01/02/12

L'histoire d'un casse-tête

Au début, un mille-pattes, c'est facile à dessiner : en gros ça ressemble à une saucisse ou à une banane. Jean Gourounas s'amuse et nous fait partager cet instant délicieux au gré de ses fantaisies et de son imagination, mais trêve de plaisanterie, il faut aussi compter, mille pattes, ce n'est pas rien ! Et puis les couleurs doivent avoir un sens, la forme du corps et des pattes, il ne suffit pas d'en faire à sa guise, c'est plus sérieux qu'en apparence. L'auteur va relever ce défi avec un certain brio, et par la même occasion, il nous a offert une lecture facétieuse et originale, très appréciable. 

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Un cheminement drôle entre les mots, les formes, les couleurs et les nombres. A découvrir ! 

Le Mille-Pattes, par Jean Gourounas (Rouergue jeunesse, 2012)

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20/01/12

Un jour à force d'être des petits, c'est sûr qu'on devient des grands. Ce n'est pas possible autrement.

Encore un album pour aider à grandir et comprendre les p'tits bouts qui cessent d'être riquiquis et qui deviennent des futurs grands aux préoccupations de grands ! ... Pas facile, l'adolescence ! 

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Un petit livre pour expliquer les rouages du cerveau des adolescents : les interrogations, les choix à prendre, les remises en question, le sentiment de solitude et d'incompréhension, les disputes avec les proches, les crises de colère, l'envie d'exister autrement que par les choix imposés par la famille... C'est très bien vu, très bien expliqué et cela montre que rien n'est simple. 

C'est très désagréable et tout à fait impossible à supporter d'avoir dans la tête autant de questions possibles,
sans réponses vraiment possibles en même temps...

Comme quoi, il faut savoir les ménager, nos petits adolescents. Ce sont des êtres torturés, donc fragiles. Heureusement la conclusion est réconfortante, parce le portrait de l'adolescence n'est pas seulement un long cheminement fait de solitude et de prises de tête, c'est aussi des moments de joie et de révélations. 

Tout à coup on sait que penser, que dire, qui être, qui aimer, quoi faire, quoi vouloir, quoi choisir et quoi devenir... 

Ouf.

Tout le monde à dos, par Annie Agopian et Claire Franek (Rouergue jeunesse, 2011)

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13/01/12

Luis, il a une langue d'oiseau...

Au départ, je n'ai pas été particulièrement interpellée par la couverture de cet album. C'est en glissant un coup d'oeil sur l'histoire et les illustrations que le coup de coeur a réellement eu lieu. 

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C'est l'histoire d'un garçon de six ans et de son grand-père. Luis est d'origine espagnole, il a tout quitté pour s'installer dans un nouveau pays dont il ne connaissait pas la langue. Il a gagné sa croûte, il n'a pas eu d'enfance heureuse, et non il ne sait ni lire ni écrire. A la place, il connaît les plantes sauvages et les oiseaux des bois. Il sait aussi dessiner, comme le Douanier Rousseau. C'est un homme fort, courageux et admirable. L'été, il aime jouer de la guitare sous le cerisier en poussant la chansonnette. Et lorsque son petit-fils lui fait la lecture d'une double page d'une poésie de Prévert, le pépé à son tour lui fait cadeau d'une guitare rien que pour lui. 

C'est un texte à savourer en toute simplicité pour en apprécier toute la sérénité. Il y a aussi beaucoup de poésie derrière la tendresse manifestée entre l'enfant et l'adulte. Ce dernier maltraite la langue française, à sa façon, mais peut-on lui reprocher de mettre les poings sur les îles au lieu des i ? Non, assurément pas. Et quelle beauté derrière les illustrations de Violeta Lopiz ! N'hésitez pas à découvrir son univers : http://violetalopiz.blogspot.com/

Les poings sur les îles, par Elise Fontenaille et Violeta Lopiz (Rouergue jeunesse, 2011)

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16/11/11

Pêle-mêle Clarabel #46

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Très chouette et rigolo, cet album raconte l'histoire d'un monsieur qui s'habille en gris, dont le plaisir est de revêtir chaque mercredi son costume du gros canard jaune, et qui voit son monde s'effronder parce qu'il serait la risée de sa banque ! C'est une histoire toute simple et très drôle qui revendique le goût du bonheur et le droit de faire ce qu'il nous plaît. Et puis le jaune, c'est tellement plus gai que le gris ! Avec des illustrations qui me plaisent ENORMEMENT. 

