24/05/17

Le témoin invisible, de Carmen Posadas

Interprété par Marc-Henri Boisse pour Sixtrid (avril 2015)
Durée : 12h 35mn

Le témoin invisibleSi la Russie et les Romanov vous fascinent, alors ce livre est fait pour vous. Il est richement documenté, instructif et passionnant. Tout simplement excellent.
Il vous entraîne de suite dans la Russie du tsar Nicola II, dans l'intimité de la famille Romanov et dans la fureur de la révolution bolchévique. L'histoire est racontée par un vieil homme malade, Léonid Sednev, réfugié à Montevideo. Entre la fatigue, les douleurs et le temps qui file, il rassemble au mieux ses souvenirs d'ancien ramoneur au palais impérial, petite ombre furtive et témoin invisible des terribles événements ayant conduit au massacre du 17 juillet 1918.
Je le dis, je le répète, c'est captivant. Rien n'échappe à son regard, la vie de famille dans un cadre préservé, la symbiose parfaite, l'exubérance des princesses, la fragilité du tsarévitch Alexis, la dévotion de l'impératrice Alexandra, l'influence trop prononcée de Raspoutine, son assassinat, la colère du peuple, la guerre contre l'Allemagne, la famine, l'abdication et l'exil... 
J'ai trouvé dans ce récit une précision remarquable, couplée à un sens du romanesque grandiose. La combinaison des deux est une réussite. J'ai littéralement plongé au cœur de l'Histoire, j'avais la sensation de voyager dans le temps, de fureter dans les couloirs ou de me cacher dans les coulisses. J'étais spectatrice du bonheur et du malheur des Romanov.
Ce roman s'inspire donc de faits réels. Seule une personne est sortie vivante de la Maison à destination spéciale, soit Léonid Sednev, marmiton de quinze ans. Le matin du 17 juillet, celui-ci a été renvoyé chez lui sans explication. On ignore ce qu'il est devenu, car sa trace a été perdue, on ignore aussi s'il a rédigé ses mémoires, Carmen Posadas en a ainsi fait son héros, son “témoin invisible”, à qui elle prête une fascination amoureuse pour la grande-duchesse Tatiana et des émois balbutiants pour la délicieuse Maria.
Cette lecture s'ajoute sans doute à une longue liste, mais elle dégage un supplément d'âme qui en fait tout son charme. Une lecture foisonnante, poignante et palpitante. J'ai adoré. ♥
« Les grands secrets sont comme les sortilèges, ils s'évanouissent dès lors qu'on les expose. »

Trad. Isabelle Gugnon pour les éditions du Seuil - Disponible en Poche chez POINTS

Le Témoin invisible de Carmen Posadas

Posté par clarabel76 à 12:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,


16/05/17

Meurtriers sans visage, de Henning Mankell

meurtriersUn matin d'hiver, en pleine campagne suédoise, un couple de paysans retraités est sauvagement assassiné dans leur ferme isolée. Seul détail incongru, le meurtrier a nourri le cheval avant de quitter les lieux. Kurt Wallander est perplexe. Sur son lit d'hôpital, l'épouse à l'agonie a murmuré avant de s'éteindre le mot “étranger” aux enquêteurs. L'information ayant hélas fuité, la presse se répand en propos acrimonieux et une flambée de violence se déclenche dans les rues d'Ystad, visant notamment le camp de réfugiés et les demandeurs d'asile.

L'inspecteur Wallander doit échapper aux raccourcis et ne pas tomber dans le piège des conclusions hâtives. Toutefois, notre homme est également préoccupé sur un plan personnel - il a 42 ans, sa femme vient de le quitter, sa fille refuse de le voir, son père fait des crises de démence sénile. La pression pèse sur ses épaules, Kurt est au bout du rouleau. Il se distingue pourtant par sa ténacité, refusant de rendre les armes, cherchant dans les moindres détails une réponse aux nombreuses interrogations qui entourent le meurtre des Lövgren, fouillant au passage dans leur passé, déterrant de vieux secrets de famille, dépouillant des coïncidences, débusquant les crapules... Il ne laissera rien au hasard.

