20/03/10

Hideko Ise

Un même auteur, Hideko Ise, trois albums : Sophie et le relieur - Kimiko et le botaniste - Mon ami à trois pattes, et une même particularité : des aquarelles délicates et élégantes.

sophie_et_le_relieur

Ce premier album raconte la rencontre entre une petite fille, dont le livre fétiche est tout abîmé, et un relieur qui habite un quartier tranquille de Paris. Sophie est passionnée par les arbres, et plus particulièrement du robinier. Alors qu'elle assiste avec éblouissement au travail minutieux du relieur, qui lui explique toutes les étapes de sa tâche avec finesse et patience, la fillette papote joyeusement en partageant son propre domaine de savoir.

C'est un très, très bel album qui parle à tous les amoureux des livres. On apprend ici la technique de relier un ouvrage, et toutes ses étapes : le dérobage, le rognage, la couture, l'endossure, la parure... L'album parle de travail de mémoire, de respect, de tradition et de perpétuité. C'est beau et intelligent.

Si on me demande pourquoi je continue ce travail, je pourrais dire que je travaille pour que l'on n'oublie pas toutes ces histoires écrites par les gens à travers le temps, et les transmettre aux générations futures. C'est un peu ça le métier de relieur.

Sophie et le relieur  - Seuil jeunesse, 2007 - 15€

kimiko_et_le_botaniste

Le deuxième album est en quelque sorte une continuité avec l'histoire de Sophie, laquelle fait d'ailleurs son apparition dans l'histoire. Une petite japonaise, Kimiko, aime se réfugier dans le Jardin des Plantes pour y croquer des dessins. Elle finit par se lier d'amitié avec le botaniste qui va lui faire découvrir au fil des saisons les secrets de ce jardin extraordinaire.

Encore un album qui appelle l'art de la patience, de la contemplation et de la poésie. Kimiko et le botaniste est aussi une ode à un lieu magique, riche d'un patrimoine exceptionnel. Une nouvelle fois, les aquarelles invitent l'esprit à l'imagination et l'admiration. De plus, dans cette histoire, résonne aussi une tendre mélodie, légèrement teintée de nostalgie, où le botaniste ne s'arrache pas du souvenir de la petite fille qui est rentrée au pays.

Grand arbre. Arbre qui endure et qui mémorise.
Ce que tu as vu, mes oreilles l'entendent.
Les paroles qui naissent de toi sont devenues mon histoire.

L'automne est bien installé, mais cet automne est un peu différent des autres ;
baigné dans la douce lumière du soleil,
la voix rieuse de cette enfant s'entend comme une clochette.

Kimiko et le botaniste - Seuil jeunesse, 2009 - 15€

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Dernière balade entre les pages d'un peintre et auteur d'exception...
Mon ami à trois pattes partage avec le lecteur l'amitié naissante entre un chien des rues et un garçon qui vient de perdre sa mère. J'ai été très touchée par cet album, où deux êtres blessés par la vie tissent entre eux un lien fort et particulier. Durant l'hiver, une scène va profondément bouleverser le jeune garçon lorsqu'il retrouve l'animal, frigorifié sous la neige, les deux pattes attachées. Tant de cruauté et d'indifférence autour... cela donne des frissons. La fin aussi est assez émouvante, alors qu'on comprend que l'enfant doit partir et quitter son ami à trois pattes, lequel va tenter de le suivre avant d'accepter que, pour lui également, la vie continue.

Il y a beaucoup d'émotion dans ce texte, les aquarelles d'Hideko Ise soulignent la beauté et le charme de la rencontre. On y retrouve même, de façon fugace, Sophie et le relieur, puisque le chien errant traîne dans le même quartier. Ce n'est pas la première fois que l'auteur trace ainsi un fil invisible entre ses albums, et j'aime beaucoup ce genre de clins d'oeil. Tendresse et nostalgie sont toujours au coeur de l'histoire, à travers les mots du narrateur (cette fois, il s'agit d'un texte de Kenzo Yamamoto). Que vous dire, sinon beauté et émotion font décidément bon ménage.

