12/04/12

❦ La Sélection ❦ Kiera Cass

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Le royaume d'Illéa organise un grand jeu télévisé, la Sélection, qui consiste à inviter au palais 35 filles, âgées d'au moins seize ans et issues de différentes castes, afin de gagner les faveurs du prince héritier, Maxon. Parmi les candidates, se trouve America Singer. Elle participe à ce show grotesque sous l'impulsion de sa mère, terriblement ambitieuse, et de son amoureux secret. Mais celui-ci est pris d'un accès d'orgueil et décide de rompre tout contact avec la jeune fille, lui accordant ainsi toutes ses chances pour réussir. C'est donc le coeur brisé et amer qu'America entame la compétition, ses intentions sont claires : elle est là par souci d'apporter un confort matériel à sa famille, pour manger à sa faim et non pour conquérir un titre de gloire. Et c'est sans prétention, mais avec autant de naturel et de conviction, qu'elle expose ses intentions au prince, lors de leur tout premier rendez-vous !

Ce que j'ai essentiellement apprécié, dans cette histoire, c'est bien évidemment la relation teintée de complicité et d'écoute qui se crée entre America et Maxon. C'est tout simplement adorable. Lui est d'abord perçu comme un garçon renfermé et coincé, alors qu'il est curieux, charmeur et enchanté de partager ses opinions avec une personne de confiance, en l'occurence America. Cette dernière est la grâce personnifiée, même si elle manque d'assurance, elle semble découvrir jour après jour son potentiel de séduction, mais n'en fait pas étalage non plus. Cette modestie est appréciable, parce qu'on partage très vite ses sentiments, sauf en ce qui concerne son premier grand amour qui lui a mis le coeur en miettes. A ce sujet, America fait preuve de grande sottise, ce qui aurait légèrement le don de nous agacer. 

L'histoire fait un peu conte de fées, avec son cadre enchanteur et son prince charmant, le jeu télévisé n'est pas tellement mis en avant, par contre on commence à découvrir un aspect politique qui dévoile les failles de cette cage dorée (des renégats font des attaques répétées et violentes dans l'enceinte du palais). J'ai aussi apprécié l'idée de départ de cette dystopie : les USA, trop endettés envers la Chine, n'ont pas su rembourser leurs dettes et ont subi une invasion qui a donné lieu à une nouvelle nation baptisée l'Etat américain de Chine. La révolte viendra bien des années après, d'où la naissance d'Illéa. Plausible, non ? Je n'ai pas ressenti la moindre pointe d'ennui, le roman se lit très vite, on en ressort avec une sensation d'avoir partagé un agréable moment, de s'être familiarisée avec les lieux et les personnages avec une étonnante facilité. C'est comme une petite musique à l'oreille, elle ne nous quitte pas, elle n'est pas dérangeante et on s'y habitue très vite en regrettant la chute des dernières notes. Ce roman à la couverture sublime est donc un pur moment de délectation, il me tarde de lire la suite !

La Sélection, par Kiera Cass smileyc002
Robert Laffont, coll. R, 2012 - traduit de l'anglais (USA) par Madeleine Nasalik 


23/02/12

"I loved and lost and survived."

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Lucero-Elisa est une princesse, mais pas du genre habituel. Elle se décrit comme une grosse saucisse, son physique grassouillet la dégoûte, et parce qu'elle se sent empotée et dévalorisée, elle se goinfre tout le temps. Pourtant, elle porte une Pierre Sacrée au nombril. Depuis sa naissance, le Destin a fait d'elle une Elue. Promise à accomplir un grand miracle, mais lequel ? Elisa ignore tout de ce qui l'attend, son père et sa soeur aînée la tiennent à l'écart des affaires du royaume, d'ailleurs elle n'a pas son mot à dire lorsqu'à seize ans, elle doit se marier avec le roi Alejandro d'une contrée voisine.