Ce roman date de 1991 mais nous explose en pleine figure par son sujet - racisme et xénophobie, traitement des réfugiés, politique de sourds, une population en pleine dérive. Quel triste constat. Il s'agit également de la première enquête de l'inspecteur Wallander, personnage récurrent de la série policière de Henning Mankell, un anti-héros dépressif et déprimant, trop souvent exposé à la réalité douce-amère de la société suédoise et aux façades faussement lisses de ses contemporains. Un flic terriblement humain, avec ses failles, ses défauts, ses hésitations. On est loin du mythe de l'enquêteur aguerri !

Pour une raison que j'ignore, l'édition audio n'est accessible qu'aujourd'hui - Les Chiens de Riga remontant à 2009. C'est Marc-Henri Boisse qui nous embobine de sa voix rauque dans une interprétation sommaire, où l'on retrouve nos repères, un décor de désolation, le froid, la violence sous-jacente, la colère ronronnante, les bas instincts, le désœuvrement... C'est peut-être affaire de goût, mais je préfère lire Mankell durant la saison hivernale, car j'ai eu un peu de mal à me transposer dans son histoire alors que je baignais dans un contexte insouciant et ensoleillé. Mais le comédien fait le job, et puis c'est une valeur sûre, un bon classique du roman policier à la sauce nordique !

Texte interprété par Marc-Henri Boisse (durée : 9h 26) pour Sixtrid, 2017

Trad. Philippe Bouquet pour Christian Bourgois éditeur

 

Posté par clarabel76 à 10:45:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

29/03/17

Un sale hiver, de Sam Millar

un sale hiver sixtrid

Il neige dru sur Belfast. Drapé dans le peignoir rose de sa compagne, entre bouteille de lait et journal du matin, Karl Kane découvre une main, soigneusement sectionnée, sur le seuil de sa porte. La deuxième en quelques semaines. La police trouve cette coïncidence douteuse, mais c'est aussi devenu un sport, du fait des rapports houleux qu'entretient notre détective avec les forces de l'ordre, la méfiance et l'arrogance se disputent la part du gâteau. Toutefois, Kane est interpellé par cette affaire, encore plus depuis qu'une grosse prime a été promise par un riche industriel si celui-ci obtient davantage d'informations. Un bonus non négligeable pour soulager les finances désastreuses de son agence.

Peu de temps après, Kane reçoit aussi la visite d'une nouvelle cliente, Jemma Doyle, qui recherche son oncle pour permettre à son père mourant de se réconcilier avant le grand saut. Naomi, sa tendre et chère, renifle bruyamment pour manifester son mécontentement. Kane est anormalement mielleux dès lors qu'il est en présence de demoiselle en détresse, oubliant que c'est l'archétype des problèmes en devenir. Karl n'en fait qu'à sa tête et s'embarque dans une enquête jusqu'à la sulfureuse petite ville de Ballymena, puis fait un crochet dans un quartier chaud de la ville, jusqu'à un abattoir aux odeurs nauséabondes et aux pratiques qui soulèvent sa sensibilité inavouée. Face aux individus louches et aux entrevues musclées, Kane ne se démonte pas et s'entête avec audace et un brin d'inconscience. Casse-cou, notre Karl Kane ? Complètement. Depuis deux livres déjà, preuve a été faite que ce détective privé aimait particulièrement enfoncer des portes ouvertes. De caractère revêche et pugnace, notre homme en a aussi sacrément bavé, d'abord le meurtre de sa mère sous ses yeux de môme qui ne cesse de le hanter, sans oublier ses dernières enquêtes qui ont plongé tout le monde (protagonistes et lecteur compris) dans la tourmente.

Roman noir par excellence, l'ambiance est aux petits oignons et nous sert un bon bouillon de cynisme, d'ironie et de sarcasme. Après Les chiens de Belfast, puis Le Cannibale de Crumlin Road, ce troisième tome de la série est un rendez-vous incontournable, pour qui apprécie les intrigues féroces et les personnages sur la corde raide. Karl Kane ne fait pas dans la dentelle, mais son rôle s'étoffe au fil des épisodes pour révéler une facette autrement plus humaine et attachante. Le prochain livre, Au scalpel, le propulse d'ailleurs dans une situation inconfortable, puisque Karl Kane renoue avec son passé pour affronter le meurtrier de sa mère. Aucune chance que je fasse faux bond au “poète des ténèbres” !

