02/04/10

Moi, dans la vie, je crois qu'on peut être vieux dans ses habits et encore tout neuf dans sa tête.

mon_coeur_noublie_jamaisLa maman d'Angèle est hospitalisée en urgence car, enceinte de six mois, elle sent son bébé manifester quelques signes de mécontentement. Le papa doit partir au boulot et ne peut pas s'occuper de sa grande fille. Du coup, elle est envoyée en vacances chez Mamia à la campagne. Angèle est folle de joie ! Sa grand-mère a été une brillante comédienne pleine de gaieté et de fantaisie. Désormais, elle coule une retraite paisible dans sa maison entourée de fleurs et d'arbres fruitiers, près d'un lac. Un petit paradis terrestre. Le séjour se déroule à merveille et Angèle oublie d'être tristounette, même si elle pense très souvent à sa maman et à son futur petit frère. Malgré tout, au fil des jours, Mamia n'a pas l'air dans son assiette. Sont-ce les nouveaux cheveux blancs dans sa coiffure ? Ou son air rêveur et égaré ? Angèle se fait du souci. Sa grand-mère souffre d'une maladie des mots qui s'envolent. Une maladie qui lui fait perdre la tête. La petite fille se retient d'être trop inquiète, jusqu'à cette fameuse promenade dans la montagne, à bout de souffle et sans but précis, il est temps d'aider Mamia.

Pardon, Angèle. Mais parfois je m'absente, murmure-t-elle.
Puis elle m'explique que les mots qui s'envolent sont parfois une maladie. Que c'est cruel d'être malade des mots quand on a vécu grâce à eux toute sa vie. Elle me dit qu'elle est fière de m'avoir connue quand elle n'avait pas encore de trous dans la tête et que ce ne serait pas pareil pour mon petit frère. Alors je lui réponds doucement en caressant ses cheveux blancs. Je lui dis que moi, je lui raconterai, au petit frère, la Mamia d'avant. Celle du lac, des pièces de théâtre, des parties de crapette et même de la soupe aux cerises vertes. Je dis aussi que, pour les mots, on l'aidera à les retenir et à les garder longtemps longtemps. Et que pour moi, elle sera toujours Mamia. Qu'elle ressemblera pour toujours aux fleurs qui ne parlent pas mais qui savent tout.
Le câlin de paix a duré jusqu'au coucher du soleil. Je ne voulais plus qu'il s'arrête parce que je savais bien qu'après, plus rien ne serait pareil.
Avant de partir, Mamia m'a entraîné sous un gros noyer :
- Tu vois, ces petites pousses pas mûres, eh bien c'est du muguet. C'est ton grand-père qui l'a planté pour moi. Pour que l'odeur me fasse toujours penser à lui. Tu sais, mon petit chat, je n'ai pas besoin de l'odeur du muguet pour penser à lui.
Du bout des doigts, j'ai caressé les tiges vertes et j'ai compris que l'amour habitait ailleurs que dans la mémoire.

Agnès de Lestrade évoque en douceur la maladie d'Alzheimer avec un regard enfantin, qui respire la fraîcheur mais ne tombe jamais dans la niaiserie. En toute légèreté mais avec sérieux, donc. A aucun moment la maladie et ses conséquences ne sont sous-estimées. Comme Angèle, on s'interroge, on doute et on s'inquiète. En même temps, le bonheur des vacances fait résonner une mélodie rassurante, le confort de vie est éclatant, on se sent bien, on chasse les idées noires. C'est une juste balance entre la drôlerie et la franche inquiétude. Encore un joli roman zigZag.

Mon coeur n'oublie jamais ~ Agnès de Lestrade / illustrations de Violaine Marlange
Rouergue, coll. zigZag, 2010 - 112 pages - 6,50€

 


