20/09/18

Désordre, de Penny Hancock

Désordre ldpC'est peu de dire que j'enchaîne les lectures avec des personnages cinglés et des histoires bizarres ! Cette fois encore, une femme en pleine dépression franchit la ligne jaune et séquestre un môme de 16 ans dans son garage. Sonia mène pourtant une vie confortable dans sa maison familiale, sur les bords de la Tamise, devenue également un sujet de dispute au sein de son couple. Son mari souhaiterait vendre, mais Sonia n'est pas prête. La maison fourmille de souvenirs. Même si sa solitude pèse sur son moral, elle a façonné son rythme de vie dans cet écrin, depuis que sa fille est partie à l'université et son époux en déplacement professionnel constant. Sonia vit désormais dans la nostalgie du passé et ressasse son aventure avec Seb... son frère. Adolescents, ils ont bravé tous les interdits, fait les 400 coups, vécu avec fougue et déraison. Mais Seb est mort et Sonia porte en elle la responsabilité de cette tragédie. Lorsqu'elle ouvre la porte au jeune Jez, elle se surprend à ressentir du désir. Rien de sexuel. Simplement, elle ressent pour lui un élan qu'elle veut à tout prix garder intact et décide alors de retenir le garçon sous son toit. Sans nouvelles, la famille va alerter la police dont l'enquête se focalise sur Helen, la tante du disparu (également une amie de Sonia). Le problème de Helen ? Elle boit. Beaucoup. Ses témoignages sont flous, son angoisse peu sincère. Heureusement la petite copine de Jez va croire en elle et s'allier contre tous pour éclaircir cette affaire. De son côté, Sonia reste imperturbable, conservant une parfaite maîtrise de la situation.

Je pourrais vous dire que le ton est glaçant, l'atmosphère étouffante et le désarroi immense. Sauf que le bouquin fouille également dans vos entrailles et vous noue l'estomac en infusant une peur panique indéchiffrable. On sentirait presque les effluves poisseux de la Tamise nous envelopper dans son brouillard... à nous d'en sortir. Ou pas. Je ne sais pas si j'ai réellement aimé ce roman, mais je lui reconnais des qualités indéniables. Comme d'avoir su me chambouler et d'être parvenu à m'ensorceler malgré moi. Un roman envoûtant et terrifiant, dit-on, c'est tellement vrai !

Sonatione Éditions (2013) - traduit par Julie Sibony - repris en Livre de Poche

Après Les Visages de Jesse Kellerman,
après Avant d’aller dormir de S. J. Watson,
après Les Apparences de Gillian Flynn,
la nouvelle découverte Sonatine.

Désordre Sonatine

 

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19/09/18

Emma dans la nuit, de Wendy Walker

Emma dans la nuit

Portée disparue depuis trois ans, Cassandra Tanner réapparaît miraculeusement et explique au FBI qu'elle a vécu sur une île, hébergée par un couple, loin de toute civilisation. Par contre, sa sœur Emma est toujours entre leurs griffes. Elle insiste pour la retrouver et explique, point par point, les raisons de leur fugue, veillant à ce que sa mère, Judy, n'en loupe pas une miette. 

Je me suis longtemps demandé si c'était du lard ou du cochon ce que confessait Cass, mais une chose est sûre, son histoire est très perturbante. C'est autre chose qu'un simple thriller avec des rebondissements et du suspense qui vous empêche de fermer l'œil. Ici, le cadre est posé, proche de huis clos, avec des aveux solennels et le tracé perfide d'une vengeance machiavélique. On découvre en effet le portrait d'une famille qui cherche à sauver les apparences, alors que tout va de travers. En tête : Judy Martin, décrite comme une perverse narcissique, mère tyrannique et femme vénéneuse. Entre ses filles et elle, s'est nouée une relation malsaine que la psychiatre, Abigail Winter, a décortiquée sous toutes les coutures. Emma et Cass ont ainsi fait front pour résister à son emprise, mais à quel prix ? Forcément, le malaise n'est pas loin, et la lecture assez désagréable car on suit un chemin laborieux à décrypter son propos. Par contre, j'applaudis la mise en scène (redoutable) qui nous mène en bateau et réussit à nous surprendre jusqu'à la dernière note. 

