26/05/09

Demain la lune ~ Cécile Roumiguière

demain_la_luneCette année 1969 va être un grand tournant dans la vie de Michel, onze ans. Ses parents se séparent, son père a quitté la Bretagne pour vivre dans le Sud. L'été approchant, Michel et sa soeur Liliane, seize ans, le rejoignent pour passer des vacances au camping. Mauvaise surprise dès l'arrivée : leur père s'affiche avec une nouvelle femme, les enfants sont déçus et jurent de leur faire payer cette déconvenue.
C'est donc l'été, il fait chaud, le 14 juillet fête son feu d'artifices avec son bal annuel, Michel rencontre une fille de son âge, Corinne, qui lui parle en long en large et en travers de la lune et du prochain voyage dans l'espace. Peu à peu, Michel adopte les luneries de Corinne et comprend qu'un monde nouveau est en train de naître. C'est beau, c'est mystérieux, cela donne des frissons partout.

Cécile Roumiguière nous raconte cet été 1969 avec une affection manifeste, tout semble comme pour de vrai, c'est chaleureux, tendre et touchant, avec des clins d'oeil pour ceux qui connaissent et une attention particulière pour les plus jeunes afin qu'ils ne se sentent pas écartés. Elle s'est entourée de personnages attachants, comme Liliane, cette rouquine coiffée à la Sylvie Vartan, qui écoute La Californie de Julien Clerc sur son mini-cassette, ou Corinne, avec ses couettes brunes, son nez cramoisi et son savoir tel un puits sans fond pour tout ce qui touche la technologie, la conquête spatiale et les étoiles.

Sa fascination pour les premiers pas de l'homme sur la lune illustre bien la page nouvelle qui est en train de s'écrire, tout comme l'histoire de ce roman nous parle d'amitié et d'espoir en général, mais aussi d'amour qui dure une vie entière, d'amour qui s'estompe, d'amour qui recommence avec d'autres personnes. C'est aussi un livre sur les illusions qui se perdent et se brisent, et pourtant ce n'est pas un livre triste. Il porte l'espoir en lui, il prend aussi le lecteur à bras le corps, il donne le sourire. La nostalgie qu'on y trouve n'est pas mélancolique, elle est revigorante, on sent que ce n'est plus la même époque, mais on aime aussi ce passé nécessaire pour l'avenir. J'ai été séduite, totalement bercée par cette belle nostalgie, ce monde d'hier qui croyait très fort s'offrir le monde de demain.

A noter que 2009 est l'année du 40ème anniversaire des premiers pas de l'homme sur la lune. Je ne sais pas comment l'exprimer, mais pour moi qui n'appartiens pas à cette génération - pas plus que les jeunes qui liront ce livre - j'ai ressenti une grosse bouffée d'espérance en lisant ce roman, j'ai partagé les rêves et j'ai perdu mes illusions comme Michel et Liliane, j'ai été éblouie par cette nuit dans l'épicerie pour guetter la diffusion par l'ortf des images bouleversantes des américains qui marchent sur la lune, j'ai chanté, j'ai rêvé, j'ai mangé des spaghetti aux fruits de mer, j'ai traîné sur la plage, j'ai pêché des anguilles, je me suis sentie dans le bain... Totalement. 

A signaler aussi que la Lune reste au coeur de nombreuses expressions : décrocher la lune, être dans la lune, demander la lune, promettre la lune... C'est dire son importance !

Seuil jeunesse, coll. Chapitre, 2009 - 105 pages - 8 euros.
illustration de couverture : Olivier Tallec

Le site de l'auteur : http://www.cecileroumiguiere.com/

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28/04/09

Le sabre sacré ~ Yves-Marie Clément

Jigoro, étudiant japonais de vingt ans, a perdu la vue trois ans auparavant, dans un accident qui a également coûté la vie de ses parents. Elevé chez son oncle, Jigoro est cependant totalement indépendant, il continue de pratiquer le judo, se rend au lycée seul mais a choisi de s'enfermer dans sa bulle. Un soir, il reçoit un coup de fil et apprend que son oncle est hospitalisé, victime d'une agression. La police vise le tueur en série qui sévit dans le quartier mal famé de Hara-Ga, mais Jigoro et son oncle pensent autrement. La famille possède effectivement un dojo privé, et des légendes prétendent qu'un sabre sacré y serait enterré.