24/03/10

Parce que ce gars-là a tété comme un désespéré qui a failli ne pas passer l'été

kidKid, c'est une histoire de finesse et de sensibilité. Une histoire entre une femme et un chaton. Ce dernier trouve refuge chez la femme qui passe un été difficile, à tenir compagnie à ses parents qui vivent leurs derniers jours. C'est un album sur la solitude, la perte et le besoin de vie. La femme et le chaton vont se raccrocher l'un à l'autre, elle va le nourrir au biberon, se sentir père et mère pour lui, il ne va plus la quitter, dormir tous les soirs dans son dedans  ou se nicher sur la pile des coussins. Petit à petit, la couleur entre de nouveau dans la vie de la narratrice, après des journées vides et lentes, aussi longues que des verres de terre. Je ne passe pas en revue le graphisme de l'album, parfaitement sobre, épuré et intelligent, il suit l'histoire en y apportant la petite touche nécessaire. On ressent le vide, le manque, on vit l'étouffement, le cocon et le refuge. Cela ne se raconte pas, chaque album raconte à son lecteur sa petite histoire, et cet album a su vraiment me toucher. Pas parce qu'on parle d'un chat, un animal qui me laisse de marbre, mais parce qu'il laisse entendre qu'un animal peut vous redonner goût à la vie. Toute lecture est à prendre entre les lignes, ici ce que j'ai ressenti est également très personnel. C'est une histoire d'amour et de confiance. Une lecture pudique et sensible, très touchante.   
Ce duo d'auteurs avait déjà été récompensé par le prix du livre jeunesse de l'ARALD en 2009 pour C'est Giorgio.

Kid ~ Corinne Lovera Vitali / Loren Capelli
Rouergue, 2010 - 15€

challenge Je lis des albums - 21

challenge2jelisaussidesalbums

02/01/10

(démarrage en douceur)

C'est sur un grand éclat de rire que débute cette nouvelle année en lecture, grâce à Rachel Corenblit qui a osé glissé dans son histoire un zest de Cloclo et de Magnolia-forever. Le métier de papa est un roman qui s'adresse aux lecteurs débutants (et plus) et qui nous raconte le désarroi de Paolo dont le père est en prison. Chaque semaine, sa mère se rend au parloir mais l'enfant refuse de l'accompagner. Il est taciturne, il ignore pourquoi son père est enfermé mais il refuse d'en parler. A l'école, une copine va lui donner du pétillant dans le coeur en l'invitant à assister à un concert de son père. Avec son costume en toc, qui brille de mille feux, et sa perruque blonde brushinguée, le papa de Magnolia rend vie à Cloclo ! Aaah... Et de fil en aiguille, Paolo va retrouver le sourire et comprendre qu'il n'a jamais cessé d'aimer son père. C'est un texte réaliste mais pas déprimant, au contraire il est drôle et aussi léger qu'une bulle !
Bien entendu, c'est un titre de l'excellente collection ZigZag du Rouergue... le_metier_de_papa Rachel Corenblit / illustrations de Nikol - 90 pages et 6 euros.

 

 

 

 

On ne quitte pas Rachel Corenblit puisqu'on la retrouve dans l'autre excellente collection doAdo Noir du Rouergue avec un roman flippant de la mort ! Un petit bout d'enfer raconte l'étrange parcours qui fera rencontrer une jeune fille de quatorze ans et un type d'une quarantaine d'années en pleine rupture sociale. Juliette a été punie par son père et doit passer un mois de vacances chez sa grand-mère dans un bled paumé. Elle profite d'un après-midi de courses pour se rendre au cinéma, ce jour-là son chemin croise celui d'un individu qui ne supporte ni le bruit, ni les mensonges, ni la trahison. Sous son manteau, il porte une arme et il n'hésitera pas à s'en servir. Kidnapping, cavale dans la forêt, fusillade sont attendus, en plus d'une tension horrible et haletante. C'est une lecture qui fait dresser les poils sur les bras, on lit ce court roman d'une traite, en prenant soin de respirer un bon coup après la dernière page tournée. Pfiou.
C'est le long soupir des arbres qui chantent la mort.
un_petit_bout_d_enferRachel Corenblit / 140 pages et 8 euros.

 

 

 

 

Retour en douceur grâce à ce délicieux roman d'Estelle Lépine (auteur de Demain l'année prochaine, seuil jeunesse), ou comment Hippo se perd au pays des émotions. E comme émotion est l'histoire peu banale d'un enfant décrit comme trop émotif - sensible, doué d'une imagination débordante, réceptif au monde extérieur, curieux des autres et de lui-même ? Hippo va dresser son propre dictionnaire des émotions, vu qu'il est sceptique quant à celui que possède sa famille. Les données sont trop formelles, trop évasives. Hippo est un garçon hors du commun, il comprend que les émotions entretiennent un lien étroit avec le corps. Son dictionnaire ressemble donc à un catalogue d'équations : Gaïa chuchote sur mon passage = mon coeur tombe dans mes baskets.
Ou bien : Mme Réda rend les dictées-surprises = mon coeur résonne dans ma poitrine +  embouteillage de salive à l'entrée de la gorge.
Et enfin ce passage que j'aime beaucoup : Les émotions sont impitoyables, elles transforment tout sur leur passage.
Un coeur en gong.
Un bras en gourdin.
Une gorge en entonnoir.
Des jambes en purée.
Un front en radiateur.
Les émotions sont des sorcières.
Tellement malignes que personne ne s'aperçoit que ce sont elles qui jettent des sorts.
Avec ce livre, c'est aussi une gentille réflexion pleine de pertinence et sans prise de tête que le lecteur découvrira. Encore une fois, dans l'excellente collection ZigZag... cette collection est toujours riche en découvertes, son esthétique est repérable entre mille, car ce sont des livres tout en noir et blanc, et les illustrations sont en osmose avec le texte. Le catalogue est une mine d'auteurs tous plus talentueux les uns que les autres.
J'adore !
Estelle Lépine / illustrations de Maud Cressely - 120 pages et 7 euros.  E_comme_emotions

