09/09/16

Le Massacre des faux-bourdons, d'Élisa Vix

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Un apiculteur amateur vient de trouver la mort chez lui, la tête flanquée d'une ruche. Cet homme venait de s'installer à Soissons pour y mener une retraite paisible. Qui diable aurait pu lui faire la peau ? Le lieutenant Thierry Sauvage est perplexe et décide avec sa collègue Joana d'interroger le patron du syndicat d'apiculture pour cerner la personnalité de la victime. Deux frères agriculteurs sont rapidement désignés comme des suspects potentiels, eux dont les pratiques abusives de pesticides ont mis leurs voisins apiculteurs en colère. Néanmoins, la piste est trop facile, trop fraîche, trop mielleuse. Bientôt un nouvel éleveur d'abeilles est retrouvé assassiné. L'existence possible d'un serial-killer en pleine campagne picarde met inévitablement la police en alerte, ce qui n'empêche nullement notre lieutenant Sauvage de dormir sur ses deux oreilles. Flic macho et flagorneur, notre homme traîne une réputation de dilettante qui agace son supérieur et ses collègues. Seule l'intrépide Joana réussit à composer la bonne posture en sa compagnie. La jeune femme est une fonceuse, qui ne doute de rien, surtout pas de ses fiançailles précipitées ni de son prochain mariage avec le séduisant Ben. Sauvage, lui, a une vie sentimentale compliquée : divorcé, il se bat continuellement avec son ex pour la garde de leur fils. Il a depuis rencontré Valérie, une jolie coiffeuse sexy, avec laquelle il a eu des jumelles qui n'ont que quelques mois, mais il refuse de partager leur quotidien. Thierry Sauvage n'est ni papa poule ni romantique. C'est un homme égoïste, qui sait se rendre détestable, mais dont on apprécie malgré tout l'instinct de survie, les déductions fulgurantes et le mauvais caractère à leur juste valeur. Cela change d'avoir un personnage de flic pas franchement zélé et antipathique, qui ne traite pourtant pas ses enquêtes à la légère. D'ailleurs, l'intrigue criminelle nous mène savamment en bateau. C'est fin, bien écrit, trituré au scalpel. Une lecture proprement captivante, avec de sacrés personnages qu'il me tarde de retrouver dans d'autres aventures (Rosa mortalis, La Baba-Yaga et Bad dog).

Rouergue Noir / Mars 2015

 

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14/08/09

Bonheur fantôme ~ Anne Percin

Rouergue, coll. La brune, 2009 - 220 pages - 16,50€

bonheur_fantomeC'est une phrase empruntée à Thoreau, dans Walden, qui dit ceci : Si un homme ne s'accorde pas avec ses semblables, c'est peut-être qu'il entend le son d'un autre tambour. Pierre, le narrateur, n'a pas trente ans et a tout quitté. Paris, son job, son amour. Il s'est enterré dans la Sarthe, a acheté une petite maison et s'est improvisé brocanteur. Il a créé autour de lui « un rempart fait de ruines, avec fortifications littéraires, fondations enfantines, tour de guet philosophique, meurtrières ironiques ». Il écrit également une biographie sur Rosa Bonheur, une peintre française, dont la vie a été éclaboussée de frasques amoureuses et de conduites excentriques.
Tout cela sent la planque à plein nez, et ça ne manque pas, on comprend très vite que l'homme fuit un passé obsédant. On saisit quelques bribes, le frère disparu, alors qu'il n'était qu'un enfant, et aussi l'amant perdu, échappé, égaré... Cette histoire avec R. n'est d'ailleurs pas finie. Elle prend même l'aspect d'une chanson répétitive, une rengaine qui va et qui vient, qui raconte l'histoire d'un amour, avec la rencontre, les bons moments, les passages euphoriques et les instants dégrisants, les coups bas, la lâcheté et la cassure.
Ce n'est pas non plus un hasard si la sérénade de Mouloudji, Fantôme de bonheur, est martelée pour faire comprendre la détresse de Pierre, son chagrin, en plus du reste.
Car c'est lui qui est parti, de son plein gré. Et R. n'est pas facile à oublier, c'est un personnage admirable, très beau, avec beaucoup de charme et de mystère. Si ce n'est pas de l'amour dans ce tas de cendres, dites-moi, ça y ressemble très fort !
« Aimer, c'est sentir vivre en soi quelqu'un qui n'est pas soi. Et si je n'étais parti que pour savoir cela ? (...) La certitude que j'ai d'aimer est le seul bien qui me semble immortel. »

En fait, le roman parle d'une reconstruction, pure et simple : Pierre est un jeune homme brisé, traumatisé par la mort de son frère à l'âge de dix ans, trop inquiet sur son avenir et sur ses sentiments, sa peur de s'attacher et d'afficher ses sentiments. Du moins, c'est l'impression qu'il me donne. J'ai trouvé son parcours long et compliqué, son introspection douloureuse. On y trouve, pêle-mêle, « une imagination délirante, un sentimentalisme exacerbé, une sensibilité maladive, le pressentiment d'une destinée d'exception et, à l'égard du frère disparu, un mélange oppressant de culpabilité et de rancune ». Pas étonnant qu'il se sente si proche d'Adèle, la fille de Victor Hugo.