sabre_sacre

Chapitres courts, narration alternée entre Jigoro et Ochika, une camarade d'école éperdument amoureuse, on entre vite dans le vif du sujet, avec une économie de mots, l'immersion dans la tête des protagonistes, la compréhension du handicap du garçon qui apprivoise son monde en s'appuyant sur ses sensations odorantes et auditives, et à ceci s'ajoutent le poids des mystères, les crimes en série, les légendes du Japon impérial, les guerres féodales, la culture judoka. Et c'est un français - Yves Marie Clément - qui nous offre cette plongée hallucinante, fidèlement retranscrite, troublante d'authenticité, pour un polar japonais efficace, froid, implacable. Belle découverte, j'ai bien aimé !

Seuil, coll. Karactère(s), 2009 - 140 pages - 8€

Couverture : Frédérique Deviller

 

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15/04/09

La saga Mendelson ~ Fabrice Colin

 

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Fabrice, un ami de la famille Mendelson, choisit d'écrire toute leur histoire depuis sa récente découverte d'une malle aux trésors, qui avec ses journaux intimes et ses photographies racontent leurs aventures étonnantes. La saga Mendelson peut commencer, à Odessa en 1895. Elle s'ouvre sur le couple Isaac et Batsheva, dans une ville qui sera bientôt balayée par les pogroms, les insurrections et la tristement célèbre affaire du Potemkine. Forcés à l'exil, le couple et ses deux enfants vont se rendre à Vienne.

C'est un roman plein de charme qui ouvre cette trilogie historique d'une famille juive plongée dans la tourmente du 20ème siècle. Le rythme est échevelé, l'histoire riche, bien écrite, mélangeant les anecdotes authentiques au souffle romanesque, et le produit en lui-même est très original. C'est en effet une somme de témoignages, d'extraits de journaux intimes, de clichés et de dessins qui composent ce récit, entrecoupé par la voix du narrateur.

Cela pourrait commencer ainsi : il était une fois un horloger modeste qui rencontra la femme de sa vie, elle était d'une grande beauté et l'aimait également d'un amour fou et exclusif. Leur monde s'écroule lorsqu'un vent de haine souffle sur l'Europe et, parce qu'ils sont de confession juive, les oblige à s'expatrier toujours plus à l'ouest. D'un seul coup on se retrouve avec une saga palpitante, qui raconte le destin hors du commun d'une famille marquée par les coups du sort, et qui, de plus, se télescopent aux grandes pages de l'Histoire.
D'Odessa à Hollywood, en passant par Vienne et New York, cette famille exceptionnelle va connaître une destinée tout aussi époustouflante, nous n'en sommes qu'au début (ce premier tome couvre la période de 1895 à 1929) mais l'histoire ne manque déjà pas de rebondissements (séparations, exils, liaisons amoureuses, pauvreté et richesse). Les personnages ne sont pas encore trop nombreux, ce sont les premiers, donc les plus attachants, ils ont le privilège des rencontres étonnantes, avec un certain Adolf Hitler, alors étudiant recalé de l'Académie des Beaux-Arts, le peintre Egon Schiele, ou le producteur de cinéma, Louis B. Mayer.
Sans le vouloir, les Mendelson ont le chic d'être au coeur des événements les plus brûlants et ne semblent pas se contenter d'une existence sage et rangée.
Tant mieux !
La suite promet de palpitantes révélations !

A découvrir en novembre 2009 : les insoumis (1930 - 1965) et au printemps 2010 : les fidèles (1965 - 2000).   

Les premières pages des Exilés, tome 1 de La Saga Mendelson à paraître le 16 avril, sont en ligne ici.

Seuil jeunesse, 2009 - 269 pages - 16,50€

illustration couverture : François Roca
concept graphique : Frédérique Deviller

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26/02/09

La traversée - Marjolijn Hof

 

51ezspLCHIL__SS500_Margot vit seule avec sa mère, qui est très souvent amoureuse mais a beaucoup de mal à se fixer. Alors les amants défilent, ce qui a tendance à lasser la jeune adolescente. Un jour, Brajni fait son entrée. Il est d'origine islandaise, et il aimerait faire découvrir son pays aux nouvelles femmes de sa vie. Margot piétine, pas convaincue du tout, tandis que son amoureuse de mère se lance dans l'aventure. L'exploration devient vite houleuse. Outre le climat froid, le paysage de cendres, les risques souterrains et les rivières sauvages, Margot commence à être agacée par les disputes incessantes entre sa mère et Brajni. Et puis, ça l'embête aussi car elle a fini par bien aimer Brajni et voit d'un mauvais oeil les moues boudeuses de sa maman... ça sent le drame sentimental !