Sitôt arrivée au palais de Joya d'Arena, Elisa est déconcertée par l'attitude courtoise mais distante de son époux. De plus, celui-ci lui demande de maintenir le secret sur leurs noces et d'être attentive aux faits et gestes de la cour. Au lieu de la réconforter, cette déférence accentue le malaise d'Elisa. C'est tellement plus rassurant de se réfugier dans les cuisines, ou à la bibliothèque, où elle cherche par tous les moyens à obtenir les réponses que ses proches ont longtemps refusé de lui donner. Et là, paf ! changement de décor. Changement de carte. On reprend toutes les données et on révise son jugement.

La deuxième partie de l'histoire passe la vitesse supérieure, voulant apporter un éclairage différent. Elisa n'est plus l'héritière choyée dans son palais royal, elle est confrontée aux réalités du terrain ... et c'est déroutant. Mais les nouveaux personnages qu'on croise sont attachants. Elisa elle-même va adopter une nouvelle attitude, prendre confiance en elle, s'investir et prendre des initiatives. Il y a toujours en elle cette jeune fille timorée, mais le temps est compté car la guerre fait rage. Les troupes ennemies ont élaboré des plans d'attaque de longue date, alors que son père et son époux passaient leur temps à palabrer autour d'accords entre voisins. Quelle perte de temps ! De plus, à la tête de l'ennemi, se trouvent des Animagi, des créatures redoutables, et Elisa n'est plus très sûre d'être à la hauteur des espérances quant à son statut d'Elue.

Ce qui a été passionnant à suivre, dans ce roman, c'est bien évidemment l'évolution de l'héroïne. Au départ, Elisa est une fille pataude et encombrée d'un corps disgracieux, qui s'est forgée une carapace derrière son esprit caustique, et qui va progressivement se découvrir une force et un pouvoir d'analyse hors du commun. La métamorphose ne relève pas du miracle non plus, il faudra du temps, de l'expérience et des rencontres pour permettre au papillon de sortir de sa chrysalide. Et le regard amoureux d'un jeune guide du désert, aussi... (une belle rencontre bouleversante). La fin du roman est davantage ancrée dans l'action, la guerre, la politique et les enjeux militaires. Le ton se durcit, l'auteur force le destin et n'y va pas avec le dos de la cuillère. Le dénouement est implacable, déstabilisant, et pourtant juste. On pourrait rester ainsi, sur ces nouvelles pistes, mais c'est trop tentant de vouloir en savoir plus. (Et puis j'ai un faible pour Hector.)

Ce roman, riche en aventures, demeure incontestablement un beau portrait de femme, qui force l'admiration.

La Fille de Braises et de Ronces, par Rae Carson
Robert Laffont, coll. R, 2012. Traduit par Madeleine Nasalik.
titre VO : The Girl with Fire and Thorns 

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26/01/09

L'usine à rêves - François Rivière

Charles Dulac, bibliophile et misanthrope, vit dans ses souvenirs. Enfant-acteur dans une aut9782221109700re vie et héros d'une célèbre série télévisée, il ne garde de cette gloire éphémère que de vieilles bobines de Little Charlie detective. Replié dans sa villa du Sud de la France, recevant de rares visites, dont celles de Fu, le chat des voisins, et de Najat, sa femme de ménage, Charles découvre la lettre de Nilo Pharel, qui le réclame sur son lit de mort. C'est très étrange, car Charles et Nilo n'ont jamais entretenu de bons rapports, à cause du fantôme de Teddy. Ce dernier a été le meilleur ami de Charles, mais aussi son grand amour. Cela s'est passé lorsqu'ils n'étaient que des adolescents insouciants à Hollywood, c'étaient les années 50, tout était permis et Charles était à un tournant de sa vie. On ne sait pas bien ce qu'il s'est passé, et c'est d'ailleurs tout le propos du roman, de remonter le fil du temps, de rembobiner le film et revivre la jeunesse dorée de Little Charlie.

