23/05/17

Célibataire longue durée, de Véronique Poulain

Célibataire longue duréeÀ bientôt cinquante ans, Vanessa Poulemploi affiche fièrement son célibat et ses désirs ! Cherchant toujours à plaire et à séduire, elle multiplie les rencontres et les conquêtes, même si celles-ci s'avèrent dérisoires au fil du temps. Qu'importe, elles forment ainsi le menu de ce petit roman jouissif et exaltant à picorer.
Vanessa Poulemploi est donc un cœur à prendre. Au lieu de se morfondre dans son coin, elle teste, elle goûte, elle ruse et parfois abuse des combines modernes. Vanessa se donne les moyens de sortir de son célibat et est totalement convaincante. Car elle a de l'énergie à vendre, de l'optimisme à toute épreuve, des copines hyper fidèles et des enfants grincheux qu'il faut sans cesse sustenter, la barbe.
Elle se prête aussi à l'exercice des listes (trouver du boulot, se mettre au sport, donner un sens à sa vie, publier son roman). Avec une détermination à appliquer les consignes à la lettre... et une promptitude à rogner sur les prescriptions ronflantes. Vanessa, reine de la procrastination ? Ou à quoi bon s'embarrasser de détails inutiles quand on a pour leitmotiv - pas de temps à attendre ? Allez hop, il faut que ça bouge.
La tournure générale exhale donc un parfum d'insouciance et d'impertinence et renvoie l'image d'une philosophie positive, d'une vie légère et détachée. On n'hésite pas à effacer les couacs et les déboires, croire en l'impossible, trouver l'homme idéal et convoler en justes noces ! On peut être amazone et fleur bleue en même temps, après tout.
Voilà qui requinque un moral en berne - des chapitres courts, à l'humour incisif, avec une héroïne pétulante, qui ne se prend pas au sérieux. C'est même galvanisant de la suivre dans sa course au bonheur, animée de son appétit insatiable.
En somme, c'est une lecture pleine de pep's, qui fait passer un bon moment. Tout simplement. 

Stock, 2016

SORTIE POCHE chez LdP en MAI 2017

Célibataire longue durée

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06/05/17

Marilyn 1962, de Sébastien Cauchon

Marilyn, ou l'éternelle incarnation de la beauté, du glamour, du mystère et du drame... ♥

Marilyn 1962

Lorsqu'au matin du 5 août 1962, son corps est retrouvé sans vie dans sa maison de Brentwood, commence aussi une longue enquête dont les conclusions ne satisferont jamais l'imaginaire du public. L'ouvrage de Sébastien Cauchon ne cherche pas à apporter de nouvelles théories, mais s'intéresse plutôt à dresser le portrait des personnalités ayant entouré la star les mois précédant la tragédie. Certains noms ont d'ailleurs suscité de nombreuses controverses, comme la gouvernante Eunice Murray, le couple Paula et Lee Strasberg ou son médecin Ralph Greenson...

Mais replaçons le contexte. Au cours de cette année 1962, Marilyn n'est pas en grande forme - une opération de la vésicule biliaire, une importante perte de poids, des insomnies, un divorce, une campagne de presse insatiable. Le tournage du film, Something's got to give, tombe au plus mal. Marilyn multiple les absences et attise la colère de George Cukor - les studios finiront d'ailleurs par licencier l'actrice. De son côté, la jeune femme s'établit dans une hacienda, part au Mexique en quête de meubles et de fournitures, fait du jardinage, plonge dans sa piscine, boit du champagne, reçoit ses amis avec parcimonie. Parmi ces derniers, on compte naturellement Allan Snyder (Whitey) son maquilleur fétiche, Agnes Flanagan sa coiffeuse à qui l'on doit ce blond platine, May Reis son assistante personnelle la plus dévouée... Viennent s'ajouter d'autres trublions, aux intentions pas toujours louables, dont Larry Schiller, le photographe qui a immortalisé Marilyn en train de nager nue sur le plateau du film abandonné, ou Pat Newcomb son attachée de presse qui se battra pour un retour en grâce après une erreur de débutante...

