07/11/10

Lecture du soir #1

Je suis allongée depuis à peine cinq minutes que se pointe un garçon des CEP : classes des enfants précoces, rebaptisées par nous "classes des bouffons". Je fais mine de dormir parce qu'il est hors de question que je lui donne le moindre espoir de sympathiser avec moi.
J'entends le deuxième lit qui grince et je sens une odeur qui couvre celle d'eau de Javel de l'infirmerie. Et pour couvrir l'eau de Javel, il faut mettre le paquet.
En l'occurence, le paquet, ce sont ses chaussettes.
- T'as quoi exactement ? me demande-t-il.
Cet enfant précoce est peut-être un festival de neurones à lui tout seul, mais côté physique, ça laisse à désirer. Petit, gringalet, boutonneux et chaussettes pourries en prime, il coche toutes les cases. J'ai pas franchement envie de lui faire la conversation, alors histoire de m'en débarrasser une bonne fois pour toutes, je lance :
- J'ai un indien dans le jardin.
Evidemment, je m'attends à ce qu'il ouvre des yeux ronds comme des billes. A la place, il s'agite sur son lit, ce qui fait remonter l'odeur de ses chaussettes jusqu'à mon nez, et il déclare :
- C'est drôle, parce que moi, j'ai une grenouille affamée dans la tête ! Elle saute, elle saute jusqu'à ce que je lui trouve un truc à manger ! Et j'te jure sur la vie de ma mère que c'est épuisant !
C'est pile à ce moment-là que je découvre ses yeux d'un vert gazon. Des yeux tellement incroyables qu'ils pourraient me faire oublier la guirlande de boutons qui clignotent tout autour.
- La prochaine fois que tu verras ton Indien, compte les plumes sur sa tête. Chaque plume représente une épreuve remportée haut la main, comme tuer un bison, communiquer avec les esprits. Alors si ton Indien est tout déplumé, c'est que c'est un naze.
Puis il enchaîne en me disant qu'il s'appelle Youssef et qu'il est une sorte d'Indien avec son QI gros comme un oeuf de pintade qui l'encombre au moins autant que des plumes sur la tête.

extrait de : Un indien dans mon jardin, d'Agnès de Lestrade IMG_0722

Ce petit roman est génial, très drôle, il raconte l'histoire farfelue d'un homme - le papa de Mia - qui se réveille un matin en se prenant pour un Indien. En fait le problème est plus profond et la conséquence de vieilles plaies mal cicatrisées. Quand il était plus jeune, le papa de Mia a vécu quelques mois dans une réserve de la tribu walla-walla aux Etats-Unis, et ce après la mort de ses parents. Les années ont passé,  il n'a jamais pu oublier sa tribu et constate aussi qu'il n'a pas totalement fait son deuil. Il a donc besoin de chercher un signe, au coeur du cercle magique, afin de boucler la boucle (soulager sa conscience, en somme). Cela perturbe toute la famille, la vie sera chamboulée pendant un mois, pas de souci, chacun y mettra du sien, quitte à trouver des excuses bidons pour écarter les copains et les voisins trop curieux. Même tatie Ronchon, qui n'est pas née de la dernière pluie, rendra un grand service à tous en dévoilant sa moitié que personne n'avait jamais vue.
Ce petit roman est absolument charmant et étonnant car, sous l'humour, il vous raconte des tas de choses : Parfois, même les mots, ça fait trop mal. Ou parfois les signes sont juste sous nos yeux, il suffit de savoir les regarder.
C'est une jolie lecture qui parle des angoisses des parents vues à travers le jugement (ou l'inquiétude) des enfants, des signes qui surgissent sans crier gare (un bouquet de fleurs dans les bras, des yeux vert gazon), du soutien familial, de tendresse et d'espoir. Et en prime une nouvelle expression pour dire un truc bizarre : Y'a un Indien dans le jardin !

Dacodac du Rouergue (2010) - 57 pages - 6€

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20/10/10

Histoire(s) sans paroles

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Après "Le Jacquot de M. Hulot" paru en 2006, on retrouve avec bonheur ce même personnage sorti tout droit des films de Jacques Tati dans une succession de gags et de références cinématographiques ou littéraires, cette fois-ci dans un format BD.  Un vrai COUP DE COEUR pour cet album facétieux, classieux et intelligent.