C'est un roman très précieux, où se dégagent le souffle d'une époque dorée et le train de vie d'une société qui n'existe plus que sur des clichés. Avant de débuter sa carrière d'acteur, Charles évolue dans un monde échappé d'un roman de Marcel Proust. Il est orphelin, élevé par sa Granny Maud, qui est une femme sèche et snob, avare de tendresse (et pourtant elle collectionne les amants, sans éveiller le moindre soupçon). En vacances sur la côte basque, il va rencontrer le couple anglais, Donnie et Axel Bliss. Elle est scénariste, a un coup de coeur pour le jeune garçon et décide d'en faire sa vedette en s'inspirant de lui pour écrire sa série à succès. C'est la voie royale, chacun en tire son profit et Little Charlie est un gamin naïf qui va connaître à l'adolescence de grands bouleversements.

Jusque là, j'ai bu du petit lait, tant j'ai apprécié le moindre détail rapporté dans l'histoire. Ce côté rétro, raffiné et guindé ne cessait de me plaire. Et puis on passe à l'atmosphère sulfureuse d'Hollywood, c'est totalement différent. Les personnages aussi évoluent, avec des zones d'ombre qui rendent les surfaces moins lisses et doucereuses. Ce n'est pas toujours glorieux, mais cela reste captivant. Le roman sait nous happer, ne délivrant qu'en bout de course le drame qui a broyé la vie de Charles Dulac et de ses proches. Le personnage central souffre peut-être d'une absence de charisme, recommandé pour apprécier une lecture, mais finalement le charme est ailleurs, dans la mélancolie, dans le secret, dans l'ambiance surannée. Cette usine à rêves a le don de nous embobiner... et j'aime infiniment François Rivière ! 

Robert Laffont, 2009 - 210 pages - 18€

l'avis de la librairie Mollat, qui parle de « livre crépusculaire d'une vraie beauté »

 

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07/01/09

A contretemps - Jean Philippe Blondel

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Hugo, dix-huit ans et le bac en poche, choisit Paris pour suivre des études de lettres. Il trouve un toit chez un homme qui vit seul, Jean Debat. Un monsieur discret, souvent absent, et taciturne, qui vilipende la littérature, le romanesque et tutti quanti. Hugo est déboussolé, lui qui ne vit que pour sa passion de la lecture, il trouve son logeur secret. Limite inquiétant par son déni farouche. Cela n'empêchera pas Hugo de faire doucement son trou dans sa nouvelle vie, il trouve un petit boulot, rencontre une chérie, se lie d'amitié avec Michèle, une super libraire. Il rentre chez lui pour dormir, entre Jean et lui c'est le coup de vent.

Un dimanche matin, tout change. Son logeur sort de ses gonds en apercevant Marine, la petite amie du garçon. Il est temps d'avoir une discussion franche, entre quatre yeux. Mais cela dépasse la simple intrusion du sexe féminin dans cet appartement coupé du reste du monde, en fait Hugo va découvrir le passé de Jean.

Ce roman est clairement destiné « à tous ceux pour qui la littérature est cette étrange life-supporting machine, comme disent les Anglais, ce refuge qui permet de rester en vie  ». C'est un Jean-Philippe Blondel grand lecteur qu'on cerne dans ce roman, un amoureux des livres, qui comprend et partage ce que représente la plongée dans un univers de fiction. Savez-vous par exemple qu'un grand lecteur peut souffrir de porosité ? Et je ne parle pas de la frustration sexuelle qui expliquerait pourquoi on adhère à une histoire qu'on nous raconte... C'est ainsi truffé de petites répliques tantôt drôles ou étonnantes, tantôt déconcertantes et ronflantes. C'est à voir.

J'ai curieusement été moins sensible au spleen de l'écrivain raté, celui qui a cru et s'est cassé les dents. Cela devient un peu trop long et étouffant, les piques acerbes étant proprement dégainées pour souligner l'hostilité de celui qui a été oublié. Toutefois on touche davantage à l'ego frustré, et je ne suis pas compatissante. On peut ensuite s'intéresser à la relation complice entre l'étudiant et l'homme bougon. Oui, complice... car ces deux-là vont finir par s'apprécier, et s'apprécient déjà sans se douter. Ils s'agacent, parce qu'ils se reconnaissent l'un dans l'autre. C'est plutôt mignon.