05/10/09

La princesse et l'assassin ~ Magnus Nordin

doAdo Noir du Rouergue, 2009 - 250 pages - 13,50€
traduit du suédois par Lucille Clauss et Maximilien Stadler

la_princesse_lassassinDans une petite ville de Suède, un adolescent est pris au piège dans la voiture d'un détraqué qui va abandonner son corps violenté dans une déchetterie. Un an et demi après, dans une autre ville, une autre série de disparitions commence à alerter la police locale. Y aurait-il un maniaque sexuel aux aguets ?

Avant d'atteindre un vrai niveau d'angoisse, ce roman noir cultive sur 250 pages beaucoup de mystère et de nervosité (sous l'apparence calme, on devine un grondement intérieur, un drame prêt à éclater). Nous sommes dans la petite communauté de Norra Soderbro, la vie au lycée coule paisible, quand la nouvelle (Nina) fait son entrée dans la classe du professeur Walle. Sa famille vient d'emménager dans la maison voisine de Markus, leur situation paraît ordinaire mais on comprend très vite que Nina et les siens n'ont jamais cessé d'aller de ville en ville, en fuyant d'affreuses rumeurs.

Aussi Nina n'a qu'une envie : se fondre dans la masse. Elle est donc soulagée d'être prise en charge par la fille la plus populaire de l'école (Lenita) qui l'intègre parmi son cercle social, l'invite chez elle pour son anniversaire, lui fait connaître son béguin (Jajje, un guitariste de dix-huit ans). Mais l'attitude de Lenita est louche, c'est une fille autoritaire et excessive, manipulatrice et cruelle. Le soir de sa fête d'anniversaire, pas mal d'événements vont survenir et bouleverser le commun de leur vie à tous.

L'intrigue du roman s'étend ainsi, sans mot dire. C'est faussement lent car la tension est palpable. On se surprend à soupçonner tous les personnages, on ne devine pas une minute l'identité du coupable, on se laisse d'ailleurs berner en beauté, on retient son souffle jusqu'aux dernières pages, on serre les poings et les dents, on a le souffle court... bref on comprend que ce thriller est bon, très très bon même. La recette du polar nordique est appliquée à la lettre, c'est noir, oppressant, curieux, douloureux. Dans son pays, "La princesse et l'assassin" a d'ailleurs reçu en 2003 le prix du meilleur thriller pour la jeunesse.   

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09/09/09

Le plus vieux de la classe ~ Irène Cohen-Janca

DacOdac du Rouergue, 2009 - 70 pages - 6€

le_plus_vieux_de_la_classeL'histoire se passe au Kenya, à Tsévo. L'école ouvre ses portes à quiconque désire apprendre à lire et écrire, enfants et adultes qui vivent dans des villages reculés par exemple. C'est ainsi que se présente le "vieux", Zéfania. Il a un rêve : devenir policier. Mais il lui manque les connaissances pour passer le concours. Il se présente donc devant le portail de l'école, où John et ses camarades le dévisagent, stupéfaits et intrigués. La maîtresse se montre d'une gentillesse extraordinaire avec lui, et même la délicieuse Rebecca Lolosoli a des paillettes dans les yeux lorsqu'il s'exprime devant tous. Car le vieux est un héros, depuis le jour du buffle.

Ce petit roman nous raconte une histoire de tolérance et de courage, à travers les yeux d'un enfant - le narrateur, John - qui va prendre conscience des conditions difficiles de la vie dans le désert kenyan. John a des grands rêves pour sauver le monde, pour combattre la sécheresse et permettre à ceux qui souffrent de ne plus se priver d'apprentissage pour subvenir aux besoins de leur famille. C'est une histoire totalement dépaysante, pleine de générosité et porteuse d'un message simple mais touchant.
La fin est d'ailleurs très jolie.