Mon ami à trois pattes - Seuil jeunesse, 2010 - 15€

challenge Je lis des albums - 20

challenge2jelisaussidesalbums

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16/03/10

Colère noire, bonsoir !

Encore une histoire de CHOSE qui apparaît par miracle et dont on ne comprend pas tout de suite l'existence ... je pense aux albums de Michel Gavin, C'est un monde, et de Jean Gourounas, La tache attaque. Donc, une histoire de chose noire, grouillante, pleine d'énergie, qui vibre et s'excite, qui happe tout ce qui se trouve sur son passage, même la médecine, l'armée ou les chasseurs de démons sont impuissants face à cette chose. Une chose capable d'aspirer la planète, la galaxie et que sais-je encore ?
Un remède existe : la douce parole d'une maman et un baiser qui vole.

colere_noire_bonsoirLe lecteur adulte aura vite compris ce que cache le propos de l'histoire (la colère, et pas n'importe laquelle, la colère noire, s'il vous plaît !). Et même si l'histoire nous parle d'un enfant qui pique sa crise parce qu'il est temps d'aller au lit, là j'évente une partie du suspense, oups désolée, mais c'est juste pour vous encourager à découvrir cet album car j'ai trouvé qu'il pouvait être lu sous plusieurs degrés, qu'on soit un adulte ou un enfant, après tout qui n'a pas connu une colère noire dans sa vie ? Levez la main. Pour aborder ce thème, l'auteur Richard Marnier s'est entouré d'effets de style et a dosé son intrigue d'une bonne louche de suspense, c'est un brin exaltant, surtout si on part dans des délires où l'intensité atteint un stade insupportable. La colère, dans tous ses états, moi je ne vous dis que ça, c'est puissant, c'est angoissant et finalement, comme un ballon de baudruche, lorsque ça se dégonfle, le cri est strident mais ça soulage quand c'est terminé. Et ça peut prêter à sourire.

Gaëtan Dorémus aux illustrations, oui toujours lui ! ... je plaide coupable.

Colère noire, bonsoir ! ~ Richard Marnier / Gaëtan Dorémus
Seuil jeunesse, 2010 - 13,50€

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18/02/10

On en était tous là. A bout. A bout de nerfs, de paroles, de regrets. A bout de force.

une_putain_de_belle_nuitNeuf adolescents (huit garçons et une fille) rentrent d'un match de foot où l'équipe vient de se prendre une taule. L'ambiance dans la fourgonnette est lugubre, les esprits sont mis en sommeil, ça ronronne, chacun cogite et personne n'exprime tout haut ce qu'il pense tout bas. Puis, c'est l'accident. Le minibus tombe dans un ravin, le chauffeur meurt sur le coup et l'entraîneur est dans un état critique. Un par un, les adolescents se faufilent hors du véhicule, ils sont tous sain et sauf mais leurs esprits ne sont pas pour autant calmés. Choqués, et encore plus énervés. Cette nuit, qui s'annonce longue et angoissante, va être le reflet de leurs tracas, leurs rêves, leurs espoirs et leurs désillusions. Certains pensent à leurs prochaines vacances, d'autres revivent le match, l'occasion de régler quelques comptes, de reprocher aux uns d'être des incapables ou à d'autres de se croire les petits chefs. Les adolescents sont tous au bord du gouffre, littéralement parlant, ils souffrent pour un chat perdu, pour un amour brisé, parce qu'ils se sentent incompris ou désespérément seuls. Cette nuit, teintée de larmes et de sang, va faire tomber les masques. Tous se cherchent, se perdent, se trouvent. C'est une putain de belle nuit au cours de laquelle on assiste à une quête générale de l'identité de soi, et lorsqu'on est un adolescent paumé, cela donne parfois matière à un récit vibrant, passionnant, sombre, froid et inquiétant. On parle de colère, de doute, de confiance trahie, d'amitié. Les souvenirs d'enfance reviennent aussi, comme pour saupoudrer cette nuit si noire et oppressante. Un sauf-conduit pour revivre des jours heureux, ou comprendre le malaise du moment. Tout s'explique. Le roman est conduit à plusieurs voix, dans une ambiance de huis clos, de quoi procurer cette vive sensation d'urgence, de survie et de sursis.  Pas mal du tout.

