21/08/09

Journal d'un dégonflé ~ Jeff Kinney

Seuil, 2008 & 2009 - 224 pages - 9,95€
Traduit de l'anglais (USA) par Nathalie Zimmermann
titre vo : Diary of a Wimpy kid

journal_dun_degonfle_1Greg Heffley est un collégien de douze ans, ni beau ni moche, pas intello mais pas cancre non plus, pas du tout sportif, ni très drôle, donc pas populaire pour deux sous, mais il y travaille. Cette année scolaire sera placée sous le signe de la réussite, quitte à abuser de la crédulité de son meilleur ami Robert, gentil et naïf, mais franchement pas futé.
Les mois défilent à une bonne cadence et sont racontés dans ce carnet de bord, qu'il ne faut surtout pas appeler journal intime (c'est pour les nazes !). On y découvre sa vie de famille, entre un grand frère musicos et le petit dernier chouchouté par les parents, sa vie au collège qui n'est qu'une irrésistible série de coup bas mis en oeuvre par ce dégonflé qui s'ignore, ou qui ne s'assume pas.
Greg n'a qu'une idée en tête : devenir célèbre, s'afficher sur la page des favoris dans l'annuaire du collège. C'est ça ou rien.
L'histoire est ponctuée par des croquis d'une fausse placidité qui accentuent le comique de situation et soulignent l'absurdité et le cocasse des anecdotes. C'est la touche en plus, qui rend cette histoire drôle et très divertissante.
Journal d'un dégonflé est un roman en bd, comme il est écrit en couverture, le premier d'une longue série, qui m'a fait beaucoup rire.

 

*-*-*-*-*-*

Et déjà le deuxième volume est disponible !

journal_dun_degonfle_2bisGreg est soulagé de reprendre le chemin du collège, après avoir passé des vacances épouvantables. La cause : son grand frère, Rodrick. Il est dur et impitoyable avec lui, le fait chanter sans vergogne, et pourquoi ? Parce qu'il s'est passé un événement que Greg aimerait oublier, mais Rodrick sait tout et se fait un devoir de le lui rappeler.
Si l'humour du premier tome avait été une réelle surprise, accueilli avec une sensation de fraîcheur et de distraction plus qu'appréciable, ce tome 2 ne déroge pas à la règle et se veut également désopilant. Ce sont strictement les mêmes ingrédients qu'on retrouve : un pauvre type qui se débat avec lui-même pour ne pas finir crétin, et son meilleur ami pas mauvais pour deux sous, hélas mou du genou, mais c'est un brave garçon, je l'aime bien, surtout parce qu'il supporte son copain Greg sans réaliser combien il est malhonnête.
Et comble de tout, Robert a de plus en plus la côte auprès des filles, ce qui devrait servir d'exemple à Greg, le forcer à réfléchir pour changer d'attitude, mais un garçon de treize ans, ça reste un garçon de treize ans... ça réfléchira plus tard.
C'est probablement pour toutes ces raisons que les lecteurs plébiscitent les romans de Jeff Kinney, parce que le personnage de Greg Heddley n'est pas un héro conventionnel, et leur ressemble davantage. Il a ses qualités, ses défauts et ses failles. Et comme ce n'est pas un type extraordinaire, sinon qu'il est quelconque, limite odieux (mais la morale est sauve !), ses aventures ne peuvent que concerner la cible idéale des 10-12 ans (et plus).

 

le blog : http://journaldundegonfle.wordpress.com/

le site américain : http://www.wimpykid.com/

 

