02/02/09

Le Paradoxe du menteur - Martha Grimes

« C'est un homme qui est entré dans un pub et qui me l'a racontée.
- Tu te moques de moi.
- Exactement ce que je lui ai retorqué. Je lui ai dit qu'il me menait en bateau. Bref, le pub se trouve dans la City. C'est l'Old Wine Shades. J'étais là, assis au bar, à broyer du noir, sans raison spéciale...
- Sans raison spéciale de quoi ?
- De broyer du noir.
- Ah. Continue.
- Un homme est entré, manifestement friqué, des vêtements comme les tiens...
- Cette veste pourrie ? dit Melrose, louchant sur son revers.
- ... et il s'est assis près de moi.
Ça fiche les jetons, pour un début, non ?
- Oui, c'est digne de Winnie l'ourson. Continue.
- Et il m'a raconté cette histoire...
»

51H1orhlwUL__SS500_Il y a un an, une femme et son fils se rendent dans le Surrey visiter deux propriétés et disparaissent sans laisser de traces. Seul le chien est revenu, quelques mois après. Depuis, le mari, en état de choc, séjourne dans un hôpital pour grave dépression. Il a contacté la police et des détectives privés, mais rien. Aucune piste. Richard Jury, commissaire à New Scotland Yard, rencontre un homme dans un pub qui lui raconte cette histoire. Cela dure tous les soirs de la semaine. L'individu, Harry Johnson, prétend que c'est une histoire sans fin. Ou une histoire à tiroirs. Chaque rendez-vous rapporte un nouveau chapitre, l'histoire grossit. Cela devient louche, mais Jury veut y croire, contre l'avis de ses proches (son inspecteur associé hypocondriaque, Wiggins, sa charmante voisine, Carole-Anne et même son meilleur ami, Melrose Plant). Il sort d'une enquête difficile, il a été poussé à un congé forcé par son chef, il a donc besoin de se changer les idées.

Et Jury est sérieusement intrigué par cette double disparition, de même il se demande si sa rencontre avec l'homme du pub n'est qu'une pure coincidence. Il va fouiller, c'est obligé. Et pour cela, il est accompagné de son inénarrable compagnon, Melrose Plant, un aristocrate excentrique, qui habite la petite bourgade de Long Pliddleton avec sa tante snob et acariâtre, Agatha. Pour échapper à cette vieille bique, il se rend à Londres, où il apprécie le refuge du Boring's, club très sélect et fermé, réservé uniquement à la gente masculine.

En fait, c'est clairement une ambiance qu'on aime retrouver chez Martha Grimes, au fil des livres publiés. On a l'embarras du choix entre les petits villages anglais, le pub, le manoir du Comte de Caverness, les bureaux de Scotland Yard ou l'appartement de Jury et de sa délicieuse voisine... C'est ainsi un petit monde qu'on retrouve, Richard Jury est un incontournable de la série. Il a la quarantaine, il dégage un charme fou, il est réservé, réfléchi et cultivé. Il n'hésite pas à trouver des métaphores littéraires dans les enquêtes les plus tordues. C'est un homme qui plaît, mais qui n'en profite pas. A ses côtés, Melrose Plant possède une séduction aristocratique, il a du flegme à revendre, il aime bouquiner, boire du bon cognac et paresser dans un fauteuil au coin du feu. Ce n'est pas un homme d'action, mais il ne rechigne pas à s'associer à son meilleur ami pour des situations parfois mouvementées.

A l'instar d'Elizabeth George, Martha Grimes est américaine et écrit avec bluff des romans d'énigme à l'anglaise. Vous ne connaissez pas (encore) ? Les éditions Omnibus viennent de faire paraître un volume regroupant les quatre premières aventures de Richard Jury. A ne pas louper !

A noter : tous les romans de Martha Grimes ont pour titre des noms de pub, en vo. Dommage, la traduction française n'a jamais joué le jeu.

