21/11/18

Malo de Lange, de Marie-Aude Murail

Première parution en volume unique de cette fabuleuse saga à mi-chemin entre les Mystères de Paris et Charles Dickens.
Roman illustré en trois parties et 56 tableaux.

Malo de LangeUn bambin de deux ans, blond aux yeux bleus, est abandonné à l'hospice et recueilli par deux sœurs qui rêvaient d'une petite fille. Avec son charmant minois et son caractère enjoué, Malo devient vite la coqueluche des demoiselles de Lange.
Chouchouté dans un cocon douillet, il explore aussi le voisinage pour lier connaissance avec la ravissante Léonie de Bonnechose ou apprendre l'arguche avec La Bouillie. 
Mais les ennuis se présentent sous la figure de Riflard, qui prétend être le père de Malo. Bien entendu, ce type n'est qu'un escroc qui va kidnapper le garçon pour servir ses sombres desseins.
En attendant, la question sur les origines de Malo est posée. Que signifie cette fleur de lys tatouée dans son dos ? S'agit-il réellement de la marque des criminels ? Malo perd tous ses repères et décide de ne pas retourner chez les demoiselles de Lange.
À la place, il 
devient un grinche (autrement dit, un voleur) et s'associe avec d'autres jeunes égarés pour trousser les riches. La suite des aventures réserve d'autres surprises, au fil des rencontres et des rebondissements. On va cavaler derrière Malo, partager ses péripéties et assister à des drames, dans une excellente mise en scène qui relance sans cesse la lecture.
Le rythme est vif, les situations souvent inattendues et palpitantes. On rit, on tremble, on erre dans les rues de Paris, ambiance 19ème siècle, avec des yeux écarquillés et le cœur prêt à bondir hors de la cage thoracique. On tourne avec impatience les pages de ce roman-feuilleton amoureusement élaboré et empreint d'humour. C'est vraiment très, très bon. Cela m'a aussi fait grandement plaisir de retrouver ce héros charismatique et de reprendre une bouchée de son histoire étonnante et riche en émotions.
« Moralité, pour être heureux, il faut prendre les choses du bon côté, comme disait saint Laurent sur son gril, juste avant d'être retourné. »

L'école des loisirs (2018) - illustration de couverture par Régis Lejonc

 

 

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04/11/18

Broadway Limited 2. Un shim-sham avec Fred Astaire, de Malika Ferdjoukh

Broadway limited un shim sham avec fred astaireVous ne rêvez pas, il est bien là ! Tout beau, tout frais, tout rose. Voici le tant attendu tome 2 de Broadway Limited. Clameur de joie dans la salle. Prenez place, le spectacle va commencer. Entendez-vous les trépignements dans les coulisses, direction la 78e Rue Ouest, où les locataires de la pension Giboulée s'impatientent et brûlent d'envie de vous raconter leurs dernières aventures...
Prenons vite des nouvelles. De Jocelyn, pour commencer. Notre étudiant français plane toujours sur son petit nuage, heureux et amoureux, pianiste en herbe et amateur de poker, avec pour arme secrète un potage aux asperges qui a fait chavirer la propriétaire au cœur de dragon. Lisez le premier roman, Un dîner avec Cary Grant, vous comprendrez !
À l'étage, les pensionnaires galopent en piaillant, se bousculant devant la porte de la salle de bains, faisant voler les bas, les chapeaux, les robes, les fanfreluches... Toutes se précipitent pour ne pas louper leurs rendez-vous, professionnel ou romantique, l'avenir n'attend pas. Il sonne à la porte, ding dong, et parfois vous embobine d'un sourire carnassier. Prenez garde, douce Charity ! Les sommets de l'Empire State Building donnent le tournis mais collectent aussi les illusions perdues. 
Pour Chic, Manhattan, Page et Hadley, les rencontres vont et viennent. Les cœurs s'emballent, les émotions débordent et le lecteur n'en peut plus de tourner les pages pour connaître la suite. Oh oui, Malika Ferdjoukh est une chipie : sous ses airs frivoles, sa mise en scène se révèle bougrement redoutable. Rien n'est laissé au hasard et la surprise est totale. Combien de fois ai-je été pantoise en apprenant que... ou en découvrant que... Redoutable, oui, redoutable ! Mais c'est tellement bon.
Nos charmantes demoiselles ne font pas que batifoler en brassant de l'air ou en babillant avec insouciance, la réalité à Broadway est plus douce amère. Les petits boulots s'enchaînent, dans une Amérique pleine de défiance et qui chasse ses sorcières en épinglant les artistes avides de liberté. Le théâtre se renouvelle, on se bouscule pour intégrer l'Actors' Studio, Billie Holiday est privée de sa carte de travail, Grace Kelly fait des réclames à la télé, Marlon Brando s'envole pour Hollywood et Fred Astaire enflamme la piste du Stork Club pour un shim-sham enlevé ! C'est tellement éblouissant, tellement... brioche (clin d'œil à Liselot, dévoreuse de livres).
Je pourrais vous dire que cette série est magique, qu'elle vous transporte vers un ailleurs possible et inimaginable, qu'elle est belle aussi, avec ses personnages attachants, son humour, son lyrisme, sa folie et sa tendresse. Mais vous n'en doutiez plus, n'est-ce pas ? :-)