du même auteur : Echancrure

Une putain de (belle) nuit ~ Michel Le Bourhis
Seuil, coll. Karactère(s), 2010 - 137 pages - 8€

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21/01/10

Les Demoiselles du Palais-Royal ~ J. Esther Singer

Seuil, 2009 - 288 pages - 12€
illustrations de Natacha Sicaud

Les_demoiselles_du_Palais_RoyalCette série historique pour les lectrices de 12-14 ans est absolument fraîche, divertissante et très agréable à lire. Elle s'inscrit dans la veine des Annie Pietri (Les Orangers de Versailles) et Anne-Marie Desplat-Duc (Les Colombes du Roi-Soleil). L'histoire se passe sous la Régence, en 1718. Les héroïnes sont quatre cousines issues de la bonne société - les jumelles Henriette et Héloïse de Gaumont, et les soeurs Bertrade et Blanche de Pontivy. L'histoire raconte comment Héloïse et Henriette vont, un peu malgré elles, devenir les espionnes à la solde du Régent et déjouer le complot contre le jeune roi Louis XV.
L'auteur s'est attachée à beaucoup détailler le contexte historique en plus des personnages avec un soin proche de la pédagogie. C'est d'ailleurs juste l'infime défaut que je pourrais lui reprocher, ce souci de présenter pénalise légèrement la fluidité du romanesque. Les héroïnes sont charmantes, les situations qu'elles vivent sont peu crédibles et l'inéluctabilité des intrigues nous sautent vite aux yeux. Néanmoins, cela reste un bon moment de lecture, j'ai beaucoup aimé l'écriture de J. Esther Singer, la légèreté des demoiselles et leurs traits terriblement typés (l'une est frivole, l'autre se passionne pour l'étude, encore une autre est pieuse et la quatrième totalement transparente !).
On retrouve dans ce livre les qualités et défauts du genre, car la série se veut à la fois instructive et distrayante. On brasse les complots, les soupirants, les projets de mariage, l'ordre de la Mouche-à-miel, les morts mystérieuses et l'exil avec la même évidence, ou limpidité. Je me répète, mais j'ai trouvé cette série absolument charmante ! Et la couverture est bien jolie.
A signaler la parution rapprochée des deux tomes suivants : le deuxième en mars 2010 et le troisième cet automne.

 

20/09/09

C'est un monde ! ~ Michel Galvin

Seuil jeunesse, 2009 - 48 pages - 16,50€

cest_un_mondeOu pourquoi papa bricole (le diable expliqué aux enfants, il s'agit du sous-titre, c'est excellent !). Hélas, je n'ai trouvé aucun élément de réponse dans cet ouvrage, même si j'ai cru comprendre qu'un diablotin aimait à se faufiler dans les foyers, en cachette, et qu'il narguait les hommes avec une grosse pelote noire. Une pelote si grosse qu'elle fait tâche dans la belle, grande maison dont est si fier l'Homme. Impossible à attraper, impossible à virer. La course-poursuite commence, avec un formidable voyage à la clé. Oui, le diable vous ouvre de nouveaux horizons. Non, votre vie d'Homme n'est pas celle de se contenter de son chez-soi, à se rengorger d'avoir un endroit propret qui flatte votre ego. La pelote, donc, c'est comme votre désir que l'on déroule à la découverte du monde et de l'autre.