Bonne prestation des deux comédiennes, Clara Soares et Aurore Paris, choisies pour incarner Cassandra Tanner (la jeune sœur revenue de nulle part) et Abigail Winter (la psychiatre rigide et impassible).

©2018 Wendy Walker / Sonatine pour la traduction française. Traduit par Karine Lalechère (P)2018 Lizzie, un département d'Univers Poche

 

04/09/17

Au fond de l'eau, de Paula Hawkins

Au fond de l'eauEn retournant s'installer dans la ville de son enfance, à Beckford, Nel avait pour ambition d'écrire un livre sur la légende du « bassin des noyées » - un bras de rivière où des jeunes femmes se donnent la mort dans des circonstances douteuses. Or, c'est finalement le corps de Nel qui va être repêché et c'est sa sœur Julia qui doit répondre aux questions de la police. Pourquoi n'a-t-elle pas voulu lui répondre le soir où celle-ci a cherché à la joindre désespérément ? Julia n'ose pas assumer sa lâcheté, et encore moins fouiller dans son passé pour remonter aux sources du confit. Pourtant, Lena, la fille de Nel, exige des explications et ne laisse aucun répit à Julia. Adolescente revêche et secrète, Lena porte déjà le deuil de sa meilleure amie, dont la disparition est survenue quelques mois plus tôt, au même endroit. De son côté, la police n'a pas de mot pour exprimer le choc de ces drames en cascade et ne souhaite guère alimenter les vieilles rumeurs. Aussi, l'enquête va-t-elle se dessiner lentement et ne pas constituer le point de mire de la lecture. C'est avant tout une ambiance qu'on appréhende, une ambiance énigmatique et étouffante, empreinte d'amertume, de non-dits et de malédiction. Il y a en effet toute une galerie de personnages qui vont intervenir dans le courant de l'intrigue, chacun exprimant son opinion, confiant avec parcimonie ses secrets, ce qui va permettre de dénouer progressivement les fils du canevas. Un procédé, ma foi, efficace, même si l'assemblage semble en apparence sinueux, tout est ajusté au centimètre près. Par contre, on n'y trouve pas une action échevelée, ni du suspense à foison, ici place à une tension psychologique redoutable, qui pique sournoisement. Ce deuxième roman de Paula Hawkins fait donc montre de subtilité et de délicatesse dans sa construction, son atmosphère et sa palette d'émotion, ce qui a eu le bonheur de me distraire. Je n'en espérais pas davantage - huis clos, cachotterie, mythe et vengeance. C'était tout bon.

En bonus, le format audio offre également un casting de choix, avec pas moins de cinq comédiens pour donner du corps à ce roman polyphonique et ainsi parfaire une mise en scène aux petits oignons. Cette multiplication des rôles est tout à l'avantage du roman ! En effet, chacun apporte sa propre sensibilité au personnage qu'il joue, non seulement cela évite les cafouillages ou les confusions, mais cela offre une identification plus claire, une vision personnelle et une proposition distincte selon l'expérience des uns et des autres. On avance ainsi plus aisément dans l'écoute, en plus de donner l'illusion d'une performance théâtrale, ce qui est quelque part excitant. Le tout est aussi d'une grande sobriété, au vu du cadre dramatique, on baigne dans un contexte grave et poignant. On n'en espérait pas moins d'Audiolib, qui avait déjà proposé une excellente interprétation de La fille du train par son choix des trois actrices. “Au fond de l'eau” se révèle un très bon titre, et une très bonne écoute, au service d'une histoire ordinaire et néanmoins fascinante.

