21/09/17

La menace, de S.K. Tremayne

LA MENACELorsque Rachel rencontre David Kerthen, à Londres, la jeune femme croit immédiatement au conte de fées. David est bel homme, avocat brillant, veuf et père d'un adorable garçon, Jamie. Sous le charme, elle l'épouse et part vivre dans son manoir, Carnhallow, au cœur des Cornouailles. C'est là que tout va se compliquer. Entre les souvenirs de l'épouse tragiquement disparue, les murs figés dans le temps et les fantômes du passé familial, Rachel perd pied. Elle remarque aussi que Jamie se comporte de façon étrange et fuyante avec elle. Le garçon n'est plus que l'ombre de lui-même, il s'isole et chuchote dans son coin, il prétend que sa mère est vivante et déclare enfin que Rachel va mourir le soir de Noël. Glacée d'horreur, elle cherche à en toucher un mot à David, qui se ferme comme une huître et interdit formellement sa nouvelle épouse de céder à une curiosité malsaine. Son fils ne souffre nullement de troubles psychotiques, sa mère est bel et bien morte, aucun spécialiste de l'âme humaine n'est apte à comprendre leur deuil. Le sujet est clos. Sauf pour Rachel, décidée à en découdre. Alors qu'elle pense être enceinte, elle se demande qui est réellement l'homme qui partage sa vie. 

Ouh, cette histoire affiche clairement son ambiguïté et sa volonté de brouiller les cartes. Au départ, on pense fatalement à Daphné du Maurier, avant d'en chasser l'idée car le roman de SK Tremayne surprend, mais de façon obscure. On le sait, l'auteur est friand des mystères, des névroses et des embruns, cf. Le doute pour en juger. Cette fois encore, il joue avec les frontières qui séparent le réel du fantasme, il sème le trouble entre les personnages, il lance des pistes puis revient sur ses pas, en bref il entraîne le lecteur dans un long dédale infernal et l'égare exprès pour rendre “la menace” insaisissable jusqu'au bout. Par principe, le suspense psychologique est au taquet. La lecture se veut nerveuse et angoissante... même si le stress ressenti est pesant. Au final, j'ai décroché dans la dernière ligne droite car j'étais à la limite de la suffocation, et je trouvais que cela partait dans tous les sens, que cela devenait ridicule. 
Par contre, j'ai été à cran avec la lecture audio de Virginie Méry pour Audible Studios (également la narratrice de Rebecca pour Audiolib - tiens donc). Son interprétation est remarquable car elle multiplie les casquettes et les
 personnalités, en devient pernicieuse et borderline. En gros, sa composition est à double tranchant. C'est souvent effrayant, pour ne pas dire dérangeant, mais c'est à la hauteur des attentes car son jeu de rôles est bluffant. À tenter en écoute.

 

©2017 Place des Éditeurs. Traduit de l'allemand par Catherine Barret (P)2017 Audible Studios

>> Livre audio en exclusivité sur Audible & uniquement disponible en téléchargement.

Texte lu paVirginie Méry (durée : 9 h 58) pour Audible Studios

La menace | Livre audio

 

 


06/09/17

Leona #2 La fin justifie les moyens, de Jenny Rogneby

LEONA 2Six mois ont passé depuis l'affaire des braquages à la fillette (cf. Leona #1), l'inspectrice Leona Lindberg suit une thérapie qu'elle fausse sur toute la ligne car elle a encore beaucoup de secrets à préserver. Financièrement, elle est toujours dans la panade et doit de l'argent à un sombre individu, un dénommé Armand, qui ne rigole pas avec les délais. Leona doit donc organiser un nouveau braquage et s'entoure d'une fraîche équipe de jeunes délinquants, qu'elle forme au cours d'un séminaire dans un ancien abattoir. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'un indic de la police s'est faufilé entre les rangs... Professionnellement, Leona Lindberg a été expressément demandée pour rencontrer un kamikaze sur son lit d'hôpital, après son attentat loupé. Le type est renfermé, il faut du temps et du discernement pour comprendre ses intentions et avertir une prochaine attaque. Personnellement, sa vie a également éclaté. Son mari a demandé le divorce et tient leur fille Beatrice à distance, car Leona serait vraisemblablement sujette à des crises de délire paranoïaque. En fait, elle est seule au courant que sa fille court un grave danger, à cause de sa double vie, et qu'elle ne peut compter que sur elle-même pour la protéger. Cela commence à peser lourd dans la balance de notre inspectrice, au calme imperturbable, et qui affiche toujours un sang-froid déroutant. Leona n'a vraiment pas gagné en charisme, mais son histoire continue de m'accrocher. Par contre, ce roman fait moins la part belle à l'action mais s'attache à décortiquer les procédures policières pour justifier la lenteur des enquêtes avant d'opérer les arrestations. Une démonstration parfois trop longue, ou qui vise à rappeler le pédigrée de l'auteur (ancienne criminologue ayant travaillé sept ans dans la police) et qui devient un semblant de caution face à d'éventuels détracteurs. Techniquement, j'ai trouvé que la dynamique n'était peut-être pas aussi efficace que dans le premier roman, mais lorsque tous les éléments se mettent en place, les derniers chapitres réservent une lecture ô combien ébouriffante ! Suspense, émotion, frisson et rebond. On termine en beauté. J'ai encore mordu à l'hameçon. La personnalité troublante de Leona Lindberg est aussi effrayante que fascinante. Le roman s'amuse de son jeu de dupe et prend son pied à tourner le lecteur en bourrique. C'est noir, poignant et explosif. J'attends forcément le troisième tome avec impatience.

