09/09/09

Joyeux ornithorynque ! ~ Cécile Chartre

DacOdac du Rouergue, 2009 - 60 pages - 5,50€

joyeux_ornithoLa mère de Mado déteste le jour de son anniversaire - le 4 juin. C'est une pitié pour sa famille qui se creuse les méninges pour rendre la pilule plus douce à avaler, mais tous les efforts sont vains. Cette année, c'est la cata car la maman de Mado accuse 40 ans. Depuis un mois, le père en a mal au ventre à force de chercher une solution. Sur un coup de tête, il opte pour bannir le mot anniversaire et le remplacer par ornithorynque, et branle-bas de combat, toute la famille se niche dans le Combi pour aller en Espagne.

Je pensais me sentir proche de cette maman (hantise de l'anniversaire, hanlala), même pas. Par contre, j'ai retenu deux-trois trucs appréciables qui font que - maintenant - je vais moins râler le jour de mon anniversaire et savoir mieux apprécier l'instant présent. Je dis ça, je ne dis rien. C'est en tout cas le message précieux, délicat et sensible que ce petit roman vous divulgue. C'est l'histoire d'une famille sympathique qui va croiser sur son chemin une bonne raison de trouver la vie belle et formidable, en plus de se satisfaire d'être en vie et en pleine santé.

Un petit roman à déguster, qui figure parmi la toute nouvelle collection chez le Rouergue et qui s'adresse aux lecteurs qui ne lisent plus les ZigZag (que j'adore) et qui ne veulent pas encore se plonger dans les doAdo.
Testé et approuvé par ma fille, qui s'est esclaffée derechef : arf, c'est comme toi maman !
Tsss.

Mel et Jean de la Soupe de l'Espace ont a.d.o.r.é !

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06/08/09

Quand mon frère reviendra ~ Isabelle Collombat

Rouergue, coll. doAdo, 2009 - 250 pages - 11,50€

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C'est l'histoire d'une attente, d'un vide et d'une absence de six mois. Le 17 novembre, en pleine nuit, Philippe quitte la maison. Dès le début du roman, on apprend que le garçon a été retrouvé par les gendarmes. Toute la famille attend alors son retour, fébrilement. Mais tandis que sa mère est visiblement soulagée et impatiente, Lia, la jeune soeur de quatorze ans, verse quelques larmes de frustration et de rage. Car elle en veut terriblement à son frère, elle veut comprendre la raison de son départ, son égoïsme, son manque de sensibilité, son indifférence envers ses proches, longtemps plongés dans l'angoisse de l'ignorance. Par sa faute.

L'histoire raconte donc les trois étapes de cette fugue, au moment où est annoncé le retour prochain de Philippe, puis ce qu'il s'est passé six mois auparavant, et enfin l'arrivée de l'adolescent, totalement métamorphosé, abrupt dans ses explications, maladroit et inconscient du mal qu'il fait. "Je n'avais pas envie de revenir", murmure-t-il pour simple information. Evidemment, l'indignation de Lia éclate au grand jour. Elle n'en veut pas de ce frère qui n'est plus le sien. Qu'il aille au diable avec ses théories sur leur monde formaté, rivé à la consommation et au capitalisme. Elle s'en moque, elle veut simplement renouer avec le frère disparu.

C'est une histoire tendre et violente à la fois, une histoire qui ne parle pas seulement d'une fugue mais de son effet dévastateur sur l'entourage. On sent une famille désunie et brisée à jamais, malgré la surface lisse, irréprochable, le cadre de vie confortable, la liberté au coeur même de l'éducation et du couple. Jamais de laisse, jamais de contraintes. Le système a failli, aujourd'hui tous peinent à se regarder dans le blanc des yeux pour accepter la vérité, et non plus à accuser l'autre d'une faute qui n'appartient à personne.