J'ai aimé le roman d'une façon toute particulière et très égoïste, en fait. J'ai notamment apprécié le côté enfermé dans le dix-neuvième siècle du narrateur, comme il se décrit lui-même. Comment il parle des objets anciens, le goût du passé, l'odeur des vieux livres, les photographies, la musique, tout ça et j'en passe. J'ai été moins sensible au monsieur qui fuit ses racines et devient ermite, même si cela se révèle nécessaire pour fouiller son passé d'écorché.

Par-dessus tout, j'ai été absolument séduite par la figure de R. Limite intouchable et irréelle. C'est sans doute le principal fantôme qui hante les pages du livre. R. nous apparaît par petites doses, mais quelle présence ! On en oublie la morosité de la Sarthe, les petites campagnes tristes à pleurer, la vie recluse de Pierre, son ascétisme. Ses cauchemars, ses trouilles, aux oubliettes. Car finalement ce roman nous parle, et ce depuis le début, d'une grande et très belle histoire d'amour, avec une déclaration sublime pour solde de tout compte.

Anne Percin commet avec Bonheur fantôme son premier roman hors de son champ habituel qu'est l'écriture pour la jeunesse, cf. L'âge d'ange, que j'avais beaucoup aimé.

A noter aussi que la vie littéraire du narrateur de Bonheur fantôme a commencé en 2006 avec le roman Point de côté (éditions Thierry Magnier). 

 

lire le 1er chapitre sur le site de L'Humanité

pour écouter la chanson de Mouloudji :

 

* La citation de H.D. Thoreau, en version originale : If a man does not keep pace with his companions, perhaps it is because he hears the beat of a different drummer. (Walden)

 

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31/05/09

A l'angle du renard ~ Fabienne Juhel

A_langle_du_renardJ'ai été soufflée par ce roman, parce qu'il a su me plaire et en même temps me déranger. La narration à la première personne donne un aperçu immédiat de la personnalité d'Arsène Le Rigoleur, qui porte décidément mal son nom, car c'est le genre à ne pas apprécier qu'on se foute du monde. C'est difficile au début de le cerner, on suit son manège, il scrute la famille d'en face qui vient d'emménager, il sympathise avec la petite fille de cinq ans, malgré la franche méfiance de la mère, le ballet des tractations peut commencer, et pourquoi vient-elle, et qu'est-ce que vous pouvez cacher, à quarante ans, seul dans votre ferme... Arsène ne lâche rien, il apprécie la compagnie de la fillette mais il est davantage fasciné par son grand frère, un rouquin, de trois ans son aîné, du style sauvage et fouineur, prêt à faire le mal pour attirer l'attention. Un drôle de jeu commence, avec en toile de fond les souvenirs familiaux, qui vont et viennent comme des vagues. On sent le secret, on se questionne sur ce François qui revient dans la bouche du narrateur, on découvre chez Arsène une violence, deux mains solides qui ne tremblent jamais au moment de rendre justice, c'est intense, étonnant, bizarrement envoûtant. Il est bon d'arriver au bout du récit, de trouver la sortie et de respirer un bon coup. Car l'atmosphère s'alourdit au fil des pages, les propos d'Arsène sont enfermés dans un kaléidoscope d'émotions, de sensations, de couleurs et d'odeurs. Son parler est campagnard, rude et revêche, mais le propos reflète la bestialité. La dramatisation enfle. Et puis que sont les renards ? que font-ils ? pourquoi viennent-ils sans craindre l'homme ? Ce sont autant de détails curieux et inouïs qui se produisent, ou alimentent cette intrigue pas banale, malcommode, qui peut plaire ou déplaire, mais ne peut laisser indifférent.

la brune / au rouergue, 2009 - 235 pages - 17€

extrait :

C'est que des mots, j'en ai plein ma mémoire. Comme des cailloux dans une carrière. Parce que quand on est môme, on apprend à se taire et à écouter. Et à ronger son frein.

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d'autres avis :::  Papillon , Sylire, Cathulu et Katell (toutes séduites) / Lily (également pressée d'en finir)

Fabienne Juhel est également l'auteur de Les bois dormants (rouergue, 2007) et La verticale de la lune (Zulma, 2005)

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27/01/09

Enfants perdus - Arnaud Rykner

 

41yF3IwkR_2BL__SS500_« C'est une maison de bord de mer, d'un autre temps, qu'on n'ouvre que le temps des vacances. C'est une maison comme beaucoup d'autres maisons, un peu plus grande peut-être. Une maison pleine d'histoires. Une maison pour les enfants. »

C'est l'été. Un homme et une femme accueillent des enfants dans une grande maison près de la mer. Ils sont jeunes, turbulents, bruyants. L'un d'eux, le premier arrivé, se sent différent et se place d'office en observateur. Il regarde la mer, il reste des heures perché dans l'arbre, il écoute, il réfléchit. Peu à peu on découvre que c'est un garçon qui contient une grande colère, qui retient une violence. Il s'esclaffe contre l'innocence de l'enfance, « cette chose idiote, monstrueuse », il ricane car lui voudrait « des cris qui n'ont rien d'innocent, des cris de rage, de haine, des cris de désir pas assouvi ».