Sixtrid - Texte interprété par Lazare Herson-Macarel (durée : env. 7h) - ©2016 Éditions du Seuil pour la traduction par Patrick Raynal [Dead of Winter]

 Repris en format poche au POINTS, avril 2017

un sale hiver

 

14/02/17

L'homme qui a vu l'homme, de Marin Ledun

L'homme qui a vu l'hommeNostalgique de la lecture d'un autre roman se passant sur la côte Basque, cf. Du son sur les murs de F. Delplanque, j'étais curieuse de découvrir ce livre de Marin Ledun, dont j'avais déjà apprécié Les visages écrasés, pour son effet uppercut. 

L'histoire nous entraîne dans les étroits couloirs du mouvement basque (ETA), avec ses règlements de compte, ses kidnappings, ses conférences de presse solennelles et ses menaces sous-jacentes. Au départ, un jeune militant, Jokin Sasko, est porté disparu. Sa famille est à cran et sollicite tous les médias pour empêcher la justice d'étouffer le dossier. Iban Urtiz, un journaliste local, prend alors connaissance des enjeux et des guerres intestines qui se nouent entre les multiples vecteurs, depuis la communication jusqu'aux hautes instances du pouvoir. C'est un univers compacté, mais très oppressant et dangereux. Pas besoin d'être devin pour s'attendre à des trahisons et autres procédures d'intimidation visant à garder le contrôle de la situation. Urbiz se heurte aussi aux traditions et aux liens du sang, car on ne cesse de lui rappeler qu'il n'appartient pas à la “famille”, même s'il est né basque, il a quitté la région pour grandir en Savoie. Du coup, il ne parle pas la langue et ne connaît rien de l'organisation armée indépendantiste, du moins pas l'étendue de son influence. Qu'importe. Urbiz s'obstine et recueille des témoignages d'enlèvements, de séquestrations et de tortures. La naïveté du journaliste est fortement ébranlée, le meurtre de Jokin ne laissant plus de place au doute, la démonstration de force s'accentuant aussi, l'histoire braque son projecteur sur des mercenaires qui tentent d'étouffer la vérité et ne vont pas y mettre les formes.

C'est une guerre sans pitié qui se livre sous nos yeux, d'autant plus ahuris pour la profane que je suis, tant les circonstances sont floues et les règles du jeu purement inexistantes. Un point s'impose, nul ne décroche le rôle de héros ou de bourreau à juste titre, car tous les rôles sont implicitement mélangés. C'est d'ailleurs la réelle intention de l'auteur de dénoncer un imbroglio politique inextricable, où les premières victimes n'en demeurent pas moins les familles éplorées et en quête de vérité, même si cette dernière n'est pas bonne à entendre. Bref. J'ai eu une sensation d'apnée à l'écoute de ce livre - excellemment lu par Eric Herson Macarel - impression de revoir Daniel Craig sous les yeux - mais j'ai vécu une immersion glaçante et pénétrante. Cette ambiance du tout-pourri est désagréable, mais conforte l'idée d'un roman noir habilement exécuté, en plus d'être farouche et enragé. Le rythme est bon, malgré le sentiment de recevoir un cours accéléré de géopolitique, de recenser des faits et de distribuer des mauvais points, et puis la galerie des personnages est importante - faute de concentration, je m'embrouillais parfois avec les noms basques. :/ Ce ne sont que des détails négligeables, car le roman ajuste son coup et met souvent le lecteur k-o.
Cette fiction est inspirée de l’affaire Jon Anza, militant basque mort de façon suspecte en 2009.