©2017 Paula Hawkins / Sonatine Éditions pour la traduction française

(P)2017 Audiolib / Texte lu par : Julien ChateletMarie-Eve DufresneClémentine DomptailIngrid DonnadieuLola Naymark (durée : 11 h 07)

28/11/16

Hortense, de Jacques Expert

HortenseSophie Delalande a noué avec sa fille Hortense une relation exclusive, mais lorsque son ancien amant, Sylvain, refait surface dans leur vie, tout bascule. La fillette d'à peine trois ans est kidnappée par le père revanchard, sous les yeux de la mère éplorée et impuissante. Sophie n'aura plus jamais de nouvelles de son enfant, malgré une enquête acharnée et de nombreux efforts déployés pour connaître la vérité. 
Vingt-deux ans plus tard, Sophie est bousculée par une inconnue dans la rue. Une jeune femme blonde, qui lui rappelle immédiatement son Hortense. Elle la prend en filature, s'immisce dans sa vie et a la certitude d'avoir retrouvé sa fille. Celle-ci ne se doute de rien. Serveuse dans un restaurant à la mode, elle s'est prise d'affection pour cette dame solitaire, un peu désœuvrée, mais émouvante dans sa détresse. 
Elle va même jusqu'à se confier à elle, en lui racontant son enfance bohème auprès d'un père qu'elle admire, sans avoir conscience d'éveiller l'étincelle d'espoir, et de haine, chez cette mère brisée. Car Sophie voit en elle son enfant perdu et rage intérieurement contre l'homme machiavélique qui a fait de sa vie un enfer. Elle ressasse les années envolées par ce drame qu'elle porte en elle et qui la ronge insidieusement.
Repliée dans une existence insipide, Sophie a depuis fait fuir ses proches effrayés par son obsession morbide. Seule Isabelle, rencontrée à la crèche, a tenu bon et soutenu son amie jusqu'à l'impossible. Elle se réjouit également des retrouvailles avec Hortense mais dissuade Sophie de lui déballer la vérité sans prendre des précautions. 
L'ambiance du bouquin est vachement hypnotique et étourdissante. Longtemps, l'histoire cultive une ambiguïté sur les faits rapportés et sur les personnages eux-mêmes. Sophie n'est pas une narratrice fiable, puisqu'on la sent sur la corde raide, et en même temps on comprend qu'elle pète un câble après avoir enduré une telle tragédie. Elle n'en demeure pas moins terrifiante et n'inspire aucune empathie.
On en revient toujours au souci des délires psychotiques qui me font pousser des cris d'horreur et d'exaspération. J'éprouve zéro compassion pour les individus névrosés. Et dans ce domaine, ce roman m'en a bien fait baver. J'ai douté et j'ai détesté tout le monde. J'ai eu les idées embrouillées pendant une grande partie de l'histoire, mais j'ai tout de même vu venir la fin. Gros malaise après ma lecture. Un constat s'impose : sensation étrange d'une intrigue dérangeante, qui ne comble pas toutes les interrogations, un dénouement abrupt et poignant, une construction tortueuse et des figures torturées !
Une lecture franchement flippante. 

Texte lu par Anouk Adrien pour Audible FR - Durée : 7h 48

>> En téléchargement & en exclusivité sur Audible.

©2016 Sonatine (P)2016 Audible FR

Hortense | Livre audio

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27/07/16

La Position, de Meg Wolitzer

La position

Je ne cache pas avoir eu quelques doutes avant de commencer ma lecture, redoutant un contenu inutilement graveleux ou racoleur, pour être au final agréablement surprise par l'histoire s'y rapportant. Paul et Roz Mellow, couple marié et fusionnel, ont immortalisé leur passion en posant pour un ouvrage érotique traitant de la passion sexuelle sous toutes ses formes. Le livre fait un tabac durant les années post soixante-huitardes mais traîne aussi un parfum de scandale.

Quelques années plus tard, leurs quatre enfants découvrent l'ouvrage planqué dans la bibliothèque familiale et le feuillettent avec stupeur. Holly et Michael sont deux jeunes adolescents impressionnables, tandis que les cadets, Dashiell et Claudia, ignorent encore toute la portée de leur lecture. Trente ans passent, le livre fait à nouveau parler de lui à l'occasion d'une édition anniversaire qui réveille tous les vieux démons.

En effet, l'idylle parfaite n'a pas fait long feu. Roz a quitté Paul pour un autre homme, Holly a sombré dans la drogue et pris le large pour vivre une nouvelle vie en Californie, Michael se gave d'antidépresseurs, Dashiell soupçonne ses parents d'être homophobes et Claudia souffre de son physique ingrat et peine à trouver un sens à sa vie. Chargé de convaincre son père d'accepter la réédition du Plaisir, Michael s'envole donc pour la Floride.