l'école des loisirs (médium +) 2018 - couverture illustrée par Kim Roselier

Broadway Limited, 2. Un Shim-sham avec Fred Astaire, sort le 7 Novembre

 

** Rappel CONCOURS **

Le second tome de Broadway Limited sera disponible mercredi. En attendant on vous propose de revivre le blog tour avec : 
* Une chronique et un concours chez Les lectures de Marinette : http://edl.li/wh 
* Un extrait et un concours, le tout en musique, Chez Clarabel : http://edl.li/wi
* Des infos exclusives sur la couverture grâce à DEEDR - d'Encre et de Rêves : http://edl.li/wj
* Une lecture chez Bob et Jean-Michel : http://edl.li/wk
* Une chronique sur Whoopsy Daisy : http://edl.li/wl
* Une interview de Jocelyn Brouillard sur Un Petit Bout de Bib : http://edl.li/wm
* Des vacances avec Malika Ferdjoukh grâce à La mare aux mots : http://edl.li/wn
* Une visite de New York avec Les mots de la fin : http://edl.li/wo
* Une rencontre avec Malika Ferdjoukh grâce à Adaptation : http://edl.li/wp
... de quoi patienter jusqu'à mercredi ! (et continuez de suivre le hashtag #blogtourbroadwaylimited... d'autres surprises arrivent !)

 

26/10/18

Broadway Limited de Malika Ferdjoukh : Beguin the biguine ♥

On célèbre en musique, et avec quelques extraits, la parution de la suite tant attendue de Broadway Limited : Un shim-sham avec Fred Astaire ♫♪♫♪

JBlogTourBroadwayLongocelyn se mit à les considérer toutes, avec un intérêt sincère.
- Oui ? ... interrogea Page.
- Pauvre Jo, murmura Manhattan. Nous l'affligeons, je crois.
- Pas du tout, protesta-t-il. C'est juste que...
Son regard courut de l'une à l'autre.
- Eh bien... vous avez toutes un air de ressemblance. Un même air qui vous réunit. Un air...
- Affamé ?
- Dégoûté du café ?
- Lassé des rognons ?
Jocelyn sortit de sa poche son petit dictionnaire bilingue, le compulsa.
- Auréolé.
- Auréolé ? On ne me l'avait jamais dite, celle-là.
- Auréolé. Vous êtes toutes si... pleines de flamme ! De conviction !
Lyrique, il fixait l'horizon des coquelicots au pochoir qui marquait la limite entre la tapisserie et le plafond.
- Certains ont foi en Dieu, déclara Chic. Moi je crois au vison rose, aux rivières de diamants, au caviar, à mon nom gravé à l'or sur l'un des quatre centre treize portemanteaux du Stork Club.
- Mon nom à moi sera écrit en un milliard d'ampoules lumineuses sur la façade du New Amsterdam, dit Page. J'accepte cependant le caviar si c'est du caviar d'éléphant.
- Moi, dit Ursula en attaquant son troisième œuf, quand je chanterai I've Got You Under My Skin, je ferai exploser les magnums de champagne et les comptes en banque des producteurs de la White Way.
- Et moi, dit Chic, je raconterai partout que tu es la fille qui a coulé tous les clubs de New York.
Deux petites voix parvinrent de l'escalier. Hadley fit son apparition, un enfant à cheveux pâles bondissant à l'extrémité de son bras.
- Hello les filles ! (Avisant Jocelyn :) Oh, je veux dire hello tout le monde.