Presses de la Cité, 2009 - 380 pages - 21€
traduit de l'anglais (USA) par Dominique Wattwiller
titre vo : The Old Wine Shades

**********

Les Enquêtes de l'inspecteur Jury
(qui, en fait, est commissaire...)

51CPNHebtKL__SS500_Le mauvais sujet

Long Piddleton est un charmant village du nord de l'Angleterre. Mais une série de meurtres abominables vient entacher le manteau de neige immaculé de cette bourgade paisible. Des cadavres sont retrouvés dans des positions insolites dans des auberges de campagne aux noms pittoresques et évocateurs. Pour arrêter cette hécatombe, Scotland Yard dépêche sur place l'un de ses meilleurs limiers : Richard Jury, un homme aussi tenace que chevaleresque. De la ténacité, il va lui en falloir pour démasquer le tueur en série parmi une foule de suspects : un aubergiste, un haut fonctionnaire déchu, une jeune poétesse romantique, un pasteur, un auteur de polars, une poule de luxe et bien d'autres. Par bonheur, Jury trouvera un précieux allié en la personne de Melrose Plant, châtelain dilettante que la nature a pourvu d'un cerveau fort efficace.

L'énigme de Rackmoor

Tout le monde vous le dira, il ne se passe jamais rien à Rackmoor. Que pourrait-il d'ailleurs bien se passer dans un petit village du Yorkshire accroché au flanc d'une falaise, battu par les vents et perdu dans le brouillard... Or, un jour, on retrouve le corps ensanglanté d'une inconnue. Une inconnue qui - vous diront certaines personnes bien informées - pourrait être Dillys March, la pupille du riche sir Titus Craël. Disparue depuis quinze ans, quelques langues venimeuses ajouteront qu'elle serait venue pour réclamer sa part d'héritage. Ce qui est troublant, c'est que la moitié des habitants de Rackmoor ne reconnaissent pas Dillys. Pupille ou usurpatrice ? Une affaire complexe dont triomphera l'inspecteur Jury de Scotland Yard au terme d'une plongée dans le passé obscur de la petite ville.

Le collier miraculeux

Une violoniste est sauvagement assassinée dans le métro de Londres. Elle était originaire d'un village répondant au nom charmant de Littlebourne. Or un chien vient de découvrir une drôle de friandise dans le bois voisin : un doigt humain ! Richard Jury et Melrose Plant vont arpenter les couloirs du tube londonien et les abords de la ténébreuse forêt de Horndean. Et les suspects les plus hétéroclites se présentent à eux : un couple de hobereaux d'un snobisme odieux, une vieille ornithologue revêche, une veuve habitant un manoir glacial et une petite sauvageonne qui sait dompter les chevaux les plus rétifs... mais pas le duo le plus flegmatique du Yard !

Le vilain petit canard

Stratford sur Avon, ville natale de Shakespeare et villégiature préférée du discret commissaire Jury, voit défiler à la belle saison des hordes touristiques accablantes. On aurait presque pu se réjouir, cette année-là, de découvrir des cadavres d'Américains faisant partie d'un voyage organisé. Mais des corps sauvagement mutilés, bien dans la tradition insulaire inaugurée par Jack l'Eventreur, font tout de même un peu désordre dans le décor pastoral des rives de l'Avon. Avec son ami Melrose Plant, douzième comte de Caverness, aussi titré qu'instruit des splendeurs du théâtre élisabéthain, le commissaire Jury va démonter le mécanisme d'une monstrueuse vengeance.

**********

--) C'est excellent ! C'est plus qu'un simple roman policier, même si l'intrigue sur ce plan est bien ficelée, c'est avant tout pour les petits riens autour que j'apprécie cette série. Les personnages sont beaux, touchants, humains. Ils aiment, sont trompés, ont le cafard, et nouent aussi des liens extraordinaires d'amitié. L'ambiance à Long Piddleton aussi vaut le coup d'oeil, ça donne envie tout ça... C'est british, en plus. Je fonds complètement !

