04/12/18

Un Noël pour le Loup - Les bonshommes de neige sont éternels - Pas de cadeau pour les bêtes - Elvis et l'homme au manteau rouge

Un Noël pour le loup

Ce n'est pas facile de se racheter une conduite quand on traîne une réputation de grand méchant loup. Notre héros repentant souhaiterait organiser un grand réveillon de Noël et convier tous les animaux de la forêt. Pour dire de pardonner ses méfaits du passé. Mais voilà, la confiance n'est pas chose acquise. Tous se méfient du prédateur et boudent son invitation. lls rôdent néanmoins aux abords de la forêt, spectateurs d'une pantomine invraisemblable... mais incroyablement touchante.

C'est finalement le cœur gros que j'ai refermé cet album, aux magnifiques illustrations, et dans lequel Thierry Dedieu y glisse une grande tendresse et beaucoup de modestie à raconter le mea culpa d'un loup hélas impuissant à faire peau neuve. C'est tout simplement parfait !

Un Noël pour le Loup, de Dedieu

seuil jeunesse, 2017

=============================

 

Les bonshommes de neige sont éternels

Cette histoire fait suite À la recherche du Père Noël et prend des nouvelles du bonhomme de neige alors que l'hiver est en train de tourner la page. Or, celui-ci ne semble pas s'en préoccuper. Par inconsience ou ignorance ? Par contre, ses amis sont terriblement inquiets. Que va-t-il devenir une fois la neige fondue ? Et l'histoire de rappeler le cycle naturel de l'eau dans cette aventure, qui se déroule entre ciel et mer, et qui pousse quatre copains dévoués à prendre tous les risques pour sauver leur bonhomme de neige préféré.

Une fois encore, j'ai été totalement séduite par les couleurs et les images qui s'étalent en grand format dans cet album. Amitié et humour complètent ce rendez-vous... très attachant.

Les bonshommes de neige sont éternels, de Dedieu

seuil jeunesse, 2016

=============================

 

Pas de cadeau pour les betes

Les animaux de la forêt ne reçoivent jamais de cadeaux à Noël. C'est comme ça. Or, cette année, une surprise de taille attend nos amis les bêtes. (En fait, un paquet est tombé accidentellement du traîneau. Mais chut. Fermons les yeux.) Le blaireau, l'écureuil, la lapin, le corbeau, le rouge-gorge, mais aussi le sanglier, la biche, l'ours, les canards, le renard et j'en passe... ils sont tous là, réunis autour de ce paquet mystère. Le Père Noël ne les a pas oubliés ! Grosse émotion dans la forêt. Mais comment vont-ils se partager ce seul cadeau ? La discussion est ouverte, les arguments se bousculent, les supputations pleuvent. Et blablabla.

La chute de l'histoire est bien sympathique, mais avant cela, la lecture fait place aux échanges et à la communion. Elle rappelle aussi que les fêtes existent pour rassembler les proches, les familles, les amis, les âmes seules etc. Une chouette lecture, qui met son grain de sel en toute légèreté.

Pas de cadeau pour les bêtes, de Paul Martin & Antonin Louchard

seuil jeunesse, 2018

=============================

 

Elvis et l'homme au manteau rouge

Quand Ole Könnecke décide de raconter un conte de Noël, attendez-vous à une histoire désopilante et à rebrousse poil des clichés sirupeux de la saison. Ha, ha, ha. Et c'est drôlement bon !

Nous sommes donc le 24 décembre. Elvis est un garagiste aux allures de rockeur. Il a fermé son atelier pour préparer les fêtes, quand une panne d'électricité vient saper son moral. En fait, un individu vient de foncer dans le poteau : un type portant une barbe blanche et un manteau rouge. Quelle idée de se balader en traîneau ! Elvis gronde de mécontentement car ce type le force à reprendre du service, faisant des pieds et des mains pour accélérer la cadence. Forcément, tout va aller de travers et le festival des incongruités ne fait que commencer.

Quelle histoire désopilante ! On croise une équipe de bras cassés très attachants, un petit grand-père à la mémoire qui flanche et des rennes affamés qui partent en roue libre. J'ai rarement lu une histoire de Noël aussi déjantée et savoureuse. On en redemande.