extrait : Un dîner avec Cary Grant, chapitre 5. Lullaby of Broadway

 

BlogTourBroadwayRectangle

 

Elle regarda autour d'elle. Il y avait des livres à peu près partout, et posés n'importe où. Sur des étagères, ou pas, alignés, superposés, en pile au sol, derrière Mortimer, sous des blocs de papier sur un bureau, près d'une Underwood noire...
Elle trouva cela profondément décourangeant.
- Vous les avez tous lus ? questionna-t-elle avec une pointe de défi.
- Sauf quatre.
Après un rire silencieux, il fredonna :
- I'm mad about good books, how about you ?
I like potato chips, moonlight motor trips, how about you ? embraya-t-elle du tac au tac.
C'était un succès de Judy Garland qu'elle chantait souvent à neuf ans.
Elle alla ouvrir un volume, à côté de la machine à écrire.
- Et Mortimer ? Vous lui lisez des histoires ?
Il y avait un marque-page à l'intérieur, le tampon d'une bibliothèque.
Le Petite Dorrit. Charles Dickens. Il vend beaucoup de livres, ce type ?
- Ce type est mort. Et, oui, il en a publié un certain nombre. À mon avis pas assez.
Il le lui retira des mains, le ferma, le rouvrit au hasard :
C'était une maison avec des fenêtres lourdes. Bien des années auparavant, elle s'était mis dans la tête de se laisser glisser à terre ; on l'avait étayée et, depuis, elle s'appuyait sur cette demi-douzaine d'énormes béquilles qui, rongées par les saisons, noircies par le charbon et la mauvaise herbe, servaient de gymnase à tous les chats du voisinage. N'est-ce pas une gracieuse façon de croquer une maison ?
Chic opina, mais avec une certaine... incertitude.
Oliver Twist, De Grandes Espérances, David Copperfield... Vraiment, ça ne vous dit rien ?
David Copperfield ! J'ai vu le film avec W.C. Fields. Il devait être riche, ce Dickens, si Hollywood lui achetait toutes ses histoires. En plus, c'est cher, les bouquins.
De manière inattendue, il sourit. Ce fut le plus doux des sourires. Comme s'il chérissait la terre entière tout à coup, avec elle au milieu de cette terre.
- Il existe les bibliothèques pour les prêter.
- Sans doute, fit-elle avec une moue. Sauf qu'on n'a pas le droit d'y ouvrir la bouche. Des endroits déprimants, je trouve. Sans parler des bibliothécaires.
- Qu'est-ce qu'elles ont, les bibliothécaires ?
Il paraissait beaucoup s'amuser soudain, la figure parcourue d'indéchiffrables gentillesses.
- Des lunettes en fer, dit-elle, des chignons gris semblables au toit des vieilles chaumières...
Elle fut littéralement chavirée par son rire qui éclata, clair et franc.
- Vous êtes presque aussi douée que ce bon Mr Charles ! Mrs Chandler n'est pas comme ça, reprit-il. Elle est tout sauf, hum... un vieux toit de chaumière. Elle tient sa bibliothèque comme elle tiendrait une auberge. Chaque livre est un plat à déguster, le lecteur un invité dont elle prend soin et se souvient. Elle a une allure à la Carole Lombard qui vous plairait, j'en suis sûr.
À regret, elle vit le sourire lentement gommé, et remplacé par l'habituelle mélancolie et le silence.
- J'ai faim, dit-elle.
- Il n'y a rien ici. Je comptais redescendre au drugstore.
- Descendons, alors.
Sur la 9e Avenue le printemps commençait à faire son intéressant, baignant la nuit de délicatesses fleuries. Chic glissa le bras sous celui de Whitey. Un peu avant le Walgreens, elle fut attirée par les lumières d'une marquise.
- J'ai envie de champagne. How about you ? Ma théorie est qu'un verre de champagne rend meilleur n'importe quel instant de la vie.