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12/08/09

On n'arrête pas les comètes ~ Sigrid Baffert

Seuil, coll. Karactère(s), 2009 - 106 pages - 8€

on_narrete_pas_les_cometesL'histoire s'ouvre sur la rencontre entre Emilien le facteur et Clémence la costumière pour le théâtre. Sans aucun rapport, arrive Aubin, lycéen qui vient de décrocher son bac. Il rentre chez lui pour apprendre la triste nouvelle du suicide de sa mère, dans sa maison d'enfance. Drame. Larmes. Funérailles. C'est le ballet des heures sombres, pour la première fois Aubin est pris d'un hoquet qui ne le quittera plus et reviendra tous les jours, à heure fixe.
Malgré le souhait de ses proches de vendre la maison, estampillé lieu maudit, Aubin s'oppose. Il a besoin de temps, besoin de revenir aux sources, pour pleurer et sombrer dans le berceau de sa mère.
On retrouve alors Emilien, avec une certaine Hanna. Cette femme fuit aussi son propre passé et refuse de suivre la voie qui s'ouvre à elle. Elle bifurque. C'est à ses côtés qu'Emilien est victime d'une attaque, alors qu'il lisait le journal.
L'histoire peut maintenant tracer sa route, au lecteur d'être entraîné vers ces destinées qui se croisent, s'effleurent, s'éloignent, se lient et se délient. Au coeur du conflit, le suicide d'un parent. A Aubin, la douleur et la déchirure. Le deuil qui commence. La distance à prendre. A Emilien et Hanna, le poids du passé. Le choix d'assumer leurs actes manqués. Ensemble, ils parviendront à accepter et apprendre à vivre l'absence.
Malgré son titre, on comprend que le roman ne traite pas d'astronomie. Son sujet : la famille. On a beau avoir les bras cassés et des regrets qui débordent des poches, on n'est pas pour autant inapte à se reconstruire. Se bricoler des ailes, colmater les brèches, panser ses bleus à l'âme. Ensemble, c'est tout.
Voilà encore une histoire qui nous le prouve.

à partir de 13 ou 14 ans.

une précédente version de ce texte a été publiée sous le même titre en 2004 chez syros.

 

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17/06/09

Villa des Oliviers ~ Anne Vantal

villa_des_oliviersCet été-là, Manon, quinze ans, n'a pas le goût de le passer comme les autres années, à la Villa des Oliviers, la résidence de ses grands-parents, chez lesquels toute la famille aime se réunir durant trois semaines, en juillet. L'envie n'y est plus. Ce n'est pas seulement la soudaine défection de son amie Célia, à la dernière minute, de n'avoir pu se joindre à la troupe. C'est plus globalement un état d'esprit.

Manon a quinze ans, elle se sent trop vieille pour frayer avec ses cousines de douze ans et trop jeune pour être prise au sérieux par les adultes, eux-mêmes bien empêtrés dans leur histoire de couple ou de travail. Alors Manon boude, elle participe aux activités familiales sans réelle motivation. Son cousin Vincent, encore un bébé, parvient à lui tirer des sourires. Et puis Nicolas, le fils du jardinier, n'est pas mal dans son genre. Le coeur de Manon palpite plus fort dès qu'elle le voit. C'est sûr, cet été de ses quinze ans ne sera pas comme les autres !

L'histoire est racontée des années après la date des événements, produisant des effets de style pour alimenter l'intrigue et capturer l'intérêt. La narratrice prévient, la narratrice ménage la surprise, la narratrice est chef d'orchestre. Plutôt habile. Sur 140 pages, l'histoire roule sa bosse sur un ton doux-amer qui n'est pas pour déplaire. Cela raconte une chronique familiale, le temps d'un été, avec au centre les turpitudes d'une adolescente en crise, au corps devenu trop grand et trop maigre. La jeune fille se cherche, elle guette une image encore trop floue, et son tempérament illustre ce flottement entre l'enfance et l'âge adulte. Qu'est-ce que c'est agaçant, lorsqu'on a passé l'âge !

C'est toutefois finement esquissé, et cela nous montre combien l'adolescence est une période vécue en dents de scie, où toutes les émotions sont exacerbées et amplifiées. Manon en est le parfait exemple : elle se sent trahie, seule au monde, incomprise, abandonnée. Pour compenser, elle passera son temps à observer les siens et découvrira, bien tardivement, que le monde des adultes n'est pas toujours rose non plus. C'est donc un roman qui évoque la difficulté de quitter l'enfance, en douceur, en tâtonnant, en souffrant aussi. Et la complexité de grandir, évidemment.
J'ai bien aimé !