Elvis et l’homme au manteau rouge, par Ole Könnecke

de la Martinière J. (2017)

=============================

 

 


29/11/18

J'exagère à peine, de Fabrice Colin

J'exagère à peineQuelle farce ! Fabrice Colin s'amuse dans ce roman à tailler le portrait d'un garçon HORS DU COMMUN. Et c'est tout naturellement qu'il va nous raconter ses aventures, toutes plus fantasques et extraordinaires, si bien qu'on serait en droit de ne pas y croire ou de réfuter ces sornettes, mais notre jeune ami se défend de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
Et qu'est-ce-que c'est drôle ! Abusé, exagéré, délirant. Mais drôle.
Dans sa famille, on ne remet rien en question : sa mère chante du Disney du matin au soir, son père dit amen. Les parents souvent absents, l'enfant est confié aux bons soins d'une gouvernante. Celle-ci devine en lui un pouvoir divin et perd un peu la tête. Voyez le tableau.
Dès son plus jeune âge, le môme surprend encore et toujours son entourage : il tombe malade, paf il se métamorphose en toucan. Il va à l'école, bim il fait preuve d'un génie incomparable et invente la machine à remonter le temps. Il se rend à la piscine, plouf il tombe fou amoureux d'une sirène qui glousse au fin fond du bassin.
Pas possible ? pensez-vous. Jugez plutôt en ouvrant ce délicieux petit roman, débordant de folie douce. On frise parfois l'overdose tellement il en rajoute une couche. Trop, c'est trop. Mais c'est raconté avec une dérision qui s'assume, de l'humour et de la fraîcheur à chaque coin de page. On ne dit pas non, finalement.
Preuve aussi que le narrateur n'est pas complètement toqué : le corps médical s'est penché sur son cas. Oui, oui. Même que la vérité vraie va éclater et éclairer la raison de ce “générateur d'embrouilles”. Ha, ha.
C'est complètement farfelu et déraisonnable. Et c'est pas faute de vous prévenir. Accrochez-vous, récit original et hors normes droit devant !

Seuil jeunesse (2018)

 

Posté par clarabel76 à 13:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

12/11/18

Quand les poules auront des dents - Zou le zoo - Nous avons rendez-vous - La toute petite Olga - La Princesse au bois se cachait

Petite farandole d'albums, parfois ensorcelants, souvent cocasses, sans cesse surprenants !

Quand les poules auront des dents

Voici Colette, une petite poule ordinaire, qui vit en ville, dans un immeuble, et qui se lève tous les jours, de bon matin, pour se rendre au boulot. Elle a tout juste le temps d'avaler un petit-déjeuner et de faire une toilette rapide avant d'attraper le bus de 6h15. Puis, longue journée à pondre, pondre, pondre... Le soir, elle est claquée et se vautre dans le canapé, pour bouquiner ou regarder la télé.

Mais notre Colette frise le burn-out, quand elle devient peu productive, elle est convoquée dans le bureau du big boss et se fait remonter les bretelles. Pire, elle perd son job et doit pointer au chômage. Colette est au bout du rouleau, elle vole des conserves au supermarché, prend la poudre d'escampette et part se baigner à la mer !

Vous trouvez ça absurde ? Pourtant, cette histoire est laborieusement racontée par un papa à son petit garçon. Certes, lui aussi rouspète quand son père s'emballe avec des détails... une poule n'a pas de dents (pas besoin de les brosser), elle ne sait pas lire et encore moins nager, surtout si elle a oublié son maillot ! Il faut se concentrer, voyons.

Cet album est drôle : il est aussi bourré de dérision et de double sens, avec une histoire qui fait la part belle à l'imagination, au rituel du coucher et à la complicité familiale. Une lecture totalement décalée, façon André Bouchard. Sympa.

Quand les poules auront des dents, d'André Bouchard

seuil jeunesse, 2018

=========================

 

zou le zoo

 

Ce pop-up est ingénieux, poétique et inattendu. Voyez plutôt... Le zoo est en folie : un alligator rêve de revoir sa boue chaude et soyeuse. La baleine proteste, le cacatoès trouve que c'est une idée comique, le dodo rappelle qu'il est interdit de déguerpir, tandis que l'éléphant dit banco. Ah, s'enfuir, enfin : retrouver l'harmattan, ce vent chaud comme un hammam...

On assiste à un vrai spectacle d'un zoo en pleine effervescence. Les langues se délient, les mots ne cessent de rouler. Ça grouille et ça gronde. Ça soupire à chaque coin de page, ça défend ses idées et ses rêves. L'ambiance est électrique dans ce zoo qui nous en fait voir de toutes les couleurs, et qui nous fait aussi voir du pays.

Au milieu de ce graphisme qui s'éclate, des effets pop-up qui font toujours des merveilles, la conversation se poursuit, écoutez bien, l'alphabet se récite, le texte joue avec les sons et les allitérations. C'est doux à l'oreille, ça fait plaisir aux mirettes. Cet album est rayonnant et complètement fou. Franchement top.

Zou le zoo ! de Cécile Roumiguière & Éric Sangelin

seuil jeunesse (2018)

=========================

 

nous avons rendez vous

Il règne une véritable ambiance énigmatique dans cet album de Marie Dorléans !

