15/02/14

Loup un jour, de Céline Claire & Clémence Pollet

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Prenez tous les personnages des contes traditionnels : les trois petits cochons, Pierre le menteur, la chèvre, les poules, le meunier, le Petit Chaperon rouge... Tous ont un jour croisé le chemin du loup et ont craint le pire. Bizarrement, cette fois-ci, le loup n'a fait que passer pour emprunter à l'un et l'autre soit une brassée de paille, une tablette de chocolat, quelques branches, un peu de lait, des oeufs, de la farine, un petit pot de beurre ou une marmite. Voilà qui sort de l'ordinaire ! Le loup se serait racheté une conduite ?

Cela se pourrait bien, car il a cuisiné un délicieux gâteau au chocolat dont le parfum embaume toute la forêt. Hmm, miam, cela sent bon ! Un loup aussi gourmet mérite bien qu'on lui rende une petite visite de courtoisie, après tout il a montré patte blanche, il est temps de fumer le calumet de la paix autour d'un bon dessert.

Oui, oui, mais voilà... Ce texte est absolument drôle, jouissif, cocasse et surprenant ! La chute libre surprendra les plus jeunes et enchantera les plus grands. Car cet album est une petite pépite à l'humour corrosif, qui surfe sur tous les clichés en les exploitant à sa sauce. C'est aussi une interprétation brillante et remarquable des contes traditionnels revus au goût du jour ! Je recommande.

Rouergue jeunesse, février 2014

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07/11/13

❀ Aile d'ange, par Ingelin Røssland ❀

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Que de réjouissances à découvrir ce roman, qui se passe sur une île en Norvège, avec pour héroïne une jeune fille délurée, bornée, intelligente et intrépide ! Engel n'a certes pas sa langue dans sa poche et aime fureter partout. Elle vient de décrocher en job d'été le poste de journaliste à la gazette locale. Elle rêve de sujets brûlants, comme cette affaire de bungalows, masqués en hangars à bateaux, construits sur une zone littorale protégée, face à une réserve naturelle. Son rédacteur en chef l'oblige à freiner des deux pieds, ce qui a le don d'agacer la jeune fille, encore plus déterminée à aller au bout de son enquête, même si les difficultés s'accumulent.

Très vite, elle se heurte aux notables du patelin, se casse les dents face aux trop nombreuses difficultés, se prend la tête avec le jeune flic beau gosse, qui ne la lâche pas d'une semelle (et vient parfois à sa rescousse sans qu'elle lève le petit doigt). Bien entendu, derrière cette carapace de jeune fille têtue et coriace, Engel cache aussi sa détresse et sa solitude. Elle vit chez sa grand-mère depuis la mort de sa mère, son père travaille à l'étranger et lui demande de le rejoindre, mais la jeune fille refuse. Elle n'est pas encore prête à se livrer, à tout confier ... Et ça tombe bien, puisqu'il s'agit du tout premier tome d'une série de trois livres !

Tant mieux, tant mieux, car il y a encore de bonnes choses à tirer de cette découverte ! D'abord, Engel et ses enquêtes infernales, son attitude échevelée, son bagou considérable, ses relations avec ses proches, et plus particulièrement la complicité naissante avec le jeune flic ! C'est charmant, très attachant, absolument dépaysant. Mais il y a aussi toute la partie autour de la trame journalistique, sa quête de la vérité va la conduire sur des sentiers chaotiques et dangereux, révélant la face sombre du récit. C'est assez glauque et déboussolant, mais ça n'en enlève en rien l'excellente appréciation que m'a laissé ce roman ! Vivement le prochain.