Hello Monsieur Hulot - David Merveille d'après Jacques Tati (Rouergue, 2010)

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08/09/10

Sans la télé, de Guillaume Guéraud

Si vous appréciez, comme moi, Guillaume Guéraud, vous devez absolument lire son livre, Sans la télé, qui dit tout et révèle encore plus sur cet auteur talentueux ! Le petit Guillaume a huit ans, habite une cité de la banlieue de Bordeaux, il vit avec sa mère et son oncle, et il est le seul gamin de sa classe à ne pas avoir la télé à la maison ! Tous ses copains ne parlent que de Goldorak, de la famille Ingalls ou de JR Ewing et chantent à tue-tête le générique de Tom Sawyer, et lui se contente de les écouter, avec une mine envieuse. Et puis, paf !

(...) ma mère me fait une surprise :
- J'ai un cadeau pour toi !
Je suis persuadé que c'est une télévision mais je ne vois rien qu'un tout petit paquet-cadeau sur la table. J'arrache le papier pour découvrir ce qu'il y a dedans et, merde, c'est un livre. Je trouvais que le paquet avait une taille minuscule pour une télé, mais pour un livre, il est franchement énorme. Je l'ouvre pour évaluer son nombre de pages : trois cent cinquante-sept ! Et il n'y a même pas une image à l'intérieur. Je suis tellement dégoûté que je me mets à chialer.
- Regarde au moins le titre ! me lance ma mère.
Tom Sawyer.
- C'est le livre qui a inspiré le dessin animé... elle me console.
Bon, j'aime bien lire, moi, c'est pas le problème. Mais ce que je veux, là, c'est la télé, pas un bouquin de trois cent cinquante-sept pages.


Hihihi, j'ai bien rigolé, m'imaginant parfaitement la scène !

Ceci n'est qu'une mise en bouche. En fait, Guillaume a une mère formidable. C'est elle qui lui donnera le goût du cinéma en l'emmenant voir tous les plus grands classiques et autres chefs d'oeuvre du septième art ! De là, le garçon va grandir, nourrir une passion folle pour le cinéma, développer un sens critique, regarder la vie, la sienne en particulier, avec un instinct de pauvre diable, quand sa cité est en train de craquer, son oncle toujours à vitupérer contre le système, ses potes tomber dans la drogue ou la délinquance... Ce livre observe la jeunesse des années 70/80 et en même temps fait comprendre le sens de l'écriture et l'univers littéraire de Guillaume Guéraud. J'ai trouvé ce livre formidable, frais, vivifiant, comme une claque qui réveille et donne envie de croquer la vie (et de lire toute la bibliographie de l'auteur, si ce n'était pas déjà fait) !

doAdo au Rouergue (2010) - 112 pages - 9,50€    sans_la_tele

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06/04/10

tRICOT d'AMouR

tricot_damourJ'étais impatiente de relire un roman de Karin Serres, et la collection zigZag m'est très, très chère pour y avoir souvent trouvé des pépites et passé de jolis moments de lecture. J'ai donc accueilli Tricot d'amour avec beaucoup d'attente et d'impatience, je n'ai pas été déçue, j'ai adoré ce petit roman, adoré l'histoire, adoré les personnages et adoré les illustrations. (Ouf, il était temps de reprendre ma respiration.)

L'histoire, en quelques phrases, raconte la rencontre providentielle entre deux enfants souvent montrés du doigt par leurs camarades d'école - Kévin, le petit nouveau, porte des pulls tricotés en laine d'un goût douteux et Mira, au fond de la classe, est surnommée la tête à poux, même la maîtresse ne cesse de la gronder en lui collant des lignes à copier en punition. Las, les deux enfants ont pas mal d'atomes crochus mais une réalité saisit notre héroïne : Kévin est fils de boucher et Mira déteste la viande. Elle ne montre pas son aversion, elle n'ose pas, aussi lorsqu'elle est invitée chez lui, la demoiselle a le coeur au bord des lèvres. Va-t-elle oser franchir le seuil de la boutique ? Les visions d'horreur des animaux morts affichés sur les murs ou derrière les vitrines ne vont-elles pas lui faire tourner de l'oeil ? ...