Ce roman est faux, il paraît calme et tranquille, il ne l'est pas. Il raconte des jeux d'enfants, l'été, la plage. C'est un leurre. On pressent un drame, ou quelque chose s'y approchant. C'est trop paisible, ronronnant. On n'y adhère pas une seconde. La pression couve sous le capot, et ça menace d'exploser. Et effectivement, ça pète.
L'été va se terminer plus tôt cette année-là.

Rouergue, coll. la brune, 2009 - 92 pages - 10€

 

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27/08/08

La tête en friche - Marie Sabine Roger

 

Germain, quarante-cinq ans, "cent dix kilos de muscles et pas un poil de graisse, un mètre quatre-vingt-neuf sous la toise, le reste à l'avenant", est inculte et analphabète, pas très futé mais pas débile pour autant. Toute son enfance, il a manqué de signes démonstratifs d'affection. A l'école, le maître le traitait comme un abruti et prenait plaisir à l'humilier. Très tôt, donc, il a renoncé aux études, à l'amour. Il exerce des petits boulots, est très habile de ses mains et aime tailler le bois avec son Opinel. Après une cohabitation difficile avec sa mère, Germain a choisi de vivre dans une caravane... au fond du jardin où il cultive ses légumes.

Un jour, dans le parc, il fait la rencontre de Margueritte, une petite vieille qui passe son temps à compter les pigeons. Ce détail les touche ; débute alors un timide rapprochement. Presque tous les jours, ils se retrouvent sur le même banc et discutent du bout de gras. De suite, Margueritte lui apparaît épatante, érudite, pleine d'éducation mais qui n'en étale pas. Elle est douce, l'écoute et commence à lui apporter des livres. Germain n'ose pas lui avouer qu'il n'aime pas ça (parce qu'il ne sait pas), par contre il prend plaisir à l'écouter lui faire la lecture à voix haute. Et de fil en aiguille, il imprime et se passionne, en redemande.

Depuis sa rencontre avec Margueritte, les choses ont bougé dans la vie de Germain. Il réfléchit beaucoup, il pense à sa mère, à ses potes de boisson, à sa petite copine Annette, à son père qu'il n'a jamais connu et à son manque de culture. Ce n'est pas qu'il se sent bête, mais floué de n'avoir pas reçu le décodage. Les heures passées à écouter Margueritte lui apprennent la puissance des mots, la liberté que cela offre et toutes les ouvertures possibles.

Sur ce constat, où jamais ne reflète la moindre pointe d'amertume, le roman devient un domaine de connaissances qui prouve qu'on a toujours besoin de labourer son champ de savoir. Le narrateur est un brave type qui n'a pas inventé l'eau chaude, on ne sent aucune pointe de misérabilisme derrière son histoire. Au contraire. Son franc-parler donne du peps au récit, c'est aussi assez drôle, avec des réparties pas mal balancées.

Et puis, je ne sais pas si on peut nommer "amitié" ce qui se tisse entre Germain et Margueritte, peut-être une adoption est-elle en cours, après un lent apprentissage. Mais c'est très joli, plein de tendresse et absolument extraordinaire. Cette histoire rappelle aussi la magie des livres et de la lecture - rien que ça, cela ne vous donne pas envie ?

La tête en friche

Editions du Rouergue, août 2008 - 237 pages - 16,50€

Marie-Sabine Roger est un auteur très connu pour la jeunesse. Ce titre est le premier pour "adultes", mais il peut également être lu par l'étiquette "adolescents - jeunes adultes".

 

 

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02/03/08

Peines perdues - Emmanuelle Peslerbe

peines_perduesUn homme atteint de la maladie d'Alzheimer est retrouvé mort chez lui. C'est sa fille Ghislaine qui découvre le corps. Le commissaire Jean Brisson conclue à un assassinat et met le doigt sur l'appartement fermé à double tour. La liste des suspects se réduit, et très vite il porte son intérêt sur les deux soeurs Boudard. Trop d'amnésie, trop d'ambiguité dans les emplois du temps, trop de propreté sur les lieux du crime... Le commissaire Brisson a décidé de serrer la vis, mais comment faire craquer ces deux carpes complètement muettes ?
Après une entrée en matière très conforme au genre du polar, l'ambiance qui était judicieusement sombre et oppressante finit par tomber dans le glauque. Et ça s'enfonce un peu plus, vers une issue complètement prévisible. Bien dommage d'avoir lâché la bride en cours de route ! Ce roman s'annonçait assez intriguant.

Editions du Rouergue, coll. La Brune - 116 pages. 12 €

Du même auteur : Un bras dedans, un bras dehors

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