Extrait : Les choses s'arrangèrent plutôt bien.
Les réparations durèrent... durèrent... durèrent... si longtemps qu'elles durent encore aujourd'hui (c'est ce qu'on appelle le bricolage) et que le bonhomme, pour des raisons pratiques bien sûr, finit par rester sur place.
Quant à l'autre (ne prononçons pas son nom), il ne doit pas être bien loin puisqu'il est un peu partout chez lui, sûrement à méditer sur tout ça et à se croire important... C'est un monde !

Cela me fait rire toute seule, le coup des réparations qui durent, qui durent... si longtemps qu'elles durent encore aujourd'hui... C'est ce qu'on appelle le bricolage ! Ah merci, j'en sais quelque chose !!! ;o)

A propos, je vous conseille de suivre Mel de La Soupe de l'Espace pour mieux connaître le monde merveilleux de Michel Galvin.

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illustrations de @ c'est un monde ! à ne pas reproduire, merci.

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17/09/09

Sgribouillages - Un livre à dessiner et à colorier ~ Taro Gomi

Seuil jeunesse, 2009 - 376 pages - 15 euros

 

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Tu aimes dessiner et colorier? Alors tu vas adorer gribouiller.
376 pages d'activités pour faire ce qu'il te plaît. Avis aux amateurs de couleurs et aux artistes en herbe ! Avec Taro Gomi, tout est permis.

 

sgribouillagesArtiste réputé au Japon, Taro Gomi s'est fait connaître avec près de 300 livres illustrés, dont un grand nombre de "livres à dessiner". Un phénomène de plus en plus à la mode, ces dernières années. Et dire que tous ont copié l'idée géniale du japonais !

 

Actuellement malade, la miss C. s'est prêtée au jeu et n'a pas boudé son plaisir. Au fil des pages, ce sont des expressions de visage qu'il faut dessiner, des décors à planter, des animations à donner, des couleurs à apporter, le champ est large, avec parfois des indices pour taquiner la muse (dessine quelque chose de difficile à manger, ou qui se mange à la cuillère ou avec une baguette, dessine un chapeau ou des vêtements, des enseignes, dessine une histoire qui se passe à la montagne ou dans l'océan, colorie le ciel, selon les indications, le soleil brille, le ciel se couvre, il tombe des cordes, etc.).

 

Le graphisme assez simple permet aussi de décomplexer l'enfant et offre une inspiration bénéfique qui les fera déborder d'une extraordinaire créativité.

 

Bref, ce livre est bourré d'idées pour s'amuser (pour enfants et parents, enseignants aussi !). En préambule, on vous annonce que : certains artistes travaillent vite, d'autres lentement. Certains artistes sont très besogneux, d'autres plus fainéants. Il y a toutes sortes d'artistes. Mais tous aiment s'amuser. Ce livre s'adresse donc à tous les artistes... en herbe ou de génie ! Un livre où il fait bon colorier, dessiner, inventer, peindre, compter... tout en s'éclatant.

 

Très sympa.    

 

 

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05/09/09

Un dîner surprise, Olivia et la cerise sur le gâteau !

 

 

en cette rentrée, il y avait quelques albums jeunesse qui me disaient bien, des rendez-vous attendus, comme le p'tit dernier de mademoiselle zazie par exemple, plus : le prochain la fée coquillette, deux nouveaux rita et machin et la mélodie des tuyaux de benjamin lacombe (tout ça, en octobre, yep !), mais voici déjà :

le dîner surprise, par astrid desbordes et pauline martin, toutes deux coupables des rêveries d'un hamster solitaire, mon lien ici pour se rappeler cet album que j'avais beaucoup aimé.