Vite, vite, Mira se réfugie à l'étage supérieur où elle croise la petite grand-mère de Kévin, recroquevillée sur les coussins en train de dormir. Oui, c'est très, très touchant. C'est elle la grande tricoteuse de la maison. Elle qui offre à son petit-fils des pulls bariolés, originaux et éclatants, souvent sujets à la moquerie, mais Kévin assume. Pas seulement par bravoure, mais par amour. Quand le garçon sera porté absent pendant une semaine à l'école, Mira va s'inquiéter et trembler en écoutant les potins qui courent sur le boucher et sa famille. Juger sur l'apparence, dire et médire, bonjour radio potins ! Nous avons tous connu ça - les messes basses, les on-dit-que et les spéculations toutes plus dingues les unes que les autres. Quand on ne sait pas, on se tait. Hélas, dans la vie, même si on ne sait pas, on raconte n'importe quoi !

Et c'est ce que ce petit roman nous montre en soulevant le coin du rideau. Jamais dévoiler, juste suggérer. J'ai trouvé l'histoire belle, touchante et attendrissante. J'ai aimé le petit Kévin, sa famille et sa grand-mère tricoteuse. J'ai ressenti un grand souffle de tendresse à travers les pages de ce livre. Texte et illustrations font forcément bon ménage. J'étais donc sous le charme... et j'aimerais, oui j'aimerais qu'un jour Karin Serres me propose aussi un roman plus long, un roman pour doAdo par exemple car son univers me plaît beaucoup.

Tricot d'amour ~ Karin Serres
illustrations de Mathieu Demore
zigZag du Rouergue, 2010 - 93 pages - 6€

J'aime aussi beaucoup les petites notes à la fin du livre, où l'auteur et l'illustrateur ajoutent leur grain de sel pour expliquer comment ils ont envisagé ce livre. Cette fois, Karin Serres explique ceci : 

Quel rapport entre l'amour du tricot et une boucherie ? Comment deux univers si différents peuvent-ils se croiser pour tricoter une histoire ensemble ? C'est le mystère de l'écriture, des histoires inventées. Quand j'écris, je suis comme une éponge, un insecte ou un extraterrestre plein d'antennes : tout ce qui me touche dans la vie, je le capte, je l'absorbe. Et ces milliers de détails se mélangent à l'intérieur de moi pour se recomposer à leur manière et faire naître des histoires qui sont à la fois totalement imaginaires ET reliées par eux à la vraie vie.

Ahlala... qu'est-ce que ça me parle !

 

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02/04/10

Moi, dans la vie, je crois qu'on peut être vieux dans ses habits et encore tout neuf dans sa tête.

mon_coeur_noublie_jamaisLa maman d'Angèle est hospitalisée en urgence car, enceinte de six mois, elle sent son bébé manifester quelques signes de mécontentement. Le papa doit partir au boulot et ne peut pas s'occuper de sa grande fille. Du coup, elle est envoyée en vacances chez Mamia à la campagne. Angèle est folle de joie ! Sa grand-mère a été une brillante comédienne pleine de gaieté et de fantaisie. Désormais, elle coule une retraite paisible dans sa maison entourée de fleurs et d'arbres fruitiers, près d'un lac. Un petit paradis terrestre. Le séjour se déroule à merveille et Angèle oublie d'être tristounette, même si elle pense très souvent à sa maman et à son futur petit frère. Malgré tout, au fil des jours, Mamia n'a pas l'air dans son assiette. Sont-ce les nouveaux cheveux blancs dans sa coiffure ? Ou son air rêveur et égaré ? Angèle se fait du souci. Sa grand-mère souffre d'une maladie des mots qui s'envolent. Une maladie qui lui fait perdre la tête. La petite fille se retient d'être trop inquiète, jusqu'à cette fameuse promenade dans la montagne, à bout de souffle et sans but précis, il est temps d'aider Mamia.

Pardon, Angèle. Mais parfois je m'absente, murmure-t-elle.
Puis elle m'explique que les mots qui s'envolent sont parfois une maladie. Que c'est cruel d'être malade des mots quand on a vécu grâce à eux toute sa vie. Elle me dit qu'elle est fière de m'avoir connue quand elle n'avait pas encore de trous dans la tête et que ce ne serait pas pareil pour mon petit frère. Alors je lui réponds doucement en caressant ses cheveux blancs. Je lui dis que moi, je lui raconterai, au petit frère, la Mamia d'avant. Celle du lac, des pièces de théâtre, des parties de crapette et même de la soupe aux cerises vertes. Je dis aussi que, pour les mots, on l'aidera à les retenir et à les garder longtemps longtemps. Et que pour moi, elle sera toujours Mamia. Qu'elle ressemblera pour toujours aux fleurs qui ne parlent pas mais qui savent tout.
Le câlin de paix a duré jusqu'au coucher du soleil. Je ne voulais plus qu'il s'arrête parce que je savais bien qu'après, plus rien ne serait pareil.
Avant de partir, Mamia m'a entraîné sous un gros noyer :
- Tu vois, ces petites pousses pas mûres, eh bien c'est du muguet. C'est ton grand-père qui l'a planté pour moi. Pour que l'odeur me fasse toujours penser à lui. Tu sais, mon petit chat, je n'ai pas besoin de l'odeur du muguet pour penser à lui.
Du bout des doigts, j'ai caressé les tiges vertes et j'ai compris que l'amour habitait ailleurs que dans la mémoire.