 

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Un koala dans la tête ~ Elise Fontenaille

dacOdac du Rouergue, 2009 - 45 pages - 5€

un_koala_dans_la_teteNous poursuivons la découverte de la nouvelle collection dacOdac avec ce petit roman d'Elise Fontenaille au titre enchanteur : Un koala dans la tête.
C'est l'histoire de Charlotte, élève au collège, pas très consciencieuse dans son travail, souvent perdue dans ses rêveries, comme elle dit. Elle avoue être paresseuse par facilité et pour ne pas faire face aux trouilles qui font leur nid dans sa tête et son ventre. Son professeur principal en a cependant ras-le-bol et souhaite la bousculer en lui imposant un devoir oral - exposé au sujet libre. La demoiselle est bien embêtée et se confie à son père, qui va lui mettre entre les mains des livres en plus d'une photo trouvée par hasard dans ses affaires.
Un type qui ressemble à son père pose avec un koala sur la tête, le sourire éclatant. Qui est-il ? Son père est orphelin, n'a plus de famille, il vit séparé de la mère de Charlotte.
L'Australie et le koala font ainsi leur entrée dans la vie de la jeune fille.

Encore une belle lecture, faite de finesse et d'intelligence. J'ai beaucoup apprécié, entre le chemin qu'emprunte la narratrice et son portrait en douceur, j'avais mille raisons d'être séduite. Charlotte est un personnage atypique, rêveur, qui aime les livres et les récits de voyage. Elle s'amourache d'un pays aux antipodes de son paysage familier par la grâce d'une photographie, en plus de se découvrir une histoire de famille avec ses tiroirs secrets, et bien évidemment un tremplin dans la vie (scolaire) plus gratifiant que sa manie d'être 'caillou' (ne rien faire, se rouler en boule et attendre que le temps passe).
Jolie découverte, par l'auteur de Chasseur d'orages (disponible en doAdo).

A également été lu et apprécié par Bauchette qui s'interroge sur l'impact des couvertures.
(A titre personnel, j'aime beaucoup ce vert du Koala dans la tête.)

 

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Joyeux ornithorynque ! ~ Cécile Chartre

DacOdac du Rouergue, 2009 - 60 pages - 5,50€

joyeux_ornithoLa mère de Mado déteste le jour de son anniversaire - le 4 juin. C'est une pitié pour sa famille qui se creuse les méninges pour rendre la pilule plus douce à avaler, mais tous les efforts sont vains. Cette année, c'est la cata car la maman de Mado accuse 40 ans. Depuis un mois, le père en a mal au ventre à force de chercher une solution. Sur un coup de tête, il opte pour bannir le mot anniversaire et le remplacer par ornithorynque, et branle-bas de combat, toute la famille se niche dans le Combi pour aller en Espagne.

Je pensais me sentir proche de cette maman (hantise de l'anniversaire, hanlala), même pas. Par contre, j'ai retenu deux-trois trucs appréciables qui font que - maintenant - je vais moins râler le jour de mon anniversaire et savoir mieux apprécier l'instant présent. Je dis ça, je ne dis rien. C'est en tout cas le message précieux, délicat et sensible que ce petit roman vous divulgue. C'est l'histoire d'une famille sympathique qui va croiser sur son chemin une bonne raison de trouver la vie belle et formidable, en plus de se satisfaire d'être en vie et en pleine santé.

Un petit roman à déguster, qui figure parmi la toute nouvelle collection chez le Rouergue et qui s'adresse aux lecteurs qui ne lisent plus les ZigZag (que j'adore) et qui ne veulent pas encore se plonger dans les doAdo.
Testé et approuvé par ma fille, qui s'est esclaffée derechef : arf, c'est comme toi maman !
Tsss.

Mel et Jean de la Soupe de l'Espace ont a.d.o.r.é !

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06/08/09

Quand mon frère reviendra ~ Isabelle Collombat

Rouergue, coll. doAdo, 2009 - 250 pages - 11,50€

quand_mon_frere_reviendra

C'est l'histoire d'une attente, d'un vide et d'une absence de six mois. Le 17 novembre, en pleine nuit, Philippe quitte la maison. Dès le début du roman, on apprend que le garçon a été retrouvé par les gendarmes. Toute la famille attend alors son retour, fébrilement. Mais tandis que sa mère est visiblement soulagée et impatiente, Lia, la jeune soeur de quatorze ans, verse quelques larmes de frustration et de rage. Car elle en veut terriblement à son frère, elle veut comprendre la raison de son départ, son égoïsme, son manque de sensibilité, son indifférence envers ses proches, longtemps plongés dans l'angoisse de l'ignorance. Par sa faute.