En attendant, profitons-en pour savourer le décor, pour goûter aux joies culinaires et aux subtilités de la langue islandaise, sans parler des contes et des légendes, de Grettir le monstrueux, du fantôme qui rôde le soir autour de la tente et du pain de troll. C'est encore mieux qu'un guide touristique ! Et pour la petite histoire, Marjolijn Hof dresse un joli portrait de fillette qui contemple les amours compliquées de sa maman volage, qui grandit et qui voit les choses différemment, comme par exemple qu'une pierre est faite de deux morceaux et qu'il existe des tas de pierres dans le monde !
Pour jeunes lecteurs, dès 10 ans.

Seuil jeunesse, coll Chapitre, 2009 - 124 pages - 8,5€
traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Emmanuèle Sandron

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18/12/08

Petites bulles de bonheur

J'aime quand tout se remet en place dans ma vie, en douceur et avec efficacité. Peut-être l'année 2008 va enfin m'accorder un peu de répit pour les quelques jours qui restent ? Qui sait. Je l'espère de tout coeur. Mes soucis matériels se règlent, mes bleus à l'âme ont trouvé leur pansement et mes pannes de lecture sont maintenant écartées. Ou bien je vais franchement mieux, ou bien je ne tombe que sur des livres qui sont divins et me rendent un grand service !

I feel light, c'est sûr !!!

 

 

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31kJVPvI2qL__SS500_Milana, 14 ans, s'est longtemps considérée heureuse et fière d'être indépendante et de pouvoir se débrouiller seule comme une grande. Toutefois, une semaine de vacances va tout bousculer car elle s'aperçoit soudain du bonheur procuré d'être cajolée, dorlottée, couvée... comme un poussin. Alors elle se questionne, non sa mère n'est pas une mère poule, elle a pour discours qu'il faut être prêt pour la guerre de la vie, drôle d'idée quand on a 14 ans et pas le sentiment d'avoir connu de galère, juste faire son lit, vider le lave-vaisselle, prendre ses rendez-vous chez le médecin. Être blindée pour le reste à venir n'est finalement pas si confortable, et Milana choisit d'entrer en grève et de retourner en enfance. Mais sa meilleure amie lui rappelle qu'elle fait fausse route : être poussin ne signifie pas régresser et virer paresseuse. C'est compliqué de grandir !

Milana invente alors un terme tout nouveau tout beau, et qui correspond à sa démarche : elle plonge directement dans l'adultance. En numéro 1 de sa liste, elle inscrit de partir visiter les soixante-seize châteaux au Luxembourg.  C'est plus qu'une initiation qui l'attend, c'est la rencontre avec elle-même, et d'autres surprises au tournant ! Toutefois, Milana pourra l'affirmer tout de go : « je comprends alors que je serai toujours là pour moi », c'est une certitude. Ce roman sur la quête d'identité peut être lu comme la remise en question d'une adolescente en pleine crise, mais c'est terriblement plus drôle, facétieux et intelligent. On oublie d'être agacée, on s'amuse davantage et on goûte avec bonheur au style virevoltant d'Audren. C'est farci de petites phrases qui font mouche, on s'en gave sans hésiter. Un régal. 

« Ma mère ne me protège pas. Elle m'élève. Elle m'aide à bien grandir. C'est le propre des mères, n'est-ce pas ? »

Puisque nous sommes toi, Audren
Ecole des loisirs, coll. Medium - 164 pages - 9€

l'avis de Gaëlle

 

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« Allongé dans le pré encore tout vibrant au soleil du jeune printemps, Paul regarde la cime du peuplier et les nuages, édredons frangés d'or, qui traversent un ciel d'un bleu à croire en ses rêves. »

51JTIuBP7SL__SS500_Apprendre à grandir, apprendre à accepter de laisser partir ce qu'on aime, apprendre tout court, toujours... L'amour en cage est ce petit roman qui vous dit tout, avec justesse, poésie, délicatesse et tendresse. Paul a onze ans, c'est un garçon de la terre, il vit à la ferme et il est fier de la tradition familiale. Au collège, pourtant, il comprend qu'être paysan passe pour une insulte. Il se renferme, puis se lie d'amitié avec Aïssatou qui arrive de Guinée. Elle est différente des autres, sa voix, son sourire, sa peau et ses baisers au goût de gingembre... C'est doux et velouté, comme un duvet d'oiseau.