extrait : Un shim-sham avec Fred Astaire, chapitre 20. Love me a little little

 

 

Broadway Limited, 2. Un Shim-sham avec Fred Astaire, sort le 7 novembre

L'École des Loisirs, 2018 - couverture illustrée par Kim Roselier

#blogtourBroadwayLimited

 

 ♫♪♫♪♫♪♫♪♫♪♫♪♫♪ D'autres surprises à venir !  ♫♪♫♪♫♪♫♪♫♪♫♪♫♪

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CONCOURS - Pour remporter 1 exemplaire de Broadway Limited (*), on poste ci-dessous son amour pour Malika Ferdjoukh ! 

Concours ouvert du 25 octobre au 6 novembre 2018 minuit (France & Europe). Une seule participation possible. 

L'école des loisirs ne sera pas responsable en cas de perte par La Poste.

(*) précisez le tome, merci 

 

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16/10/18

Broadway Limited T1 : Un dîner avec Cary Grant, de Malika Ferdjoukh

Broadway Limited Un dîner avec Cary GrantUn dîner avec Cary Grant que vous ne transportez aucune asperge fraîche, là-dedans ? C'est cette petite phrase sibylline qui scelle le destin de Jocelyn Brouillard. Fraîchement débarqué à New York, le jeune français se présente à la pension Giboulée avant de réaliser son erreur : l'adresse accueille exclusivement un public féminin. (Nous sommes en 1948.) Mais les demoiselles Merle font une entorse à leur règlement en débauchant cet étudiant de Penhaligon contre quelques séances de piano et de poker. Jo est aux anges, installé au sous-sol, il est aux premières loges pour assister à la vie trépidante de ses colocataires, toutes plus charmantes les unes que les autres, même si c'est sa voisine qui a toute sa préférence. Dido est vive, intrépide, pourfendeuse des causes désespérées et agitateuse de banderoles. Elle porte des socquettes et un sourire éblouissant, l'apostrophe de sa fenêtre pour lui réclamer une louche et vit seule avec son père. Jo a le cœur percé d'une flèche, mais chut.
La vie au 78e Rue Ouest est riche en courants d'air et pleine de turbulences. On y trouve des abeilles bourdonnantes et butineuses, des chats volages et des domestiques adorables. Présentons, ainsi, Manhattan qui se fait embaucher dans un théâtre pour approcher la star Uli Styner depuis qu'elle a percé sa réelle identité. Chic qui court les castings insolites, avale des soupes à la tomate, tente le shampooing aux œufs roses, rencontre un aspirant comique et une âme chevaleresque, traîne dans des cafés polonais où l'on danse la polka jusqu'au bout de la nuit. Page, la sauterelle aux tresses blondes, qui file en pyjama et qui a l'estomac noué en croisant son critique du Broadway Spot en galante compagnie. Ou Hadley qui a dansé avec Fred Astaire et qui doit aujourd'hui vendre des doughnuts pour subvenir aux besoins de son neveu de trois ans.
En somme, tout n'est pas rose mais tout n'est pas dit non plus. Car il y a des amours cachées et des histoires secrètes, des amants perdus et des amis retrouvés, des étoiles dans les yeux et des têtes en l'air, des chasses aux sorcières et des vaches maigres, du ragtime et du champagne, des carnets de bal et du blizzard à Noël. Tout est magique, féerique. Ça swingue, ça glousse, ça cabriole à la pension Giboulée ! C'est notre refuge, on s'y sent merveilleusement bien, dans la confidence des intrigues qui se dévoilent au fil des pages. Il y a certes beaucoup de monde et on s'y perd un peu... mais l'immersion est progressive. L'ambiance, les décors, les personnages nous chouchoutent si bien qu'on se croirait dans nos pantoufles.
Cela faisait trois longues années que j'attendais une suite à cette série. Enfin ! elle arrive le 7 novembre prochain pour un shim-sham avec Fred Astaire. Ça promet ! Et d'autres surprises sont à prévoir... Restez à l'écoute. :)
 