L'histoire développe aussi une finesse d'esprit très appréciable, cerne toute la perplexité du malaise adolescent et pousse ainsi les personnages à déraper puis à se remettre doucement, mais péniblement, sur les rails. L'histoire est racontée du point de vue de Lia, qui porte un oeil blasé sur les siens, en plus d'un goût amer dans la bouche. C'est un très bon roman, sensible et pudique, âpre et farouche. J'ai beaucoup aimé ce livre, dont le style et la justesse ont su personnellement me toucher. 

le blog de l'auteur : http://isacollombat.canalblog.com/

 

 

 

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25/04/09

Ma tante est épatante ~ Gladys Marciano

Illustrations de Thomas Gosselin

Les vacances aidant, nous lisons beaucoup de romans pour la jeunesse... et au soleil, s'il vous plaît. Sans dépenser un copec, vous voyageons aussi beaucoup, nous traversons les frontières, nous sommes ainsi allées à Londres, en Ecosse, quelque part dans des royaumes inconnus, peuplés de magie et de créatures fantastiques. C'est sûr que ça ne remplace pas l'expérience sur le terrain (snif snif), mais on se console comme on peut. Et puis on sait qu'on se vengera très bientôt, et on se rattrapera dignement !!! Gnak gnak gnak. Y'a pas de raison. En attendant, cette fois-ci nous partons en Espagne, à Barcelone !

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Clara passe quelques jours avec sa tante Zarie à Barcelone. La découverte de la ville ne manque pas d'étonner la fillette, entre les chambres avec la vista tant désirée, maître mot dans ce dédale touristique, ou les immeubles en forme de vague, la Sagrada Familia qui est une église pas terminée, belle, très belle avec des tours comme des immenses bougies qui seraient en train de fondre, le métro qui débouche sur la plage... A Barcelone, on goûte aux tapas, on se promène sur les Ramblas et on peut s'acheter une magnifique robe rouge avec de gros pois noirs, des volants et une traîne, comme les danseuses espagnoles.

Tante Zarie a aussi l'âme nostalgique, car Barcelone lui rappelle son amour perdu, Paco, qui était son mari espagnol. Entre eux, ce fut le coup de foudre et dès le début de leur rencontre, Zarie lui a dit : « Si tu m'aimes, ne me parle plus qu'en espagnol » et il m'a dit : « D'accord, mi querida, mi amor. » Et leur histoire d'amour a été comme une histoire au cinéma, sans les sous-titres (dixit la tante épatante).

Tante Zarie est aussi la meilleure pour expliquer ce qu'est la mort, pour ne plus en avoir peur et pour chasser les cauchemars, grâce à une petite cuillère avec du sucre à l'intérieur. « Les cauchemars sont amers, et ils sont attirés par ce qui est sucré. La nuit ils se colleront à ta cuillère, et pris comme une mouche sur du miel, ils ne pourront plus t'attaquer. »

Ce roman apprend à cultiver le bonheur, à saisir l'instant et à chasser les pensées tristes. L'histoire s'ouvre d'ailleurs sur la meilleure façon de bien préparer sa valise ! Ou comment emporter sa maison et les êtres qu'on aime le plus à l'autre bout de la planète.

J'ai bien aimé ce texte, qui propose un joyeux voyage à Barcelone, mais j'ai aussi trouvé qu'il était un peu fourre-tout. On évoque l'amour, la mort et les cauchemars en plus de présenter la cité espagnole, son architecture, sa culture, et son historique. C'est un roman à cent à l'heure. La figure de la tante épatante est admirablement brossée, d'ailleurs ma fille lance de grands appels pour que ses tantes chéries lui paient un voyage à Barcelone !
A bon entendeur...

Rouergue, coll. ZigZag, 2009 - 112 pages - 6,50€

le blog de thomas gosselin: http://rocambolebijou.over-blog.com/

18/03/09

En cage - Kalisha Buckhanon

en_cageJ'ai pour habitude de choisir mes livres au hasard, de ne pas connaître l'histoire et de ne pas lire la quatrième de couverture. Je laisse place au petit bonheur la chance, je ne juge pas forcément sur la couverture, car pour cette fois c'est un peu loupé, mais je m'en remets à la magie de la première phrase. Ici : « Baby, la première chose qu'il faut que je sache, c'est si tu crois que j'ai tué mon père. » Oh ? Je ne sais pas vous, mais moi cela m'a plu !  Et j'ai voulu en savoir plus.