Texte intégral interprétré par Eric Herson-Macarel pour les éditions Sixtrid (durée 11h 06) - Mai 2016

Posté par clarabel76 à 08:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

29/11/16

Marie Curie prend un amant, par Irène Frain

Marie Curie prend un amant

Cette lecture a fait resurgir le souvenir fugace de vacances en Bretagne, dans une grande maison isolée, à l'orée d'une forêt, où l'on y traînait les sandales aux pieds, chassant les légendes arthuriennes, avant de s'affaler sur un transat en rotin, pour avaler des bolées de cidre, mais aussi pour quelques séances de lecture, dont le fameux livre de Jacques Neirynck, La mort de Pierre Curie.
Cette brève résurgence a ainsi auréolé le roman d'Irène Frain d'un doux parfum de nostalgie, bien malgré lui, puisque j'ai plongé avec bonheur dans son histoire et l'ai appréciée encore plus sincèrement ! L'auteur nous raconte le destin d'une femme brillante, qui vit dans l'ombre de son époux, également un scientifique renommé, avec lequel elle reçoit un prix Nobel pour ses recherches sur les radiations. Après la mort tragique et brutale de celui-ci, elle plonge dans une profonde mélancolie et un chagrin immense, dont elle s'extirpe péniblement en poursuivant ses travaux sur le polonium et le radium. Elle tombe également amoureuse du jeune assistant de son mari et bascule dans une liaison passionnelle qui provoque un scandale sans précédent.
Cette femme est bien évidemment Marie Curie, l'épouse de Pierre, puis la maîtresse de Paul Langevin, sujet autour duquel la presse de l'époque s'est acharnée en livrant une campagne de diffamation pour ruiner la réputation et la carrière de la physicienne. Ce portrait romancé, mais attaché à des sources avérées, se lit comme une grande fresque palpitante et pleine d'émotions. Car Marie Curie est une véritable héroïne, pionnière de son temps, farouche et indépendante, tour à tour femme amoureuse, mère dévouée et savante ambitieuse. Originaire de Pologne, venue étudier à Paris, Marie rencontre Pierre, qu'elle épouse et avec lequel elle partage une existence bohème au 108 boulevard Kellermann, auprès d'une joyeuse colonie de passionnés, où chacun étale son érudition en buvant du thé et en mangeant du saucisson. 
Ce que le roman dénonce, outre l'accumulation des procès, des duels, des articles assassins, des agressions corporelles, des lettres volées et des lapidations contre sa maison, c'est cette misogynie ambiante à l'égard d'une figure féminine supérieure et émancipée. Nous sommes à l'aube du XXe siècle et les jugements sont durs et impitoyables envers Madame Curie, alors que son amant se débat avec sa femme et sa belle-mère, sans autres préoccupations pour son image ou son plan de carrière. Terrible injustice. Marie Curie, en passe de décrocher un deuxième prix Nobel, dérange, d'où un lynchage en place publique sans autre forme de procès. 
L'enquête conduite par Irène Frain est à la fois minutieuse et se lit avec grand intérêt. On se passionne pour ce sociodrame à la française, en plus de pénétrer dans les arcanes du monde des sciences et de la recherche, mais on ressent aussi une grande compassion à la lecture de son parcours de femme-courage qui a souffert les pires bassesses de façon arbitraire. Le personnage de Marie Curie n'en apparaît que plus attachant et sincèrement humain. Très bon roman !

Texte lu par Hélène Lausseur pour les éditions Sixtrid  (durée : 9h 45) / Mai 2016

►Ecouter un extrait

Avec l'accord des éditions du Seuil - Repris en poche chez Points Grands Romans, novembre 2016

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,


10/10/16

Les Humeurs insolubles, de Paolo Giordano

Les humeurs insolubles

Cette lecture m'aura finalement apporté des sensations multiples, entre émotion, agacement et empathie. C'est l'histoire d'un couple qui embauche Madame A. pour aider au confort domestique et soutenir l'arrivée du bébé. Nora et le narrateur se soumettent à ses directives avec soulagement, le quotidien les embrouille, la maternité aussi. Ils ne savent clairement pas assumer leurs responsabilités. Madame A. est une femme autoritaire, qui prend en charge le ménage, la cuisine, l'enfant et le couple sous son aile. Sa simple présence constitue un pilier solide pour le foyer.

Et puis, Madame A. les quitte car elle est atteinte d'un cancer et veut affronter seule la maladie. Elle laisse ainsi le narrateur et son épouse dans le plus grand désarroi. Leur équilibre est rompu, faisant apparaître les failles de leur famille : une intimité qui s'étiole, un fils qui n'est pas meilleur que les autres, juste dans la moyenne, un travail prenant, une carrière qui tâtonne... Le désistement de leur “Babette” laisse insidieusement éclater une déroute à venir. Et c'est à travers ce roman de 130 pages qui ressemble à une lettre d'excuse pour cette femme échappée mais jamais oubliée que le narrateur exprime sa gratitude et ses regrets, tout en cherchant une solution pour retrouver le souffle et l'élan qui manque à leur vie.