Agnès de Lestrade évoque en douceur la maladie d'Alzheimer avec un regard enfantin, qui respire la fraîcheur mais ne tombe jamais dans la niaiserie. En toute légèreté mais avec sérieux, donc. A aucun moment la maladie et ses conséquences ne sont sous-estimées. Comme Angèle, on s'interroge, on doute et on s'inquiète. En même temps, le bonheur des vacances fait résonner une mélodie rassurante, le confort de vie est éclatant, on se sent bien, on chasse les idées noires. C'est une juste balance entre la drôlerie et la franche inquiétude. Encore un joli roman zigZag.

Mon coeur n'oublie jamais ~ Agnès de Lestrade / illustrations de Violaine Marlange
Rouergue, coll. zigZag, 2010 - 112 pages - 6,50€

 


24/03/10

Parce que ce gars-là a tété comme un désespéré qui a failli ne pas passer l'été

kidKid, c'est une histoire de finesse et de sensibilité. Une histoire entre une femme et un chaton. Ce dernier trouve refuge chez la femme qui passe un été difficile, à tenir compagnie à ses parents qui vivent leurs derniers jours. C'est un album sur la solitude, la perte et le besoin de vie. La femme et le chaton vont se raccrocher l'un à l'autre, elle va le nourrir au biberon, se sentir père et mère pour lui, il ne va plus la quitter, dormir tous les soirs dans son dedans  ou se nicher sur la pile des coussins. Petit à petit, la couleur entre de nouveau dans la vie de la narratrice, après des journées vides et lentes, aussi longues que des verres de terre. Je ne passe pas en revue le graphisme de l'album, parfaitement sobre, épuré et intelligent, il suit l'histoire en y apportant la petite touche nécessaire. On ressent le vide, le manque, on vit l'étouffement, le cocon et le refuge. Cela ne se raconte pas, chaque album raconte à son lecteur sa petite histoire, et cet album a su vraiment me toucher. Pas parce qu'on parle d'un chat, un animal qui me laisse de marbre, mais parce qu'il laisse entendre qu'un animal peut vous redonner goût à la vie. Toute lecture est à prendre entre les lignes, ici ce que j'ai ressenti est également très personnel. C'est une histoire d'amour et de confiance. Une lecture pudique et sensible, très touchante.   
Ce duo d'auteurs avait déjà été récompensé par le prix du livre jeunesse de l'ARALD en 2009 pour C'est Giorgio.

Kid ~ Corinne Lovera Vitali / Loren Capelli
Rouergue, 2010 - 15€

challenge Je lis des albums - 21

challenge2jelisaussidesalbums

02/01/10

(démarrage en douceur)

C'est sur un grand éclat de rire que débute cette nouvelle année en lecture, grâce à Rachel Corenblit qui a osé glissé dans son histoire un zest de Cloclo et de Magnolia-forever. Le métier de papa est un roman qui s'adresse aux lecteurs débutants (et plus) et qui nous raconte le désarroi de Paolo dont le père est en prison. Chaque semaine, sa mère se rend au parloir mais l'enfant refuse de l'accompagner. Il est taciturne, il ignore pourquoi son père est enfermé mais il refuse d'en parler. A l'école, une copine va lui donner du pétillant dans le coeur en l'invitant à assister à un concert de son père. Avec son costume en toc, qui brille de mille feux, et sa perruque blonde brushinguée, le papa de Magnolia rend vie à Cloclo ! Aaah... Et de fil en aiguille, Paolo va retrouver le sourire et comprendre qu'il n'a jamais cessé d'aimer son père. C'est un texte réaliste mais pas déprimant, au contraire il est drôle et aussi léger qu'une bulle !
Bien entendu, c'est un titre de l'excellente collection ZigZag du Rouergue... le_metier_de_papa Rachel Corenblit / illustrations de Nikol - 90 pages et 6 euros.