Ecrit sous forme épistolaire, ce premier roman de Kalisha Buckhanon raconte une histoire d'amour entre deux adolescents de Harlem. L'histoire débute en janvier 1990, Antonio vient d'être incarcéré pour le meurtre de son père. Sa petite amie Natasha lui répond en lui jurant son attachement profond et indéfectible. Leurs premiers échanges se résument ainsi, de longues tirades enflammées, des promesses, de l'espoir et la confiance en la justice, car Antonio plaide des circonstances atténuantes (son père battait sa mère). De son côté, Natasha continue sa routine, dans un foyer où ce n'est pas rose tous les jours (son père est mort dans un incendie, et son beau-père n'est qu'un imbécile à l'esprit étriqué). En plus, elle est montrée du doigt, c'est la petite copine du mec en taule, à Harlem la tendresse n'a pas droit de cité.

Pourtant, ce n'est pas moche, pas pénible, pas gonflant à lire. Certes, l'argot roule des mécaniques, mais en toute logique, car nos deux amoureux n'ont jamais quitté New York, ils ont poussé à l'ombre des blocs de ciment et des tags sur les murs, dans un quartier-ghetto livré à lui-même. C'est pour eux la routine, cependant ce n'est pas une raison de baisser les bras. Avec cette tuile qui leur arrive, Antonio et Natasha prennent conscience qu'il faut se battre pour décrocher une étoile. Chacun de leur côté, ils vont foncer : Antonio reprend ses études et n'a plus honte d'afficher son amour des livres, Natasha s'est inscrite dans un programme spécial, qui lui offrira l'opportunité d'aller à Paris, puis de s'inscrire en fac.

Le temps passe, les émotions grandissent, les sentiments aussi. Antonio et Natasha deviennent des jeunes adultes, et sans le vouloir, ils n'ont plus les mêmes envies, les mêmes attentes. « Maintenant je sais que là, dehors, à distance d'avion, l'univers est immense et moi je veux le voir. » déclare Natasha, qui a besoin d'air. La correspondance va s'étendre sur dix ans, avec des hauts et des bas. Leur amour va-t-il résister à toutes les épreuves ? 

J'ai été heureuse de découvrir ce roman, surprenant d'authenticité. Il se lit d'une traite, il ne mâche pas ses mots, et la fin est belle, pas du tout mielleuse. Ce n'est pas un conte de fées, c'est même poignant parce que certaines vérités éclatent au bout de dix ans, et c'est là qu'on prend la mesure du sacrifice, de la vie qui joue des tours. Et puis le titre, "En Cage", peut avoir plusieurs significations. Enfin c'est bouleversant, ça vous prend aux tripes et cela va rester une lecture qui comptera beaucoup !

NB : les Editions du rouergue vous livrent les premières pages du livre, au format PDF   

Rouergue, coll. doAdo Monde, 2009 - 252 pages - 13,50€
traduit de l'anglais (USA) par Elodie Leplat

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17/03/09

Chasseur d'orages - Elise Fontenaille

chasseur_doragesAprès quinze années passées aux côtés de son extraordinaire grand-père, John, photographe des phénomènes orageux, qui vient de mourir d'une crise cardiaque en pleine mission, Herb doit retourner vivre avec son père, un 'logger', qui habite le quartier le plus chic de Vancouver. L'adolescent se sent mal, inadapté, encombrant. Il n'a qu'un but : partir, et dans le même temps il en profitera pour répandre les cendres de son grand-père sur le site des Lightning Fields à Santa Fe. En chemin, il rencontre trois étudiants des Beaux-Arts, la brunette Mina, la voluptueuse Blondie et l'irrascible Moon.

Leur voyage réunit toutes les particularités d'un guide du routard de la côte ouest américaine, en plus d'être un roman à la gloire d'une Amérique métissée, écolo et décontractée. On y parle musique, on y parle art, on y parle nature, on y parle liberté et indépendance. En clin d'oeil à Kerouac, l'histoire se passe sur la route, à bord d'un van, on traverse des paysages splendides, comme le parc des Joshua Trees (et oui, ce n'est pas seulement le nom d'un album !).

