore, il joue avec les frontières qui séparent le réel du fantasme, il sème le trouble, rend ses personnages nébuleux, lance des pistes puis revient sur ses pas, en bref il entraîne le lecteur dans un long dédale infernal et l'égare exprès pour rendre “la menace” insaisissable jusqu'au bout. Par principe, le suspense psychologique est au taquet. La lecture se veut nerveuse et angoissante... même si le stress ressenti est pesant. Au final, j'ai fatalement décroché dans la dernière ligne droite car j'étais à la limite de la suffocation, et je trouvais que cela partait dans tous les sens, que cela devenait ridicule. 
Par contre, j'ai été à cran avec la lecture audio de Virginie Méry pour Audible Studios (également la narratrice de Rebecca pour Audiolib - tiens donc). Son interprétation est remarquable car elle multiplie les casquettes et les
 personnalités, en devient pernicieuse et borderline. En gros, sa composition est à double tranchant. C'est souvent effrayant, pour ne pas dire dérangeant, mais c'est à la hauteur des attentes car son jeu de rôles est bluffant. À tenter en écoute.

 

©2017 Place des Éditeurs. Traduit de l'allemand par Catherine Barret (P)2017 Audible Studios

>> Livre audio en exclusivité sur Audible & uniquement disponible en téléchargement.

Texte lu paVirginie Méry (durée : 9 h 58) pour Audible Studios

La menace | Livre audio

 

 

06/09/17

Leona #2 La fin justifie les moyens, de Jenny Rogneby

LEONA 2Six mois ont passé depuis l'affaire des braquages à la fillette (cf. Leona #1), l'inspectrice Leona Lindberg suit une thérapie qu'elle fausse sur toute la ligne car elle a encore beaucoup de secrets à préserver. Financièrement, elle est toujours dans la panade et doit de l'argent à un sombre individu, un dénommé Armand, qui ne rigole pas avec les délais. Leona doit donc organiser un nouveau braquage et s'entoure d'une fraîche équipe de jeunes délinquants, qu'elle forme au cours d'un séminaire dans un ancien abattoir. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'un indic de la police s'est faufilé entre les rangs... Professionnellement, Leona Lindberg a été expressément demandée pour rencontrer un kamikaze sur son lit d'hôpital, après son attentat loupé. Le type est renfermé, il faut du temps et du discernement pour comprendre ses intentions et avertir une prochaine attaque. Personnellement, sa vie a également éclaté. Son mari a demandé le divorce et tient leur fille Beatrice à distance, car Leona serait vraisemblablement sujette à des crises de délire paranoïaque. En fait, elle est seule au courant que sa fille court un grave danger, à cause de sa double vie, et qu'elle ne peut compter que sur elle-même pour la protéger. Cela commence à peser lourd dans la balance de notre inspectrice, au calme imperturbable, et qui affiche toujours un sang-froid déroutant. Leona n'a vraiment pas gagné en charisme, mais son histoire continue de m'accrocher. Par contre, ce roman fait moins la part belle à l'action mais s'attache à décortiquer les procédures policières pour justifier la lenteur des enquêtes avant d'opérer les arrestations. Une démonstration parfois trop longue, ou qui vise à rappeler le pédigrée de l'auteur (ancienne criminologue ayant travaillé sept ans dans la police) et qui devient un semblant de caution face à d'éventuels détracteurs. Techniquement, j'ai trouvé que la dynamique n'était peut-être pas aussi efficace que dans le premier roman, mais lorsque tous les éléments se mettent en place, les derniers chapitres réservent une lecture ô combien ébouriffante ! Suspense, émotion, frisson et rebond. On termine en beauté. J'ai encore mordu à l'hameçon. La personnalité troublante de Leona Lindberg est aussi effrayante que fascinante. Le roman s'amuse de son jeu de dupe et prend son pied à tourner le lecteur en bourrique. C'est noir, poignant et explosif. J'attends forcément le troisième tome avec impatience.

>> Livre audio en exclusivité sur Audible & uniquement disponible en téléchargement.

©2017 Presses de la Cité. Traduit du suédois par Lucas Messmer

(P)2017 Audible Studios. Texte lu par Annie Milon (durée : 11 h 39)

  • Série : Leona, Livre 2

La fin justifie les moyens (Leona 2) | Livre audio

 

 