Seuil, coll. Karactère(s), 2009 - 144 pages - 8,50€

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26/05/09

Demain la lune ~ Cécile Roumiguière

demain_la_luneCette année 1969 va être un grand tournant dans la vie de Michel, onze ans. Ses parents se séparent, son père a quitté la Bretagne pour vivre dans le Sud. L'été approchant, Michel et sa soeur Liliane, seize ans, le rejoignent pour passer des vacances au camping. Mauvaise surprise dès l'arrivée : leur père s'affiche avec une nouvelle femme, les enfants sont déçus et jurent de leur faire payer cette déconvenue.
C'est donc l'été, il fait chaud, le 14 juillet fête son feu d'artifices avec son bal annuel, Michel rencontre une fille de son âge, Corinne, qui lui parle en long en large et en travers de la lune et du prochain voyage dans l'espace. Peu à peu, Michel adopte les luneries de Corinne et comprend qu'un monde nouveau est en train de naître. C'est beau, c'est mystérieux, cela donne des frissons partout.

Cécile Roumiguière nous raconte cet été 1969 avec une affection manifeste, tout semble comme pour de vrai, c'est chaleureux, tendre et touchant, avec des clins d'oeil pour ceux qui connaissent et une attention particulière pour les plus jeunes afin qu'ils ne se sentent pas écartés. Elle s'est entourée de personnages attachants, comme Liliane, cette rouquine coiffée à la Sylvie Vartan, qui écoute La Californie de Julien Clerc sur son mini-cassette, ou Corinne, avec ses couettes brunes, son nez cramoisi et son savoir tel un puits sans fond pour tout ce qui touche la technologie, la conquête spatiale et les étoiles.

Sa fascination pour les premiers pas de l'homme sur la lune illustre bien la page nouvelle qui est en train de s'écrire, tout comme l'histoire de ce roman nous parle d'amitié et d'espoir en général, mais aussi d'amour qui dure une vie entière, d'amour qui s'estompe, d'amour qui recommence avec d'autres personnes. C'est aussi un livre sur les illusions qui se perdent et se brisent, et pourtant ce n'est pas un livre triste. Il porte l'espoir en lui, il prend aussi le lecteur à bras le corps, il donne le sourire. La nostalgie qu'on y trouve n'est pas mélancolique, elle est revigorante, on sent que ce n'est plus la même époque, mais on aime aussi ce passé nécessaire pour l'avenir. J'ai été séduite, totalement bercée par cette belle nostalgie, ce monde d'hier qui croyait très fort s'offrir le monde de demain.

A noter que 2009 est l'année du 40ème anniversaire des premiers pas de l'homme sur la lune. Je ne sais pas comment l'exprimer, mais pour moi qui n'appartiens pas à cette génération - pas plus que les jeunes qui liront ce livre - j'ai ressenti une grosse bouffée d'espérance en lisant ce roman, j'ai partagé les rêves et j'ai perdu mes illusions comme Michel et Liliane, j'ai été éblouie par cette nuit dans l'épicerie pour guetter la diffusion par l'ortf des images bouleversantes des américains qui marchent sur la lune, j'ai chanté, j'ai rêvé, j'ai mangé des spaghetti aux fruits de mer, j'ai traîné sur la plage, j'ai pêché des anguilles, je me suis sentie dans le bain... Totalement. 

A signaler aussi que la Lune reste au coeur de nombreuses expressions : décrocher la lune, être dans la lune, demander la lune, promettre la lune... C'est dire son importance !

Seuil jeunesse, coll. Chapitre, 2009 - 105 pages - 8 euros.
illustration de couverture : Olivier Tallec

Le site de l'auteur : http://www.cecileroumiguiere.com/

Lily a également aimé

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28/04/09

Le sabre sacré ~ Yves-Marie Clément

Jigoro, étudiant japonais de vingt ans, a perdu la vue trois ans auparavant, dans un accident qui a également coûté la vie de ses parents. Elevé chez son oncle, Jigoro est cependant totalement indépendant, il continue de pratiquer le judo, se rend au lycée seul mais a choisi de s'enfermer dans sa bulle. Un soir, il reçoit un coup de fil et apprend que son oncle est hospitalisé, victime d'une agression. La police vise le tueur en série qui sévit dans le quartier mal famé de Hara-Ga, mais Jigoro et son oncle pensent autrement. La famille possède effectivement un dojo privé, et des légendes prétendent qu'un sabre sacré y serait enterré.