L'histoire raconte donc les trois étapes de cette fugue, au moment où est annoncé le retour prochain de Philippe, puis ce qu'il s'est passé six mois auparavant, et enfin l'arrivée de l'adolescent, totalement métamorphosé, abrupt dans ses explications, maladroit et inconscient du mal qu'il fait. "Je n'avais pas envie de revenir", murmure-t-il pour simple information. Evidemment, l'indignation de Lia éclate au grand jour. Elle n'en veut pas de ce frère qui n'est plus le sien. Qu'il aille au diable avec ses théories sur leur monde formaté, rivé à la consommation et au capitalisme. Elle s'en moque, elle veut simplement renouer avec le frère disparu.

C'est une histoire tendre et violente à la fois, une histoire qui ne parle pas seulement d'une fugue mais de son effet dévastateur sur l'entourage. On sent une famille désunie et brisée à jamais, malgré la surface lisse, irréprochable, le cadre de vie confortable, la liberté au coeur même de l'éducation et du couple. Jamais de laisse, jamais de contraintes. Le système a failli, aujourd'hui tous peinent à se regarder dans le blanc des yeux pour accepter la vérité, et non plus à accuser l'autre d'une faute qui n'appartient à personne.

L'histoire développe aussi une finesse d'esprit très appréciable, cerne toute la perplexité du malaise adolescent et pousse ainsi les personnages à déraper puis à se remettre doucement, mais péniblement, sur les rails. L'histoire est racontée du point de vue de Lia, qui porte un oeil blasé sur les siens, en plus d'un goût amer dans la bouche. C'est un très bon roman, sensible et pudique, âpre et farouche. J'ai beaucoup aimé ce livre, dont le style et la justesse ont su personnellement me toucher. 

le blog de l'auteur : http://isacollombat.canalblog.com/

 

 

 

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25/04/09

Ma tante est épatante ~ Gladys Marciano

Illustrations de Thomas Gosselin

Les vacances aidant, nous lisons beaucoup de romans pour la jeunesse... et au soleil, s'il vous plaît. Sans dépenser un copec, vous voyageons aussi beaucoup, nous traversons les frontières, nous sommes ainsi allées à Londres, en Ecosse, quelque part dans des royaumes inconnus, peuplés de magie et de créatures fantastiques. C'est sûr que ça ne remplace pas l'expérience sur le terrain (snif snif), mais on se console comme on peut. Et puis on sait qu'on se vengera très bientôt, et on se rattrapera dignement !!! Gnak gnak gnak. Y'a pas de raison. En attendant, cette fois-ci nous partons en Espagne, à Barcelone !

tante_epatante

 

Clara passe quelques jours avec sa tante Zarie à Barcelone. La découverte de la ville ne manque pas d'étonner la fillette, entre les chambres avec la vista tant désirée, maître mot dans ce dédale touristique, ou les immeubles en forme de vague, la Sagrada Familia qui est une église pas terminée, belle, très belle avec des tours comme des immenses bougies qui seraient en train de fondre, le métro qui débouche sur la plage... A Barcelone, on goûte aux tapas, on se promène sur les Ramblas et on peut s'acheter une magnifique robe rouge avec de gros pois noirs, des volants et une traîne, comme les danseuses espagnoles.

Tante Zarie a aussi l'âme nostalgique, car Barcelone lui rappelle son amour perdu, Paco, qui était son mari espagnol. Entre eux, ce fut le coup de foudre et dès le début de leur rencontre, Zarie lui a dit : « Si tu m'aimes, ne me parle plus qu'en espagnol » et il m'a dit : « D'accord, mi querida, mi amor. » Et leur histoire d'amour a été comme une histoire au cinéma, sans les sous-titres (dixit la tante épatante).

Tante Zarie est aussi la meilleure pour expliquer ce qu'est la mort, pour ne plus en avoir peur et pour chasser les cauchemars, grâce à une petite cuillère avec du sucre à l'intérieur. « Les cauchemars sont amers, et ils sont attirés par ce qui est sucré. La nuit ils se colleront à ta cuillère, et pris comme une mouche sur du miel, ils ne pourront plus t'attaquer. »

Ce roman apprend à cultiver le bonheur, à saisir l'instant et à chasser les pensées tristes. L'histoire s'ouvre d'ailleurs sur la meilleure façon de bien préparer sa valise ! Ou comment emporter sa maison et les êtres qu'on aime le plus à l'autre bout de la planète.