05/09/17

Leona #1 Les dés sont jetés, de Jenny Rogneby

LeonaStupeur chez les forces de l'ordre. Une fillette couverte de sang, avec son petit ours en peluche, vient de braquer une banque du centre-ville de Stockholm à l'aide d'un simple magnétophone. L'enfant a surgi sans crier gare et a disparu aussi mystérieusement. C'est Leona Lindberg, inspectrice de la brigade criminelle, qui va se saisir du dossier et revoir chaque point scrupuleusement. Cette acharnée du boulot, souvent prise en exemple par ses collègues, ne ménage pas ses efforts pour tirer au clair cet embrouillamini, quitte à négliger davantage son mari et leurs deux jeunes enfants. Se défendant d'être sentimentale, en raison d'un passé familial conflictuel, Leona cache en vérité une double existence - joueuse de poker invétérée la nuit, elle claque son argent en ligne, perd des sommes astronomiques et est endettée jusqu'au cou. Pour renflouer ses caisses, la jeune femme n'a pas trouvé mieux que d'organiser un hold-up ! C'est donc elle la tête pensante du casse du siècle, elle qui prétend tenir l'enquête pour mieux déjouer les soupçons, elle qui pensait avoir tout verrouillé jusqu'à ce qu'un journaliste trop zélé découvre ses incohérences et se lance dans le chantage... La spirale infernale ne fait hélas que commencer.

J'avais des craintes en commençant ce roman, en raison de la personnalité froide, calculatrice et malhonnête de Leona qui la rend affreuse et antipathique. Mais au final, l'ensemble se révèle une très bonne surprise ! L'enchaînement des événements, l'incongruité des révélations, le numéro de voltige de l'inspectrice-cambrioleuse, les fausses pistes et les rebondissements de l'enquête font de cette histoire une machination incroyable et stupéfiante. On gobe tout du début à la fin, pris par le rythme de cette lecture pleine d'effervescence. J'ai été la première étonnée par mon addiction, au point d'avoir téléchargé le deuxième livre dans la foulée (cf. Leona #2 La fin justifie les moyens). C'est étourdissant et gonflé. Pas mal du tout pour un premier roman !

>> Format audio en exclusivité sur Audible ; uniquement disponible en téléchargement.

©2016 Presses de la Cité. Traduit du suédois par Lucas Messmer

(P)2017 Audible Studios - Lu par Annie Milon (durée : 10 h 51) 

Série : Leona, Livre 1 également disponible en format poche chez POCKET.

  Les dés sont jetés (Leona 1) | Livre audio

11/07/17

À sa place, d'Ann Morgan

A sa placeHelen et Ellie sont sœurs jumelles. Elles se ressemblent comme deux gouttes d'eau, mais ont des tempéraments opposés. C'est toujours Helen qui mène la danse et qui embarque Ellie dans son imagination foisonnante. Un jour, elle décide de tromper leur mère et d'inverser leurs rôles. Helen devient Ellie, et vice versa. Seulement, à la fin de la journée, Ellie refuse de reprendre sa place et laisse sa sœur pédaler dans la semoule pour prouver le contraire. Leur mère, obnubilée par sa nouvelle relation sentimentale, n'y voit que du feu et envoie balader les fillettes dans leur chambre. Le temps passe, Ellie a embobiné tout le monde, même les copines d'Helen lui tournent le dos. Celle-ci est en train de basculer dans le terrier du lapin blanc en une lente et longue chute vertigineuse. C'est un cauchemar qui se referme sur elle, car Ellie a toujours traîné une réputation d'enfant à problèmes. C'est donc à Helen de les gérer et d'en supporter le poids. Plus elle prétend ne pas être celle qu'on s'imagine, plus son entourage doute de sa santé mentale et la repousse en ne supportant pas ses accès de colère. La spirale infernale ne s'arrête plus, elle tourne dans tous les sens, chamboulant également le lecteur ébahi. Comment une mauvaise blague a pu tourner au vinaigre ? Devenue adultes, les sœurs sont toujours les victimes de leur manège. Helen a sombré dans l'alcool, la drogue et la débauche. Elle vit dans un petit appartement insalubre et a coupé les ponts avec sa famille. Elle découvre, un jour, que sa sœur se trouve à l'hôpital dans le coma. Le mari de celle-ci a remué ciel et terre pour la retrouver et toque à sa porte, désespérément. L'heure de la vengeance a enfin sonné ? 

Avec une accroche aussi efficace, j'ai parcouru les premières pages du livre à une vitesse folle ! Je me sentais absorbée par cette démonstration de duperie et de pure divagation, sans aucune limite pour résorber le flux ou remettre le train sur les rails. Au contraire, le roman nous entraîne dans le déraillement complet d'une mascarade malsaine, sous couvert d'une complicité sourde et aberrante. C'est uniquement dans les dernières pages du livre qu'on se rend compte de l'énormité du subterfuge. En attendant, la guerre des nerfs est implacable. On assiste au naufrage familial avec effarement, on s'interroge, pourquoi et comment l'une part à la dérive sans que l'autre réagisse... Le scénario est franchement redoutable, car diabolique. Certaines scènes sont assez injustes et dures à encaisser, mais elles suivent une logique glaciale, laquelle découle de l'esprit retors de l'auteur. Pour un premier roman, l'effet est dévastateur ! C'est effroyable, et néanmoins fascinant.

PRESSES DE LA CITÉ - 2017

Trad. Karine Lalechère [Beside Myself]

Peut également s'écouter en livre audio : À sa place par Ann Morgan lu par Camille Lamache