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Chapitres courts, narration alternée entre Jigoro et Ochika, une camarade d'école éperdument amoureuse, on entre vite dans le vif du sujet, avec une économie de mots, l'immersion dans la tête des protagonistes, la compréhension du handicap du garçon qui apprivoise son monde en s'appuyant sur ses sensations odorantes et auditives, et à ceci s'ajoutent le poids des mystères, les crimes en série, les légendes du Japon impérial, les guerres féodales, la culture judoka. Et c'est un français - Yves Marie Clément - qui nous offre cette plongée hallucinante, fidèlement retranscrite, troublante d'authenticité, pour un polar japonais efficace, froid, implacable. Belle découverte, j'ai bien aimé !

Seuil, coll. Karactère(s), 2009 - 140 pages - 8€

Couverture : Frédérique Deviller

 

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15/04/09

La saga Mendelson ~ Fabrice Colin

 

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Fabrice, un ami de la famille Mendelson, choisit d'écrire toute leur histoire depuis sa récente découverte d'une malle aux trésors, qui avec ses journaux intimes et ses photographies racontent leurs aventures étonnantes. La saga Mendelson peut commencer, à Odessa en 1895. Elle s'ouvre sur le couple Isaac et Batsheva, dans une ville qui sera bientôt balayée par les pogroms, les insurrections et la tristement célèbre affaire du Potemkine. Forcés à l'exil, le couple et ses deux enfants vont se rendre à Vienne.

C'est un roman plein de charme qui ouvre cette trilogie historique d'une famille juive plongée dans la tourmente du 20ème siècle. Le rythme est échevelé, l'histoire riche, bien écrite, mélangeant les anecdotes authentiques au souffle romanesque, et le produit en lui-même est très original. C'est en effet une somme de témoignages, d'extraits de journaux intimes, de clichés et de dessins qui composent ce récit, entrecoupé par la voix du narrateur.

Cela pourrait commencer ainsi : il était une fois un horloger modeste qui rencontra la femme de sa vie, elle était d'une grande beauté et l'aimait également d'un amour fou et exclusif. Leur monde s'écroule lorsqu'un vent de haine souffle sur l'Europe et, parce qu'ils sont de confession juive, les oblige à s'expatrier toujours plus à l'ouest. D'un seul coup on se retrouve avec une saga palpitante, qui raconte le destin hors du commun d'une famille marquée par les coups du sort, et qui, de plus, se télescopent aux grandes pages de l'Histoire.
D'Odessa à Hollywood, en passant par Vienne et New York, cette famille exceptionnelle va connaître une destinée tout aussi époustouflante, nous n'en sommes qu'au début (ce premier tome couvre la période de 1895 à 1929) mais l'histoire ne manque déjà pas de rebondissements (séparations, exils, liaisons amoureuses, pauvreté et richesse). Les personnages ne sont pas encore trop nombreux, ce sont les premiers, donc les plus attachants, ils ont le privilège des rencontres étonnantes, avec un certain Adolf Hitler, alors étudiant recalé de l'Académie des Beaux-Arts, le peintre Egon Schiele, ou le producteur de cinéma, Louis B. Mayer.
Sans le vouloir, les Mendelson ont le chic d'être au coeur des événements les plus brûlants et ne semblent pas se contenter d'une existence sage et rangée.
Tant mieux !
La suite promet de palpitantes révélations !

A découvrir en novembre 2009 : les insoumis (1930 - 1965) et au printemps 2010 : les fidèles (1965 - 2000).   

Les premières pages des Exilés, tome 1 de La Saga Mendelson à paraître le 16 avril, sont en ligne ici.

Seuil jeunesse, 2009 - 269 pages - 16,50€

illustration couverture : François Roca
concept graphique : Frédérique Deviller

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26/02/09

La traversée - Marjolijn Hof

 

51ezspLCHIL__SS500_Margot vit seule avec sa mère, qui est très souvent amoureuse mais a beaucoup de mal à se fixer. Alors les amants défilent, ce qui a tendance à lasser la jeune adolescente. Un jour, Brajni fait son entrée. Il est d'origine islandaise, et il aimerait faire découvrir son pays aux nouvelles femmes de sa vie. Margot piétine, pas convaincue du tout, tandis que son amoureuse de mère se lance dans l'aventure. L'exploration devient vite houleuse. Outre le climat froid, le paysage de cendres, les risques souterrains et les rivières sauvages, Margot commence à être agacée par les disputes incessantes entre sa mère et Brajni. Et puis, ça l'embête aussi car elle a fini par bien aimer Brajni et voit d'un mauvais oeil les moues boudeuses de sa maman... ça sent le drame sentimental !