Non, l'entourage n'était pas sain autour de la jeune femme épuisée et fragile, mais dont la force de caractère en a également surpris plus d'un. Miss Monroe possédait cette double personnalité de paraître naïve et d'agir avec spontanéité - au grand dam de sa nouvelle comptable, Cherie Redmond, ahurie par les dépenses dispendieuses des sangsues vivant à ses crochets. Sauf que Marilyn était aussi une femme d'affaires, pointilleuse et intransigeante, capable de vous rayer de son existence d'un trait. Les aléas de la vie n'ont cependant pas fait sa fortune et Marilyn souffrait de solitude, au point de s'attacher vite et (souvent) mal.

On ne réécrira pas l'histoire, mais on ne se lassera pas de la ressasser. Ce livre n'apporte sans doute aucun nouvel éclairage sur la star mais est écrit avec intelligence et passion. Se lit aussi avec grand intérêt. Manque néanmoins quelques photos pour illustrer l'ensemble ! ☺

Stock, 2016

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30/06/16

Les Piliers de la Terre : Ellen, de Ken Follett

Les piliers de la terre Tome 1 Ellen

En 2015, j'avais pour objectif personnel de lire ou relire plusieurs sagas mythiques, dont Game of Thrones, Angélique Marquise des Anges, Le Chardon et le Tartan & La Bicyclette Bleue. Je grossis mon effectif, pile pour conclure le Mois Anglais, en incluant la célèbre série de Ken Follett, Les Piliers de la Terre, publiée en VF en 1990, et adaptée en feuilleton télévisé en 2010. Tempus fugit. ^-^ 

Cette saga nous transporte donc dans le Sud de l'Angleterre du XIIe siècle où vont se croiser des destinées toutes étroitement liées, et parfois même inconsciemment, autour d'un projet de cathédrale. Il y a d'abord Tom le Bâtisseur, son épouse, Agnès, enceinte jusqu'aux yeux, et leurs enfants, Alfred et Martha. Suite à l'arrêt brutal du chantier sur lequel Tom était embauché, notre homme est contraint de repartir sur les routes pour nourrir les siens. Les ennuis s'enchaînent lorsque sa femme décède en couches, lui laissant un fils qu'il choisit d'abandonner près du bûcher. À peine le temps de se retourner qu'il rencontre la magnifique Ellen, laquelle vit en hors-la-loi dans la forêt avec son fils Jack. Tom et Ellen cèdent à une pulsion charnelle et décident de faire un bout de chemin ensemble. Leur aventure les conduira sous la protection du prieur Philip, un homme foncièrement bon et généreux, dont la seule ambition est de développer Kingsbridge et d'y construire une cathédrale. D'une rigueur morale exemplaire, notre homme d'église trace sa route sans roublardise et atteint habilement ses objectifs. Il ira même jusqu'à déjouer la duplicité de son supérieur, l'évêque Waleran Bigod, de mèche avec la perfide Regan Hamleigh, dont le physique repoussant est compensé par un machiavélisme démesuré. Cette femme est redoutable. Elle va par exemple venger son fils William, rejeté par lady Aliena, fille du comte de Shiring, en infligeant à leur famille une déchéance cuisante. La vie d'Aliena n'est plus qu'un chaos sans fin, mais la demoiselle, aussi farouche que déterminée, refuse de courber l'échine face à ses tortionnaires et jure de rendre coup pour coup.

Bref. Vous l'avez compris, cette lecture parle de pouvoir, de gloire, de sainteté, d'amour, de passion, de vie, et même de survie. L'intrigue est dense et palpitante, avec des rebondissements nombreux et inattendus. Elle est également conduite de façon magistrale, entrelaçant plusieurs combinaisons et autant de personnages, sans jamais nous égarer (c'est souvent le cas avec les grosses sagas, dopées par un enthousiasme débordant). Ici, c'est fascinant comme c'est simple et d'une fluidité appréciable, tout en maintenant du rythme, du suspense, de l'émotion. Cette épopée romanesque ne démérite pas la réputation qui la précède. J'avoue avoir eu une certaine défiance au moment de m'y lancer... alors que j'avais tort, car c'est tout simplement captivant. Présentée comme une flamboyante fresque historique, la lecture ne nous trompe pas. Elle nous plonge dans une Angleterre moyenâgeuse avec un grand réalisme et enflamme notre imaginaire sans ciller... Une vraie prouesse. 

Stock / Mai 2005 pour la présente édition de 478 pages ♦ Traduction de Jean Rosenthal (The Pillars of Earth)

♦ La deuxième partie, en 596 pages (en cours de lecture)

Les piliers de la terre Tome 2 Aliéna

Pour compenser avec l'édition du Livre de Poche, de 1056 pages, écrites en caractères minuscules

 

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23/06/15

Les Jours infinis, de Claire Fuller

Les jours infinis

Peggy a huit ans et grandit à Londres dans une vaste maison avec jardin. Sa mère, d'origine allemande, est une pianiste mondialement reconnue, qui part souvent en tournée. Son père est un « Survivaliste », obsédé par l'idée de fin du monde. Un matin de l'été 1976, il entraîne la fillette à la recherche de “die Hütte”, un lieu féerique, réputé inaccessible. Ils vont ainsi s'enfoncer dans les bois et s'y perdre neuf longues années.

De retour chez elle, en 1985, Peggy tente de s'expliquer une telle folie. Mais c'est hyper délicat à déterminer car elle n'était qu'une enfant insouciante, qui n'avait pas conscience du danger, portait un culte à sa mère si belle et prodigieuse, considérait son père avec tendresse et jugeait l'entourage de ses parents (leur amitié avec l'américain Oliver) nocif et menaçant.

Ce contact avec la nature est une immersion extraordinaire, pleine de charme, de mystère et de danger, où la vie de « rescapés » est aussi un combat de chaque instant. Car même si l'ambiance est captivante, servie par une écriture lumineuse et un style très visuel, on n'oublie pas le délire paternel et les conséquences pour l'enfant.

C'est très, très perturbant, bien que raconté avec pudeur et de façon elliptique. On ne voit pas venir la fin et ses révélations... stupéfiantes, qui vous font reconsidérer tout le roman, à travers son emprise et ses ombres. De quoi vous hanter longtemps après !

Stock La Cosmopolite / avril 2015 ♦ Traduit par Mathilde Bach (Our Endless Numbered Days)

  • Click sur l'opération de communication originale ! 

 

« Les dates ne sont là que pour nous rappeler que nos jours sont comptés, que chaque jour qui passe nous rapproche de la mort. À partir de maintenant, Punzel, nous vivrons au rythme du soleil et des saisons. Nos jours seront infinis. »

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01/04/14

Teaser Tuesday #55

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« - Miss Jane est malade, déclara James avec plus de gravité que la nouvelle ne le méritait.
La jeune dame n'avait attrapé qu'un refroidissement après tout.
Il fut récompensé par le plus bref des regards.
- Elle a été surprise par la pluie comme nous le pensions. Elle a pris froid et a dû s'aliter à Netherfield.
- Oh ! fit Sarah.
- Miss Elizabeth va la rejoindre.
En ce qui concernait Sarah, ce n'était pas de si mauvaises nouvelles. Si Jane devait tomber malade, il valait mieux que ce soit chez les Bingley plutôt qu'à la maison. Ils disposaient d'une armée de domestiques pour prendre soin d'elle alors que, à Longbourn, une maladie était synonyme de corvées supplémentaire pour chacun. Le linge à changer, les mouchoirs, les boissons spéciales, les collations et les douceurs... Il fallait courir de haut en bas toute la journée. Jane avait poussé la prévenance jusqu'à tomber malade loin de chez elle.
- Tout ira bien alors, conclut Sarah.
James était sur les charbons ardents. Il ne fallait pas qu'elle découvre le trouble dans lequel elle le plongeait. Il devait retenir et enfermer à double tour le désir pressant de lui parler, de la toucher, qui le taraudait.
De son côté, Sarah réprimait sa culpabilité d'avoir fouillé dans ses affaires, et laissait libre cours à son irritation et indignation : pourquoi James ne lui faisait-il pas de confidences comme le laquais de Netherfield ? Pourquoi ne lui parlait-il pas de ses voyages ? Il ne proposait rien, il préférait se taire, taciturne et bourru. Pas étonnant qu'elle ait douté de lui. Pas étonnant qu'elle l'ait espionné...
Il poussa  un long soupir. Elle tressaillit et se retourna.
- Eh oui, se contenta-t-il de dire avant de s'éclipser à son tour.
Sarah émit un petit claquement de langue désapprobateur et reprit son travail. »