Par cette perpétuelle soif de découvertes, d'informations et d'appréciations, le livre se déguste. Le seul souci, en ce qui me concerne, c'est la trop grande facilité dans certains détails - tout coule de source, tout devient une évidence, tout paraît inévitable, écrit quelque part, fait exprès pour la rencontre. Aucun effort vain, d'ailleurs aucun véritable effort, à mon sens. Cette dégoulinade de providence peut agacer, mais après tout c'est loin d'être de la pure complaisance aussi. Les coincidences sont ici pour nourrir une intrigue facile, qui séduira le lectorat adolescent, par ailleurs fortement conquis par l'ambiance rock'n roll du roman. Une histoire passionnante, sans aucun doute.

Rouergue, coll. doAdo, 2009 - 96 pages - 6,50€

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joshua_tree_cover

bah oui, les voilà ... et avec eux, dans le fond, le parc national des Joshua Trees !
en ce temps-là, U2 était pour moi LE  groupe, mais depuis l'écoute, très ennuyeuse, de leur dernier album, je suis déçue !!!!!!

 

 

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Embrasse-moi - Bart Moeyaert

embrasse_moiDans une atmosphère énigmatique et moite, Molly et la Fausse Blonde (oui, c'est comme ça qu'on l'appelle !) se rendent sur une colline au bord d'un lac pour échanger leurs secrets. Mais toutes confidences sont inenvisageables car ni l'une ni l'autre ne concèdent un petit bout de terrain et le tête-à-tête vire à l'empoignade. Depuis toujours, elles se détestent et, entre nous, cette histoire de secrets à partager est singulière, un peu bizarroïde à comprendre. Molly, sur qui notre intérêt s'attache plus particulièrement, est une jeune fille trop forte, et qui se juge trop moche. Elle se sent discriminée, toujours mise à l'écart, et pourtant elle porte en elle un secret bouleversant, qui fait battre son coeur.

Pour rendre ce roman captivant, il ne faut pas chercher à découvrir les secrets des adolescentes, ou alors il n'y a plus d'intérêt ! Certes, le talent narratif de Bart Moeyaert fait son effet, puisqu'il nous propose un texte troublant, presque envoûtant. Toutefois j'avoue m'être souvent perdue en chemin, avoir froncé les sourcils parce que je ne comprenais pas systématiquement les actes manqués des personnages. Et puis la portée des secrets n'est finalement pas si retentissante, c'est simplement la conséquence des révélations qui devient plus intriguante.

On découvre une Molly susceptible et à fleur de peau, ce n'est pas sorcier de comprendre l'origine du mal, mais c'est son antagonisme avec ladite Fausse Blonde qui va en prendre un coup, lorsque les voiles tombent. La fin pourrait paraître presque mielleuse, si j'étais intransigeante. (Mais je ne le suis pas ! Enfin, pas en littérature !) Un camarade de Molly - Bruno Goujon - est un peu la tête pensante du groupe, le sage de la bande. Il n'a pas un physique de tombeur, on le houspille un peu pour sa placidité, alors que sa sagacité devrait le rendre bougrement attirant. Il est le seul à expliquer que les secrets sont nombreux et différents, il y en a des beaux, des grands, des honteux, des précieux. Mais il ne faut pas tous les ranger à la même enseigne. Et plus ils sont importants, plus il faut les conserver pour soi.

On a tous quelque chose à cacher, nous dit Bart Moeyaert dans ce texte enivrant et ambigu. Et la force du secret est justement de le préserver, c'est un peu ce qu'on découvre. Le roman se présente ainsi : l'histoire s'étend sur une journée, il fait très chaud, les esprits sont enflammés, les sens aiguisés et les émotions multiples (on y trouve, pêle-mêle, mensonge, trahison, honte et désir). C'est un très bon livre, pas facile à aborder et pas évident non plus à partager, parce que l'ambiance est vraiment particulière, mais captivante.
A tenter.