En attendant, profitons-en pour savourer le décor, pour goûter aux joies culinaires et aux subtilités de la langue islandaise, sans parler des contes et des légendes, de Grettir le monstrueux, du fantôme qui rôde le soir autour de la tente et du pain de troll. C'est encore mieux qu'un guide touristique ! Et pour la petite histoire, Marjolijn Hof dresse un joli portrait de fillette qui contemple les amours compliquées de sa maman volage, qui grandit et qui voit les choses différemment, comme par exemple qu'une pierre est faite de deux morceaux et qu'il existe des tas de pierres dans le monde !
Pour jeunes lecteurs, dès 10 ans.

Seuil jeunesse, coll Chapitre, 2009 - 124 pages - 8,5€
traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Emmanuèle Sandron

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18/12/08

Petites bulles de bonheur

J'aime quand tout se remet en place dans ma vie, en douceur et avec efficacité. Peut-être l'année 2008 va enfin m'accorder un peu de répit pour les quelques jours qui restent ? Qui sait. Je l'espère de tout coeur. Mes soucis matériels se règlent, mes bleus à l'âme ont trouvé leur pansement et mes pannes de lecture sont maintenant écartées. Ou bien je vais franchement mieux, ou bien je ne tombe que sur des livres qui sont divins et me rendent un grand service !

I feel light, c'est sûr !!!

 

 

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31kJVPvI2qL__SS500_Milana, 14 ans, s'est longtemps considérée heureuse et fière d'être indépendante et de pouvoir se débrouiller seule comme une grande. Toutefois, une semaine de vacances va tout bousculer car elle s'aperçoit soudain du bonheur procuré d'être cajolée, dorlottée, couvée... comme un poussin. Alors elle se questionne, non sa mère n'est pas une mère poule, elle a pour discours qu'il faut être prêt pour la guerre de la vie, drôle d'idée quand on a 14 ans et pas le sentiment d'avoir connu de galère, juste faire son lit, vider le lave-vaisselle, prendre ses rendez-vous chez le médecin. Être blindée pour le reste à venir n'est finalement pas si confortable, et Milana choisit d'entrer en grève et de retourner en enfance. Mais sa meilleure amie lui rappelle qu'elle fait fausse route : être poussin ne signifie pas régresser et virer paresseuse. C'est compliqué de grandir !

Milana invente alors un terme tout nouveau tout beau, et qui correspond à sa démarche : elle plonge directement dans l'adultance. En numéro 1 de sa liste, elle inscrit de partir visiter les soixante-seize châteaux au Luxembourg.  C'est plus qu'une initiation qui l'attend, c'est la rencontre avec elle-même, et d'autres surprises au tournant ! Toutefois, Milana pourra l'affirmer tout de go : « je comprends alors que je serai toujours là pour moi », c'est une certitude. Ce roman sur la quête d'identité peut être lu comme la remise en question d'une adolescente en pleine crise, mais c'est terriblement plus drôle, facétieux et intelligent. On oublie d'être agacée, on s'amuse davantage et on goûte avec bonheur au style virevoltant d'Audren. C'est farci de petites phrases qui font mouche, on s'en gave sans hésiter. Un régal. 