>> Livre audio en exclusivité sur Audible & uniquement disponible en téléchargement.

©2017 Presses de la Cité. Traduit du suédois par Lucas Messmer

(P)2017 Audible Studios. Texte lu par Annie Milon (durée : 11 h 39)

  • Série : Leona, Livre 2

La fin justifie les moyens (Leona 2) | Livre audio

 

 

05/09/17

Leona #1 Les dés sont jetés, de Jenny Rogneby

LeonaStupeur chez les forces de l'ordre. Une fillette couverte de sang, avec son petit ours en peluche, vient de braquer une banque du centre-ville de Stockholm à l'aide d'un simple magnétophone. L'enfant a surgi sans crier gare et a disparu aussi mystérieusement. C'est Leona Lindberg, inspectrice de la brigade criminelle, qui va se saisir du dossier et revoir chaque point scrupuleusement. Cette acharnée du boulot, souvent prise en exemple par ses collègues, ne ménage pas ses efforts pour tirer au clair cet embrouillamini, quitte à négliger davantage son mari et leurs deux jeunes enfants. Se défendant d'être sentimentale, en raison d'un passé familial conflictuel, Leona cache en vérité une double existence - joueuse de poker invétérée la nuit, elle claque son argent en ligne, perd des sommes astronomiques et est endettée jusqu'au cou. Pour renflouer ses caisses, la jeune femme n'a pas trouvé mieux que d'organiser un hold-up ! C'est donc elle la tête pensante du casse du siècle, elle qui prétend tenir l'enquête pour mieux déjouer les soupçons, elle qui pensait avoir tout verrouillé jusqu'à ce qu'un journaliste trop zélé découvre ses incohérences et se lance dans le chantage... La spirale infernale ne fait hélas que commencer.

J'avais des craintes en commençant ce roman, en raison de la personnalité froide, calculatrice et malhonnête de Leona qui la rend affreuse et antipathique. Mais au final, l'ensemble se révèle une très bonne surprise ! L'enchaînement des événements, l'incongruité des révélations, le numéro de voltige de l'inspectrice-cambrioleuse, les fausses pistes et les rebondissements de l'enquête font de cette histoire une machination incroyable et stupéfiante. On gobe tout du début à la fin, pris par le rythme de cette lecture pleine d'effervescence. J'ai été la première étonnée par mon addiction, au point d'avoir téléchargé le deuxième livre dans la foulée (cf. Leona #2 La fin justifie les moyens). C'est étourdissant et gonflé. Pas mal du tout pour un premier roman !

>> Format audio en exclusivité sur Audible ; uniquement disponible en téléchargement.

©2016 Presses de la Cité. Traduit du suédois par Lucas Messmer

(P)2017 Audible Studios - Lu par Annie Milon (durée : 10 h 51) 

Série : Leona, Livre 1 également disponible en format poche chez POCKET.