le_diner_surpriseCette fois, l'histoire est un peu moins surprenante. Cela raconte une étrange soirée durant laquelle la poule attend ses invités, l'ours, l'écureuil et la souris, pour déguster un gâteau au fromage frais, avec des baies et des grains de sucre. Premier contretemps, un invité surprise frappe à la porte qui s'ouvre sur un loup frigorifié (la neige tombe à gros flocons). Notre bonne poule l'invite à prendre un thé chaud pour se réchauffer. Elle l'installe dans la cuisine. Deux secondes après, on frappe de nouveau à la porte. C'est l'ours, avec sa petite motte de beurre, et aussitôt il affiche une mine déconfite face à son hôtesse et son gâteau au fromage et il part en courant. La poule s'étonne, de plus cela se répète avec l'écureuil et la souris. C'est triste pour elle, tous ses efforts pour une soirée exceptionnelle, avec un mets savoureux, non pas une soupe à la carotte. Elle se confie au loup, lequel a repris du poil de la bête. Hmm. Trop naïve, notre poule ? A vous de juger. C'est beaucoup moins drôle (piquant) que les rêveries d'un hamster solitaire, mais c'est tout à fait charmant. On sourit, surtout.

albin michel jeunesse, 2009 / 10€

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oliviaplace maintenant à l'incontournable de la saison, j'ai nommé : Olivia qui revient en une version tout-carton du premier opus des aventures de cette petite cochonne (lauréat du prix baobab de l'album en 2000).

Cela faisait très longtemps que je n'avais pas relu Olivia, aussi ce fut un grand plaisir de m'y replonger. Maintenant, je vous le confie, Olivia et ma miss C., même combat. Deux fillettes douées, pleines d'énergie, épuisantes pour leur entourage, curieuses, gourmandes, bavardes et j'en passe. Deux petites scènes m'ont fait penser à ça : Le matin, quand elle se lève, elle emmène le chat, elle se brosse les dents, se coiffe et remmène le chat. (Chez nous, vous imaginez juste un chien noir.) Après un bon bain, et un bon dîner, c'est l'heure d'aller au lit. Mais, bien sûr, Olivia n'a pas du tout sommeil. "Maman, juste cinq livres ce soir", dit-elle. "Non, Olivia, un seul. - Quatre, alors ? - Deux. - Trois ! - D'accord, trois, mais c'est tout."
Je vous dispense (faute de mieux) des illustrations qui sont un atout complémentaire à cette lecture. C'est tout bonnement drôle, une bouffée d'air frais rien qu'à contempler, et le reste sert un peu de légende qui vous tire le sourire jusqu'aux oreilles.

Seuil jeunesse, 2009 / 10 € . Mel de La soupe de l'espace en parle ici.

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attention, dernier point de contrôle : une nouvelle enquête de l'inspecteur Lapou droit devant !

cerise_gateauVous prenez un gâteau au chocolat, une cerise qui se fait la malle de sa branche, une foire d'empoigne et beaucoup, beaucoup de gourmandise autour. Remuez, ou tournez les pages, et vous obtenez un savoureux moment à parcourir toute seule, comme une bonne maman égoïste, après tout, se faire plaisir est un gage de lutte contre le vieillissement précoce. (C'est juste moi qui le préconise. Mais je suis sûre de ne pas me tromper !)
Comme d'habitude, il n'y a pas franchement d'enquête, l'inspecteur Lapou est plus débonnaire que jamais, il suit le mouvement, et son flegme ne le quitte pas une seconde. Tant mieux, cela rend la lecture piquante et décalée. Oui, j'aime beaucoup. En bonus, cette fois nous avons droit à la recette de la cerise sur le quatre-quart (très facile).

Gallimard jeunesse, coll. Giboulées, 2009 / 7€

Pour les plus jeunes, il y a aussi l'âne Trotro mène l'enquête, façon Club des Cinq sur la piste du goûter disparu. Et celui-ci ne coûte que 2€ !