La démarche est assez égoïste, et en même temps d'une grande sensibilité, en plus de la douleur de Madame A. confrontée à ses traitements, ses sautes d'humeur et son besoin de retrait, tout ça forcément m'interpelle et me fait mal à lire. L'histoire est poignante, lourde et désarmante. Et l'interprétation donnée par Lazare Herson-Macarel l'enferme aussi dans un immense voile de tristesse. C'est heureusement court à lire, moins de trois heures, car je pense qu'au-delà l'ennui aurait gagné du terrain. Pour évoquer le deuil et la détresse, mieux vaut l'étaler avec parcimonie. Un roman bouleversant par ses révélations et sa photographie de la famille, dont l'extrême complexité est mise à nu sans adoucisseur.

Texte lu par Lazare Herson-Macarel pour Sixtrid (durée : 2h 56) - mai 2016

Traduit par Nathalie Bauer pour les éditions du Seuil

 

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

27/09/16

La Vérité sur Anna Klein, de Thomas H. Cook

la vérité sur anna

Pour avoir fortement apprécié Dernière conversation avec Lola Faye, je me faisais une joie de commencer cet autre titre de Thomas H. Cook brassant les thèmes d'espionnage, de duperie et de trahison sur fond de guerre. De plus, l'histoire se propose de nous entortiller à nouveau entre le présent (New York, 2001) et le passé (1939) alors que le narrateur, Thomas Danforth, se livre à une confession fleuve auprès d'un jeune homme attentif. Ce procédé avait préalablement su me régaler, tant il avait réussi à me tenir en haleine, à force de révélations et autres rebondissements étourdissants. Las, cette fois la recette n'a pas produit le miracle attendu et m'a un peu embrouillée avec une histoire longue et lassante.
En 1939, l'existence de Thomas Danforth est déjà gravée dans le marbre. Fiancé et héritier des affaires familiales, il est alors contacté par un ancien copain qui lui demande un service : prêter sa maison de campagne pour accueillir une jeune femme, afin de la préparer à une formation secrète pour servir un Projet d'envergure (assassiner Hitler). En rencontrant Anna Klein, Thomas est aussitôt troublé, charmé, prêt à tout quitter pour suivre ses camarades dans leur mission suicidaire. Sans surprise, le Projet va capoter et entraîner la mort de nombreux complices. Anna elle-même est portée disparue, après avoir été arrêtée et molestée par la Gestapo. Danforth refuse toute évidence et va se lancer dans une périlleuse enquête pour la retrouver. 
J'avoue avoir été séduite par les prémices de l'intrigue et emballée par la construction du roman. L'auteur a tissé un voile épais autour du personnage d'Anna Klein, la femme aux mille visages. Toutes les spéculations courent à son sujet, et le mythe s'installe. Mais l'émotion manque au compteur. À aucun moment, je n'ai été touchée par la pièce sentimentale jouée par le couple de Danforth et Anna K. ni fébrile quant au sort qui leur est destiné. On ne nous laisse guère dans l'expectative. Et lorsque survient le dénouement, je n'étais plus du tout surprise. En bref, la lecture a été longue et redondante. Elle a pêché par excès d'effets de style et échoué tristement à m'embarquer sur la distance. J'attends néanmoins le prochain titre avec impatience - Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur, disponible en octobre. 

Texte lu par Marc Henri Boisse pour les éditions Sixtrid - Juin 2016 (durée : 11h 04)