  Les dés sont jetés (Leona 1) | Livre audio

11/07/17

À sa place, d'Ann Morgan

A sa placeHelen et Ellie sont sœurs jumelles. Elles se ressemblent comme deux gouttes d'eau, mais ont des tempéraments opposés. C'est toujours Helen qui mène la danse et qui embarque Ellie dans son imagination foisonnante. Un jour, elle décide de tromper leur mère et d'inverser leurs rôles. Helen devient Ellie, et vice versa. Seulement, à la fin de la journée, Ellie refuse de reprendre sa place et laisse sa sœur pédaler dans la semoule pour prouver le contraire. Leur mère, obnubilée par sa nouvelle relation sentimentale, n'y voit que du feu et envoie balader les fillettes dans leur chambre. Le temps passe, Ellie a embobiné tout le monde, même les copines d'Helen lui tournent le dos. Celle-ci est en train de basculer dans le terrier du lapin blanc en une lente et longue chute vertigineuse. C'est un cauchemar qui se referme sur elle, car Ellie a toujours traîné une réputation d'enfant à problèmes. C'est donc à Helen de les gérer et d'en supporter le poids. Plus elle prétend ne pas être celle qu'on s'imagine, plus son entourage doute de sa santé mentale et la repousse en ne supportant pas ses accès de colère. La spirale infernale ne s'arrête plus, elle tourne dans tous les sens, chamboulant également le lecteur ébahi. Comment une mauvaise blague a pu tourner au vinaigre ? Devenue adultes, les sœurs sont toujours les victimes de leur manège. Helen a sombré dans l'alcool, la drogue et la débauche. Elle vit dans un petit appartement insalubre et a coupé les ponts avec sa famille. Elle découvre, un jour, que sa sœur se trouve à l'hôpital dans le coma. Le mari de celle-ci a remué ciel et terre pour la retrouver et toque à sa porte, désespérément. L'heure de la vengeance a enfin sonné ? 

Avec une accroche aussi efficace, j'ai parcouru les premières pages du livre à une vitesse folle ! Je me sentais absorbée par cette démonstration de duperie et de pure divagation, sans aucune limite pour résorber le flux ou remettre le train sur les rails. Au contraire, le roman nous entraîne dans le déraillement complet d'une mascarade malsaine, sous couvert d'une complicité sourde et aberrante. C'est uniquement dans les dernières pages du livre qu'on se rend compte de l'énormité du subterfuge. En attendant, la guerre des nerfs est implacable. On assiste au naufrage familial avec effarement, on s'interroge, pourquoi et comment l'une part à la dérive sans que l'autre réagisse... Le scénario est franchement redoutable, car diabolique. Certaines scènes sont assez injustes et dures à encaisser, mais elles suivent une logique glaciale, laquelle découle de l'esprit retors de l'auteur. Pour un premier roman, l'effet est dévastateur ! C'est effroyable, et néanmoins fascinant.

PRESSES DE LA CITÉ - 2017

Trad. Karine Lalechère [Beside Myself]

Peut également s'écouter en livre audio : À sa place par Ann Morgan lu par Camille Lamache

 

19/06/17

Emporter nos rêves, de Vanessa Diffenbaugh

Emporter nos rêvesLetty a toujours fui ses responsabilités de maman, laissant à ses parents le soin d'élever ses deux enfants, Alex, quinze ans, et Luna, six ans. Mais leur décision soudaine de rentrer au Mexique la contraint à changer ses habitudes - adieu les soirées alcoolisées, à s'oublier dans des étreintes sans lendemain, Letty doit désormais penser à nourrir ses enfants, s'assurer qu'ils sont en sécurité quand elle part au boulot et envisager pour eux un meilleur avenir. Serveuse dans un restaurant, situé dans un aéroport, elle ressasse avec amertume son parcours chaotique, les rendez-vous loupés et les mauvaises décisions. Comme pour le père de son fils, Wes Riley, à qui elle n'a jamais avoué sa grossesse, voulant remettre à plus tard l'annonce, reculant toujours plus loin l'échéance. Quinze ans plus tard, elle ignore que son garçon a retrouvé sa trace et rôde autour de sa maison en se posant de nombreuses questions. L'heure de la raison a donc sonné pour Letty, qui peu à peu tente des initiatives concrètes - changer son fils de lycée, l'envoyer hors de son quartier, lui donner la chance de s'épanouir dans ses études... Mais Alex a également ses petits secrets, outre épier son père, il aimerait sauver sa petite copine, Yesenia, contre la violence de son école et la menace d'être expulsée - la jeune fille vit en situation illégale sur le sol américain. Les idées grouillent dans sa tête et le poussent à commettre quelques prises de risque insensées. Pour Letty et sa famille, la paix des ménages n'est pas encore au coin de la rue !