  • L'École des Loisirs : Paru la première fois en 2015. Puis dans la collection Médium + Poche en Avril 2018 avec une nouvelle couverture illustrée par Kim Roselier

 

Broadway Limited 2018  Image associée

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07/03/18

Le célèbre catalogue Walker & Dawn, de Davide Morosinotto

« Il ne restait qu'une chose à déterminer, la plus importante : qui serait le chef de l'expédition ?
Je ne voulais pas me proposer car c'était on ne peut plus évident : ça ne pouvait pas être Eddie parce qu'il était trop fragile (et puis il avait des lunettes), ni Joju parce que c'était une fille, et je ne parle même pas de Min. Forcément, c'était le plus petit et, par-dessus le marché, il était noir.
Malgré tout, un vrai chef ne doit pas se mettre en avant, il doit être choisi et acclamé par son peuple.
J'ai donc attendu d'être acclamé en songeant déjà à ce que je dirais avant d'accepter, non, non, je ne suis pas à la hauteur, vous êtes trop gentils, des choses dans ce goût-là, la modestie incarnée, quoi.
Au lieu de ça, Eddie a prétendu que c'était à lui d'être le chef car il était un chaman qui savait parler aux alligators ; Joju, elle, pensait que cette mission lui revenait car elle était la plus dégourdie de la bande, et Min lui-même donnait l'impression d'avoir son mot à dire en agitant la montre.
J'ai laissé échapper un soupir. »

le CÉLÈBRE CATALOGUE WALKER et DAWN

Quatre amis vivent et grandissent dans le bayou, se réunissant dans leur refuge secret pour inventer de nouveaux jeux, comme bricoler un nouveau canoé pour pêcher dans les flots boueux. Ce jour d'été 1904, P'Tit Trois, Eddie, Min et Julie trouvent une boîte à conserve rouillée, avec à l'intérieur trois dollars. Sans rien dire à personne, ils décident de passer commande dans le “célèbre catalogue Walker & Dawn” mais sont finalement déçus le jour de la livraison du colis, car celui-ci ne contient pas l'article attendu (un revolver de police) mais une vieille montre cassée. Même si le catalogue garantit les prix les plus bas et une totale satisfaction sous peine de remboursement, les enfants doivent se rendre en personne à Chicago pour obtenir gain de cause. Une perspective peu envisageable pour leurs familles qui triment, qui râlent, qui punissent à coup de ceinture en cuir sur les fesses. Finalement, des événements dramatiques vont précipiter leur décision et pousser la bande des quatre à se sauver par la rivière jusqu'à La Nouvelle-Orléans. Sur place, ils devront encore se débrouiller pour rejoindre la grande ville du Nord, en veillant à ne pas tomber dans les nombreux pièges tendus. 

Tout est absolument épatant dans cette lecture ! On a quatre enfants formidables, généreux, drôles, courageux et attachants, qui prennent tour à tour la parole au cours des quatre parties composant leurs aventures. On apprend ainsi à mieux découvrir les uns et les autres, à cerner leurs secrets, à aimer leurs rêves et leurs envies, à partager leurs émotions. On se sent un peu le cinquième membre du gang et on échangerait notre place pour rien au monde. De plus, malgré une épaisseur consistante, ce gros roman de 425 pages se dévore en un clin d'œil ! La lecture nous transporte dans une Amérique vintage, avec ses bateaux à aube, son jazz coloré, son bayou, ses trains de marchandises avec des wagons en bois, ses grandes villes semées de danger, ses bureaux de presse aux rédactions bourdonnantes, ses chasses au trésor et j'en passe... On n'a qu'à fermer les yeux pour y croire. Nos jeunes héros prennent une part active au dynamisme ambiant, et on plonge le cœur battant dans leurs péripéties, rapportées sur un ton plein d'humour et de suspense.