Une saison à Longbourn, de Jo Baker ♦ Stock, avril 2014 - traduit par Sophie Hanna ♦

... décrit comme étant la rencontre entre Orgueil et Préjugés de Jane Austen et la série Downton Abbey ♥

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22/03/14

♥ Monroerama ♥

Ce weekend, on se délecte en picorant des anecdotes dans un merveilleux ouvrage... 

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“Imperfection is beauty, madness is genius and it's better to be absolutely ridiculous than absolutely boring.” 

par Françoise-Marie Santucci ♦ Stock, mai 2012 ♦Hors collection littérature française

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14/03/14

Une vie entre deux océans, de M.L. Stedman

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Quelle histoire bouleversante ! Tom et Isabel vivent heureux sur l'île de Janus Rock, au large de Point Partageuse, au sud de Perth, en Australie. Tom est gardien de phare. Leur couple vit un bonheur parfait, teinté toutefois par le besoin pressant d'Isabel d'avoir des enfants. Mais hélas, elle multiplie les fausses couches et plonge dans un profond désarroi. Aussi, le jour où une barque échoue sur leurs côtes, avec à son bord un homme - mort - et un bébé, Isabel supplie son mari de le garder et de n'en parler à personne.

Tom va agir par amour pour sa femme, il va masquer la vérité et truquer les faits. Il le fait, parce qu'il sent Isabel au bord du gouffre. Pour elle, l'arrivée de ce bébé est un cadeau du ciel, elle refuse d'envisager une autre solution. C'est son bébé, ou rien. La suite ne cessera de se révéler poignante et débordante d'émotions. Cela expliquera, aussi, pourquoi on passe tant de temps à ressasser le passé, à introduire d'autres personnages, à raconter leur histoire... on comprend mieux leur importance dans la dernière ligne droite.

C'est un livre d'une sensibilité rare, qui évoque l'amour, l'isolement, le bonheur et la plénitude, mais surtout la maternité et tout ce qu'elle implique en folie et sacrifice. C'est énorme. Terrible. Un véritable déchirement. Au départ je trouvais le roman surestimé, c'était très bien mais les lecteurs s'étaient peut-être un peu trop emballés à son sujet. Et puis soudainement, je me suis sentie aspirée par le récit, en pleine communion avec les personnages et leurs émotions. J'étais, moi aussi, partagée, sous le choc, me posant cette question : mais qu'aurais-je fait ?

Cette lecture n'aura donc pas usurpé son concert de louanges et de critiques dithyrambiques, à commencer par celle d'Olivia de Lamberterie. C'est un roman bouleversant, très beau, qui nous interroge et nous met la tête à l'envers. Martin Spinhayer livre une interprétation poignante du récit, mais une fois encore j'ai eu du mal avec les voix féminines, sinon la réalisation sonore est impeccable, c'est une version envoûtante et carrément dépaysante.