Omnibus, 2009 - 26€


22/12/08

La Magie du bonheur - Kristin Hannah

51En4bne6zL__SS400_

Présentation de l'éditeur
A l'approche de Noël, Joy, récemment divorcée et brouillée avec sa sœur, n'a pas le cœur à la fête. Sur un coup de tête, elle s'envole pour une destination inconnue, décidée à tout oublier le temps des vacances. Mais son avion s'écrase au milieu d'une forêt très dense. Par miracle, Joy échappe à la mort. Elle a alors le choix entre prévenir les siens qu'elle est en vie et s'offrir quelques jours pour souffler. Sa rencontre avec Bobby, un petit garçon qui habite avec son père le chalet dans lequel elle a trouvé refuge, va changer son destin...

Ce roman est avant tout le portrait d'une femme brisée, récemment divorcée, trahie par l'homme qu'elle aimait et qui la trompait avec sa soeur cadette. Noël s'annonce avec un goût amer, et Joy choisit de partir et d'oublier. Or son vol se crashe, elle en sort sans trop de peine mais préfère s'éloigner. Couper les ponts avec sa vie. Disparaître. Ne plus exister. Elle s'enfonce dans la forêt, arrive près d'un lac où se tient une auberge isolée. Elle y rencontre un garçon de 8 ans, Bobby, et son père Daniel. Ce couple aux ailes brisées va inspirer des sentiments multiples chez Joy, elle est émue par la détresse de l'enfant, perplexe face au caractère ténébreux de l'homme à l'accent irlandais et enfin elle est transportée par la présence fantôme de la maman défunte. C'est une aura qui se dégage, un feu de paille. Et on devine beaucoup de choses, pensant même pouvoir déjà écrire la fin. Mais non. La seconde partie s'annonce imprévisible, elle remet les pendules à l'heure. Et le roman se finit, sur une touche de magie... oui, oui le titre trouve bel et bien sa signification. La magie du bonheur (Comfort & Joy) ressemble à un téléfilm de l'après-midi, c'est juste distrayant dans le fond et pour la forme. On pourrait très bien s'en passer, si ce n'est que l'esprit de noël est dans les airs, que le besoin de romance doublée d'une histoire gentille et honnête feront pencher la balance vers le "pourquoi pas?". C'est le roman de l'instant, du moment. De la saison, aussi.

Presses de la cité, 2008 - 226 pages - 18,90€
traduit de l'anglais (USA) par Francine Siety

 

Posté par clarabel76 à 15:30:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,

09/10/08

Maudit Karma - David Safier

 

 

Kim Lange a tout sacrifié pour réussir sa carrière de présentatrice vedette de la télévision, négligeant ainsi son mari Alex et leur petite fille de cinq ans, Lilly. Le soir de la remise d'un trophée, correspondant à l'anniversaire de son enfant, Kim succombe au numéro de charme d'un collègue, avant de recevoir le lavabo d'une station spatiale en pleine tête !  Le truc improbable. Par miracle, Bouddha lui offre une chance de se racheter et la réincarne en fourmi ! C'est comme ça quand on a été odieuse, menteuse et égoïste toute sa vie, on se traîne un mauvais karma ! Pour gagner des points et évoluer sur l'échelle de la réincarnation, il faut qu'elle apprenne à faire le bien. Et c'est en compagnie d'un certain Signore Casanova qu'elle espère parvenir à son but. Ha, ha. Le processus ne manquera pas de lui en faire voir de toutes les couleurs ! En attendant, Kim va prendre conscience de ses erreurs, se morfondre d'avoir perdu sa famille, rêver de consoler sa fillette et empêcher le mariage d'Alex avec son ex-meilleure amie !

IMGP6187


Maudit Karma est un roman léger, délicieusement grotesque, qui traite de la réincarnation avec fantaisie et une pointe d'ironie, pour une lecture franchement drôle et qui fait un bien fou. L'histoire se plaît à raconter des tas de péripéties désopilantes au centre desquelles Kim Lange se débat avec un culot monstre. Au début, son personnage n'est franchement pas très sympathique, mais il devient vite attachant et altruiste. Quel revirement. Et puis, c'est émouvant aussi de suivre Kim, prête à tout, même à renoncer au Nirvana, pour retrouver son enfant. Cette touche sentimentale donne du baume au cœur, même si l'intrigue est globalement bien ficelée et donne le sentiment de louvoyer continuellement. C'est l'antidote parfait pour lutter contre la morosité ambiante !