J'ai bien aimé ce texte, qui propose un joyeux voyage à Barcelone, mais j'ai aussi trouvé qu'il était un peu fourre-tout. On évoque l'amour, la mort et les cauchemars en plus de présenter la cité espagnole, son architecture, sa culture, et son historique. C'est un roman à cent à l'heure. La figure de la tante épatante est admirablement brossée, d'ailleurs ma fille lance de grands appels pour que ses tantes chéries lui paient un voyage à Barcelone !
A bon entendeur...

Rouergue, coll. ZigZag, 2009 - 112 pages - 6,50€

le blog de thomas gosselin: http://rocambolebijou.over-blog.com/

18/03/09

En cage - Kalisha Buckhanon

en_cageJ'ai pour habitude de choisir mes livres au hasard, de ne pas connaître l'histoire et de ne pas lire la quatrième de couverture. Je laisse place au petit bonheur la chance, je ne juge pas forcément sur la couverture, car pour cette fois c'est un peu loupé, mais je m'en remets à la magie de la première phrase. Ici : « Baby, la première chose qu'il faut que je sache, c'est si tu crois que j'ai tué mon père. » Oh ? Je ne sais pas vous, mais moi cela m'a plu !  Et j'ai voulu en savoir plus.

Ecrit sous forme épistolaire, ce premier roman de Kalisha Buckhanon raconte une histoire d'amour entre deux adolescents de Harlem. L'histoire débute en janvier 1990, Antonio vient d'être incarcéré pour le meurtre de son père. Sa petite amie Natasha lui répond en lui jurant son attachement profond et indéfectible. Leurs premiers échanges se résument ainsi, de longues tirades enflammées, des promesses, de l'espoir et la confiance en la justice, car Antonio plaide des circonstances atténuantes (son père battait sa mère). De son côté, Natasha continue sa routine, dans un foyer où ce n'est pas rose tous les jours (son père est mort dans un incendie, et son beau-père n'est qu'un imbécile à l'esprit étriqué). En plus, elle est montrée du doigt, c'est la petite copine du mec en taule, à Harlem la tendresse n'a pas droit de cité.

Pourtant, ce n'est pas moche, pas pénible, pas gonflant à lire. Certes, l'argot roule des mécaniques, mais en toute logique, car nos deux amoureux n'ont jamais quitté New York, ils ont poussé à l'ombre des blocs de ciment et des tags sur les murs, dans un quartier-ghetto livré à lui-même. C'est pour eux la routine, cependant ce n'est pas une raison de baisser les bras. Avec cette tuile qui leur arrive, Antonio et Natasha prennent conscience qu'il faut se battre pour décrocher une étoile. Chacun de leur côté, ils vont foncer : Antonio reprend ses études et n'a plus honte d'afficher son amour des livres, Natasha s'est inscrite dans un programme spécial, qui lui offrira l'opportunité d'aller à Paris, puis de s'inscrire en fac.

Le temps passe, les émotions grandissent, les sentiments aussi. Antonio et Natasha deviennent des jeunes adultes, et sans le vouloir, ils n'ont plus les mêmes envies, les mêmes attentes. « Maintenant je sais que là, dehors, à distance d'avion, l'univers est immense et moi je veux le voir. » déclare Natasha, qui a besoin d'air. La correspondance va s'étendre sur dix ans, avec des hauts et des bas. Leur amour va-t-il résister à toutes les épreuves ? 

J'ai été heureuse de découvrir ce roman, surprenant d'authenticité. Il se lit d'une traite, il ne mâche pas ses mots, et la fin est belle, pas du tout mielleuse. Ce n'est pas un conte de fées, c'est même poignant parce que certaines vérités éclatent au bout de dix ans, et c'est là qu'on prend la mesure du sacrifice, de la vie qui joue des tours. Et puis le titre, "En Cage", peut avoir plusieurs significations. Enfin c'est bouleversant, ça vous prend aux tripes et cela va rester une lecture qui comptera beaucoup !

NB : les Editions du rouergue vous livrent les premières pages du livre, au format PDF   

Rouergue, coll. doAdo Monde, 2009 - 252 pages - 13,50€
traduit de l'anglais (USA) par Elodie Leplat

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