Traduction de Philippe Loubat-Delranc pour les éditions Points Roman Noir 

La vérité sur Anna Klein

09/09/16

Piégés dans le Yellowstone, de C-J Box

Pieges dans le yellowstone

En découvrant le corps calciné de son parrain, retrouvé dans l'incendie de son chalet, Cody Hoyt refuse les conclusions officielles qui optent pour un suicide et décide de mener son enquête contre l'avis de son collègue Larry mais aussi contre sa hiérarchie. Abattu et désabusé, notre flic replonge dans l'alcool, son attitude dépasse les bornes et entraîne une mise à pied immédiate, seulement Cody Hoyt ne baisse pas les bras et choisit de partir seul en expédition dans le parc du Yellowstone sur les traces d'un groupe de randonneurs, parmi lesquels se trouve son fils Justin. Au cours de ses investigations, des indices ont conduit à suivre cette piste car tout semble supposer qu'un tueur en série figure parmi cette équipée. Le temps est compté, d'autant plus que les cadavres vont se ramasser à la pelle ! Cette chevauchée, alimentée par le désespoir d'un homme brisé, est autant une course contre la montre qu'une chasse à l'homme captivante et rondement menée. Les chapitres racontant le périple de Cody s'entremêlent au parcours des excursionnistes, avec tout ce qu'une vie en communauté implique (des adolescentes grincheuses, leur père qui se plie en quatre pour les satisfaire, la cowgirl chargée de fouiner dans les affaires des clients pour satisfaire la curiosité de son patron, celui-ci bouscule ses habitudes en empruntant un nouveau sentier, des couples sont en perte de vitesse, d'autres se forment, des amants s'évaporent dans la nature, des chevaux aussi disparaissent, des bruits étouffés surgissent dans la nuit, peut-être des ours ou pas seulement...). Vraiment, on se croirait dans un bon western bourré de suspense car l'ambiance est admirablement dépeinte, on a les deux pieds dans l'histoire, comme une veillée autour d'un feu de camp, on se laisse embarquer dans cette aventure fourmillante de dangers et de meurtres. Et on n'est pas loin d'une ambiance à la Agatha Christie en voulant démasquer le coupable parmi les randonneurs ! C'est très excitant, le personnage du flic bourru est fidèle au rendez-vous (et sera reconduit dans un prochain livre : Au bout de la route, l'enfer). L'histoire est passionnante, à lire ou à écouter, car l'interprétation faite par Nicolas Justamon pour Sixtrid est aussi entraînante et s'accorde au bon tempo de l'intrigue (seules les voix des adolescentes sont loupées). Ce livre de C.J Box a su me faire voyager et frissonner sans prendre trop de risques. Un compromis parfait ! 

Texte interprété par Nicolas Justamon pour Sixtrid (durée : 12h 33) - Mars 2016

Traduit par Freddy Michalski pour les éditions du Seuil (2013) - Repris en poche chez Points Policier

 

Posté par clarabel76 à 10:45:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

07/09/16

Sirius, Le Chien Qui Fit Trembler Le IIIe Reich, de Jonathan Crown

Sirius, Le Chien Qui Fit Trembler Le IIIe Reich

Ce roman ressemble à une farce sans en être une ! L'histoire raconte le parcours sensationnel d'un jeune fox-terrier depuis les rues de Berlin jusqu'aux studios hollywoodiens où notre animal à quatre pattes va devenir la nouvelle gloire montante du cinéma. Compagnon d'une famille allemande juive, les Liliencron, contrainte à l'exil avec la montée du nazisme et des persécutions antisémites, Sirius va également traverser l'Atlantique pour aller à la rencontre de son destin. Ce chien exceptionnel, qui comprend les humains et parvient à communiquer avec eux à sa façon, fait grand bruit et séduit les agents, les producteurs et même des stars comme Clark Gable, Carole Lombard, Humphrey Bogard ou Rita Hayworth. La carrière de Sirius atteint des sommets étourdissants. Mais son aventure ne s'arrête pas qu'au monde des paillettes, puisque notre toutou va malencontreusement être l'objet d'un cafouillage lors d'un numéro de cirque et être expédié sur un paquebot à destination de l'Europe. Retour à la case départ. Sirius rentre à Berlin, côtoie des dignitaires nazis et se trouve aux premières loges au moment où ces derniers élaborent leurs stratégies militaires. Il n'en faut pas davantage à notre prodigieux clébard pour partager les informations en envoyant des messages codés à Londres ! Cette histoire totalement improbable ne nous arrache pourtant pas des cris de révolte car il se dégage de l'ensemble une sensation grisante et primesautière qui rend la lecture entraînante, fraîche et enlevée. Les aventures rocambolesques de Sirius procurent autant d'enchantement que d'incrédulité, sans compter qu'au farfelu se mêlent aussi des anecdotes historiques véridiques qui vous replantent le décor en deux temps trois mouvements. C'est une lecture sans prétention, qui se découvre juste pour le plaisir d'un bon moment partagé et qui vous laisse une franche sensation grisante. Nicolas Justamon accorde son interprétation au vent de folie qui souffle sur le roman et rend du mieux qu'il peut son ambiance grand-guignolesque sans jamais forcer le trait. Très agréable, simple et joyeux.    