Un jour, dans les champs, il trouve une petite pie qu'il décide d'apprivoiser. Mais plus le temps passe et plus Faranah manifeste le désir de voler toujours plus loin. Est-ce une preuve d'amour de retenir ce à quoi on tient, parce qu'on a peur, parce qu'on ne veut pas souffrir, parce qu'on prétend aimer, donc protéger ? Mais empêcher, ça n'est pas de l'amour. « Tu la perdras encore plus si tu l'empêches d'être libre... » C'est un avertissement, un signal qu'il ne faut pas mélanger l'amour et la liberté. Aimer, c'est aider. C'est pousser. C'est faire quitter le nid. C'est donner des ailes. L'amour ne se met pas en cage.

Voici l'exemple concret qu'un roman peut simplement, en 90 pages, raconter une histoire capable de déclencher un grand impact émotionnel. Absolument magnifique.   

« Dès ta naissance, je savais que tu partirais, toutes les mères le savent. Elles l'acceptent, elles s'y préparent, c'est dans l'ordre des choses que les enfants ouvrent leurs ailes... »

L'amour en cage, Maryvonne Rippert
Seuil jeunesse, coll. Chapitre - 90 pages - 7,50€
A partir de 10 ans.

Illustration couverture : Olivier Tallec

 

 

l'avis de gaëlle !

 

Lend me yours wings and teach me how to fly.
Show me when it rains, the place you go to hide.
And the curtains draw again and bow - another day ends.
The leaves applaud the wind.


24/11/08

Le Testament de Stone - Celia Rees

Très, très étrange roman que voilà.
Un coup d'oeil sur l'énigmatique présentation de l'éditeur : Une statue qui pleure, un crucifix qui saigne... Sur tous les continents, d'étranges événements laissent présager la fin du monde. Le compte à rebours a commencé !
Zillah, Adam et Kris. Depuis la nuit des temps, leur destin semble être lié. Aujourd'hui, ils sont les seuls à pouvoir combattre les forces du mal... Sauront-ils survivre en pleine apocalypse pour sauver l'humanité ?
Ceci est bien mystérieux et cela n'éclaire pas tellement notre lanterne. Je vous l'accorde !

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L'histoire nous promène dans les temps anciens et les temps futurs, dans un Londres du début du 20ème siècle et celui de nos jours. On y parle d'Apocalypse, d'enfants capables de sauver notre monde et de bonds dans le passé pour résoudre le présent...

Trois enfants - trois orphelins - sont amenés à se rencontrer, après bien des embûches et des secrets de famille qui peuvent éclater en pleine figure. Ils se croisent dans un hôpital et les galeries souterraines de la capitale anglaise, seront aidés par une Mama Célestine et un clochard prénommé Bram, tout deux ont un passé mystérieux et ne sont pas ce qu'ils prétendent être. Mais des ennemis sont aux trousses des enfants, en plus de la mission qu'ils sont appelés à accomplir.

La suite est déconcertante, tout comme l'ensemble se révèle brillant mais déroutant. Plusieurs fois, il a fallu que je revienne sur les quelques pages déjà lues. Je suis néanmoins venue au bout du roman, pas péniblement, parce que j'avais été gagnée par cette part de mystère judicieusement distillée. Le roman est captivant, dans le fond, un peu construit comme un thriller. Et puis se mêle un parfum de fantasy assez sombre, où on retrouve des vérités reconnues, des fantasmagories populaires et des pures inventions littéraires.

Très original, mais absolument désarmant !
Ce roman pourra être lu par des adolescents (15 ans, au moins) mais sa maturité prouve qu'il mérite d'être lu par le plus grand nombre !

*****

(en savoir plus)

L'histoire s'ouvre sur une introduction opaque et troublante. L'OEil de la Mer, une guerrière prête à tuer et j'en passe. Le chapitre s'achève en nous laissant totalement abasourdi et déjà perplexe. Puis on rencontre une jeune fille - Zillah - seule rescapée d'un massacre au sein de la secte des Enfants de la 6ème Aube. L'Avocat, ce grand manitou, a tout orchestré et pense avoir accompli son contrat en prenant la fuite lorsqu'il se rend compte de l'existence de la survivante. Son but, alors, sera de la retrouver coûte que coûte.