En pleine nuit, deux enfants sont tirés de leur lit par leurs parents, car ils ont tous rendez-vous. On n'en sait pas davantage, mais tous se préparent sans un bruit et sans prononcer un mot de trop. On chuchote de se dépêcher, puis on se faufile dans les rues endormies. La petite famille presse le pas, avec son objectif en tête. La ville est silencieuse. Parfois, une lumière brille à la fenêtre d'une maison... Chut, le temps presse et le chemin est long. Il ne faudrait pas être en retard à ce rendez-vous mystérieux. Que de suspense !

On se prend totalement au jeu de cette virée nocturne, auréolée de secrets et de points d'interrogation. C'est beau, c'est excitant. Et les illustrations sont magiques ! Un album fascinant, à découvrir avec des yeux ébahis.

Nous avons rendez-vous, de Marie Dorléans

seuil jeunesse, 2018

=========================

 

La princesse au bois se cachait

Une reine donne naissance à des jumeaux, Alaric et Hilde, mais le garçon tombe gravement malade. La reine se rend donc chez une sorcière qui lui promet de l'aider... en échange de quoi, elle devra lui donner sa fille. La reine, effondrée, accepte malgré tout. Le temps passant, les jumeaux vont grandir loin l'un de l'autre. Le garçon est devenu un chasseur intrépide, la fille une vraie beauté. Elle vit en totale harmonie avec la nature et peut prendre l'apparence d'un animal. Un jour, Alaric croise Hilde dans la forêt. Il est subjugué mais ignore qu'il s'agit de sa sœur. Celle-ci doit pourtant se cacher à cause d'un sortilège : impossible de quitter les bois ou son frère meurt.

Cela ne se voit sans doute pas, mais la couverture est en noir et blanc... avec du doré ! Comme les illustrations qui accompagnent le texte. Et c'est très, très beau ! La lecture aussi est surprenante, bouleversante surtout, car il est question de sacrifice et d'amour. Tout simplement, remarquable.

La Princesse au bois se cachait, de Dedieu

seuil jeunesse, 2018

=========================

 

La toute petite olga

On boucle notre tour de piste par une mignonnerie. Place à une adorable héroïne, haute comme trois pommes. 

La toute petite Olga est la dernière d'une famille comprenant cinq filles qui veillent toutes jalousement sur elle. Aussi, quand elle exprime le désir de voyager ou de visiter la grande ville, ses sœurs sont effrayées car leur petite Olga a tout pour être heureuse dans leur datcha à l'orée de la forêt. Pourtant, un matin, la fillette se faufile en cachette et sans un bruit.

Elle va alors découvrir un monde très éloigné de son cocon : il fait froid, il y a du monde partout, c'est l'inconnu. Mais Olga s'accroche et s'arme de courage en pensant à ses grandes sœurs. Elle est fascinée par les couleurs, les gourmandises, les escarpins dorés aux talons de douze centimètres... Elle gambade fièrement dans les rues, elle n'a plus peur de rien.

Avec un peu de courage et beaucoup d’humour, la petite Olga va se débrouiller comme une grande et apprendre à se faire confiance sans personne pour la guider. Au final, la fillette va rentrer sagement à la maison. Ses proches seront soulagés et heureux. Le lecteur, lui, est totalement séduit. Cette lecture est en effet un enchantement (un univers de merveilles et de couleurs) : un conte russe fabuleux qui donne le sourire aux lèvres.

La Toute Petite Olga, d'Olivia Godat & Raphaëlle Barbanègre

de la Martinière jeunesse, 2018

=========================

 

04/10/18

Tom Gates #10: Hyper brillant (ou presque), de Liz Pichon

Tom Gates Hyper brillant ou presque

Dans ce dixième tome, Tom Gates compte les derniers jours d'école, trépignant contre son prof qui n'a plus de jus, car il est impatient d'être en vacances. Sa famille et lui partent une semaine au camping. Soleil, plage et surf... un programme réjouissant. Seul souci pour le garçon : composer avec la présence de sa sœur. Pire, celle-ci a eu l'autorisation d'emmener une amie - double ration d'adolescentes mutiques et boudeuses pour notre jeune héros ! Ha, ha. Mais le sort s'acharne car le mobil-home réservé sur brochure s'avère en réalité un taudis insalubre, au toit fuyant. Bien entendu, il pleut des trombes jour après jour. Tom a encore un souci de valise et doit s'envelopper dans un sac poubelle pour ne pas être trempé. En plus, la voiture s'enlise dans l'allée, empêchant nos joyeux vacanciers de vadrouiller plus loin. Ils sont seuls, frigorifiés et complètement paumés dans ce camping moribond. Mais l'humeur reste bonne. Les Gates veulent profiter de chaque instant avec philosophie. Tom puise d'ailleurs dans cette expérience une source inépuisable pour remplir son journal intime. Il raconte, il dessine, il laisse même de la place au lecteur pour griffonner et colorier à son tour. Cela donne un petit roman rigolo, avec une aventure désopilante à lire et un espace pour donner libre cours à son imagination (vacançomètre des devoirs ou liste des meilleures excuses pour les devoirs pas faits). Cela vous fait penser au Journal d'un dégonflé ? Bingo. C'est tout aussi dérisoire et farfelu, avec un jeune héros jamais à court d'idées pour esquiver les situations compromettantes. Il porte aussi un regard décalé sur sa petite vie de collégien ordinaire, là où ses lecteurs peuvent se reconnaître. La série est sympa, très distrayante à lire. Dès 8-10 ans.