 

 

 

 

On ne quitte pas Rachel Corenblit puisqu'on la retrouve dans l'autre excellente collection doAdo Noir du Rouergue avec un roman flippant de la mort ! Un petit bout d'enfer raconte l'étrange parcours qui fera rencontrer une jeune fille de quatorze ans et un type d'une quarantaine d'années en pleine rupture sociale. Juliette a été punie par son père et doit passer un mois de vacances chez sa grand-mère dans un bled paumé. Elle profite d'un après-midi de courses pour se rendre au cinéma, ce jour-là son chemin croise celui d'un individu qui ne supporte ni le bruit, ni les mensonges, ni la trahison. Sous son manteau, il porte une arme et il n'hésitera pas à s'en servir. Kidnapping, cavale dans la forêt, fusillade sont attendus, en plus d'une tension horrible et haletante. C'est une lecture qui fait dresser les poils sur les bras, on lit ce court roman d'une traite, en prenant soin de respirer un bon coup après la dernière page tournée. Pfiou.
C'est le long soupir des arbres qui chantent la mort.
un_petit_bout_d_enferRachel Corenblit / 140 pages et 8 euros.

 

 

 

 

Retour en douceur grâce à ce délicieux roman d'Estelle Lépine (auteur de Demain l'année prochaine, seuil jeunesse), ou comment Hippo se perd au pays des émotions. E comme émotion est l'histoire peu banale d'un enfant décrit comme trop émotif - sensible, doué d'une imagination débordante, réceptif au monde extérieur, curieux des autres et de lui-même ? Hippo va dresser son propre dictionnaire des émotions, vu qu'il est sceptique quant à celui que possède sa famille. Les données sont trop formelles, trop évasives. Hippo est un garçon hors du commun, il comprend que les émotions entretiennent un lien étroit avec le corps. Son dictionnaire ressemble donc à un catalogue d'équations : Gaïa chuchote sur mon passage = mon coeur tombe dans mes baskets.
Ou bien : Mme Réda rend les dictées-surprises = mon coeur résonne dans ma poitrine +  embouteillage de salive à l'entrée de la gorge.
Et enfin ce passage que j'aime beaucoup : Les émotions sont impitoyables, elles transforment tout sur leur passage.
Un coeur en gong.
Un bras en gourdin.
Une gorge en entonnoir.
Des jambes en purée.
Un front en radiateur.
Les émotions sont des sorcières.
Tellement malignes que personne ne s'aperçoit que ce sont elles qui jettent des sorts.
Avec ce livre, c'est aussi une gentille réflexion pleine de pertinence et sans prise de tête que le lecteur découvrira. Encore une fois, dans l'excellente collection ZigZag... cette collection est toujours riche en découvertes, son esthétique est repérable entre mille, car ce sont des livres tout en noir et blanc, et les illustrations sont en osmose avec le texte. Le catalogue est une mine d'auteurs tous plus talentueux les uns que les autres.
J'adore !
Estelle Lépine / illustrations de Maud Cressely - 120 pages et 7 euros.  E_comme_emotions

05/10/09

La princesse et l'assassin ~ Magnus Nordin

doAdo Noir du Rouergue, 2009 - 250 pages - 13,50€
traduit du suédois par Lucille Clauss et Maximilien Stadler

la_princesse_lassassinDans une petite ville de Suède, un adolescent est pris au piège dans la voiture d'un détraqué qui va abandonner son corps violenté dans une déchetterie. Un an et demi après, dans une autre ville, une autre série de disparitions commence à alerter la police locale. Y aurait-il un maniaque sexuel aux aguets ?

Avant d'atteindre un vrai niveau d'angoisse, ce roman noir cultive sur 250 pages beaucoup de mystère et de nervosité (sous l'apparence calme, on devine un grondement intérieur, un drame prêt à éclater). Nous sommes dans la petite communauté de Norra Soderbro, la vie au lycée coule paisible, quand la nouvelle (Nina) fait son entrée dans la classe du professeur Walle. Sa famille vient d'emménager dans la maison voisine de Markus, leur situation paraît ordinaire mais on comprend très vite que Nina et les siens n'ont jamais cessé d'aller de ville en ville, en fuyant d'affreuses rumeurs.