Editions Presse de la Cité, septembre 2008 - 318 pages - 19,50€
traduit de l'allemand par Catherine Barret

Posté par clarabel76 à 07:30:00 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags : ,

28/05/08

Cherche auteur désespérément - Debra Ginsberg

 

Quatrième de couverture

Angel Robinson a l'impression de vivre un rêve. Elle qui ne jure que par les livres vient de décrocher un poste d'assistante dans la plus célèbre agence littéraire des Etats-Unis. Mais elle découvre rapidement qu'il faut composer avec une patronne hystérique, des collègues lunatiques et des auteurs capricieux. Elle réussit pourtant, grâce à son sens littéraire hors pair, à se rendre indispensable et repère plusieurs projets intéressants. Un en particulier : le roman d'un auteur anonyme, livré chapitre par chapitre. Angel tombe sous le charme au gré des envois du mystérieux écrivain. Jusqu'au jour où elle comprend que le texte s'inspire de sa propre vie... Un éloge pétillant des plaisirs de la lecture, un roman jubilatoire qui séduira tous les amoureux des livres.

IMGP5567

J'ai été désappointée par ce roman avec lequel je n'ai pas eu la bonne approche. Je m'attendais très sincèrement à une bulle de légèreté, une bluette sympathique et distrayante, sur fond de milieu éditorial implacable. Un croisement entre The nanny et Le diable s'habille en Prada. En vrai, je n'ai rien trouvé de tout ça. La critique sur les agents littéraires est acerbe et sans pitié, la Lucy Fiamma du livre est une Cruella Denfer qui porte bien son surnom. La narratrice, Angel, apparaît un véritable ange tombé du ciel (et des nues), lorsqu'elle se trouve propulsée dans ce monde où l'on déniche les talents (rares), où l'on rembarre les écrivaillons (chiants et nombrilistes) et où un manuscrit représente une succession de chiffres, non plus un engouement véritable. Non, nous ne sommes pas au pays des Bisounours, les amoureux des livres risquent d'être fort décontenancés (d'où mon sentiment mitigé).

Très vite, j'ai plutôt ressenti un sentiment d'étouffement, une ambiance proche de la claustrophobie (là, je ne me gêne pas pour reprendre la propre critique d'Angel Robinson qui reçoit le fameux manuscrit anonyme, qui lui inspire ce sentiment de malaise, avant de comprendre que c'est plus pernicieux et pervers). En fait, voici un livre qu'il faut présenter comme étant à double tranchant - un regard froid et repoussant sur le monde éditorial, et l'intrusion manifeste des agents littéraires, surtout aux USA - et une oppression ascendante sur la personne d'Angel, notre héroïne. Confrontée à la lecture d'un manuscrit non signé, quasiment harcelée par emails signés du Grand Romancier, la jeune femme se sent vite menacée et dépassée par son job. Finalement j'ai plus adhéré à cette intrigue, au côté machiavélique du mystère entourant l'auteur anonyme. C'est un leitmotiv pour terminer le roman, sans quoi j'aurais très vite abandonné la partie. Lu sur le pouce, savouré sans plus et... comble de tout - à mes yeux - offrant une dimension toute plate aux personnages, qui manquent de charisme ou de grâce, que sais-je ?, ce livre de Debra Ginsberg aurait gagné en ampleur s'il avait su brasser un peu d'humour et de facétie. Tant pis ! 

Presses de la Cité, 2008 pour la traduction française - 365 pages - 20€

traduit de l'anglais (américain) par Alice Delarbre - titre vo : Blind submission

L'avis (plus enthousiaste) de Cuné 

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : ,