24/01/18

Le jour d'avant, de Sorj Chalandon

le jour d'avantUn matin de décembre 1974, deux jours après Noël, 42 mineurs trouvent la mort dans la fosse 3bis de Liévin. Toute une région est sous le choc, d'autant plus révoltée que la catastrophe aurait pu être évitée. La famille Flavent aussi est frappée de plein fouet par le drame - le fils aîné, Joseph, un jeune mineur, a été grièvement blessé avant de décéder sur son lit d'hôpital dans l'indifférence générale. Le père est brisé et met fin à ses jours. La ferme et les terres sont bradées. Le fils cadet, Michel, quitte le bassin minier pour y revenir quarante ans plus tard, avec en poche une lettre testamentaire : « venge-nous de la mine ».

Premier constat après lecture : voilà un roman bouleversant, qui ne dit pas tout et qui nous prend au dépourvu. Son histoire de famille traumatisée nous happe dès les premières pages. De suite, on plonge dans une enquête et une soif de vengeance aux côtés d'un  homme marqué par son passé. L'ambiance mortifère, le décor grisâtre, le caractère taiseux de Michel Flavent, tout est ancré dans une réalité sinistre et une volonté farouche de ne jamais se complaire des solutions faciles. L'écriture est sèche, exempte de toute affection. Le roman remue de vieux souvenirs et évoque les “gueules noires” en tant que héros sacrifiés. C'est assez lourd et néanmoins intense.

Mais la lecture est encore plus riche, plus poignante, une nouvelle lame de fond surgit, soudaine et violente... Un véritable coup de massue. J'avoue être restée sur le carreau au tournant, complètement sonnée. Dès lors, c'est une histoire encore plus complexe et déchirante qui se dévoile... mais d'où l'on extirpe toujours les mêmes spectres, les vieilles angoisses et les plaies béantes. C'est Sorj Chalandon lui-même qui m'avait donné envie de lire son roman, lors d'une interview entendue à la radio. Et j'avais biché son évocation (famille, non-dits, culpabilité et remords) sans me douter du chemin qu'il allait emprunter. C'est un vrai tour de force. Une écoute captivante - texte lu par Stéphane Boucher, avec une grande sobriété - et un contexte “Germinal” beaucoup moins oppressant et pourtant nécessaire à la portée de l'intrigue. Une lecture comme une onde de choc qui n'en finit plus de se propager. 

Très bon roman !

 

©2017 Éditions Grasset & Fasquelle (P)2017 Audiolib

Lu par Stéphane Boucher. Durée : env. 8h

Figure parmi les dix titres sélectionnés pour le Prix Audiolib 2018 !

 

Posté par clarabel76 à 19:45:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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