« Ma mère ne me protège pas. Elle m'élève. Elle m'aide à bien grandir. C'est le propre des mères, n'est-ce pas ? »

Puisque nous sommes toi, Audren
Ecole des loisirs, coll. Medium - 164 pages - 9€

l'avis de Gaëlle

 

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« Allongé dans le pré encore tout vibrant au soleil du jeune printemps, Paul regarde la cime du peuplier et les nuages, édredons frangés d'or, qui traversent un ciel d'un bleu à croire en ses rêves. »

51JTIuBP7SL__SS500_Apprendre à grandir, apprendre à accepter de laisser partir ce qu'on aime, apprendre tout court, toujours... L'amour en cage est ce petit roman qui vous dit tout, avec justesse, poésie, délicatesse et tendresse. Paul a onze ans, c'est un garçon de la terre, il vit à la ferme et il est fier de la tradition familiale. Au collège, pourtant, il comprend qu'être paysan passe pour une insulte. Il se renferme, puis se lie d'amitié avec Aïssatou qui arrive de Guinée. Elle est différente des autres, sa voix, son sourire, sa peau et ses baisers au goût de gingembre... C'est doux et velouté, comme un duvet d'oiseau.

Un jour, dans les champs, il trouve une petite pie qu'il décide d'apprivoiser. Mais plus le temps passe et plus Faranah manifeste le désir de voler toujours plus loin. Est-ce une preuve d'amour de retenir ce à quoi on tient, parce qu'on a peur, parce qu'on ne veut pas souffrir, parce qu'on prétend aimer, donc protéger ? Mais empêcher, ça n'est pas de l'amour. « Tu la perdras encore plus si tu l'empêches d'être libre... » C'est un avertissement, un signal qu'il ne faut pas mélanger l'amour et la liberté. Aimer, c'est aider. C'est pousser. C'est faire quitter le nid. C'est donner des ailes. L'amour ne se met pas en cage.

Voici l'exemple concret qu'un roman peut simplement, en 90 pages, raconter une histoire capable de déclencher un grand impact émotionnel. Absolument magnifique.   

« Dès ta naissance, je savais que tu partirais, toutes les mères le savent. Elles l'acceptent, elles s'y préparent, c'est dans l'ordre des choses que les enfants ouvrent leurs ailes... »

L'amour en cage, Maryvonne Rippert
Seuil jeunesse, coll. Chapitre - 90 pages - 7,50€
A partir de 10 ans.

Illustration couverture : Olivier Tallec

 

 

l'avis de gaëlle !

 

Lend me yours wings and teach me how to fly.
Show me when it rains, the place you go to hide.
And the curtains draw again and bow - another day ends.
The leaves applaud the wind.

24/11/08

Le Testament de Stone - Celia Rees

Très, très étrange roman que voilà.
Un coup d'oeil sur l'énigmatique présentation de l'éditeur : Une statue qui pleure, un crucifix qui saigne... Sur tous les continents, d'étranges événements laissent présager la fin du monde. Le compte à rebours a commencé !
Zillah, Adam et Kris. Depuis la nuit des temps, leur destin semble être lié. Aujourd'hui, ils sont les seuls à pouvoir combattre les forces du mal... Sauront-ils survivre en pleine apocalypse pour sauver l'humanité ?
Ceci est bien mystérieux et cela n'éclaire pas tellement notre lanterne. Je vous l'accorde !

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L'histoire nous promène dans les temps anciens et les temps futurs, dans un Londres du début du 20ème siècle et celui de nos jours. On y parle d'Apocalypse, d'enfants capables de sauver notre monde et de bonds dans le passé pour résoudre le présent...

Trois enfants - trois orphelins - sont amenés à se rencontrer, après bien des embûches et des secrets de famille qui peuvent éclater en pleine figure. Ils se croisent dans un hôpital et les galeries souterraines de la capitale anglaise, seront aidés par une Mama Célestine et un clochard prénommé Bram, tout deux ont un passé mystérieux et ne sont pas ce qu'ils prétendent être. Mais des ennemis sont aux trousses des enfants, en plus de la mission qu'ils sont appelés à accomplir.

La suite est déconcertante, tout comme l'ensemble se révèle brillant mais déroutant. Plusieurs fois, il a fallu que je revienne sur les quelques pages déjà lues. Je suis néanmoins venue au bout du roman, pas péniblement, parce que j'avais été gagnée par cette part de mystère judicieusement distillée. Le roman est captivant, dans le fond, un peu construit comme un thriller. Et puis se mêle un parfum de fantasy assez sombre, où on retrouve des vérités reconnues, des fantasmagories populaires et des pures inventions littéraires.