seuil jeunesse (2018) - traduit par Nathalie Zimmermann

 

 

Posté par clarabel76 à 11:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

La Bataille des scarabées, de M.G. Leonard

La bataille des scarabées

Dernière ligne droite pour nos amis : après Scaraboy & La Reine scarabée, ce troisième tome se lit en deux coups de cuillère à pot tellement il vous happe et vous embarque dans son aventure trépidante. Et en effet, sur 300 pages, le rythme ne faiblit pas et l'émotion fait toujours palpiter notre petit cœur.
Après de brèves retrouvailles, Darkus et son père sont de nouveau séparés. Or, l'homme a rejoint le clan de Lucretia Cutter - devenant ainsi un traître - ce que son fiston réfute mordicus. Les articles dans les journaux ne sont pas tendres et l'opinion publique acquise à cette vision. Darkus a du pain sur la planche et des amis prêts à en découdre. Avec Virginia et Bertold, sans oublier ce cher Oncle Max, l'enquête est lancée. Et le temps est compté, car leur ennemie a programmé son armée d'insectes pour saccager des récoltes ci et là sur la planète afin de terroriser la population et intimider les gouvernements ! Ça chauffe dans le petit monde de M.G. Leonard et c'est tant mieux car on ne s'ennuie pas un instant.
En parallèle, on suit également les agissements de l'affreuse Lucretia, qui est parvenue à déjouer toutes les surveillances pour rejoindre son laboratoire secret, en pleine jungle équatoriale. Perfide et dérangée, elle est désormais déterminée à donner la touche finale à son plan démoniaque. Elle nous fait toujours penser à Cruella D'Enfer (rires sataniques) et donne vraiment la chair de poule ! C'est d'ailleurs ce qui rend cette série attachante : on frémit et on sourit en alternance. Outre nos valeureux héros, on retrouve en effet l'inénarrable duo, Humphrey et Pickering, nos deux nigauds prêts à tout pour récupérer leur pognon. Leurs péripéties apportent ainsi une touche comique et cocasse, pendant que Darkus et ses camarades jouent les justiciers, de quoi régaler les lecteurs avides de sensations en tous genres.
Bon point pour cette série pleine d'aventures, avec des personnages attachants et un message subliminal sur l'importance des insectes dans notre écosystème. Ouvrez l'œil, et le bon  !

Seuil jeunesse (2018) - traduit par Amélie Sarn

 

 

Posté par clarabel76 à 11:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


02/10/18

Pêle-mêle : Merci, Miyuki ! - Jungle - La rentrée de Pinpin - Lison et la propreté - La Princesse au don perdu

Merci Miyuki

La jeune Miyuki trépigne d'impatience, car elle veut jouer, bondir, croquer la vie à pleines dents, tandis que son grand-père danse lentement, inspire, expire, prend soin de son corps, contemple la nature, se plonge dans la méditation. Pour la fillette, c'est terriblement abstrait. Elle aussi veut partager cette communion avec le monde qui l'entoure, avec du thé froid, des tasses ébréchées, du babillage incessant. Grand-père ne change rien à ses habitudes, il marche lentement, incite l'enfant à se poser et à prendre le temps d'admirer la course des nuages par exemple... Peu à peu, Miyuki se perd dans la réflexion et absorbe à son tour les secrets de l'univers. “Ça sent bon, ça sent doux d'être là - ça sent le bonheur d'être ici et maintenant, avec toi.”

La communion entre les illustrations et le texte est parfaite : d'une poésie raffinée et pointilleuse. Chaque détail compte, chaque note est ajustée, chaque nuance est choisie avec un soin jaloux. En somme, cet album est admirable ! On se gave de son charme, de sa lumière, de sa sagesse. On sourit aussi face à cette tendre complicité qui se noue entre l'enfant et son grand-père. C'est une lecture intergénérationnelle, qui enchantera petits et grands. C'est de toute beauté, vraiment.