Rouergue, coll. doAdo, 2009 - 128 pages - 7,50€
traduit du néerlandais par Daniel Cunin

Du même auteur : Frères

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18/02/09

Mi-ange, mi-démon

Un sale gosse - Jan Simoen

« Bon, les gars, on va se mettre d'accord... »

sale_gosseNathan, 16 ans, est conduit en salle d'interrogatoire par la police. Il est seul, face à un inspecteur, et doit s'expliquer sur ce qu'il s'est passé. On ne sait rien pour l'instant, le garçon est fermé comme une huître, il joue les durs. Il n'en est pas à son coup d'essai, c'est un sale gosse, gâté pourri par sa mère qui a été larguée par le père. Pour qu'elle évite de le gronder, Nathan a accepté le deal de passer deux soirées par semaine avec elle à regarder des séries policières à la télé. Nathan se croit fort, il ne lâche pas le morceau. Mais qu'est-il arrivé à Ella, son ex petite copine ? Le gamin jure son innocence, son monologue intérieur vient contredire ses paroles.

C'est dans cet étrange climat de tension et de suspicion que coule le récit. Nathan cultive l'ambiguité, il est mi-ange, mi-démon. Il aime se raconter des histoires, pour se rassurer. Toutefois cette séance de face-à-face avec l'inspecteur de police va l'ébranler, pour enfin modifier sa vision, pour le forcer une bonne fois pour toutes à se regarder dans le miroir. A voir et cerner qui il est vraiment. Et comprendre la teneur de ses actes.

Ce roman de Jan Simoen a obtenu le prix néerlandais du meilleur roman pour adolescents en 2008.

Dans le même registre, A la brocante du coeur de Robert Cormier.

Rouergue, coll. doAdo Noir - 155 pages - 8,50€
traduit du néerlandais par Josiane Bardon

l'avis de lirado

Playlist :
# Abba, The winner takes it all
# Arno, Dans les yeux de ma mère

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Ange ou démon ?  -  Michel Boucher

ange_demonC'est l'histoire d'un petit garçon qui prévient sa maman, désormais il sera un vrai petit diable. A lui les bêtises, les punitions, les gros mots etc.
Et puis la fin arrive et le petit garçon s'exclame : allez, c'est pour rire ! c'est tout l'inverse, on recommence l'histoire dans le sens contraire !
Et alors on reprend l'histoire de droite à gauche et l'histoire n'a plus du tout  le même sens.

Après son album, Le Sens de l'Amour (2008), Michel Boucher montre encore une fois que les mots ne sont pas à sens unique, qu'il peuvent signifier une chose et tout son contraire. La personnalité du petit garçon est tour à tour un ange ou un démon, ou un ange diabolique et un angélique démon ! Cela appuie fortement l'idée que rien n'est jamais ou tout blanc ou tout noir. C'est un ensemble de contradictions, comme la personnalité d'un enfant, sans cesse dans la bravade et dans la recherche. Car derrière tout ça, il s'agit bien d'une façon de se chercher, de s'affirmer et de forger son caractère.

Simple, drôle et surprenant ! Un joyeux méli-mélo de mots avec leur signification qui bouge tout le temps, selon l'utilisation qu'on leur donne.

Rouergue, 2009 - 11€

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13/12/08

Mon amour kalachnikov - Sylvie Deshors

 

Ces mots là, ça parait trop simple, mais ils sont vrais et puis c'est mon histoire. C'est le refrain que pourrait reprendre Agathe, par cette froide nuit de novembre. Elle se retrouve dans la même rue où elle a été agressée, elle a été appelée pour un baby-sitting, se sent mal à l'aise dans cet appartement trop luxueux et croit reconnaître sur une photo le taré. Le lendemain matin, elle est réveillée par la police et apprend la mort du type. Suspectée, Agathe doit se défendre. Elle avertit son petit ami Gilan, lequel se met en colère 514OIqDidbL__SS500_et ne donne plus de nouvelles. La jeune fille est alors prise de doutes, sur elle, sur son agresseur, sur son copain et sur l'entourage de celui-ci. Et puis il y a cet enquêteur qui ne la lâche pas d'une semelle. Agathe commence à perdre pied et risque de commettre des erreurs à vouloir mener elle-même sa petite investigation. Il n'est pas bon fouiller dans les petits papiers de ceux qu'on aime, cela peut faire mal.