Très original, mais absolument désarmant !
Ce roman pourra être lu par des adolescents (15 ans, au moins) mais sa maturité prouve qu'il mérite d'être lu par le plus grand nombre !

*****

(en savoir plus)

L'histoire s'ouvre sur une introduction opaque et troublante. L'OEil de la Mer, une guerrière prête à tuer et j'en passe. Le chapitre s'achève en nous laissant totalement abasourdi et déjà perplexe. Puis on rencontre une jeune fille - Zillah - seule rescapée d'un massacre au sein de la secte des Enfants de la 6ème Aube. L'Avocat, ce grand manitou, a tout orchestré et pense avoir accompli son contrat en prenant la fuite lorsqu'il se rend compte de l'existence de la survivante. Son but, alors, sera de la retrouver coûte que coûte.

On découvre ensuite Adam, dans une chambre d'hôpital, qui attend son opération alors que la jeune fille arrive dans les locaux, toute la presse à ses trousses. Bien étrange affaire, qui intrigue notre garçon... La rencontre avec la demoiselle sera aussi éphémère qu'un clin d'oeil car Zillah s'échappe de cet endroit. La peur au ventre, mais déterminée, elle se cache dans les galeries souterraines de Londres.

Près de là, se trouve Temple Green, un quartier délaissé où les clochards, comme Bram, ont trouvé refuge. Le vieil homme a à la bonne le jeune Kris, un orphelin qui a été recueilli par sa Mama Célestine, toute fraîchement débarquée de ses îles. Le gamin croise la jolie Zillah devant la gare, au même moment son vieil ami Bram s'époumonne et tombe raide en la pointant du doigt. C'est elle, il faut la retrouver...

Pourquoi ? Que sait exactement le vieux Bram ? Qui est-il finalement ? L'homme aurait un passé mystérieux et il serait détenteur d'un testament révélant l'existence d'une secte maléfique. A l'hôpital, il retrouve Adam et là encore les révélations vont tomber.

 

Seuil, novembre 2008 - 468 pages - 16,95€
Traduit de l'anglais par Jean Esch
titre vo : The Stone testament

02/11/08

L'oiseau - émoi ressent ce qu'on sent au fond de soi...

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On ne l'a jamais vue, mais on sait qu'elle est là, au fond, tout au fond de soi : l'âme.

Et au fond de l'âme, il y a un oiseau perché sur un pied, qui ressent ce qu'on sent au fond de soi : c'est l'oiseau-émoi.

Il se morfond de douleur lorsqu'on nous blesse, il sautille et gambille quand on nous aime. Il se roule en boule, muet de tristesse, quand on nous agresse. Il se déploie et emplit l'espace dès qu'on nous embrasse.

« Au fond,
tout au fond de nous
vit l'âme.
Nul ne l'a jamais vue,
mais chacun sait qu'elle y est.
Jamais
personne ne vint au monde
sans elle.
Elle étincelle
dès qu'on naît
et, comme l'air qu'on respire,
jamais ne nous abandonne,
pas même une seconde...
... tant qu'on est. »

L'oiseau est fait de tiroirs bien verrouillés et l'oiseau seul peut ouvrir ses tiroirs. Un tiroir pour chaque sentiment, donc l'oiseau-émoi a beaucoup, beaucoup de tiroirs !

« Des tiroirs
pour rire, pleurer,
désirer, être comblé,
espérer, désespérer,
patienter, s'impatienter,
et puis un pour haïr
et un pour être aimé...
Il y a même
un tiroir pour la paresse
et un, c'est fou,
pour ne rien faire du tout !
Et aussi un tiroir secret
pour nos secrets les plus secrets
qu'on n'ouvre presque jamais.
Et d'autres, encore et encore,
tous les tiroirs
qu'on peut rêver d'avoir ! »

A présent vous avez compris que chacun est différent parce que vit en lui un oiseau différent.

**********

Ce petit traité des émotions est adapté du best-seller The Soul Bird écrit par la poète israélienne, Michal Snunit. Dans sa version française, les illustrations délicates et raffinées de Martine Delerm évoquent à merveille la vie intérieure.

Sensible, délicat, subtil et précieux.

Seuil jeunesse, Septembre 2008 - 12€

 

 

 

 

 

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