Merci Miyuki ! de Roxane Marie Galliez & Seng Soun Ratanavanh

de la martinière jeunesse, 2018

================================

 

Jungle

Quelle magnifique exploration de la jungle que celle proposée par l'américaine Helen Borten (inspirée par un voyage au Guatemala) ! Oui, c'est magnifique ! Les couleurs, les gravures, les sons, les mots... la sensibilité du lecteur est interpelée de toutes parts. Comment résister ?

Dans la brume matinale apparaît un vaste océan de feuillages. Ce qui se cache en dessous : la vie fourmillante et surprenante de la faune et la flore. Animaux, plantes et cycle de la vie se livrent à un ballet pudique et élégant. On en prend plein les yeux, ça roule de gauche à droite, de haut en droit, le spectacle est impressionnant. Le “mystérieux monde vert” s'épanouit sous nos yeux ébahis. Et c'est silence obligatoire jusqu'à la page finale.

« La jungle semble déserte. Mais des milliers de petits farceurs se cachent sous l'exubérant feuillage. Un bout d'écorce tombe... et devient lézard. Une feuille tremble... et c'est une sauterelle. Une fleur se déploie... et voici un papillon. Une petite boule hirsute de mousse se défait... et voilà un paresseux. Une vigne se déroule... et danse lentement un serpent. Un petit éclair de lumière... et cligne l'œil du jaguar. »

Jungle, de Helen Borten

de la Martinière jeunesse, 2018 - traduction de Shaïne Cassim

 ================================

 

la rentrée de pinpin

Premier jour d'école pour Pinpin ! Et première fois qu'il quitte sa maman. Pinpin a le cœur lourd et le moral à zéro. Ses nouveaux camarades viennent aussitôt à sa rescousse pour chasser ses idées noires : le tigreau évoque les chatouilles au ventre, l'ânon la douceur des joues qu'on caresse, le girafeau raffole des papouilles aux oreilles, ou le petit hippopotame se rappelle la complicité rigolote qui rend l'heure des retrouvailles moins longue à attendre...

De beaux instants sont ainsi partagés, avec toute la douceur et la tendresse de He Zhihong dont les illustrations inspirent une immense sérénité. Que de poésie à lire cet album !

La rentrée de Pinpin, de He Zhihong

seuil jeunesse, 2018

================================

 

Lison et la propreté

Cette chère Lison nous avait manqué ! On la retrouve dans des petites séquences rigolotes, qui pourront également être lues et relues en classe, en garderie ou autres lieux de collectivité, et ainsi mieux rappeler quelques règles de base : on éternue, on se lave les mains, on se brosse les dents, on se lave tous les jours, même si ça ne se voit pas, on change aussi de petite culotte, le shampooing ne pique pas les yeux, la poussière et la boue, ça va deux secondes, les microbes ça se propage donc on élimine avec du savon...

Rien de gnangnan dans cette lecture, au contraire, le ton est drôle et l'héroïne espiègne et adorable ! La série poursuit son petit bonhomme de chemin et c'est une réussite.

Lison et la propreté, d'André Bouchard

seuil jeunesse, 2018

================================

 

La Princesse au don perdu

Pour boucler cette tournée des petites merveilles, place au conte ! Où il est question d'un royaume et de cinq princesses, toutes dotées d'un pouvoir exceptionnel, à l'exception de la dernière. Iris, la plus jeune, a seize ans et n'a révélé aucune sensibilité, aucun don particulier qui pourrait participer à l'harmonie du monde. Quel drame, quelle catastrophe. Ses parents s'en inquiètent et convoquent les aïeuls. Tous poussent la princesse à trouver son don - ou le royaume va boîter et sombrer dans le chaos. Persévérante, mais malheureuse, Iris finit par se résoudre : et si elle était la princesse de rien ? Après tout, “le bonheur n'est finalement pas grand-chose : une douce mélodie, une brise dans les cheveux, la première feuille d'un arbre ou un joli coquillage. Un bonheur se cache dans les infimes et minuscules détails. Dans les grands et les tout petits riens.”

Cet album réserve une lecture passionnante et entraînante, avec des princesses, de l'aventure, du drame, du suspense... dans la pure tradition des contes qui font palpiter le cœur. Et les illustrations sont superbes !

La princesse au don perdu, de Paule Ferrier & Xavière Devos

de la martinière jeunesse, 2018

 ================================

 

01/10/18

Pêle-mêle : Une histoire très en retard - Coyote et le chant des larmes - Les feuilles volantes - Denis Fifty-fifty

une histoire très en retard

Il était une fois une page blanche… qui ne resta pas blanche très longtemps.