Faisant également penser à Tom Sawyer, le roman se révèle audacieux, surprenant et plein de ressorts. J'ai aimé fort, fort, fort. C'est même UN GROS COUP DE CŒUR ! ♥

L'école des loisirs, 2018 - traduit de l'italien par Marc Lesage

illustrations de Stefano Moro, Annalisa Ventura et Gabriel Gay

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06/03/18

La longue marche des dindes, de Kathleen Kaar

La longue marche des dindes« C'était un magnifique jour de juin. Les champs de maïs verdissant ondulaient de part et d'autre de la route de l'Ouest. Mes dindes qui se dandinaient au milieu devaient être superbes à voir, avec leur plumage étincelant au soleil. Parole, elles ont filé comme des bolides dès qu'elles ont senti sous leurs pattes un petit avant-goût de liberté. Nous avons bien dû parcourir cinquante kilomètres le premier jour. »

Été 1860. Simon Green, 15 ans, quitte l'école pour trouver du boulot. Le môme est gentil, plein de bonne volonté, mais un peu nigaud. Quand il apprend qu'il y a trop de dindes dans la région du Missouri et qu'une ville comme Denver, en plein essor, serait prête à marchander la volaille cinq fois son prix, il fait vite les comptes et flaire la bonne affaire. Il négocie avec son oncle pour s'acheter un chariot, des mules et mille dindes, reçoit une bourse de son institutrice, embauche un alcoolique repenti, Bidwell Peece. Et s'en va sifflant soufflant sur les pistes de l'Ouest sauvage. En route, l'équipage croise Jabeth Ballou, un esclave en fuite, mais aussi un cirque, où le garçon fera la rencontre de sa vie. Poursuivant toujours plus loin sa longue marche, Simon aura maille à partir avec des bandits de grand chemin, des indiens Potawatomis, des sauterelles, des tuniques bleues et une demoiselle en détresse.

En bref, c'est une épopée vivifiante, racontée sur le ton de l'humour cocasse, mais qui décrit très bien l'ambiance western avec ses espoirs et ses désillusions. L'histoire convoque tous les clichés du genre et plante le décor, sans virer à la mascarade. On partage ainsi avec cette équipe de bras cassés un élan de convivialité, d'optimisme et d'aventure qui fait un bien fou ! Simon et ses associés sont des héros au cœur tendre, tous hyper attachants, même avec leurs casseroles aux pieds. Les voir se découvrir et lier entre eux une réelle connivence donne le sourire et est extrêmement réconfortant. Il se dégage de leurs péripéties une énergie pétulante qu'on avale à grandes goulées.

Une lecture fière de ses 20 ans et au pep's débordant ! ☺ 

L'école des Loisirs, coll. médium poche - traduit par Hélène Misserly (1999)

2018 pour la présente édition - couv. illustrée par Jérémie Moreau

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08/02/18

Sauveur & Fils saison 1, de Marie-Aude Murail

sauveur et fils saison 1

“À quoi je sers?” se demande souvent Sauveur Saint-Yves, psychologue installé à Orléans. Originaire des Antilles, l'homme vit avec son fils de huit ans, Lazare, et reçoit à longueur de journée les doléances d'âmes désœuvrées - une mère désemparée par son fils qui fait pipi au lit, une autre qui ne comprend pas pourquoi sa fille se taillade les bras, une qui perd la tête et oublie son grand garçon de seize ans, une famille au complet qui se déchire et ne peut plus se voir en peinture... Des crises en cascade, des cris, des larmes, des silences, des soupirs. À l'abri dans son couloir, le môme Lazare n'en perd pas une miette et s'effraie d'entendre autant de détresse. Lui aussi en a gros sur le cœur - sa maman décédée trop tôt et dont on ne parle jamais assez. Et tous ces courriers qui s'empilent devant la porte, des menaces de mort qui font dresser les cheveux sur la tête... Chacun s'enferme dans ses non-dits et le temps s'écoule mollement. Le gamin découvre l'hostilité suscitée par la couleur de la peau, être ou ne pas raciste, rien que d'y penser c'est déjà un signe ? Louise, la maman de Paul, s'interroge beaucoup sur le meilleur ami de son fils et perd tous ses moyens face à Sauveur, 1,90 m pour 80 kg de muscles.