trotro_mene_lenquete

21/08/09

Journal d'un dégonflé ~ Jeff Kinney

Seuil, 2008 & 2009 - 224 pages - 9,95€
Traduit de l'anglais (USA) par Nathalie Zimmermann
titre vo : Diary of a Wimpy kid

journal_dun_degonfle_1Greg Heffley est un collégien de douze ans, ni beau ni moche, pas intello mais pas cancre non plus, pas du tout sportif, ni très drôle, donc pas populaire pour deux sous, mais il y travaille. Cette année scolaire sera placée sous le signe de la réussite, quitte à abuser de la crédulité de son meilleur ami Robert, gentil et naïf, mais franchement pas futé.
Les mois défilent à une bonne cadence et sont racontés dans ce carnet de bord, qu'il ne faut surtout pas appeler journal intime (c'est pour les nazes !). On y découvre sa vie de famille, entre un grand frère musicos et le petit dernier chouchouté par les parents, sa vie au collège qui n'est qu'une irrésistible série de coup bas mis en oeuvre par ce dégonflé qui s'ignore, ou qui ne s'assume pas.
Greg n'a qu'une idée en tête : devenir célèbre, s'afficher sur la page des favoris dans l'annuaire du collège. C'est ça ou rien.
L'histoire est ponctuée par des croquis d'une fausse placidité qui accentuent le comique de situation et soulignent l'absurdité et le cocasse des anecdotes. C'est la touche en plus, qui rend cette histoire drôle et très divertissante.
Journal d'un dégonflé est un roman en bd, comme il est écrit en couverture, le premier d'une longue série, qui m'a fait beaucoup rire.

 

*-*-*-*-*-*

Et déjà le deuxième volume est disponible !

journal_dun_degonfle_2bisGreg est soulagé de reprendre le chemin du collège, après avoir passé des vacances épouvantables. La cause : son grand frère, Rodrick. Il est dur et impitoyable avec lui, le fait chanter sans vergogne, et pourquoi ? Parce qu'il s'est passé un événement que Greg aimerait oublier, mais Rodrick sait tout et se fait un devoir de le lui rappeler.
Si l'humour du premier tome avait été une réelle surprise, accueilli avec une sensation de fraîcheur et de distraction plus qu'appréciable, ce tome 2 ne déroge pas à la règle et se veut également désopilant. Ce sont strictement les mêmes ingrédients qu'on retrouve : un pauvre type qui se débat avec lui-même pour ne pas finir crétin, et son meilleur ami pas mauvais pour deux sous, hélas mou du genou, mais c'est un brave garçon, je l'aime bien, surtout parce qu'il supporte son copain Greg sans réaliser combien il est malhonnête.
Et comble de tout, Robert a de plus en plus la côte auprès des filles, ce qui devrait servir d'exemple à Greg, le forcer à réfléchir pour changer d'attitude, mais un garçon de treize ans, ça reste un garçon de treize ans... ça réfléchira plus tard.
C'est probablement pour toutes ces raisons que les lecteurs plébiscitent les romans de Jeff Kinney, parce que le personnage de Greg Heddley n'est pas un héro conventionnel, et leur ressemble davantage. Il a ses qualités, ses défauts et ses failles. Et comme ce n'est pas un type extraordinaire, sinon qu'il est quelconque, limite odieux (mais la morale est sauve !), ses aventures ne peuvent que concerner la cible idéale des 10-12 ans (et plus).

 

le blog : http://journaldundegonfle.wordpress.com/

le site américain : http://www.wimpykid.com/

 