Audiolib, Février 2014 ♦ Texte intégral lu par Martin Spinhayer (durée d'écoute : 12h 27) ♦ Traduit par Anne Wicke pour les éditions Stock

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07/01/14

La servante du Seigneur, de Jean-Louis Fournier

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Je n'ai pas du tout été convaincue par la motivation de ce texte !
L'auteur étale sur la place publique une affaire personnelle (sa fille a pris le voile, et lui ne l'accepte pas). Il l'accuse d'être différente, d'avoir changé, d'avoir ruiné son don artistique, d'être endoctrinée. Non mais, franchement, c'est pathétique.
Pas une seule fois, l'homme ne montre un aspect de sa personne qui prouverait qu'il est tolérant, qu'il se met à la place de sa fille et qu'il veut comprendre son choix de vie. Au lieu de ça, il tacle, il ressasse de vieux souvenirs, il fait preuve d'humour sordide, il critique, il est bête, il est méchant, il est mesquin.
Loin d'être intimiste, c'est un texte qui se révèle voyeuriste, déplacé et dérangeant. À aucun moment on ne ressent de l'empathie pour cet homme grincheux et égoïste, tout fripé d'être aigri et engoncé dans son acharnement.
C'est désolant.
Le texte, heureusement, est très bref. Seulement 1 h 30 d'écoute (texte lu par l'auteur lui-même). Il se termine de façon salutaire, avec un droit de réponse de la concernée, Marie, à travers la voix de Colette Sodoyez, qui s'exprime brièvement mais fermement. C'est la seule partie du livre que j'ai appréciée.

Audiolib, décembre 2013 - durée d'écoute : 1 h 27 - Texte intégral lu par l'auteur. Avec la participation de Colette Sodoyez.

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23/05/13

Le prix amer des rêves. (Purge)

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1992, quelque part en Estonie occidentale. Seule dans sa ferme, Aliide Truu découvre une jeune femme en piteux état mais hésite avant de lui offrir le gite. C'est peut-être une ruse pour tenter de l'abattre ? Que craint-elle donc ? Après tout, Zara n'est qu'une paumée. Son histoire, elle n'ose pas la confesser, plus par honte que par mesquinerie. A la place, elle préfère raconter qu'elle se cache pour fuir son mari, en attendant de pouvoir rejoindre la Finlande.

Mais Aliide Truu est une vieille dame méfiante, sévère, froide et sans cœur. C'est ce qu'on croit, c'est ce qu'on découvre aussi, à travers son histoire qui commence à la fin des années 30, où elle était jeune, belle et insouciante, avec son sœur Ingel. Aliide Truu rêvait du grand amour, pour lui elle aurait été prête à tout, quitte à subir l'humiliation des arrestations abusives, des interrogatoires musclés et des tentatives d'intimidations. Aliide Truu a su se forger une carapace, tout en continuant de nourrir une passion obsessionnelle pour cet homme qui en a préféré une autre.

Comment la jalousie, la rancune et la rancœur ont pu aiguiser ce cœur meurtri ?! C'est ce qu'on ne cesse d'apprendre, de suivre, au fil du temps qui passe, à travers l'histoire d'un pays aussi, l'Estonie et ses trente années d'invasion, d'oppression, de propagande, d'exil et de déchirure. La vie d'Aliide Truu est jalonnée de souffrances et d'amertume, ce qu'on ressent pour elle est aussi un mélange de pitié, d'écœurement et de tristesse. La rencontre avec Zara va encore la déstabiliser, puisque cette jeune femme abusée, enlevée pour travailler à Berlin, en tant que prostituée, a vu ses rêves briser, à l'instar d'autres incrédules pensant trouver la richesse à l'Ouest...

Certes, ce roman est sinistre, âpre, douloureux et violent. Mais ses non-dits et ses mensonges rendent la lecture intense et captivante, car elle nous attire dans sa bulle pour nous chuchoter des mots durs et cinglants, pour dévoiler des secrets de famille et autres drames intimes. On se sent le cœur comprimé, à plusieurs reprises, et pourtant à aucun moment je n'ai eu envie d'aller voir ailleurs, de me sortir de cette emprise, car j'avais vraiment envie d'en savoir plus, je m'étais attachée à l'histoire, à ses personnages brisés. J'ai aimé cette lecture, lue par Marianne Épin, sur des accents graves, proches de la panique ou de la folie, comme pour mieux souligner toute la démence qu'ont hélas traversée les deux femmes. 