C'est tout ça que raconte Marie-Aude Murail, en mieux, en humour et en tendresse. Car c'est un roman qu'on croque avec gourmandise et dont on savoure chaque bouchée en mâchant religieusement. Tout est brodé avec délicatesse - les personnages, les dialogues, les errances et les éclats. Jusqu'à l'escapade finale sur les terres de l'enfance, avec ses couleurs, ses chants et sa tribu turbulente. J'ai infiniment aimé ce petit pan de vie aux côtés d'un papa au physique de colosse, qui continue d'apprendre son rôle et le sens du monde, tout en assurant auprès d'un fils curieux, intelligent et sensible. Autour d'eux, gravitent des petits électrons libres qu'on attache ou détache au gré de nos envies. Parfois, les sujets sont lourds et les enclumes tombent lâchement dans les estomacs... Mais l'ambiance générale se veut positive et penche volontiers vers la résilience et l'espoir. Cela remue de douces sensations, n'hésitez pas ! En plus, il y a quatre saisons du même acabit. C'est du bonheur en tranches...  à partager sans retenue. Moi j'y retourne de suite. ♥☺

L'école des loisirs, 2016

Photographie de couverture ♥ que j'adore ♥ : Megan Van der Elst

 

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15/01/18

Calpurnia et Travis, de Jacqueline Kelly

Calpurnia et TravisTrois ans après une première et enthousiasmante rencontre cf. #1, nous retrouvons notre jeune naturaliste, Calpurnia Tate, dans sa petite ville de Fentress, en pleine campagne texane. Nous sommes en 1900, Calpurnia a bientôt treize ans et connaît déjà la frustration de grandir dans un monde où le masculin l'emporte hélas sur le féminin. Seule fille parmi six frères, Calpurnia est obligée à des leçons de piano, de tricot, de couture et à une bienséance exemplaire. Ses parents envisagent pour elle un beau mariage, alors que la jeune fille brûle d'envie de faire des études. Elle possède déjà une excellente disposition en biologie, grâce à son grand-père qui a toujours encouragé sa curiosité et son sens de l'observation. Depuis toujours, Calpurnia aime les sciences et la nature, explore le monde qui l'entoure, mène ses propres expériences et n'envisage pas l'avenir autrement. Elle s'entend beaucoup avec son jeune frère Travis, qui veut sauver toutes les créatures en détresse mais qu'il faut souvent héberger, nourrir ou soigner en cachette... défilent ainsi Armand le tatou, Bandit le raton-laveur et Scruffy le chien coyote. L'arrivée en ville d'un vétérinaire va être pour eux une formidable aubaine. En effet, suite au terrible ouragan qui a balayé Galveston, leur cousine Aggie est hébergée chez les Tate et a fait tout le voyage avec sa grosse valise et sa précieuse Underwood, dans un silence mutique, assise à côté du Docteur Pritzker. Sans le savoir, le quotidien de Calpurnia va être chamboulé par ces rencontres et par des découvertes et des révélations proches du “choc émotionnel”, comme elle dit.

Déjà trois ans que j'avais lu le roman de Jacqueline Kelly et éprouvé une vraie fascination pour son héroïne, d'où ma joie de la retrouver avec la sensation de l'avoir quittée la veille ! J'ai franchement adoré partager 360 nouvelles pages de la vie de Calpurnia ! C'est divin. La demoiselle nous raconte son monde, avec ses anecdotes bucoliques et son analyse empirique, aussi bien concernant sa famille, son éducation et ses espoirs. Tout est frais, charmant et suranné. L'approche historique est pertinente. Le XXe siècle vient de s'ouvrir, les premiers gisements de pétrole sont annoncés, la révolution industrielle est en route. Le monde de Calpurnia pourrait ainsi grandement changer, car pour l'heure on soulève encore le poids de l'injustice liée à son sexe (pour preuve, la pièce d'or reçue à son anniversaire). On vit et on ressent pleinement les joies et les peines de notre héroïne aux désirs tristement bafoués et à l'insatisfaction grossissante. Heureusement, la demoiselle a l'esprit vif et facétieux, elle ne se laisse pas abattre facilement. La lecture de cette chronique familiale est donc tout à fait exquise - j'ignore encore si l'auteur va poursuivre sa série, ce que je souhaite grandement, car je me demande jusqu'où Calpurnia sera en mesure de suivre son ambition - faire des études, placer son épargne, enrichir ses collections et bouquiner tous les ouvrages possibles. À très vite, j'espère ! ☺

Traduit de l'anglais (USA) par Dominique Kugler.
Illustration de couverture de Beth White

L'école des loisirs, 2017

Existe aussi une série pour les plus jeunes : Calpurnia, apprentie vétérinaire. Une lecture agréable, mais nettement moins riche que les deux romans.