La vraie folle histoire du gros canard jaune, par Nathalie Meynet et Guillaume Plantevin. 
Océan jeunesse, 2011. 

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Une mamie qui vieillit, c'est une mamie qui perd un peu la notion des choses, qui a la mémoire qui flanche, qui se perd en chemin, qui a le regard dans le vide... Pour éviter qu'elle se sente seule, ou qu'elle se mette en danger, mamie vient donc vivre à la maison avec ses petites-filles qui ont un peu de mal à comprendre le fait que mamie est atteinte d'une maladie qui ne se guérit pas avec des médicaments. Mais elles vont lui en trouver, des remèdes ! Avec des dessins, des photos, des contes à lire à voix haute et des bisous, forcément. C'est un petit album mignon et craquant, pétri de tendresse.

Mamie a besoin de bisous, par Ana Bergua et Carme Sala.
Traduit de l'espagnol par Claudine Serre. Océan jeunesse, 2011. 

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Alba est une pie qui babille à longueur de journée. Son voisin, lui, est discret, timide, il a perdu sa bouche, ne sait plus s'exprimer, il dévore des yeux, il fait des gestes mais ce n'est pas assez. Alba veut qu'on lui réponde ! Alors il faut que le garçon retrouve sa bouche, il lui écrit donc une longue lettre... C'est un très beau texte qui évoque la difficulté d'exprimer ce qu'on ressent, parce qu'on manque de confiance en soi ou parce que la langue bégaie de maladresse. Ne pas avoir de bouche, ça simplifie la vie... mais ça ne remplace pas l'envie d'avaler des myrtilles, de sourire, de rire ou de siffler. Parfois, il faut savoir se surpasser pour attraper des sourires dans la tête et les coller sur son visage. L'histoire fait vraiment preuve de subtilité, c'est très beau et poétique, les illustrations sont également superbes ! 

Alba Blabla et moi, par Alex Cousseau et Anne-Lise Boutin.
Rouergue jeunesse, 2011. 

15/11/11

« Parfois j’ai l’impression d’être Shrek qui a épousé la princesse Fiona. »

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Je ne remercie pas Anne Percin d'avoir sorti de son imagination un personnage comme Maxime Mainard, cela me fait prendre conscience que j'ai envie d'avoir de nouveau 18 ans pour rencontrer un énergumène de la même trempe. Terrible désillusion. 
Ceci étant dit, les retrouvailles avec Maxime ont été placées sous le signe de la réjouissance. Notre enfant du rock veut user les cordes de sa Fender mais désespère de trouver un endroit adéquat pour répéter. Ses parents demeurent sourds à ses protestations, qu'importe. Le chapitre des vacances insouciantes est déjà remisé au placard, même si Maxime a grappillé un Smartphone en bonus. 
Sa vie sentimentale est également au beau fixe, sa douce et tendre Pikachu est une rebelle à sa façon, douée en psychologie, elle gratine son chéri de répliques mordantes, mais le bougre a de la répartie. Et il peut s'attendre à des joutes corsées, puisque la belle est obstinée, jalouse et fonce tête baissée. Voilà un couple qui crée des étincelles ! Au moins, leur love story n'est pas fleur bleue, mais décapante. 
Et quel humour ! Maxime en use dans toutes les situations, régalant le lecteur de vannes parfois débiles, parfaitement efficaces. J'étais bidonnée dans mon coin en lisant tout ça. Ça et le fait que Maxime est drôlement calé en musique. Sa culture est étendue, pointue. Monsieur se défend d'être snob, il a pourtant des raisons de l'être. En tout cas, je suis en totale admiration. Complètement fan. 
Et je veux, s'il vous plaît, une nouvelle saison aux aventures de Max. C'est qu'on s'attache à ces bêtes-là...

Comment (bien) gérer sa love story, par Anne Percinsmileyc002
Rouergue, 2011. Photographie de couverture : Dorothy-Shoes.

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08/11/11

Teaser Tuesday #30

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New York en pyjamarama, par Michaël Leblond et Frédérique Bertrand
Rouergue jeunesse, 2011. 

Un album magique et surprenant ! Découvrez le nouvel effet kiss-cool. 