Aussi Nina n'a qu'une envie : se fondre dans la masse. Elle est donc soulagée d'être prise en charge par la fille la plus populaire de l'école (Lenita) qui l'intègre parmi son cercle social, l'invite chez elle pour son anniversaire, lui fait connaître son béguin (Jajje, un guitariste de dix-huit ans). Mais l'attitude de Lenita est louche, c'est une fille autoritaire et excessive, manipulatrice et cruelle. Le soir de sa fête d'anniversaire, pas mal d'événements vont survenir et bouleverser le commun de leur vie à tous.

L'intrigue du roman s'étend ainsi, sans mot dire. C'est faussement lent car la tension est palpable. On se surprend à soupçonner tous les personnages, on ne devine pas une minute l'identité du coupable, on se laisse d'ailleurs berner en beauté, on retient son souffle jusqu'aux dernières pages, on serre les poings et les dents, on a le souffle court... bref on comprend que ce thriller est bon, très très bon même. La recette du polar nordique est appliquée à la lettre, c'est noir, oppressant, curieux, douloureux. Dans son pays, "La princesse et l'assassin" a d'ailleurs reçu en 2003 le prix du meilleur thriller pour la jeunesse.   

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09/09/09

Le plus vieux de la classe ~ Irène Cohen-Janca

DacOdac du Rouergue, 2009 - 70 pages - 6€

le_plus_vieux_de_la_classeL'histoire se passe au Kenya, à Tsévo. L'école ouvre ses portes à quiconque désire apprendre à lire et écrire, enfants et adultes qui vivent dans des villages reculés par exemple. C'est ainsi que se présente le "vieux", Zéfania. Il a un rêve : devenir policier. Mais il lui manque les connaissances pour passer le concours. Il se présente donc devant le portail de l'école, où John et ses camarades le dévisagent, stupéfaits et intrigués. La maîtresse se montre d'une gentillesse extraordinaire avec lui, et même la délicieuse Rebecca Lolosoli a des paillettes dans les yeux lorsqu'il s'exprime devant tous. Car le vieux est un héros, depuis le jour du buffle.

Ce petit roman nous raconte une histoire de tolérance et de courage, à travers les yeux d'un enfant - le narrateur, John - qui va prendre conscience des conditions difficiles de la vie dans le désert kenyan. John a des grands rêves pour sauver le monde, pour combattre la sécheresse et permettre à ceux qui souffrent de ne plus se priver d'apprentissage pour subvenir aux besoins de leur famille. C'est une histoire totalement dépaysante, pleine de générosité et porteuse d'un message simple mais touchant.
La fin est d'ailleurs très jolie.

 

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Un koala dans la tête ~ Elise Fontenaille

dacOdac du Rouergue, 2009 - 45 pages - 5€

un_koala_dans_la_teteNous poursuivons la découverte de la nouvelle collection dacOdac avec ce petit roman d'Elise Fontenaille au titre enchanteur : Un koala dans la tête.
C'est l'histoire de Charlotte, élève au collège, pas très consciencieuse dans son travail, souvent perdue dans ses rêveries, comme elle dit. Elle avoue être paresseuse par facilité et pour ne pas faire face aux trouilles qui font leur nid dans sa tête et son ventre. Son professeur principal en a cependant ras-le-bol et souhaite la bousculer en lui imposant un devoir oral - exposé au sujet libre. La demoiselle est bien embêtée et se confie à son père, qui va lui mettre entre les mains des livres en plus d'une photo trouvée par hasard dans ses affaires.
Un type qui ressemble à son père pose avec un koala sur la tête, le sourire éclatant. Qui est-il ? Son père est orphelin, n'a plus de famille, il vit séparé de la mère de Charlotte.
L'Australie et le koala font ainsi leur entrée dans la vie de la jeune fille.

Encore une belle lecture, faite de finesse et d'intelligence. J'ai beaucoup apprécié, entre le chemin qu'emprunte la narratrice et son portrait en douceur, j'avais mille raisons d'être séduite. Charlotte est un personnage atypique, rêveur, qui aime les livres et les récits de voyage. Elle s'amourache d'un pays aux antipodes de son paysage familier par la grâce d'une photographie, en plus de se découvrir une histoire de famille avec ses tiroirs secrets, et bien évidemment un tremplin dans la vie (scolaire) plus gratifiant que sa manie d'être 'caillou' (ne rien faire, se rouler en boule et attendre que le temps passe).
Jolie découverte, par l'auteur de Chasseur d'orages (disponible en doAdo).

A également été lu et apprécié par Bauchette qui s'interroge sur l'impact des couvertures.
(A titre personnel, j'aime beaucoup ce vert du Koala dans la tête.)

 

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