Rouergue, coll. doAdo noir, octobre 2013 - traduit par Jean-Baptiste Coursaud

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31/10/13

Mon frère est une sorcière d'Arnaud Tiercelin

« Viviane, c'est un prénom qui n'existe plus, je ne connais personne qui s'appelle comme ça. Viviane, on dirait une espèce de serpent. Viviane, ça ressemble à ovipare et jusqu'à preuve du contraire, les serpents sont des ovipares, non ? Je le sais, on a appris toute une leçon avec le maître.
Vraiment, Viviane, c'est un prénom qui ne me dit rien de bon. »

Ah, ah... ma belle-mère s'appelle Viviane ! ;o)

Mon frère est une sorcière

Sinon, il vous faut découvrir ce petit roman qui est absolument drôle. C'est l'histoire d'un garçon de 10 ans, qui stresse comme un malade parce que son maître part une semaine en formation et qu'il sera remplacé pour une nouvelle maîtresse. La fameuse Viviane. En plus, celle-ci est très belle, avec ses longs cheveux noirs, elle a un humour particulier, elle est sèche, sévère et coquine à la fois. Arnaud, lui, est mortifié.

Ajoutez que son grand frère lui donne des conseils bidons et lui met en tête que sa maîtresse porte le prénom d'une sorcière. Il lui file des tas de tuyaux pour la démasquer, comme porter du rose en classe pour que ça lui pique aux yeux (loupé, bien entendu !). Notre jeune héros est complètement paumé, mais sur un tout autre sujet, un sujet ô combien doucereux. Oui, oui, il s'agit d'amour. Pas manquer, son grand frère lui sort encore sa science : 

« – Bon, en fait, y a trois signes quand tu es amoureux : 
1. Quand la fille est là, t’as mal au ventre. 
2. Quand elle est pas là, t’as encore plus mal au ventre. 
3. Quand t’es près d’elle, tu parles de la météo, sans savoir pourquoi, juste pour pas qu’il y ait de silence.

(...)

Je n’ai pas mal au ventre, enfin, ça pique juste un peu et je n’ai pas d’amoureuse. Mais il me fait peur avec ses signes. J’ai dit Lucie parce qu’elle est toujours collée à moi. Et elle veut toujours être à côté de moi dans le rang et me demande toujours si je l’aime. 
Mais ce n’est plus mon amoureuse. 
Bon, il y a eu le voyage en Dordogne mais notre histoire n’a duré que sept heures vingt-deux minutes et trois secondes. 
Ça compte comme histoire d’amour, ça ? » 

Cela vous donne une idée globale de ce que vous réserve cette petite lecture ! Ce sont 100 pages de bonne rigolade, d'imagination débordante, de relation entre frères complètement délirante, de trouille pas bien méchante et de personnages très attachants ! Que de chouettes trouvailles et de sympathiques anecdotes au programme, vraiment ça mérite bien un petit coup d'oeil. 

Mon frère est une sorcière d'Arnaud Tiercelin (Rouergue jeunesse, coll. Dacodac, octobre 2013 - ill. de couverture : Anouk Ricard)

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17/09/13

Chouette (chienne) de vie ! de Christian Voltz

Et le bonheur final, nom d'un chien !

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 C'est l'histoire d'un personnage “simple” qui a une vie toute “simple”... enfin presque... car la vie n'est pas toujours rose, qu'on se le dise !

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Métro, boulot, dodo. Non, vraiment, la vie n'est pas rose.

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Au boulot, il ne supporte plus les vociférations de son chef. Alors, il claque la porte.

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C'est comme ça qu'il croise sur sa route un pauvre chien paumé ... qui va donner un sens nouveau à sa vie.

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Comme toujours, Christian Voltz s'amuse avec les images bricolées d'objets récupérés. Quant au texte, c'est purement jubilatoire ! Tout est écrit avec des expressions imagées de noms d'animaux (tête de mule, sac à puces, chienne de vie, gai comme un pinson...). C'est le festival des inventions et des chouettes trouvailles. Ce titre est une franche réussite !

Chouette (chienne) de vie ! de Christian Voltz (Rouergue jeunesse, septembre 2013)

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09/09/13

Pyjamarama de Michaël Leblond et Frédérique Bertrand

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Le pyjama à rayures est idéal pour réveiller une très ancienne technique de l'animation : l'ombro-cinéma. Passées la couverture et les premières pages, un enfant s'endort ; le livre bascule aussi... dans une odeur de pop-corn. Du tintamarre, de la musique, des éclats, cette fois c'est la fête... Autos-tamponneuses, grandes roues, cascade, casse-pipe, toutes les grandes attractions sont réunies ici dans un spectaculaire LUNAPARC.