Ils sont cinq potes à attendre que l'histoire se pointe, sans se presser. L'un d'eux finit par perdre patience et se met à dessiner dans son coin, en fait sur la page de gauche. Et plus le temps passe, plus les compères s'interrogent, n'osant plus bouger de peur de louper le rendez-vous, tandis que le lapin continue son œuvre. Son imagination se déploie : un arbre, un dinosaure, des oiseaux, une balançoire, une maison bleue, une licorne, la pluie et le beau temps...

En bref, ce sont deux histoires qui se lisent en parallèle, l'une plus volubile avec ses créations colorées, l'autre plus cocasse avec ses espoirs et ses attentes désespérées. C'est drôle, c'est beau, c'est poétique. Oui, vraiment, Marianna Coppo est une enchanteresse et offre au lecteur le pouvoir de s'évader rien qu'en tournant les les pages d'un album. Superbe !

Une histoire très en retard, de Marianna Coppo

seuil jeunesse, 2018

=======================

 

 

Coyote et le chant des larmes

Une petite colombe fait provision de graines dans la plaine, mais se blesse à la patte et se met à gémir sa douleur. Pas loin de là, un coyote perçoit son chant éploré et tombe en amour ! Il court la rejoindre pour complimenter la qualité de son chant et lui demande de répéter cette douce mélodie qu'il souhaite rapporter chez lui.

La colombe le traite de tartempion, avant de se raviser car elle craint d'être dévorée. Elle lui confie son chant, le coyote part en courant, bim, il chute et perd ses précieuses notes, du coup il revient et intimide la colombe, qui beugle à nouveau, et rebelote. Cette sérénade va se répéter. Trois fois.

Finalement, la colombe va se rebeller et duper le coyote ! Gare aussi au corbeau qui tournoie dans le ciel, encore “ un crétin sans oreilles”... Ha, ha ! Muriel Bloch nous régale avec ce conte surprenant et très drôle (inspiré d'après une légende indienne). L'auteur a le sens de la formule et de l'humour : on sourit tout du long à la lecture du dialogue improbable entre une colombe (une proie qui se refuse de l'être) et un coyote (un prédateur en quête d'inspiration). 

Coyote et le chant des larmes, de Muriel Bloch & Marie Novion

seuil jeunesse, 2018

=======================

 

les feuilles volantes

Dans une vallée secrète, cinq personnages vont se croiser au cours d'une aventure palpitante. Sara la renarde décide de suivre les feuilles qui s'envolent vers un horizon incertain, Yula la louve, trop accaparée par sa peinture, se met en retard pour dire au revoir à son ami, Yuki l'oiseau, trop impatient de rejoindre la chaleur du sud, et qui se demande ce qui retient son artiste peintre préférée...

Ce premier tome des Contes de la vallée, qui se déclinent au fil des saisons, nous plonge dans une ambiance magique et fascinante. Ici, place à l'automne, au vent qui souffle, aux arbres qui se déplument, aux couleurs rousses et aux premiers frissons qui font tourner le dos à la langueur estivale. En clair, l'espagnol Carles Porta nous impressionne avec sa dextérité à mêler les techniques picturales et propose une lecture impressionnante, et de toute beauté.

On se familiarise avec un univers, mais on rencontre aussi des personnages, en assistant à la naissance d'une nouvelle amitié. L'histoire est adorable et un brin lyrique. On adore cette vision de l'automne, son atmosphère et son histoire qui tourbillonne. La mise en scène est franchement épatante. Il nous tarde déjà de lire la suite, Bonjour M. Froid (disponible en novembre). Les deux tomes suivants sont annoncés en 2019, au gré des saisons. C'est fantastique !

Contes de la Vallée : Les feuilles volantes, de Carles Porta

seuil jeunesse, 2018

=======================

 

 

Denis Fifty-fifty

Denis Fifty-Fifty a six ans et demi, et il fait tout à moitié. Le matin, il mange une demi-baguette, boit un verre de lait à moitié vide et un bol de chocolat chaud à moitié plein. Il passe la moitié de sa vie à jouer, l'autre à s'amuser. Au foot, ce qu'il préfère, c'est la mi-temps. À la piscine, il a la moitié du corps qui flotte, et l'autre qui coule. Il ne fait que des demi-longueurs. Et ses notes à l'école sont moyennes (5 sur 10 ou 10 sur 20). Bref.

Le soir de son anniversaire, Denis ne dort que d'un œil. En fait, il voudrait que son chien Bowie souffle également ses bougies. Tous deux se faufilent dans le salon. Une chose entraînant une autre, un incendie et une inondation vont dévaster la moitié de la maison. Oui, oui. Son père et sa belle-mère n'en reviennent pas. Puis relativisent. Après tout, “c'est parce que Denis fait tout à moitié que nous sommes tous entiers”.