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20/10/11

Une ou deux bêtises

ôde à la gourmandise,

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Une histoire mettant en scène quoi ? ... Des oursons en guimauve et chocolat. Ouiiii, bingo ! Avec la participation exceptionnelle d'une chouquette, d'une sardine, de la chantilly... et de la pâte à modeler.
Pour slurper de plaisir. 

Une ou deux bêtises, par Isabelle Gil (Ecole des Loisirs, coll. Loulou, 28 pages cartonnées)
dans le même goût, salivez sur Oursons !

L'occasion de redécouvrir les Couleurs à sensationIMG_5600

de la collection Yapasphoto du Rouergue, édition 2010. Il s'agit d'une palette de douze couleurs pour partir à la découverte de ses sens. Rose ? La mousse trouée d'une éponge ou le nuage nacré d'une barbe à papa. Orange ? La pulpe acide du fruit ou la peluche soyeuse d'un jouet. Rouge ? Le goût sucré des fraises ou les pétales veloutés d'une rose rouge... Car voir, c'est aussi sentir, toucher, goûter et... imaginer !

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ça donne clairement envie de toucher et de croquer ! 

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14/09/11

Terrible Angels

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Non mais quel roman ! Il est violent, sombre, révoltant, injuste, douloureux. Vous y absorbez le désespoir du narrateur, Dam, bientôt seize ans, vous vous dites que ce n'est pas possible d'avoir une telle famille, aveugle, intransigeante. Le pauvre gamin, il n'est pas aidé ! Alors que cela devrait être le contraire, Dam est en effet décrit comme un garçon timide et effacé, peureux et sensible, trop sensible, au goût de certains. Forcément. Ce n'est pas un caïd, il se fait souvent taper dessus par les crétins de passage, il se sent plus bas que terre, il n'a strictement aucune confiance en lui. 
Et puis, il rencontre Samy et sa bande. Des êtres marginaux, libres d'être ce qu'ils ont envie d'afficher. Ils portent un look gothique, ils manifestent un intérêt profond et sincère les uns envers les autres, ils ne jugent pas, ils écoutent, encouragent et apportent tout ce qui manque à Dam. Très vite, il s'identifie à eux, ne lâche plus Samy, tombe amoureux, mais en même temps il doit supporter les sarcasmes de sa famille et les nombreuses interdictions de son père, qui ne décolère pas. Son fils n'est pas une "lopette sataniste" ! 
Les mots sont durs, mais c'est le désespoir du garçon qui fait vraiment mal. Dam est à fleur de peau. Il encaisse sans réagir. Ou il se taille la peau, pour faire évacuer tout ce sang qu'il juge de trop dans son corps. Car c'est à l'intérieur que l'essentiel se passe, la boule de rage qui grossit et grossit encore, la sensation d'impureté et le besoin de s'infliger des marques.
Arrive alors son anniversaire, et tout va basculer. 
Le faire... ou mourir. Un titre énigmatique, mais quel choc.
Pendant 95 pages, je n'ai fait que couler, couler dans le récit. C'est très fort, et ça interpelle. Il est difficile de prendre le moindre recul. Mais le texte possède cette justesse de savoir décrire et partager ce qu'est le désarroi adolescent. Tout est vrai, et tant pis si ça fait mal. Plus je lisais, et plus je me disais qu'il fallait que je m'en sorte pour lire un truc plus léger. Pour décompresser. Et puis, il y a les cinq dernières pages. Les cinq dernières minutes, en somme. Là, je ne vous cache pas ma surprise. (J'avais même un peu de mal à comprendre ce qu'il se passait.) 
Heureusement que cela se termine ainsi. Cela m'a permis de me sentir en paix, et même pour Dam... ce n'était plus possible autrement. En bref, c'est un roman étonnant, bluffant et à recommander pour tout ce qu'il provoque et donne envie de ressentir ou partager. Les mots sont vrais, le vague à l'âme est extrêmement bien traduit, c'est un livre qui fait résonner en nous de vives émotions, c'est franchement réussi.

Le faire ou mourir, par Claire-Lise Marguier (Rouergue, 2011)

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12/07/11

Comment (bien) rater ses vacances, par Anne Percin

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Ah, ces ados... ! S'ils n'existaient pas, il faudrait les inventer parce que la vie serait tellement triste et banale sans eux. Imaginez un lascar de 17 ans, suffisamment brillant et intelligent pour décréter qu'il en a soupé des vacances en famille, qui décide de s'isoler chez sa grand-mère dans sa petite maison coquette du Kremlin-Bicêtre. Mais une série d'imprévus vont accompagner cette mise au vert, à commencer par la crise cardiaque de la mamie, d'une arrestation par les flics, d'une petite cuite avec des cerises à l'eau-de-vie, d'une légère indigestion avec des oignons (de tulipe), et j'en passe. 