En fait, j'ai clairement deux gros penchants dans ce livre : Michèle, une libraire exceptionnelle, unique, incomparable, et l'importance de la lecture dans la vie. Comme l'écrit le narrateur, c'est « ma dose ». On se comprend... 

Robert Laffont, 2009 - 240 pages - 19€

 

 

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06/09/08

Pourquoi pas le silence - Blanche de Richemont

Paul a quinze ans, c'est un garçon doué, intelligent, qui aime la philosophie et la poésie. Il est beau, avec des boucles blondes, affublé d'un physique athlétique. C'est un adolescent qui se sait exceptionnel et qui cherche à atteindre la perfection, confortée par une famille - à ses yeux - sensationnelle. Paul a tout pour être heureux, mais ce n'est pas le cas. Trop conscient de sa différence, il traîne un spleen rasoir pour son meilleur ami Florent et casse-pieds selon sa soeur, Lou. Tous deux l'encouragent à déclarer sa flamme à Camille, la plus jolie fille de l'école, qui est raide dingue de lui et n'attend qu'un signe de sa part.

Mais le garçon ne veut pas, il ne peut pas. Il refuse la banalité et ne se suffit pas à lui-même. Le combat intérieur que Paul se livre est cruel, très paradoxal, il est tantôt partagé entre le don de sa personne et effrayé par la facilité avec laquelle on tombe dans la généralité. Ses sentiments pour Camille sont ambigus, il est touché par sa beauté, ému par les sensations qu'elle fait naître en lui mais dégoûté par sa propre mascarade.

"On est simple quand on aime. Je ne sais pas aimer. Je prends trop de place en moi. Je ne la quitte pas, mais je suis déjà parti. Elle ne me retient pas, c'est pour ça que je reste."

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Paul est un adolescent compliqué, rempli d'états d'âme. Peut-être. Mais son histoire nous fait plutôt réfléchir sur la délicate fonction que représente l'adolescence, passage obligatoire avant de devenir adulte. Le roman nous demande un peu de considérer ce cap difficile où il faut à la fois appréhender son corps, son rapport avec les autres, son bon vouloir, son désir d'être accepté pour ce qu'on est, son refus de rentrer dans le rang. A quinze ans, on est lâche et on se plie trop facilement à l'attente des autres, on veut de l'amour mais on a du mal à l'exprimer, le contenir. Parfois ça déborde et ce trop-plein nous submerge.

Mais qu'arrive-t-il dans la tête d'un garçon qui, malgré tous ses efforts, n'arrive pas à faire semblant, à être comme les autres et qui se sent continuellement un étranger ? La plume délicate de Blanche de Richemont nous livre cette torture mentale, cet état de désespoir et d'espérance sans cesse en conflit. Au début c'est grinçant, limite agaçant. Ne serait-ce point du caprice qu'on perçoit chez Paul ? Hélas non. Même si le roman n'est pas bien épais (122 pages), il évolue facilement et fait comprendre ce que vit l'adolescent, son mal-être et le drame personnel qu'il s'inflige (son cousin Max, qui avait tout pour lui, est mort à l'âge de 30 ans, au sommet de sa gloire).

Par ce livre, je découvre un auteur - Blanche de Richemont - à travers une histoire sensible et quasi universelle (on a tous eu quinze ans et connu son lot d'atermoiements !). J'ai été profondément touchée, réceptive au désarroi de ce garçon et perturbée par la fin (inéluctable ?). Il s'agit d'un premier roman, je vous le conseille.      

 

 

 

Pourquoi Pas le Silence

Robert Laffont, août 2008 - 122 pages - 14€

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30/08/08

Vie érotique - Delphine de Malherbe

Une femme et un homme se livrent à un jeu de séduction hors du commun. Ils sont voisins d'appartement, ils se font face et se scrutent soir après soir. De la séduction, il en est question. Elle est danseuse, parle avec son corps et frémit lorsqu'il l'invite à la rejoindre. A travers la buée sur la vite, il lui adresse ce message : Toi Vénus, moi Eros.