Voilà une joyeuse histoire, truffée de jeux de mots et de gags rigolos ! Où l'on perçoit aussi un portrait de famille recomposée sans mélo et qui raconte une vie ordinaire, avec ses anecdotes courantes, que le tempérament malicieux du jeune héros transforme en péripéties incroyables. 

Denis Fifty-Fifty, d'Olivier Costes & Laurent Simon

seuil jeunesse, 2018

=======================

 

 

 

27/06/18

Kat et la source magique, de Stephanie Burgis

Kat et la source magique

Je viens de relire cette série qui débute avec Kat, apprentie magicienne et je pousse un gros soupir de dépit car le troisième tome annoncé (Stolen Magic) ne sera vraisemblablement jamais traduit. Dommage. Cette lecture avait pourtant de sérieux atouts pour charmer les Janeites en herbe.
L'histoire se passe au XIXe siècle. La famille Stephenson compte trois filles et un garçon. Le père est un honorable pasteur, veuf et remarié, sa nouvelle épouse a le souci de bien marier toute sa descendance, mais voilà... Kat et sa sœur Angeline ont récemment découvert qu'elles avaient hérité des dons de leur maman défunte - une puissante sorcière - et qu'elles pouvaient bidouiller ci et là leurs talents pour esquiver un mariage arrangé ou cocher une flèche dans le cœur de leurs prétendants. Sentant venir un début de scandale, Belle-maman a toutefois décidé de prendre un bol l'air à Bath et met en garde tout son petit monde - aucun débordement ne sera toléré. Cela signifie que Charles doit résister aux tentations des jeux du hasard, que Angeline doit trouver un bon parti à épouser et que Kat doit se montrer délicieuse en toutes circonstances.
Malheureusement la famille Stephenson va de nouveau plonger dans des intrigues improbables - Charles s'acoquine avec des étudiants d'Oxford, Angelina tombe dans les bras du plus grand libertin du royaume et Kat entraîne sa cousine Lucy aux thermes romains où celle-ci va succomber à un étrange enchantement et perdre tout contrôle !
En bref, cette lecture combine le charme, la fantaisie et l'aventure. Et c'est un vrai régal. On hume ainsi un doux parfum de classiques anglais, associé à une atmosphère fantastique, qui franchement dépote et virevolte et tourbillonne sans fin. Le tout produit un effet enivrant... Ma foi, tentez l'expérience à votre tour ! Ce serait une bonne séance de rattrapage qui pourrait porter ses fruits. 

seuil jeunesse (2014) - traduit par Rosalind Elland-Goldsmith

série : Kat apprentie magicienne

couverture illustrée par Alexandra Huard

Résultat de recherche d'images pour "challenge mois anglais lou"Résultat de recherche d'images pour "challenge mois anglais lou"Résultat de recherche d'images pour "challenge mois anglais lou"#MoisAnglais_2018

Stephanie Burgis est née aux Etats-Unis et vit au Pays de Galles. Écrire les aventures de Kat était un moyen de concilier son amour pour Jane Austen et son admiration pour Tolkien.  

 

 

25/06/18

Mes voisins les Goolz : Sale nuit pour les terreurs, de Gary Ghislain

Mes voisins les GoolzHarold a 13 ans et vit seul avec sa maman qu'il adore, mais trouve sa vie monotone. Coincé dans un fauteuil, depuis une chute accidentelle, le garçon a pris pour habitude de se réfugier dans la lecture. Aussi, quand il découvre que son nouveau voisin n'est autre que Frank Goolz, son auteur fétiche, le cœur du garçon fait des bonds de cabri. Autre bonne surprise, Harold surprend deux fillettes en sa compagnie, Ilona et Suzie, toutes deux intrépides et hardies. Car rapidement, elles vont toquer à sa porte et l'entraîner à leur suite pour vivre des aventures affolantes.
En effet, leur univers se révèle peuplé de créatures étranges, comme des fantômes ou des esprits vengeurs, bref tout ce que le garçon croyait fictif est en fait inspiré de leur propre vécu !
Je n'ai fait qu'une bouchée de cette histoire, plutôt cocasse au début, avec son portrait d'une famille déjantée, qui aime boire du chocolat à l'eau et qui fait voler la vaisselle à travers la maison. Le père apparaît lunatique, perdu dans son monde, et plus particulièrement excentrique. La petite dernière aussi prend le même chemin, mais Suzie est obsédée par la mort de sa maman et souhaite la faire revenir d'entre les morts.
Oui, oui. On réalise finalement qu'il se passe des choses anormales et que la sagesse d'Ilona, la fille aînée, n'est pas de trop pour absorber toutes ces révélations. Témoin de ces phénomènes inexpliqués, Harold n'en mène pas large lorsqu'il se retrouve en première ligne pour affronter “la nuit des terreurs”.
Ha, ha. Franchement, c'est génial. Et assez impressionnant à lire. En plus du fantastique, on trouve pas mal de suspense et de rebondissements, avec des disparitions et des meurtres qui surviennent à grand renfort de détails glauques et effrayants. J'ai été agréablement surprise et trouvé cette lecture très distrayante. J'ai beaucoup aimé le mélange des genres, l'humour, les situations périlleuses, les sensations fortes et la tension qui va crescendo. 
Un petit roman captivant. Dès 9-10 ans pour les plus coriaces. ☺