Deuxième ouvrage de la série « pyjamarama » dont le premier volume nous faisait visiter New-York.

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Un enfant rejoint son lit et s'aventure cette fois-ci dans son corps : les lumières scintillent sous les paupières, à l'intérieur de sa tête il perçoit des fourmillements. Il imagine des circulations, la pompe de son coeur, écoute sa respiration : la mécanique est merveilleuse ! Après New York ou Lunaparc, le corps est franchement la plus belle des attractions. Quand les rouages se grippent, c'est le frisson, la chaleur et notre petit héros franchit la grille de son pyjama, son corps lui échappe : le rêve devient fiévreux !

Sur le plan vertical, l'histoire est illustrée par Frédérique Bertrand qui répond aux images horizontales de Michaël Leblond : des graphismes qui s'animent avec magie au simple passage d'un rhodoïd rayé.

Cette collection ne cesse de s'enrichir d'albums tous plus ludiques, ingénieux et séduisants les uns que les autres. On trouve désormais un cahier d'activités pour s'initier à la technique de l'ombro-cinéma. 

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Un cahier d'activités où chacun pourra donner corps à ses robots de rêve. Les clignotants, les yeux et la mécanique sont offerts, il suffit d'en imaginer les contours, les environnements. Il faut coller, dessiner, effacer pour faire vivre des robots, il faut aussi procéder à certaines réparations inévitables en mécanique.

Au lecteur d'inventer cette fois, pour créer son album unique en pyjamarama. 

Rouergue jeunesse, 2012

 

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15/07/13

Desert Crossing (La fille mirage) ★

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Jamie et sa sœur Lucy se rendent pour les vacances chez leur père, à Phoenix. Kit, un ami d'enfance, est également du voyage. La route est longue, ennuyeuse, la chaleur est accablante, les garçons tentent de tromper l'ennui en avalant une petite bière. Quand soudain, en plein désert, le ciel vire au gris orageux et une averse s'abat sur la route. La visibilité est nulle. Et c'est le choc, la voiture cogne contre un corps inconnu, les adolescents sont pétrifiés avant de revenir sur le lieu de l'accident pour y découvrir ... une jeune fille décédée.

Ils trouvent refuge chez une femme, Beth, qui vit seule et fait de la sculpture pour gagner sa vie. La police arrive peu de temps après. Les dépositions sont prises, Jamie est emmené au poste, comme le veut la procédure. Lucy est au bord de la crise de nerfs, non seulement elle s'inquiète pour son frère, mais elle s'interroge aussi sur l'identité de la victime et sur les raisons qui l'auraient poussée à se balader seule sur la route. Au fil des heures, et des jours, cela devient même une obsession. Sans rien dire à personne, Lucy avait dérobé le bracelet de la fille et cherche à travers lui des indices.

Car l'histoire va se transformer en enquête criminelle, pas de façon échevelée, avec musique de fond un poil grinçante, le niveau de stress poussé à son maximum, non, non, c'est plus diffus. Le roman distille une aura plus sourde, plus oppressante, on partage les pensées de Lucy, on ressent son angoisse, sa perplexité, quand son frère flirte avec Beth ou quand Kit se rapproche d'elle alors qu'ils ne se supportent pas, c'est comme si la tragédie dont ils ont tous été témoins venaient les secouer pour les forcer à agir de façon erratique ou irraisonnée.

On découvre ce roman surtout pour son ambiance, pour sa tension psychologique et pour ses personnages qui se révèlent forts et fragiles à mesure que l'histoire avance... J'ai une préférence pour toute la première moitié du livre, plus pointilleuse sur l'aura dramatique, la deuxième partie est plus convenue (mais c'est aussi là que se construit l'enquête). A tenter.

La fille mirage, par Elise Broach
éd. du Rouergue, coll. doAdo, 2013 - traduit par Etaïnn Zwer

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28/06/13

Instantanés de lecture #1

L'adolescence dans tous ses états ... Ces petites lectures ne trouveront peut-être pas le chemin du blog, faute de temps ou d'inspiration, mais elles n'en demeurent pas moins intéressantes à découvrir !