Dans son atelier sous les toits, l'homme a décidé de la séquestrer. Aucune barberie dans ce geste, en fait il a reconnu en elle cette femme unique capable de l'éveiller à l'amour et lui ôter ses peaux de chagrin. Il lui a confié n'avoir pas été ému par sa danse et pense qu'elle doit briser sa carapace pour s'épanouir. De son côté, elle préférait inventer l'amour plutôt que de le vivre. En se donnant à lui, elle s'offre une deuxième naissance.

Ce très court roman est un éveil à la sensualité, un apprentissage du désir à travers les corps, les mots et les illustrations d'Isild Le Besco. Cette combinaison s'achemine vers une grâce voluptueuse, jamais canaille ou inélégante. On suit l'évolution de cette femme, en un ballet qui devient une performance érotique, pour se conclure vers "la petite mort" (en gros, une danse de la mort comme source de vie). Point de prouesses acrobatiques, beaucoup d'émotion à fleur de peau, de la douceur et un certain raffinement derrière une pointe quelque peu intellectualisée de la notion du désir.      

Vie Erotique

Editions Robert Laffont, août 2008 - 175 pages - 18€

Lire un extrait

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Delphine de Malherbe est écrivain. Après le succès de La femme interdite, Vie érotique est son deuxième roman. Journaliste au Journal du dimanche, elle écrit aussi du théâtre et des chansons. Isild Le Besco est actrice, elle écrit, réalise et produit aussi ses films. Sa peinture et ses dessins ont été exposés pour la première fois en 2007.

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27/05/08

Dix minutes avant l'amour - Christine Kerdellant

Quatrième de couverture

Elles sont trois : il y a Johanna, la trentenaire plus mante que religieuse, Éléonore, la psy quinquagénaire qui a appris à parler la langue dis hommes, et, entre les deux, conseillée par ses copines, Ingrid, une photographe romantique sur le point de vivre une passion, et de trouver, peut-être, derrière l'aventure, la révélation d'elle-même - de quoi commencer à vivre enfin. Trois femmes qui se ressemblent et se nuancent, se disputent et s'amusent : c'est qu'elles cherchent toutes l'amour avec un grand A. Mais sont-elles d'accord sur sa définition ? Faut-il croire que les hommes aiment ce qu'ils désirent, alors que les femmes désirent ce qu'elles aiment ? Et surtout, l'amant idéal peut-il encore être célibataire ? Cette question, l'héroïne tâchera d'y répondre, de coup de coeur en coup de blues, avec l'espoir sur la ligne d'horizon. Un roman drôle et lucide sur les relations hommes-femmes. Un manuel de survie pour (ré)apprendre à dire Je t'aime.

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Ne boudez pas votre plaisir ! Voici un roman tout à fait sympathique, qu'on lit en deux jours à tout casser et qui sait divertir sans ruiner les neurones, ni donner mal au crâne ! Trois jeunes femmes aiment se retrouver et papotent sur l'amour, les hommes et leurs attentes. Leurs avis divergent, l'une veut consommer et jeter au petit déjeuner, une autre est mariée depuis vingt ans et vilipende les amants d'aujourd'hui qui se flagellent à force de nourrir trop d'illusions pêchées dans les comédies romantiques, façon Titanic. La troisième, notre narratrice, est plus modérée, un peu romantique mais aguerrie par un divorce houleux. Elle a trente-sept ans et une fille en âge d'être lycéenne. Elle rencontre l'homme idéal, c'est le coup de foudre mais il lui avoue être marié.