On découvre ensuite Adam, dans une chambre d'hôpital, qui attend son opération alors que la jeune fille arrive dans les locaux, toute la presse à ses trousses. Bien étrange affaire, qui intrigue notre garçon... La rencontre avec la demoiselle sera aussi éphémère qu'un clin d'oeil car Zillah s'échappe de cet endroit. La peur au ventre, mais déterminée, elle se cache dans les galeries souterraines de Londres.

Près de là, se trouve Temple Green, un quartier délaissé où les clochards, comme Bram, ont trouvé refuge. Le vieil homme a à la bonne le jeune Kris, un orphelin qui a été recueilli par sa Mama Célestine, toute fraîchement débarquée de ses îles. Le gamin croise la jolie Zillah devant la gare, au même moment son vieil ami Bram s'époumonne et tombe raide en la pointant du doigt. C'est elle, il faut la retrouver...

Pourquoi ? Que sait exactement le vieux Bram ? Qui est-il finalement ? L'homme aurait un passé mystérieux et il serait détenteur d'un testament révélant l'existence d'une secte maléfique. A l'hôpital, il retrouve Adam et là encore les révélations vont tomber.

 

Seuil, novembre 2008 - 468 pages - 16,95€
Traduit de l'anglais par Jean Esch
titre vo : The Stone testament

02/11/08

L'oiseau - émoi ressent ce qu'on sent au fond de soi...

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On ne l'a jamais vue, mais on sait qu'elle est là, au fond, tout au fond de soi : l'âme.

Et au fond de l'âme, il y a un oiseau perché sur un pied, qui ressent ce qu'on sent au fond de soi : c'est l'oiseau-émoi.

Il se morfond de douleur lorsqu'on nous blesse, il sautille et gambille quand on nous aime. Il se roule en boule, muet de tristesse, quand on nous agresse. Il se déploie et emplit l'espace dès qu'on nous embrasse.

« Au fond,
tout au fond de nous
vit l'âme.
Nul ne l'a jamais vue,
mais chacun sait qu'elle y est.
Jamais
personne ne vint au monde
sans elle.
Elle étincelle
dès qu'on naît
et, comme l'air qu'on respire,
jamais ne nous abandonne,
pas même une seconde...
... tant qu'on est. »

L'oiseau est fait de tiroirs bien verrouillés et l'oiseau seul peut ouvrir ses tiroirs. Un tiroir pour chaque sentiment, donc l'oiseau-émoi a beaucoup, beaucoup de tiroirs !

« Des tiroirs
pour rire, pleurer,
désirer, être comblé,
espérer, désespérer,
patienter, s'impatienter,
et puis un pour haïr
et un pour être aimé...
Il y a même
un tiroir pour la paresse
et un, c'est fou,
pour ne rien faire du tout !
Et aussi un tiroir secret
pour nos secrets les plus secrets
qu'on n'ouvre presque jamais.
Et d'autres, encore et encore,
tous les tiroirs
qu'on peut rêver d'avoir ! »

A présent vous avez compris que chacun est différent parce que vit en lui un oiseau différent.

**********

Ce petit traité des émotions est adapté du best-seller The Soul Bird écrit par la poète israélienne, Michal Snunit. Dans sa version française, les illustrations délicates et raffinées de Martine Delerm évoquent à merveille la vie intérieure.

Sensible, délicat, subtil et précieux.

Seuil jeunesse, Septembre 2008 - 12€

 

 

 

 

 

***

11/10/08

Pourquoi les vaches plaisent-elles autant, A toute sorte de gens Obstinément? *

Serait-ce à cause de leurs si beaux yeux
Ou bien à cause de leur sens de l'observation
À cause de leurs pis à lait
Qui sait le pourquoi
De cette attirance là...