J'ai été agréablement surprise par cette lecture, entamée sans attente précise, me fiant simplement au nom de l'auteur et à la promesse d'un rendez-vous de douceur et d'émotion. Le contrat a été pleinement rempli - on suit l'histoire d'une jeune femme paumée, mais qui va remettre sa vie sur les rails et qui va entraîner ses proches dans ce grand élan d'espoir et d'optimisme. On lit tout ça avec beaucoup de complaisance et d'attendrissement. Les personnages sont en effet attachants, cabossés, écorchés mais vrais. Leur histoire s'écrit en toute simplicité, sans pathos, sans sentimentalisme exacerbé. C'est une belle leçon d'abnégation, riche en tendresse et pleine d'espérance. Un joli roman sur la poursuite du bonheur coûte que coûte.

Presses de la Cité, 2017 - Trad. Isabelle Chapman [We Never Asked for Wings]

 

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La Femme de mon ami, de Polly Dugan

La femme de mon ami

En apprenant la mort de son meilleur ami, Leo, dans un accident de ski, Garrett rejoint aussitôt son épouse Audrey, effondrée par le chagrin et la perte. Garrett n'a pas réfléchi une seconde pour tout plaquer et la soutenir dans cette terrible épreuve... oubliant que, quelques années plus tôt, Leo et lui avaient également scellé un pacte soumettant Garrett à épouser Audrey si jamais Leo venait à décéder ! Une idée folle, surgie un soir de beuverie. Une lubie que Garrett n'avait certainement pas prise au sérieux, n'envisageant nullement d'être confronté à un tel cas de figure. Hélas, la vie est perfide et se moque des conventions.

Garrett s'installe néanmoins dans la vie d'Audrey et de ses fils sans le moindre calcul. La famille est accablée de chagrin et a besoin de temps pour se consolider de nouveau. Garrett se retrousse les manches, poursuit les travaux de la maison, s'occupe des garçons, joue au basket, règle les petits conflits du quotidien. Au fil des mois, il se fond une place dans cette routine. Sa présence sonne comme une évidence. Garrett est parvenu à compenser le manque par sa générosité, son écoute, ses attentions. La connivence entre Audrey et lui est également de plus en plus forte, pour ne pas dire troublante. Et l'amitié fait place à l'attirance.

Toute idylle est-elle seulement envisageable, alors que plane le spectre du disparu ? Rongé par ce fameux pacte promis à Leo, Garrett se considère également comme un imposteur. Ses sentiments sont sincères, mais il se retient de tout avouer à Audrey. Quel regard poserait-elle sur leur relation ? N'aspirerait-elle pas à se sentir trahie ou manipulée ? Comment une preuve d'amitié et d'amour peut-elle soudainement peser dans la balance et produire le contraire de l'effet escompté ?

Le roman se sert de toutes ces interrogations pour développer une intrigue tour à tour pudique, sensible et poignante. Loin d'être brusque, la relation entre Garrett et Audrey montre autant de retenue que de désir profond, comme un besoin d'assouvir un manque, mais en culpabilisant quelque part à l'idée de suivre les élans de leur cœur. Ce roman de la seconde chance est, par miracle, une lecture sans pathos. En dépit d'un propos bouleversant, la ligne de conduite est claire, nette, pure. À suivre sans crainte et sur la promesse d'une agréable surprise.

Presses de la Cité, 2017 - Trad. Nelly Ganancia [The Sweetheart Deal]

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22/05/17

Quelques jours de nos vies, de Clare Swatman

quelques jours de nos vies

Par sa promesse d'une lecture riche en émotion, ce roman est une invitation à retenir le temps présent pour en savourer chaque instant. Prenons en exemple l'histoire de Zoe et Ed, en couple depuis vingt ans, ils s'aiment mais ont laissé les vicissitudes du quotidien ronger leur insouciance. Pourtant, en apprenant la mort de son compagnon dans un accident, Zoe s'effondre et se reproche d'être partie le matin sans avoir pris le temps d'embrasser Ed une dernière fois. Bouleversée, elle ressasse avec amertume tous les petits riens qui ont empoisonné leur existence. Si elle avait su... Et bim, elle se réveille le lendemain dans son lit de jeune fille, en 1993. Elle est étudiante, s'installe en colocation sur le campus et rencontre Ed. Ô stupéfiante seconde chance, dont on ne cherche pas à nous vendre le pourquoi et le comment, si ce n'est d'offrir à Zoe la possibilité de revivre les moments les plus marquants de son couple. C'est donc toute leur vie à deux que l'on découvre, avec ses hauts et ses bas, ses élans et ses espoirs, mais c'est surtout pour Zoe l'occasion de corriger le passé pour glisser vers un lendemain meilleur. Peut-elle déjouer le sort et sauver Ed ? Comme Zoe, on s'accroche à ce désir insensé et on l'accompagne dans sa rétrospective des vingt années écoulées. S'expose alors l'étendue d'une histoire banale et ordinaire, entre tendresse, joie, peine, doute et bonheur, le tout raconté avec beaucoup d'authenticité. Au final, notre cœur bat à l'unisson avec celui des personnages. Tout semble vrai, sincère et sensible, même si l'histoire inspire aussi une certaine retenue à l'évocation de cette vie de couple fastidieuse et triviale. Un soupçon de fantaisie aurait sans doute été appréciable, à mon goût. La fin aussi m'inspire quelque scepticisme, mais passons. Horace a dit : “Carpe diem, cueillez le jour” - ce sur quoi le roman s'appuie, en toute humilité. Le résultat est tout à fait honorable, très touchant. Et la couverture est ravissante. 