Faut-il voir dans ce livre un guide sur les nouvelles relations hommes-femmes ? Non, je ne pense pas. Ou chacun son avis. Personnellement je veux encore être bercée par des illusisons dérisoires mais doucereuses. Nos trois nanas sont plutôt redoutables, ne vous retrouvez jamais avec elles dans un restaurant ou à la caisse d'un supermarché, par exemple ! (L'obsession de la diététique de Johanna est crispante !) Dans ce roman, elles s'adonnent à un passe-temps exclusivement féminin : disserter des heures sur une relation, naissante ou attendue. Elles formulent des théories à prendre à la légère -selon moi-, du genre : Sortir avec un Modigliani, rentrer avec un Rodin (je vous laisse cogiter là-dessus !) ou bien : Les hommes aiment ce qu'ils désirent, les femmes désirent ce qu'elles aiment. Cela fait un peu psychologie de magazine féminin, mais je m'en moque car j'ai franchement apprécié cette lecture, que j'ai trouvée agaçante et exagérée, mais délicieuse malgré tout. La fin, particulièrement, a su m'émoustiller car elle a ressaisi mon intérêt qui commençait à flancher. Je n'ai pas trouvé que ce livre était le pendant français de Sex and the City, comme j'ai pu le lire ci ou là - halte aux clichés faciles et/ou vendeurs ! Personnellement, je ne me suis pas retrouvée dans ces trois femmes, mais il y a un point que je ne conteste pas avec elles : le chocolat, lui, ne déçoit jamais ! N'est-ce pas ?

Robert Laffont, 2008 - 353 pages - 20€

 

Extrait : Lorsqu'on tombe sur ce genre de platitude dans un roman, on le referme en vérifiant que personne ne vous a vu l'ouvrir. Et pourtant ! C'est la loi de l'espèce. En état de délire amoureux, l'être humain est sensible aux mots sucrés et enflés comme des barbes à papa. Et pas seulement les femmes, qui s'en cachent moins. Tout le monde aime les signes tangibles d'intérêt de l'autre : le petit papier glissé sous l'oreiller, le coup de fil pour dire "Je suis heureux que tu existes", les baisers interminables et les sourires béats de complicité. Ensuite, c'est selon : certains assument et d'autres pas. Une seule règle : ne pas le dire, ne pas l'écrire et ne surtout pas le lire. Dans les vrais romans, une grande passion se termine par la folie, la mort ou le mariage. Les happy ends, c'est bon pour la chick-lit (les romans à l'eau de rose) ou la littérature américaine (on lui pardonne tout, vu ses tirages). Dans les dîners en ville, mieux vaut porter en étendard le cynisme de Christine Angot ou l'ironie de Besson (Patrick, s'entend). A lire, assurément, c'est plus drôle. Mais à vivre ? Que celle (ou celui) qui n'a jamais vécu sa (ses) phrase(s) sucrée(s) avec délectation me jette sa première lettre d'amour à la tête.

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05/05/08

Mathématique du crime - Guillermo Martinez

mathematique_du_crimeDans la sereine et studieuse Oxford, alors qu'enfle la rumeur de la résolution imminente du plus ardu problème des mathématiques, le théorème de Fermat, un tueur en série adresse à l'éminent logicien Arthur Seldom de mystérieux messages - fragments d'une démonstration écrite en lettres de sang... Aidé du narrateur, un jeune étudiant à peine débarqué de son Argentine natale, Seldom saura-t-il trouver la clé de l'énigme ? Mêlant adroitement la singulière atmosphère des colleges britanniques, les tourments de la passion, les abstractions de Wittgenstein et de Gödel, les mystères des sectes pythagoriciennes et les antiques secrets de la magie, Mathématique du crime, roman policier de construction classique et pourtant hors normes, nous tient en haleine jusqu'à son dénouement, un magistral acte de prestidigitation. (Présentation de l'éditeur)