seuil jeunesse, 2018 - traduit par Isabelle Perrin

couverture illustrée par Juliette Barbanègre

Gary Ghislain est né en France dans une famille franco-espagnole et a grandi entre Paris et la Côte d'Azur.
Mes voisins les Goolz est son deuxième roman traduit en français, après Comment j'ai piqué la petite amie alien de Johnny Depp chez De La Martinière Jeunesse en 2012. 

 

Posté par clarabel76 à 13:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

23/06/18

Pêle-Mêle : Voilà l'été - Le vent se lève - À la plage

voilà l'été

Plongez au cœur de l'été, dans cet album de Pauline Kalioujny qui évoque à merveille tous les sons, toutes les odeurs et tout le charme de cette saison... Soleil, plage, chaleur, langueur : on s'y croirait. Cet album est un appel aux vacances, à la détente, aux jeux de mer, aux goûters, aux siestes, aux chants des mouettes et des hirondelles. Tout un poème.

Bref, avec son petit format et ses pages cartonnées, l'album nous fait voyager et rêver. Sa petite mélodie nous ensorcelle. Ses couleurs nous émerveillent, ses illustrations nous touchent et ses surprises nous font craquer. C'est parsemé de mille trésors cachés - au lecteur de partir à la découverte !

Voilà l'été, de Pauline Kalioujny

seuil jeunesse, 2018

=====================

le vent se lève

Une fillette et son chien se prélassent dans le jardin. Il fait beau, le soleil brille. Et puis le vent se met à souffler, de plus en plus fort. Bientôt c'est la tempête, l'orage gronde, les grêles crépitent. C'est l'apocalypse. Mais tout finit par s'apaiser. Et l'arc-en-ciel inonde à nouveau le paysage de ses rayons multicolores. 

C'est le déchaînement des éléments dans cet album - comptez sur un graphisme impressionnant, où formes et couleurs explosent dans une cacophonie contrôlée. Ajoutez un vocabulaire pertinent, les mots justes pour décrire la valse du chaos et du calme, sans oublier de belles illustrations dans un plan fixe (la maison et son jardin) qui scotche le lecteur, avide de connaître la suite de l'histoire...

Vous obtenez ce rendez-vous séduisant avec Marie Saarbach, qui va vous épater ! ☺

Le vent se lève, de Marie Saarbach

seuil jeunesse, 2018

=====================

 

A la plage

Oh qu'il est drôle, cet album ! Beau aussi, mais c'était déjà une évidence rien qu'à voir la couverture... On imagine déjà une histoire qui sent bon le sable chaud, le soleil, la mer et les vacances. On a tout ça, c'est vrai, mais plus encore car c'est une histoire racontée avec beaucoup d'humour - je le répète - et qui a fait le choix de voir le monde à hauteur d'enfant. Imaginez donc, des paires de fesses à perte d'horizon, des ventres mous, des tonnes de pieds où sont accrochés des gens qui restent à ne rien faire pendant des heures...

Une petite fille passe la journée à la mer avec sa famille. Elle promet de ne pas s'éloigner, de creuser son trou et de chercher des coquillages en restant dans le radar maternel. Et puis, sans rien dire, elle part explorer les alentours. Après tout, il faut juste se souvenir que le parasol est rouge et en face de l'eau pour retrouver son chemin. Bien sûr, l'enfant va se paumer et perdre ses repères. Tout s'embrouille dans sa tête, derrière devient devant, tous les parasols se ressemblent, il faut retourner là où tout le monde arrête de montrer ses fesses.

“On réalise qu'on s'est perdu quand on est sur le point de pleurer.” 

Et bim, on tourne en rond et on compte : des fesses, plus de fesses, la mer, les parasols, les serviettes, les sacs de sandwichs... tous les mêmes, et puis ouf ! L'appel de la pizza qui sauve tout. J'ai adoré cette histoire qui nous transporte, nous donne le sourire et nous ravit par ses magnifiques illustrations. On plonge véritablement dans le monde de l'enfance et des vacances. La lecture est parfaite. ♥

À la plage, de Susanna Mattiangeli & Vessela Nikolova

seuil jeunesse, 2018

=====================