Presses de la Cité, 2017 - Trad. Claire-Marie Clévy (Before You Go)
ill. de couverure : Jo Thompson / Adaptation : Mélanie Wintersdorff

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09/04/17

Représailles, de Hans Koppel

represaillesCette couverture flippante donne une bonne indication de l'inconfort ressenti à la lecture du roman. Je ne suis clairement pas fan, mais j'ai passé outre pour me plonger dans une histoire au scénario navrant et implacable. Cela commence par un simple article dans un journal. Calle Collin a coutume de dresser des portraits de défunts à la demande des familles éplorées. C'est ainsi qu'il rencontre Margit Svensson, son fils Mattias et la maîtresse de celui-ci, Sara Vallgren. Calle écoute cette mère endeuillée lui parler de son fils Kent, victime innocente d'un chauffard ayant pris la fuite après son crime. Lorsque l'article est enfin publié, Calle ignore encore le fumier qu'il va remuer. Car cet article mielleux ravive la douleur d'Anders Malmberg. Aujourd'hui célèbre pour ses chroniques sulfureuses, il n'a jamais oublié ses années d'école où il était victime des brimades de ses camarades, dont un certain Kent Svensson. Anders réplique aussitôt en éditant à son tour un bulletin acrimonieux, qui va profondément blesser la famille du disparu et provoquer leur courroux. Après quoi, une avalanche de violence va se répandre sur les uns et les autres. Le couple infernal, formé par Mattias et Sara, va notamment orchestrer une vendetta féroce pour remettre de l'ordre dans leur business, mais aussi pour rappeler à ces “journaleux” qu'ils ne peuvent pas écrire ce qu'ils veulent en toute impunité. Deux enquêteurs de police vont également rôder non loin de nos suspects, emboîtant péniblement les pièces du puzzle, souvent avec un temps de retard. En somme, le roman nous glace d'effroi pour l'étendue de représailles exercées sans état d'âme dans un petit cercle de braves gens confrontés au pire de l'espèce humaine. Le scénario n'a sans doute rien d'exceptionnel, mais il a réussi à me tenir en haleine grâce à son arrangement minutieux et pertinent. J'ai d'ailleurs lu ce roman d'une traite, scotchée par l'engrenage infernal qui se déploie sous nos yeux. Effroyable et sidérant.

Presses de la Cité, 2017 - Trad. du suédois par Hélène Hervieu [Om döda ont]