Et c'est vrai que ce roman est triste, mais c'est une tristesse qui est saine. C'est bon de lire un roman de cette qualité, où résonne le pas cahotique d'une jeune fille perdue dans ses repères. Le garçon qu'elle aime n'est plus qu'une silhouette floue, et puis il y a ce meurtre... La police imagine qu'elle est liée à un vol de bijoux, peut-être le mobile du crime, et il y a beaucoup de preuves contre elle, mais elle veut protéger son petit ami qu'elle soupçonne au fond d'elle. C'est un étau, un piège qui se referme, dans lequel elle joue le rôle du lièvre hypnotisé par les phares du chasseur. Elle se tait pour celui qu'elle aime, mais elle sent qu'il la fuit. Pourquoi ? L'intrigue est ainsi habilement tissée, simple et silencieuse. Il n'y a pas de clash, pas de fracas. Il y a certes de la violence et de la rage chez Agathe, mais une grande fragilité derrière cette carapace. On la suit jusqu'au bout et on partage ses larmes. Cela ne peut se finir autrement, car ce roman est terriblement humain. Il m'a personnellement fait beaucoup de bien.

Le rouergue, doAdo noir - Novembre 2008 - 282 pages - 12,50€

Sylvie Deshors figure désormais parmi les auteurs que je vais suivre, après avoir déjà lu et aimé Anges de Berlin et Petit samouraï , c'est maintenant une conviction !

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31/10/08

^ This is Halloween ^

« Foutaise ! Ces personnages ébouriffés perchés sur des balais avec des verrues sur le nez ? Est-ce qu'on ressemble à ça de nos jours ? Est-ce qu'on a envie que tout le monde rie de nous ? Plus personne ne sait qu'on existe, ni à quoi on ressemble. Cette fête d'Halloween est une insulte aux sorcières modernes ! »

 

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Branle-bas de combat chez les sorcières ! Elles sont en colère, remontées contre les humains qui ne les craignent plus. Elle sont devenues un mythe ou une image de pacotille exploitée à l'occasion de la fête d'Halloween. Elles étaient redoutées, maintenant ce sont les humains eux-mêmes qui ont endossé ce rôle effrayant. Les informations déversent leurs exploits en un flot de sang, dévastation, guerre, mort et désolation.

Fille-de-Fer convoque ses camarades et met en place une manifestation de protestation. Une ligue de sorcières en colère, vous connaissez ? Cela fait rire les passants, et cela fait bouillir le sang des sorcières. Leur courroux est terrible. Mais elles réalisent ensuite qu'elles n'optent pas pour la meilleure attaque. Au contraire, il faudrait s'en prendre directement à l'origine du mal et capturer tous les dictateurs, tortionnaires, pédophiles, dealers et autres responsables des horreurs qui font trembler les humains.

Ainsi, plus de concurrence et les sorcières peuvent reprendre leurs attributions : faire peur et être redoutées pour ce qu'elles sont - des sorcières !!!!!!!

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Un conte résolument moderne, qui revisite le mythe de la sorcière.
C'est affreux, raconté avec force détails et descriptions dégoûtantes. Le culot est tout aussi monstrueux (Crabe-Tambouille pète d'indignation tandis que Pustule-Bubon urine un peu d'acide, Chauffe-Conduit et Brûle-Pourpoint montrent leurs fesses aux étoiles!).
Mais le portrait des sorcières est drôle, plein d'invention. L'histoire démontre la violence de notre société et on en vient à regretter les histoires d'antan où seules les bonnes vieilles sorcières terrorisaient la planète entière !

Sorcières en colère
Par Hélène Vignal
Illustrations de Diego Fermin

Ed. du rouergue, coll. ZigZag - 144 pages - 7,50€ 

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Place à un incontournable, maintenant : la Sorcière Camomille !

Lors d'une visite à la librairie, les trois petites soeurs mettent un peu les rayons en vrac avant de découvrir le journal intime de la Sorcière Camomille. Cette dernière apparaît soudain par la magie d'une baguette et les gronde. Il ne faut pas maltraiter les livres. Au lieu de les dénoncer, elle accepte de tout ranger à leur place si les chipies s'engagent à remettre en état son journal.