Entre-temps, la nouvelle de la maladie de Dashiell vient ébranler toute la tribu. Deux ans de combat, de chimio, de greffe, d'espoir et d'illusions brisées. Deux ans pour faire table rase du passé et analyser les hauts et bas de leur famille dysfonctionnelle. C'est donc ce que propose le roman, une topographie de la famille à travers ses rapports (amoureux, sexuels et filiaux) basés sur des non-dits et pulvérisés par la publication d'un livre sulfureux.

Sans doute la trajectoire des Mellow aurait connu la même déculottée sans ce dernier détail, mais le roman n'aurait pas eu la même accroche ! C'est à double tranchant, entre ceux qui s'imaginent un bouquin entier sur la plénitude sexuelle et l'influence d'un ersatz du Kâma-Sûtra de génération en génération, mais qui tombent de haut, car l'histoire révèle des lacunes, des frustrations, des mensonges et des omissions qui ont pénalisé tout ce joli monde durant des décennies. 

L'écriture également est pleine de finesse, d'élégance et de subtilité à décrypter les sentiments de cette famille attachante, qui n'échappe pas aux aléas de la vie et qui tente d'en surmonter les coups au terme de longs compromis et autres cheminements personnels. L'histoire est finalement plus sensible et poignante qu'en apparence, elle met à jour les drames intimes - sujet tabou des familles - et s'en sort clopin-clopant, sans solution miracle. Une lecture qui s'agrippe à vous et vous touche en plein cœur.

Traduit par Madeleine Nasalik pour les éditions Sonatine / Repris chez 10x18, en mars 2015

 

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24/03/16

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, de Celeste Ng

TOUT CE QU'ON NE S'EST JAMAIS DIT

Lydia Lee, seize ans, s'est faufilée hors de sa chambre en pleine nuit. En découvrant ça, le lendemain matin, sa mère alerte aussitôt la police. La journée va être longue, très longue, et peu à peu tout espoir va quitter cette famille éplorée. Le corps de Lydia sera retrouvé dans le lac. Et déjà un examen de conscience s'impose. Ôtez immédiatement vos vélléités policières... car le roman va se désintéresser des vraies raisons de la mort de Lydia (fugue, assassinat ou accident) et s'orienter vers des révélations plus sournoises et dérangeantes. On découvre donc un portrait de famille modèle. Du moins, en apparence. Car chez les Lee, les secrets sont légion (et ont probablement conduit à la mort de l'adolescente). La mère aurait calqué ses rêves de médecine sur sa fille, le père insisté trop lourdement sur l'importance de sa vie sociale (lui a souffert d'être rejeté du fait de son origine chinoise, son mariage mixte étant sulfureux dans les années 50). Bref. On va ainsi de surprise en surprise, à tenter de cerner cette famille brisée et taiseuse. Les failles sont profondes, mais mises à jour suite à la tragédie. En fait, la lecture peut sembler démoralisante, car réaliste et poignante, pourtant elle étonne aussi pour son incroyable maîtrise du suspense et sa tension psychologique qui ne faillit jamais. Son atmosphère aussi est touchante, à la fois mélancolique et oppressante. On éprouve perplexité et fascination pour ce roman, qui raconte avec finesse les illusions perdues, la famille et les non-dits, la détresse adolescente et l'héritage qu'on lègue malgré soi. Loin des attentes initiales, ce rendez-vous laisse finalement un goût amer... ou de frustration. Je suis paumée.

Traduit par Fabrice Pointeau (Everything I Never Told You) pour les éditions Sonatine / Mars 2016

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17/11/15

La Fille du train, par Paula Hawkins

LA FILLE DU TRAIN CD

Tant de buzz autour de ce livre... et la volonté d'apprécier ce que la lecture me réserverait, coûte que coûte. J'ai donc zappé les avis qui circulaient déjà en masse pour me consacrer sereinement à cette histoire qui est dans l'air du temps (une narratrice peu fiable, une intrigue nébuleuse, le coup de théâtre final).