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03/04/17

Monsieur Jean a un plan, de Thomas Montasser

monsieur jeanAprès une longue carrière en tant que concierge de nuit dans un prestigieux hôtel de Zurich, Monsieur Jean prend enfin sa retraite et décide de consacrer son temps libre à aider les autres. C'est d'abord la mort de son vieux camarade Jacques, patron d'un petit bistro, qui lui fait prendre conscience du caractère vulnérable de la vie et du temps présent à profiter pleinement. Il se réjouit ainsi de découvrir les lieux revisités par une jeune femme dynamique, et probablement inconsciente, alors qu'elle ouvre un nouveau salon de thé cosy et charmant, mais hélas boudé par la clientèle. Qu'à cela ne tienne, Monsieur Jean sera son ange gardien ! Il est comme ça, Monsieur Jean, discret, affable et charitable. Il remet aussi un jeune pickpocket sur le droit chemin, offre des fleurs à la concierge esseulée, réconcilie deux anciennes ballerines fâchées à mort... « Parfois, il ne faut pas grand-chose pour imprimer une nouvelle direction aux rouages compliqués de la vie. Un petit geste, un conseil subtil ou un signe du destin suffisent. Parfois, aussi, c'est la simple humeur d'un monsieur d'âge respectable qui possède un peu d'expérience dans les relations humaines et un grand cœur. Il arrive qu'un esprit bienveillant s'immisce directement dans notre vie, mais c'est aussi à nous de donner un sens plus profond à notre existence - ou à celle d'un autre. Au moyen d'un bon conseil, d'une aide invisible, d'une petite supercherie. Ou d'un brownie, au chocolat naturellement. »
Après Une année particulière, Thomas Montasser nous propose un nouveau rendez-vous fait de simplicité, de partage et d'entraide. La prouesse n'est pas exceptionnelle, mais empreinte d'une véritable sincérité qui fait qu'on adhère instinctivement au propos. J'ai trouvé ce roman doux et apaisant, vraiment pas mièvre, à moins d'être un incurable cynique. Pour ma part, j'ai souri avec candeur à la lecture de cette belle aventure humaine, qui nous fait croiser des personnages attachants, aux vies tendrement chahutées et aux solutions heureuses. La recette est facile, mais fait un bien fou ! J'ai beaucoup aimé. 

Presses de la Cité, 2017 - Trad. Leïla Pellissier [Monsieur Jean und sein Gespür für Glück]

31/03/17

Il faut sauver John Lennon, de Mo Daviau

il faut sauver johnPropriétaire d'un bar underground à Chicago, Karl Bender a précieusement gardé son âme de rocker, tout en assumant de mener une vie tranquille et ordinaire. C'était vrai jusqu'à sa rencontre avec Wayne DeMint, la découverte d'un portail temporel dans un placard de son appartement et l'arrivée fracassante de Lena Geduldig, pour clairement certifier que son quotidien ne serait plus le même. « Un bar n'est pas une clinique psy mais, comme je n'avais jamais eu de chien à qui me confier quand j'étais petit, j'écoutais parler Wayne DeMint, ce gars du Midwest à l'allure saine, ingénieur en informatique, au sourire bienveillant et aux pourboires ô combien généreux. » En vrai, toute cette histoire de voyage dans le temps a débuté par hasard. Un dimanche, alors qu'il fouillait sa penderie à la recherche de ses rangers fétiches, Karl bascule les pieds en avant dans un trou, le ramenant trois mois plus tôt. Il capte rapidement qu'il détient là un précieux sésame dont il va tirer profit dans un but précis - revivre les concerts les plus mythiques, revoir des artistes disparus, s'inspirer du revival pour lancer un petit business, selon des conditions très strictes. Tout dérape quand Wayne choisit la date du 8 décembre 1980, à destination de Central Park, pour sauver John Lennon. En tapant les données, Karl se trompe et l'expédie en 980 ! Voilà son pote bloqué en plein no-man's land, sans moyen de retourner au présent. Sur ces entrefaites, débarque Lena Geduldig, une astrophysicienne potelée, teigneuse et futée, avec une moue à la Courtney Love, un tshirt des Melvins et des lunettes à la Buddy Holly. Séduit, Karl propose à cette petite nana de faire équipe pour extirper Wayne de son étrange destinée à laquelle il semble de plus en plus prendre goût. C'est donc riche de cette promesse d'une aventure insolite, en compagnie de personnages hautement barrés, que l'on parcourt ce roman aussi original que saugrenu. Le ton y est mordant, l'humour revêche, le propos éparpillé et improbable, faisant crânement l'impasse sur la moindre pertinence scientifique. De toute façon, on prend vite son parti de vivre une expérience qui échappe à tout contrôle, qui ne respecte aucune règle et qui bouscule nos attentes. En fait, le bouquin retrace davantage des parcours de vie, avec ses choix, ses regrets, ses loupés. Guérir son présent en soignant son passé, et blablabla. Je trouvais l'idée sympa, en plus d'avoir une énergie vivifiante, des références musicales aux petits oignons et une touche de nostalgie stimulante. Au final, le roman s'essouffle à mi-parcours et s'enlise dans un méli-mélo spatio-temporel (le schmilblick qui tue) qui rend la fin abstraite. Ne nous reste qu'une grande confusion et l'illusion d'un rendez-vous surprenant mais déroutant. 

Presses de la Cité, 2017 - Trad. Laurent Philibert-Caillat [Every Anxious Wave]

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