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Au début, je pensais que le professeur Tatsu Nagata était un nom bidon, qu'on colle sur cette collection destinée aux jeunes enfants. Et puis non ! C'est un vrai scientifique, mondialement reconnu, qui publie des livres ayant la vocation de faire aimer la nature et les animaux. C'est du sérieux, donc ! On a encore plus de mal à le croire quand on commence à feuilletter ces albums : franchement c'est risible, les illustrations frisent l'absurde mais - à y regarder de plus près - ce n'est pas totalement ridicule non plus. Aucune ânerie dans le propos. On lit une fiche signalétique sur l'ours ou la vache qui est à la fois éducative, simple et amusante. Voila le topo : du documentaire, oui ! du rébarbatif, non !

Cette collection s'adresse à un très jeune public, dès 2-3 ans, et pourra être utilisée en classe de maternelle. Il existe d'autres titres, dont la baleine, le renard, la fourmi, le gorille, le cochon, la taupe, la grenouille etc. 

Les sciences naturelles de Tatsu Nagata : La vache / L'ours
Illustré par Thierry Dedieu
Seuil jeunesse, septembre 2008 - 8,50€

www.thierrydedieu.com
www.tatsunagata.com

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(aperçu)

Les sciences naturelles de Tatsu Nagata : La vache

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15/08/08

(lectures de vacances - 4)

Venise, Shakespeare, une grand-mère et sa petite-fille, la même passion du théâtre, le goût de l'exubérance. Ce sont des arguments imparables pour m'intéresser à ce petit roman, qui bénéficie d'une réédition (ce livre a préalablement paru en 2003).
Elisa et sa grand-mère Eia se voient tous les jours, pour parler de peinture ou réciter du Shakespeare. Cela casse la solitude de la grand-mère, qui est fâchée avec sa fille, laquelle s'inquiète car elle juge sa mère un peu folle. Elisa ne veut pas que sa grand-mère retourne en hôpital psychiatrique, alors elle édulcore la réalité et tente de dresser un portrait d'une mamie gâteau pour la paix des ménages.
Un jour, au hasard d'une promenade, grand-mère Eia trouve un peigne de cheveux en écaille de tortue. Elle ne le sait pas encore, mais dans les jours qui vont suivre, d'étranges signes de métamorphose vont apparaître. Et c'est en tortue qu'elle se transforme, sous les yeux incrédules de sa petite-fille.
Elisa garde le secret, fait quelques recherches sur internet, découvre quelle race de tortue il s'agit (un spécimen très rare, qui vit à Aldabra, au large du Pacifique) et rencontre un collectionneur passionné, Max, qui va crever d'envie de rencontrer la fillette et sa tortue.

Ce roman est un puits d'imagination, un voyage entre le réel et l'imaginaire. J'ai eu un peu de mal à m'embarquer, me mettre dans l'idée qu'une grand-mère puisse se transformer en tortue... Après tout, pourquoi pas ? Marie Darrieussecq avait bien fait sensation avec son héroïne qui devenait une truie ! Bref, dans ce livre destiné pour la jeunesse, je crois que l'auteur s'est servie de cette parabole pour parler d'une fuite qui tromperait la mort. Comme le dit la grand-mère, "L'astuce, c'est de se transformer."
Ce voyage dans l'imaginaire reste une exploration tour à tour déconcertante, charmante, drôle et sympathique, mais les esprits frileux pourront reprocher cet excès d'invraisemblances et/ou d'inepties. La lecture invite à voyager, ne l'oublions pas... 

Aldabra : La tortue qui aimait Shakespeare - Silvana Gandolfi

Seuil, coll. Chapitre - 158 pages - 9,50€

A partir de 10 ans.

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Demain l'année prochaine :

Ce livre me rappelle la cruelle difficulté de plonger dans une histoire qui ne s'adresse pas à vous, mais il faut faire comme si, et pourtant là non, je ne peux pas.
Je n'ai plus l'âge, je ne supporte plus les crises des adolescentes hystériques, qui se réveillent en petites femmes parce qu'elles viennent de passer leurs premières vacances en colo avec les copines et les copains.
On assiste aux scènes du genre "je bois du café comme une grande", "je dors des heures pour tromper l'ennui", "ma vie n'est qu'une somme d'injustices", et patati et patata.
C'est par le regard de sa jeune soeur, Mélanie, que se dessine le portrait de cette adolescente insupportable. Léna se rebelle, en fait baver à ses parents, lesquels ont aussi de gros soucis (plus de boulot pour le père, et trop de travail pour la mère). Il faut gérer toutes les situations, mais Mélanie ne nous donne pas l'impression que c'est chose faite.
Se sentant un peu transparente, coincée entre son aînée trop bruyante et le petit dernier qu'il faut occuper, surveiller, câliner, Mélanie cherche à exister. Elle n'est plus une petite fille - son corps lui donne les premiers signes - et la vie à la maison ne lui accorde pas le droit de lever le doigt, de montrer qu'elle existe. Son rôle, c'est d'être la plus discrète possible. Ecoute, vois, tais-toi.
A conseiller à toutes les adolescentes concernées par ce problème, à savoir : où se trouve ma place !?
On évoque les problèmes familiaux, les soucis d'argent, le sentiment de ne pas exister, les émois amoureux, les angoisses face à la puberté, la rentrée scolaire qui s'annonce... Un panel de sujets assez large est donc abordé, qui concerne aisément le lectorat visé (dès 11 ans).