Ainsi s'ouvre ce journal, comme neuf, qui nous raconte la naissance, le mariage, les vacances et le Noël de la célébrissime Sorcière Camomille.

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C'est une véritable institution, cette Camomille, avec son chapeau pointu, son foulard mauve, ses lunettes, son nez crochu, sa robe noire et son hibou nommé Gros-Yeux ! On ne s'ennuie jamais avec elle. Toutes ses anecdotes frisent le ridicule, mais l'humour est sauf.
Ici, les trois petites soeurs ne sont que les lectrices, de loin, des aventures de notre sorcière et apparaissent en coin de page. Et en fait la couverture de cet album est rose !

Le Journal secret de la Sorcière Camomille, lu par les Trois Petites Soeurs
Par Enric Larreula
Illustrations de Roser Capdevila

Le Sorbier - 165 pages - 12€

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Sortilèges, d'Emily Gravett :

Ou l'histoire d'un crapaud vert qui souhaitait devenir prince charmant.

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Album riche en surprises et autres découpages.
C'est l'histoire d'un conte de fées qu'on prend à rebrousse-poil. Il est souvent dit que tout vilain crapaud cache un beau prince charmant et que le baiser d'une princesse réveille à la vie... oui mais voilà, Emily Gravett a décidé d'ajouter des effets secondaires à la potion magique.
Jolie histoire, étonnante comme toujours.
L'album gagne souvent en curiosité par la magie de l'imagination de son auteur, on n'est jamais à bout des surprises !

Par Emily Gravett

Kaleidoscope / 15€

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Et pour les amateurs du génial Miyazaki : Kiki la petite sorcière !!!

 

 

Vive et pétillante, Kiki est une petite fille de 13 ans qui décide de quitter ses parents pour accomplir sa destinée : devenir sorcière, comme le veut la tradition. Elle s'envole donc avec son chat Jiji pour une sympathique petite ville côtière du sud, où Osono, une gentille boulangère, lui propose un emploi de livreuse...

Voyez ce film comme un poème, tout simplement drôle, beau et touchant !

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« Il avait déjà oublié qu'aujourd'hui, c'était la nuit d'Halloween. A l'origine, cette fête païenne celtique invitait les gens à se tenir sur leurs gardes car, la veille de la Toussaint, fantômes et autres esprits errants revenaient sur Terre régler leurs comptes avec les vivants. Mais désormais, Halloween n'était plus qu'une vaste foire aux monstres et aux dollars. »

in Noir Américain, Armand Cabasson

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18/10/08

Le contour de toutes les peurs - Guillaume Guéraud

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Un jour de la semaine, après les cours, Clément, 14 ans, rentre chez lui. La maison est calme, sa mère avocate ne rentre que tard dans la soirée. Il effectue quelques gestes rituels, puis surprend un bruit anormal dans le bureau. Il s'y rend et découvre un homme, de dos, en train de saccager les meubles, les livres et les murs. Clément est figé sur place. Qui est-il ? Que veut-il ? Le garçon est contre la porte, immobile, paralysé. L'homme se retourne alors vers lui.

C'est un fou furieux, un dangereux criminel venu se venger. Il s'en prend au fils à défaut de la mère. Il se défoule, ligote l'adolescent et l'abandonne à son triste sort. Mais il a promis de revenir. Finir le sale boulot.

Comment retourner à une vie normale, faire semblant de tourner la page quand ses mots vous obsèdent ? La menace de l'individu est gravée au fer rouge, Clément se sent en sursis. La terreur s'installe dans ce roman noir et fait son nid dans l'état de statu-quo qui n'est en fait qu'un leurre (on s'en doute). La violence est présente, ne connaît aucune limite. On s'attend à tout, on frémit et on se surprend à reprendre son souffle en expirant un bon coup.

Face à un adolescent terrorisé par la peur, un homme qui n'a plus rien à perdre... Jusqu'où nous plonge Guillaume Guéraud ?

C'est absolument vertigineux.

Ed. du Rouergue. Coll. doAdo noir / Septembre 2008 - 122 pages - 7,50€

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