 

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08/11/17

Les fondus de l'Arctique, par Erwan Seznec

LES FONDUS DE L’ARCTIQUE

Voilà où ça peut mener de manger des poissons panés ! Antoine Delamoute vient de gagner un concours organisé par la société Celsius, qui a choisi d'emmener quatre collégiens sur leur navire scientifique pour une expédition jusqu'au Groenland. Julien, Joris et Marie sont les trois autres petits veinards à embarquer avec leur valise, leur slip chauffant et leurs moufles pour une aventure ô combien déjantée.
J'avoue, c'est très, très drôle à lire. Il ne se passe pas une page sans un élément désopilant, une réplique qui fait  mouche, un détail qui coince, un événement inattendu. On n'en perd pas une miette et c'est vraiment trop bon ! Car tout va rapidement de travers, à bord de La Suspicieuse, comme de démasquer un intrus parmi nos jeunes lauréats, puis d'apprendre que le capitaine est héminégligent, sans oublier le syndrome islandais qui frappe nos petits camarades, ou la crise de nerfs du patron des panés devant les caméras de la télévision, et que dire de la concurrence déloyale où tous les coups fourrés semblent permis !
L'histoire est complètement dingue et saugrenue, mais c'est de l'humour bon enfant et opportun. On trouve aussi des petits clins d'œil sympas, comme les noms des personnages (Roger Rouscaille ou Ernest Shackleton) et des illustrations adorables venues mettre leur grain de sel pour agrémenter de loufoquerie les 135 pages du roman. 
Une excellente découverte et une lecture distrayante au possible. À partager autour de soi. ♥☺

Neuf de l'école des loisirs, 2017

Illustrations de Vincent Bourgeau

 

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18/10/17

Le Club de la Pluie contre Satin-Noir, de Malika Ferdjoukh

LE CLUB DE LA PLUIE CONTRE SATIN-NOIRÉbullition dans les dortoirs du Pensionnat des Pierres-Noires. La classe de Mme Archer est conviée à assister au Festival du livre pour y rencontrer des auteurs de best-sellers. Chacun y va avec ses motivations personnelles, Nadget doit décrocher pour son petit frère la dédicace d'un auteur farouche, Ambroise masquer la présence de son chien et Rose participer à la conférence de Jerry Austen, un gentleman cambrioleur désormais reconverti en auteur de polars. Et bim, les événements se précipitent dans les coulisses du festival - un tableau est volé, une bague a disparu, un exemplaire de Flaubert envolé. Ces menus larcins portent tous la signature de Satin-Noir. De quoi émoustiller la fibre détective de notre Club de la Pluie !

C'est savoureux, c'est frais, c'est drôle. Ça virevolte avec insouciance dans les couloirs du luxueux hôtel Le Grand Pavois, non loin de la place Chateaubriand. On y croise une galerie de personnages pittoresques, dans le cadre d'un festival littéraire authentique et farfelu. Et Saint-Malo bourdonne, en toile de fond superbe et imperturbable. Cet épisode est une réussite, encore une fois. Le Club de la Pluie est une série fabuleuse et délicieusement extravagante, elle est riche en acrobaties verbales et fredonne un petit air musical enchanteur, qui ne peuvent que toucher le lecteur. Son intrigue aussi est électrisante, masquant à peine ses sources d'inspiration, comme Arsène Lupin de M. Leblanc. Un gros coup de cœur. Dès 9-12 ans.

Neuf de l'école des loisirs, 2016

Illustrations de Cati Baur♥

Posté par clarabel76 à 10:00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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