(Je ne suis pas mécontente d'avoir franchi ce cap, par contre je crains de devoir remettre le couvert, pour ma fille, tôt ou tard... Malheur !)

Demain l'année prochaine - Estelle Lépine

Seuil jeunesse, coll. Chapitre - 122 pages - 7,50€

A partir de 11 ans.

Moi qui ne vais pas au bout
Des choses,
Un jour j'irai au bout
Du monde
Pour voir si là-bas
Toutes les causes valent qu'on s'y penche
Et qu'on y tombe

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14/05/08

Echancrure - Michel Le Bourhis

echancrureThomas, dix-sept ans, est un écorché vif qui ne croit pas en l'avenir. Il traîne ses savates au lycée professionnel, sèche souvent les cours, vit dans un modeste appartement avec sa mère, qui est caissière au Leclerc, et son petit ami qui glandouille toute la journée devant la télé. La perspective d'un lendemain meilleur lui est complètement illusoire. Il est aussi secrètement amoureux de sa voisine, Sandrine, qui sort avec son meilleur copain, Tony. Et il rêve de cogner le père de celle-ci, pour la venger des coups qu'elle reçoit tous les soirs. C'est la misère, pensez-vous...

Thomas a cependant trouvé un refuge dans cette vie de brutes : il entretient une véritable passion pour la littérature et les belles éditions, qui le fascinent, le séduisent. Un jour, dans une librairie, il s'apprête à chiper un exemplaire de Maupassant dans la Pléïade mais son geste est arrêté par une femme d'un certain âge, Micheline Gayet. Au lieu de le sermonner ou de le dénoncer, elle préfère lui payer le livre et lui offrir. Ce geste étonne nos deux personnages, qui se font face, un peu abrutis et maladroits. Thomas est incapable de comprendre la gratuité de ce geste, Micheline ne l'explique pas non plus et ne comprend pas cette soudaine obsession pour ce garçon, qui lui rappelle une autre époque de sa vie de prof.

A travers le monologue de l'adolescent et les extraits du journal de Micheline, l'histoire d'Echancrure est une remarquable description du désarroi d'un gamin très en colère et écoeuré par la vie qui l'entoure. Seuls les livres lui offrent une échappatoire, sans quoi la réalité de son quotidien est oppressante, lourde, poignante et déprimante. Au fil des pages qui s'enchaînent avec une rapidité étonnante, le lecteur ressent cette urgence et le sursis qui s'annonce. Car un drame va boucler cette comédie humaine, dès le départ le lecteur en a l'intuition. Et pour accentuer le tout, le rythme qui s'accélère dans les derniers chapitres va donner le tournis, fait retenir le souffle. Puis le couperet tombe.

Ce livre n'est décidément pas tendre mais force l'empathie du lecteur. Cette réalité désoeuvrante que vit Thomas nous rend amer et seuls les passages écrits par Micheline apportent une bouffée d'oxygène, surtout à travers la perspicace description du bienfait des livres dans une vie. Elle offre un passage extrêmement juste sur la difficulté de ces jeunes de s'arracher à eux-mêmes, de se frotter aux mots, aux textes, à des vies qui ne leur ressemblent guère, et qu'ils regardent filer, envieux parfois, respectueux aussi, mais sans désir véritable de les rejoindre, d'essayer de les partager, confortés dans leur certitude que ces deux mondes s'opposent violemment. Un beau texte, pas très gai mais poignant.

Editions du Seuil, 2007 - Coll. karactère(s)

139 pages - 8,50€

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