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12/08/09

On n'arrête pas les comètes ~ Sigrid Baffert

Seuil, coll. Karactère(s), 2009 - 106 pages - 8€

on_narrete_pas_les_cometesL'histoire s'ouvre sur la rencontre entre Emilien le facteur et Clémence la costumière pour le théâtre. Sans aucun rapport, arrive Aubin, lycéen qui vient de décrocher son bac. Il rentre chez lui pour apprendre la triste nouvelle du suicide de sa mère, dans sa maison d'enfance. Drame. Larmes. Funérailles. C'est le ballet des heures sombres, pour la première fois Aubin est pris d'un hoquet qui ne le quittera plus et reviendra tous les jours, à heure fixe.
Malgré le souhait de ses proches de vendre la maison, estampillé lieu maudit, Aubin s'oppose. Il a besoin de temps, besoin de revenir aux sources, pour pleurer et sombrer dans le berceau de sa mère.
On retrouve alors Emilien, avec une certaine Hanna. Cette femme fuit aussi son propre passé et refuse de suivre la voie qui s'ouvre à elle. Elle bifurque. C'est à ses côtés qu'Emilien est victime d'une attaque, alors qu'il lisait le journal.
L'histoire peut maintenant tracer sa route, au lecteur d'être entraîné vers ces destinées qui se croisent, s'effleurent, s'éloignent, se lient et se délient. Au coeur du conflit, le suicide d'un parent. A Aubin, la douleur et la déchirure. Le deuil qui commence. La distance à prendre. A Emilien et Hanna, le poids du passé. Le choix d'assumer leurs actes manqués. Ensemble, ils parviendront à accepter et apprendre à vivre l'absence.
Malgré son titre, on comprend que le roman ne traite pas d'astronomie. Son sujet : la famille. On a beau avoir les bras cassés et des regrets qui débordent des poches, on n'est pas pour autant inapte à se reconstruire. Se bricoler des ailes, colmater les brèches, panser ses bleus à l'âme. Ensemble, c'est tout.
Voilà encore une histoire qui nous le prouve.

à partir de 13 ou 14 ans.

une précédente version de ce texte a été publiée sous le même titre en 2004 chez syros.

 

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17/06/09

Villa des Oliviers ~ Anne Vantal

villa_des_oliviersCet été-là, Manon, quinze ans, n'a pas le goût de le passer comme les autres années, à la Villa des Oliviers, la résidence de ses grands-parents, chez lesquels toute la famille aime se réunir durant trois semaines, en juillet. L'envie n'y est plus. Ce n'est pas seulement la soudaine défection de son amie Célia, à la dernière minute, de n'avoir pu se joindre à la troupe. C'est plus globalement un état d'esprit.

Manon a quinze ans, elle se sent trop vieille pour frayer avec ses cousines de douze ans et trop jeune pour être prise au sérieux par les adultes, eux-mêmes bien empêtrés dans leur histoire de couple ou de travail. Alors Manon boude, elle participe aux activités familiales sans réelle motivation. Son cousin Vincent, encore un bébé, parvient à lui tirer des sourires. Et puis Nicolas, le fils du jardinier, n'est pas mal dans son genre. Le coeur de Manon palpite plus fort dès qu'elle le voit. C'est sûr, cet été de ses quinze ans ne sera pas comme les autres !

L'histoire est racontée des années après la date des événements, produisant des effets de style pour alimenter l'intrigue et capturer l'intérêt. La narratrice prévient, la narratrice ménage la surprise, la narratrice est chef d'orchestre. Plutôt habile. Sur 140 pages, l'histoire roule sa bosse sur un ton doux-amer qui n'est pas pour déplaire. Cela raconte une chronique familiale, le temps d'un été, avec au centre les turpitudes d'une adolescente en crise, au corps devenu trop grand et trop maigre. La jeune fille se cherche, elle guette une image encore trop floue, et son tempérament illustre ce flottement entre l'enfance et l'âge adulte. Qu'est-ce que c'est agaçant, lorsqu'on a passé l'âge !

C'est toutefois finement esquissé, et cela nous montre combien l'adolescence est une période vécue en dents de scie, où toutes les émotions sont exacerbées et amplifiées. Manon en est le parfait exemple : elle se sent trahie, seule au monde, incomprise, abandonnée. Pour compenser, elle passera son temps à observer les siens et découvrira, bien tardivement, que le monde des adultes n'est pas toujours rose non plus. C'est donc un roman qui évoque la difficulté de quitter l'enfance, en douceur, en tâtonnant, en souffrant aussi. Et la complexité de grandir, évidemment.
J'ai bien aimé !

Seuil, coll. Karactère(s), 2009 - 144 pages - 8,50€

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