 

Moi, les nichons, j'en veux pas. Les filles au collège qui se mettent des Wonderbra ou se fourrent du coton dans le soutif me débectent. Est-ce que les gars pensent à se mettre des coques dans le caleçon ?
J'ai pas envie de devenir femme. Pas encore, pas tout de suite. Je ne suis pas prête. Mais mon corps change, il déborde de partout, les seins, les fesses, le ventre... Ça déborde dans ma tête. J'ai peur.
Je me préférais avant, modèle petite fille plate. Brindille. Phasme, disait mon aimable frère. J'étais plus à l'aise avec mes jupes courtes et mes jambes d'allumette.
Maintenant, obligée de porter des gros jeans, des T-shirts XXL, des gilets, pour planquer ce corps qui m'encombre.
Mes cuisses qui font plof plof en course d'endurance, mon cul qui explose dans les maillots de bain, c'est pas possible. C'est ça, devenir femme ?

Honte de tout, par Carole Fives (éditions Thierry Magnier, coll. Nouvelles, 2013)

 

Théo et moi, on est des alchimistes : on a pris les  ingrédients amers de nos vies, et on en a fait du sucre doux. Quand on est séparés, c'est une aberration, un manque d'air qui coupe le souffle, une jambe en  moins, un vieux vertige insupportable, la perte de la moitié de notre intelligence, de la moitié de nos réflexes, de la moitié de notre imaginaire.

Plan B pour l'été, par Hélène Vignal (éditions du Rouergue, coll. doAdo, 2012)

   

Je suis l'aînée de six enfants : après moi, il y a Valentin, Côme, Paola, Marguerite, et Lili la benjamine. Mes parents travaillent dur. Et depuis que je suis petite, je les aide à la maison et parfois au restaurant. Pour moi, ce n'est pas une corvée. C'est naturel.
J'aime chahuter avec Lili, lire des histoires à Paola, me disputer avec Valentin, pousser Marguerite sur la balançoire. J'aime servir les grenadines au comptoir, parler avec les clients. J'aime les pichenettes tendres de mon père, les blagues de ma mère. Notre complicité est une forteresse.

Il faisait chaud cet été-là, par Agnès de Lestrade (éditions du Rouergue, coll. doAdo, 2013)

 

Le monde appartient aux autres. Je n'y ai pas ma place. Il me manque peut-être un gène, une disposition, une qualité mystérieuse mais indispensable, quelque chose que les autres ont et qui leur permet de vivre, avec un naturel confondant. Tout m'échappe et m'abandonne, à commencer par moi-même. Je ne sais d'où vient une condamnation aussi radicale. Je ne peux pas exister. Ce n'est que du flou, du tremblement, de la douleur.
Je me débats, je lutte, je me défais, je ne sais pas ce qui me détruit.

Rester vivante, par Catherine Leblanc (Actes Sud junior, 2010)

17/04/13

# Pêle-mêle Clarabel #

dernièrement, ont été lus sans être commentés :

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Le pays incroyable, exploré et décrit par Norman Messenger (Seuil jeunesse, octobre 2012)

Débarqué sur une île étrange, Norman Messenger va croiser des habitants pas plus hauts que des poupées, des arbres à voile qui ne poussent que sur de petites barques en bois ou encore des oiseaux qui portent d'immenses cuissardes pour ne pas se mouiller les pieds. Détournant avec humour les planches des naturalistes du XVIIIe siècle, il dépeint un univers fantasque et merveilleux. Les inventions graphiques sont encore plus délirantes que les inventions verbales, au service d'une imagination débordante. 

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Monsieur Buvard de Bruno Heitz (Rouergue jeunesse, avril 2013)

Monsieur Buvard buvait tant qu'il en devenait tout noir. C'est pour ça qu'il avait perdu son travail. Un jour qu'il cherchait un emploi, il rencontra Papier Photo. Et Papier Photo (très sensible aux problèmes d'argent) lui fit une proposition malhonnête. C'est là que ses ennuis commencèrent. Monsieur Buvard eut bien du mal à se racheter une conduite, bref à se blanchir. 