Texte interprété par Nicolas Justamon pour Sixtrid (durée : 6h 23) - Juin 2016

Traduit de l'allemand par Corinna Gepner pour les éditions Presses de la Cité

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

06/09/16

Le Grand Marin, de Catherine Poulain

Le grand marin

« Embarquer, c'est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T'as plus de vie, t'as plus rien à toi. Tu dois obéissance au skipper. Même si c'est un con. Je ne sais pas pourquoi j'y suis venu, je ne sais pas ce qui fait que l'on veuille tant souffrir, pour rien au fond. Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d'amour aussi, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou. Qu'on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui ! »

Lili quitte sa campagne française pour assouvir son rêve de pêcher en Alaska. À force de persuasion, ce petit bout de femme parvient à rejoindre l'équipage du Rebel et s'en va pêcher la morue noire en pleine mer. Commence une expédition exaltante, mais rude, entre les vents violents, la mer déchaînée, les conditions de vie à bord, le manque de confort, le froid, la faim, le sel qui ronge la peau, les blessures... Lili s'accroche jusqu'au jour où son corps lâche l'affaire. Obligée de rentrer au port pour se soigner, la jeune femme se languit d'être loin de son bateau et compte les heures avant de reprendre du service. Cette passion, plus proche de la folie obsessionnelle, est ainsi partagée en toute transparence. Une femme en fuite, un passé brumeux, un chagrin au fond de la gorge, une volonté de prendre le large pour tout effacer, et des objectifs complètement dingues, auxquels elle ne renoncerait pour rien au monde, même pas quand des propositions annexes croisent sa route. Ce roman est étrange, envoûtant et poétique, il nous raconte les grands horizons et les quêtes d'absolutisme avec une énergie féroce et palpable. L'héroïne vit dans un monde de mecs, un univers de bars et d'alcool, dans lequel elle se fond sans frémir. La camaraderie aussi est très présente, on se tape sur l'épaule, on trinque en avalant des White Russians à grande rasade, on s'échange des projets, on se promet de garder contact, on noue des contrats d'une simple poignée de mains. À bas le glamour dans ce livre, qui fait fi de séduction, de charme, de tendresse. Lili et son grand marin vivent une liaison brève et intense dans la deuxième partie du roman, mais n'éclipsent pas le désir toujours puissant d'échappée belle. Au final, on aime, on n'aime pas, on éprouve de l'agacement, un peu d'émotion, et surtout de la curiosité et de la fascination pour ce récit. Il se passe tout et rien à la fois, il n'y a pas de réelle intrigue, puisqu'elle se répète beaucoup autour de Lili-vouloir-partir-pêcher-de la morue, du crabe, du flétan. On y sent aussi du désespoir, du vide, de l'attente, de l'oubli. On ne sait plus trop sur quel pied danser, on soupire après les longueurs et l'absence de rythme. Puis on savoure le souffle des mots et la beauté des phrases, on sympathise avec les personnages, sans jamais s'y attacher non plus. Ce va-et-vient continu entre le bon, le très bon et le potable rend l'expérience épuisante, ou du moins déstabilisante.

Marie-Christine Letort, l'interprète pour Sixtrid, prête sa voix au personnage de Lili et imprime une authenticité à son caractère farouche et indépendant, au point de rendre sa personnalité touchante et énervante à la fois. Une impression particulièrement exacerbée par une écriture sans fard et au rendu parfois simpliste. Cette tranche de vie hors du commun, empreinte de tristesse et de réalisme, s'en sort tout de même avec une belle pirouette en glissant une touche d'exotisme appréciable. 

Texte lu par Marie-Christine Letort pour Sixtrid (durée : 10h 30) / Août 2016

Avec l'aimable autorisation des éditions de l'Olivier

 

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,