Comme tout ado qui se respecte, notre Maxime est un geek dans la peau, accro au net et à ses faux-semblants. Il fait ainsi la connaissance d'une Pikachu sur SpaceBook, qui dégaine plus vite que son ombre et qui pousse notre loustic dans ses retranchements. SEUL. Le mot est jeté. En l'absence de ses parents injoignables, Maxime va gérer seul l'hospitalisation de sa grand-mère, le stress d'un chauffe-eau en rade, le quiproquo avec les flics... TOUT. SEUL. On a beau trouver ce récit drôle et cynique, il n'empêche qu'il révèle aussi le mal du siècle qu'est la solitude, qu'on bazarde en surfant sur des réseaux sociaux pour créer l'illusion. 

Rassurez-vous, ce n'est pas une lecture à but philosophique ! Ce roman a pour simple vocation de divertir, il s'y emploie même très bien, nous offrant une lecture savoureuse des aventures mouvementées d'un adolescent en vacances et qui va apprendre, par la force des choses, à se prendre en charge comme un grand et sans faiblir. Toute ressemblance avec des personnes existantes serait purement fortuite. ;)

Comment (bien) rater ses vacances - Anne Percin 
Rouergue, coll. doAdo, 2010 - 185 pages - 11,50€

** MAXIME WILL BE BACK IN NOVEMBER 2011 ! ** 

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11/05/11

Pêle-mêle Clarabel #34

Lu et aimé Plus loin que le bec des hirondelles d'Annie Agopian & Magali Bardos,

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Un texte qui se moque avec gentillesse du tourisme de masse, des clichés sur carte postale et autres, en même temps qu'il dénonce les rêves sur papier glacé, ceux qui font partir toujours plus loin afin de trouver ce qu'ils ne trouvent plus chez eux, ou ceux qui donnent envie de repartir à zéro en voulant croire que la vie est plus belle ailleurs. Des illustrations enthousiasmantes, et une belle histoire d'amour à sens unique. (Rouergue, 2011)

C'est ainsi que nous avons ressorti des étagères Le trou d'Annie Agopian & Alfred.

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Une mère et son fils sont confrontés aux aléas de l'administration qui visent à ce que vous certifiez vos origines, parfois en dépit du bon sens. Ceci conduit la maman à confesser une histoire émouvante, celle du grand-père qui a quitté l'Arménie et s'est retrouvé apatride, la petite histoire embrassant la plus grande, c'est aussi le génocide d'un peuple qu'on découvre, la date du 24 avril 1915 et l'exercice de mémoire qu'il faut entretenir, encore et toujours. Les illustrations d'Alfred commentent avec force les propos d'Annie Agopian. Cet album attendait depuis trop longtemps que nous le découvrions, mais heureusement il n'est jamais trop tard pour bien faire ! (Rouergue, 2010)

Nous avons lu également Le voyage de Mémé de Gil Ben Aych,

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1962. La famille de Simon déménage. Elle quitte le nord de Paris pour s’installer à une vingtaine de kilomètres, à Champigny-sur-Marne. Tout le monde est déjà parti mais il reste à faire bouger Mémé. La grand-mère tout juste arrivée d’Algérie refuse catégoriquement de monter dans une voiture, un bus ou un métro. Elle veut marcher, un point c’est tout. Simon, son petit-fils, se voit chargé de l’accompagner à travers la capitale et la proche banlieue. En chemin, Mémé va de découverte en découverte. Cette histoire vraie s’est passée il y a près de cinquante ans. Pourtant, elle est toujours d’actualité. C’est, sans doute, ce qui a fait de ce livre un classique de la littérature jeunesse que l’école des loisirs a choisi de rééditer.

Même si je lui reconnais d'énormes qualités (j'aime beaucoup la plume de Gil Ben Aych), je suis un peu restée en retrait et je n'en ferai pas une lecture inoubliable, à la rigueur indispensable pour qui recherche un livre traitant de déracinement et de mal du pays avec un zest d'humour.

(Neuf de l'Ecole des Loisirs, édition 2011) Illustration de couverture : Philippe Dumas