Monsieur Buvard a été publié initialement dans les années 90 aux éditions Mango. Il fait ici l'objet d'une réédition actualisée et notamment mise à la page côté numérique.

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Lola de Olivier Douzou (Rouergue jeunesse, octobre 2013)

Lola, c'est une vache de lait, l'héritière d'une certaine Jojo qui dans sa métamorphose fit un jour apparaître une constellation.
Lola est là pour un hommage à ce livre point de départ - en 1993 - de la collection jeunesse du Rouergue.

04/04/13

"J'avais apprivoisé mon petit cheval sauvage. (...) J'allais enfin devenir qui je suis."

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Seize ans. Vincent Cuvellier est en échec scolaire. Il décide de tout plaquer et de s'inscrire à l'ANPE. Il n'a aucune idée de ce qu'il voudrait faire, mais gratter le papier, oui, ça lui plaît bien. Alors il participe à un concours pour Jeune écrivain. Et paf, il remporte le premier prix avec son texte complètement barré et irrévérencieux. Tout de suite il impose son ton, son style, sa verve. Déjà, ça dérange les bien-pensants, les intellos, les amoureux de la dialectique, et tous ceux qui se servent de la culture pour humilier et mépriser les autres.

Car c'est un point d'honneur chez l'auteur, celui qui consiste à vouloir s'exprimer simplement, en se rapprochant le plus possible de la langue orale. Pour montrer qu'on parle dans les livres comme dans la vie de tous les jours. C'est un moyen de décomplexer ceux qui sont sortis du sentier de la scolarité, par exemple, et rappeler que les livres doivent être accessibles à tous les cancres, les incultes, les non-lecteurs. Pour en finir avec cette barrière invisible et réconcilier ceux qui craignent la littérature, et les livres, parce qu'ils se sentent en décalage. Frileux ou snobés.

Rien que pour ça, ce petit livre (seulement 76 pages) vaut le coup d'œil.

La fois où je suis devenu écrivain, par Vincent Cuvellier
éditions du Rouergue, coll. doAdo, 2012

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"... elle savait avec certitude que le seul travail qu'elle voulait faire, c'était être elle-même."

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Comment, en seulement 72 pages, vous raconter l'essentiel d'une adolescence qui tâtonne ? C'est l'exercice auquel s'est brillamment plié Martin Page, en accomplissant un petit miracle. Car il dit tout en quelques phrases, quelques mots jamais choisis au hasard, et qui sonnent justes. Il saisit l'essence même de l'âge ingrat, cette période de transition, faite d'indécision. Et il dessine un portrait de jeune fille avec pudeur, sensibilité et émotion. C'est merveilleux !

C'est donc l'histoire de Séléna, élève au collège, qui a pour unique amie, Vérane, clouée dans un fauteuil roulant. Un soir, en rentrant chez elle, ses parents lui annoncent, avec la mine solennelle, que jamais, ô grand jamais, il ne briserait ses ambitions de devenir une artiste. D'ailleurs, ils insistent pour qu'elle se destine à choisir cette branche. Ils vont tout mettre en œuvre pour réveiller cette fibre artistique, qui sommeille en elle. Ils en sont convaincus et plus motivés que jamais !

Séléna, par contre, est déconcertée. Elle ne comprend pas cette soudaine décision, ce qui dicte ses parents à vouloir la guider dans une voie, plutôt qu'une autre, ce qu'ils cernent en elle pour croire qu'elle est une artiste en herbe. L'adolescente est paumée ! Elle, qui promène son spleen dans la ville avec une aisance propre à elle, qui ne croit pas non plus qu'on peut décider pour un autre et le forcer à agir de la sorte, bref Séléna est en quête d'elle-même, de ses idées et de son identité. Et ça, c'est déjà un métier à temps plein !

Ce petit texte dit vraiment beaucoup de choses, malgré sa brièveté. C'est de toute beauté, tendrement farfelu mais animé d'une sincère ambition de rassurer les jeunes, qui veulent suivre leurs envies et ne pas se laisser influencer par les diktats des parents.

Plus tard je serai moi, par Martin Page
Rouergue jeunesse, coll. doAdo, 2013

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