Rachel prend le train tous les jours pour se rendre à Londres. Elle passe tous les matins devant son ancien quartier, où son regard effleure sa maison, désormais habitée par son ex et sa nouvelle compagne. Elle se complaît également dans le spectacle offert par le couple voisin, qui lui semble si parfait et infaillible. Or, un jour, Rachel surprend la jeune femme dans les bras d'un autre homme, en train de s'embrasser. Puis apprend qu'elle a disparu et que la police effectue des recherches actives. Rachel, convaincue de posséder des éléments essentiels, n'hésite pas à s'investir dans l'enquête... même si les inspecteurs la considèrent avec commisération et la traitent de témoin peu fiable, du fait de son alcoolisme notoire. 

Toute la force du roman vient - selon moi - des trois intervenantes dans l'histoire, dont les rôles interchangeables viennent complètement troubler notre perception de l'intrigue. On ne cerne plus la plus crédible ou la plus coupable des trois et c'est assez perturbant. Cela compense aussi avec le peu d'action dans notre affaire, qui tient la distance grâce à une pression psychologique constante et finement jouée. J'ai certes vu venir la fin, mais ai attendu jusqu'au point final pour obtenir toutes les réponses. Qu'on aime ou pas, cela reste une lecture redoutable sur un plan machiavélique, et efficace pour le climat lourd, suspicieux et tendu de bout en bout.

Les trois comédiennes, Valérie Marchant, Joséphine de Renesse et Julie Basecqz, apportent au livre audio (Audiolib) une dimension théâtrale très appréciable, en jouant chacune leur rôle avec une sensibilité qui leur est propre. Cette interprétation fausse aussi la partie et confond le lecteur résolument perplexe (et impatient de connaître la suite). Mieux qu’un thriller exceptionnel, l'éditeur parle de « piège paranoïaque et jubilatoire ». Écoutez-le, vous comprendrez pourquoi.

Audiolib / novembre 2015

Texte lu par Valérie Marchant, Joséphine de Renesse et Julie Basecqz (durée : 11h 44)

Traduit de l'anglais par Corinne Daniellot (The Girl on the Train) pour les éditions Sonatine

20/10/15

Une autre vie, de S.J. Watson

UNE AUTRE VIE

En apparence, l'histoire est simple. Julia mène une vie rangée auprès de son mari et de leur fils Connor, qu'ils ont adopté dès son jeune âge à sa sœur Kate, alors désœuvrée et complètement dépassée par la maternité. Celle-ci vit désormais à Paris, où elle reprend les rênes de son destin avec fermeté. Du moins, c'était avant d'apprendre qu'on a retrouvé son corps assassiné dans une ruelle, vraisemblablement victime d'une agression. Son amie Anna est bouleversée. Lorsqu'elle reçoit la visite de Julia, elle lui apprend que Kate aimait fréquenter des sites de rencontres et flirtait en ligne pour s'amuser. Persuadée que sa sœur y a décroché son rendez-vous fatal, Julia décide de suivre ses traces et mène son enquête sur internet. Mais le piège se referme sur elle - même si Julia sent rapidement monter les frissons de l'interdit et de la nouveauté, elle est grisée par ce jeu dangereux qui l'extirpe de sa torpeur et lui fait découvrir une facette d'elle plus sensuelle et libérée. 

Donc, oui en apparence l'histoire paraît rebattue et sans surprise, à nous entraîner dans les tourments d'une femme infidèle, hantée par son passé et l'assassinat de sa sœur, qui sombre page après page dans un adultère compromettant. Mais la lecture parvient à nous saisir à la gorge et à nous faire ressentir un éventail d'émotions. J'ai souvent été agacée par le personnage de Julia, par sa faiblesse et ses choix, alors qu'ils participent grandement à l'action et imposent une pression constante, et pourtant je lui accorde aussi des circonstances atténuantes, malgré ce doute qui enfle et qui gronde face à ses décisions. L'auteur a réussi un sacré tour de force à nous tenir en haleine, puis à défiler les étapes d'une intrigue a priori banale et néanmoins polluée par les spectres du harcèlement obsessionnel. C'est à la fois lancinant, horrible et fascinant. Ce deuxième roman de S.J Watson n'est sans doute pas aussi stupéfiant que son prédécesseur, mais joue habilement avec nos nerfs et distille un suspense efficace et grinçant. Pas mal du tout.