Cette intrigue policière conviendra à tous les amateurs des schémas classiques, façon Agatha Christie et consorts. Pendant 260 pages, l'histoire excelle à faire planer le doute, sur un tempo indolent. Les effusions de sang et les courses-poursuites infernales sont inenvisageables, de même l'artillerie lourde des experts en ingénierie ultra-branchée est une entité totalement inconnue. Ici, tout se recoupe par les mathématiques, une science exacte et confuse à la fois, car la démonstration déployée par l'auteur dans ce roman en bluffera plus d'un. Ok, c'est un roman policier très classique, pas révolutionnaire dans son genre, toutefois c'est distrayant et ça fait fonctionner les méninges (non, il n'est pas nécessaire d'être mathématicien pour comprendre la trame du livre !). Et puis, le cadre est splendide : Oxford, vu par les yeux d'un jeune argentin brillant et ébloui, qui ne résiste pas aux charmes de l'Angleterre (et des anglaises). Imaginez John Hurt et Elijah Wood dans la peau des figures principales (le roman a été adapté au cinéma), confrontés à des crimes imperceptibles, selon les termes d'Arthur Seldom, qui découvre qu'un élève chercherait à imiter le maître. Vous obtiendrez une belle ambiance feutrée, un zest de dissimulation, de longs discours savants, pas mal de tendresse, d'élégance et des petites touches de mystère pour toujours laisser planer le doute, bref ce roman permet de réconcilier les adeptes de Conan Doyle et ceux d'Henry James.

Traduit de l'espagnol (argentin) par Eduardo Jiménez - 260 pages - 7.90 €

Nil éditions, 2004. Editions Robert Laffont, 2008. Coll. Pavillons poche.

Mathématique du crime vient d'être adapté au cinéma par le réalisateur espagnol Alex de la Iglesia, à qui l'on doit Mes chers voisins, et le délirant Le Crime farpait, avec dans les rôles principaux John Hurt et Elijah Wood. Crimes à Oxford est sorti dans les salles le 26 mars 2008.

29/04/08

La danse des obèses - Sophie Audouin Mamikonian

la_danse_des_obesesUne histoire très yerk, ça vous dit ? Cela se passe à Paris, un premier cadavre est retrouvé, au centre d'une mise en scène sordide mais flippante. Un homme d'une corpulence au-delà de la normale a été la victime d'une extrême barbarie (je vous épargne les détails). Le capitaine Philippe Heart, chargé de l'enquête, tombe des nues. Il s'attendait à mettre la main sur le pédophile fraîchement arrêté et qui s'est fait la malle à l'hôpital. Las, ce n'est pas son homme et l'affaire s'annonce corsée. Quelques jours plus tard, comble de l'horreur, un autre cadavre est découvert et il s'agit une nouvelle fois d'un obèse. Le sang des inspecteurs ne fait qu'un tour : un dangereux maniaque a choisi de faire la peau aux personnes obèses, leur infligeant un supplice écoeurant (les gaver de mets divins, puis les affamer jusqu'à ce que mort s'ensuive). D'après les fichiers de signalement, cinq personnes obèses sont portées disparues. La police sait d'avance qu'une série de crimes commis par un dingue va hanter leurs nuits blanches, faire fonctionner leurs méninges (le type signe ses crimes avec un poème crypté) et qu'il faut mettre fin au début de paranoïa qui frappe les quartiers parisiens (merci la presse d'avoir déballé en gros titre l'existence d'un Obèse Killer !).

Très yerk, je vous le disais ! On pensait Sophie Audouin-Mamikonian auteur reconnue pour la jeunesse grâce à Tara Duncan, on la découvre fascinée par l'horreur et la perversité humaine dans ses moindres détails. Sophie n'aime pas les obèses ?* non. Sophie met en scène un type obsédé par un trauma de l'enfance, qui a choisi de se venger et de s'en prendre à ses cauchemars vivants (les personnes trop grosses). Je n'en dévoile pas trop, le roman s'ouvre déjà sur l'horreur et annonce la couleur : abominable, effrayant et subtilement intelligent. On y croise le supplice d'un enfant, confiné dans un placard, puis, sans lien de cause à effet (dirons-nous), un serial-killer élevé au rang de grand chef cuisinier, fin gourmet. Pour preuve : les titres des chapitres savent mettre en appétit !