Sonatine / Octobre 2015 ♦ Traduit par Sophie Aslanides (Second Life)

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26/05/14

Les anonymes, par R.J. Ellory

Les Anonymes

Dans un quartier propret de Washington, Catherine Sheridan devient la quatrième victime d'un tueur en série. Pour les inspecteurs Miller et Roth, l'enquête se corse lorsqu'ils commencent à se pencher sur le profil trop lisse et parfait de la femme. Ils vont également croiser le chemin d'une mère célibataire, probablement le seul témoin en lice, qui désire obtenir des réponses sur la mort brutale du père de sa fille, survenue quelques années plus tôt, dans des circonstances nébuleuses. Ajoutez aussi la confession d'un type, “John Robey”, qui sait tout, qui voit tout et qui serait la pièce manquante du puzzle. Vous espériez un roman haletant, estampillé thriller comme il se doit ? Eh bien, non. L'intrigue, finalement, prendra un détour déconcertant, en voulant dénoncer le système politique américain, qui intervient dans des zones géographiques à risques pour placer ses pions à l'aide de moyens très convaincants (mais peu reluisants). La révélation n'a toutefois pas fait l'effet d'une bombe. C'était aussi le premier roman de R.J. Ellory que je découvrais, et j'en sors sur une impression mitigée. L'ensemble m'a paru trop long, ambitieux et un rien compassé. J'ai fini par m'ennuyer, frustrée d'avoir anticipé une lecture plus palpitante, avant de m'apercevoir que le résultat n'offre qu'un semblant de polémique. Ce titre aura été pour moi une lecture en demi-teinte, mais je tenterai encore Vendetta et Seul le silence, qui sont en ma possession.

Audiolib, janvier 2011 ♦ traduit par Clément Baude pour les éditions Sonatine ♦ texte intégral lu par Charles Borg ♦ existe en format Livre de Poche (fév. 2012)

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11/04/13

"A New York, on ne fait jamais attention aux autres."

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Ethan Muller est à la tête d'une galerie d'art à Manhattan, où il tente d'asseoir sa réputation, autrement qu'en étant le fils héritier d'un magnat de l'immobilier. Son destin bascule dès lors qu'il découvre, dans un appartement délabré situé dans le Queens, une collection de tableaux exceptionnels, qui deviendra la plus grande œuvre d'art de la saison. Victor Cracke, l'artiste en question, a en fait dessiné sur une multitude de feuilles en papier un décor torturé, constitué sous forme de puzzle, où se mêlent également des portraits d'enfants. Et c'est là que tout bascule, car Ethan va recevoir le coup de fil d'un flic à la retraite, désormais un vieil homme maladif, obsédé par des crimes non résolus perpétrés par un pédophile, et dont les victimes sont représentées dans l'œuvre de Cracke ! Ce dernier a mystérieusement disparu. Il devient donc urgent de le retrouver pour l'interroger. Avec l'aide de Samantha McGrath, la fille de l'enquêteur, qui est elle-même procureur, Ethan se lance sur une piste aux allures folles et désespérées. A ceci, s'ajoutent des interludes dont on ne capte pas la portée sur le moment, si ce n'est qu'il s'agit bien de l'histoire familiale des Muller.

Bref, je dois avouer que je suis sortie de ma lecture quelque peu déconfite. En gros, j'ai été déçue. J'en attendais clairement davantage, mais le résultat m'a souvent semblé bavard, assez vide et moyennement pertinent. Le narrateur, de plus, est un type abject, ou disons qu'il m'insupportait assez vite, donc ça n'a pas facilité la poursuite des opérations. Le tort de l'éditeur aura été, probablement, de ranger ce livre en tant que thriller, je trouve que c'est surestimé car l'ensemble relève plutôt du roman noir et poisseux. Le milieu de l'art est judicieusement exploité, même s'il ne m'a pas semblé follement glamour non plus. Cela reste un roman qui se lit, avec une intrigue sordide, accablé toutefois par du blabla insipide. Il y a du bon et du moins bon, en somme.

Les visages, par Jesse Kellerman
Audiolib, 2010 /  Points, 2011 - traduit par Julie Sibony pour les éditions Sonatine
Texte intégral lu par Hervé Bernard Omnès (durée : 14 h 06)