Le jour même où il est chargé de l’enquête la plus tordue de sa carrière, le capitaine Philippe Heart tombe amoureux. Apparemment, aucun rapport entre son histoire d’amour naissante et les meurtres atroces qu’il doit élucider. En réalité… Ce détail, donné par l'éditeur, est un excellent appel pour titiller la curiosité. En réalité, le résultat est plutôt mitigé. J'ai trouvé cet aspect sentimental de l'histoire assez gnan-gnan. De même, ce thriller, d'assez bonne facture, se lit agréablement, arrache quelques grimaces de dégoût mais ne laissera pas un souvenir impérissable. L'enquête emprunte très vite des chemins glauques, des embrouillaminis personnels, bref des détails un peu invraisemblables et guère saisissants (pour qui aimerait que ça colle, un peu, avec la réalité !). Il n'en demeure pas moins fort plaisant de découvrir un auteur qualifié dans son registre aux antipodes de son domaine de prédilection ! ... A tenter.

Robert Laffont, 2008 - 308 pages - 20 €

* Pourquoi ce raccourci ? parce qu'elle en parlait déjà ici ...

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02/07/07

Comment j'ai raté mes vacances - Geoff Nicholson

comment_j_ai_rate_mes_vacancesEric vient de fêter ses 45 ans mais éprouve un profond désarroi devant le bilan de son existence. Il est marié à Kathleen, ils ont deux enfants, Max et Sally, cependant jamais il n'a éprouvé autant le sentiment de ne pas comprendre ses proches, d'être étranger à sa propre vie... bref il a besoin de vacances !
Il décide de retourner au camping caravaning Centre de loisirs de Tralee, un lieu de vacances où toute la famille avait gardé de bons souvenirs des années auparavant. Or, d'entrée de jeu, le séjour ne s'annonce pas du tout à la hauteur de leurs espérances. Du moins, en ce qui concerne Eric, narrateur de cette histoire, qui se présente comme un journal quotidien.

Effectivement les vacances au Tralee vont s'avérer catastrophiques, allant de mal en pis. Cela commence par un accident de la route, un type louche qui décide de réparer la voiture et disparaît avec, des voisins de camping bruyants, des vacanciers atypiques, un vieux fasciste ou un jeune bègue frustré et acariâtre. Mais la famille d'Eric aussi se disloque : sa femme est prise d'une frénésie sexuelle sans bornes, sa fille voue une foi religieuse débordante et file avec une troupe des Hell's Angels sans moufter, son fils impénétrable décide de retourner à l'état de nature... bref notre protagoniste est dépassé mais conserve un esprit d'optismisme à vous gravir toutes les montagnes !
Pourtant, la série d'humiliations et de cataclysmes se poursuit. Eric est harcelé par des types qui lui piquent son argent, un commissaire cinglé le menace d'un sabre et s'envoie en l'air avec l'épousée, il se fait berner par un vendeur de billets de loto et abuser par deux jeannettes...
Inutile d'en rajouter, la coupe est pleine !

Au début, avouous-le, l'histoire est profondément désopilante, très drôle et exaltante. C'est son avantage : une cadence soutenue, une avalanche de mésaventures qui déclenchent le sourire et un effet tout à fait divertissant ! Bref, c'est de bon augure. Or, très vite j'ai commencé à me lasser, à réprimer de l'ennui face à ce débordement. A trop grossir le trait, l'histoire devient plutôt ridicule et lourde. Un peu dommage. Mais ce livre se lit d'une traite, pressant l'envie de connaître le fin mot de l'histoire, de lever le rideau sur cette farce qui fait sourire jaune.
Pour le New York Times, il s'agit de la plus drôle des comédies noires !

275 pages - Pavillons poche, coll. Robert Laffont.  Traduit de l'anglais par Bernard Tule.

Publié aussi chez 10-18 en 2000. Porté à l'écran en 2006 par Scott Peak, avec David Carradine et Gina Bellman dans les rôles principaux.

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