Purge, par Sofi Oksanen
Audiolib / Stock, coll. La Cosmopolite (2010) - traduit par Sébastien Cagnoli
Texte intégral lu par Marianne Épin (10h08 d'écoute)

Prix Fémina Étranger 2010 - Prix Roman Fnac 2010
existe en format poche

23/08/09

Une année étrangère ~ Brigitte Giraud

Stock, 2009 - 208 pages - 17€

une_annee_etrangereJuste une précision avant de présenter ce roman de Brigitte Giraud, évitez de lire la quatrième de couverture qui raconte TOUT le roman. Je n'ai pas saisi le but...
Ensuite, si vous pouviez lire ce roman en écoutant en musique de fond Seventeen seconds de The Cure, ce serait parfait ! Totalement dans l'ambiance.
De quoi ça parle, donc ?
Laura, une française de 17 ans, part en Allemagne, dans la ville de Thomas Mann, en tant que jeune fille au pair. Elle est accueillie chez les Bergen, le couple et ses deux enfants. Tout semble extraordinairement calme et tranquille chez eux, ça repose et ça change. La française vient de quitter une famille brisée, à la maison l'atmosphère est étouffante, chacun se rejette la faute de la mort de Léo, le petit frère de Laura. Elle-même a beaucoup de mal à soulager sa peine, à exprimer la douleur de ce deuil brutal. Elle a préféré fuir et se plonge dans le quotidien d'une famille allemande, au mode de vie totalement opposé du sien.
Tout est lent, étrange sur le long terme. Laura se sent maladroite et encombrée de son inaptitude. Elle ne parle pas un allemand fluide, elle n'arrive pas à se faire comprendre ni à comprendre les autres. L'ennui s'installe, comme elle le décrit si bien, tout devient mélancolique et sans relief.
Tout doucement, Laura s'installe donc dans une routine, elle dépose la petite fille devant la navette scolaire, elle épluche des pommes de terre et cuisine des gratins dauphinois, elle se rend au supermarché ou à la bibliothèque, elle lit La Montagne magique de Thomas Mann, elle promène le chien tous les soirs, elle étend le linge, elle repasse. Le soir, elle écrit de longues lettres à son frère Simon.
Les échanges avec les Bergen restent rares et bredouillants. Toutefois, l'ordinaire de cette famille commence à se fissurer. Laura s'en rend compte, et c'est avec son consentement tacite qu'elle coule avec eux dans la tragédie qui va les frapper.
A croire que le malheur des autres va réveiller cette jeune fille endormie, anesthésiée par sa propre affliction.

Une année étrangère est un roman qui peut paraître bien amer et morose. Il ne faut toutefois pas s'arrêter à cette impression, l'histoire dresse le portrait d'une jeune fille vidée, passive, qui a largué les amarres et espère être détournée de son passé pour mieux supporter son présent.
Elle s'est coupée de tout - du noyau familial, de sa langue maternelle, de son rythme de vie, de son apparence aussi. Même son propre corps lui semble étranger.
C'est lent, c'est sombre, c'est étrange. Je ne vous dis pas le contraire.
Pourtant c'est aussi un livre intéressant, qui parle de la fin de l'adolescence, du passage vers l'âge adulte, avec coups et blessures, qui ne se voient pas forcément. Cela parle du déracinement, de la perte et de la douleur, on sent perpétuellement la frontière entre la vie et la mort à travers le récit de la narratrice, mais non, non, ce n'est pas du tout morbide, c'est juste le cheminement nécessaire pour sortir du deuil. Puiser le mal jusqu'à la racine (Laura va aller jusqu'à lire Mein Kampf).
Et il faut placer l'histoire dans un décor allemand, frappé par l'isolement, le ciel gris, le froid, la pluie pour comprendre qu'il règne dans ce livre un sentiment de dénuement en plus de la désolation.
Je conçois que tout ceci semble empreint de désespoir, et c'est vrai que ce n'est pas un livre très rigolo ni léger.
Toutefois je ne l'aurais loupé pour rien au monde, parce que j'aime les livres de Brigitte Giraud, avec des hauts et des bas, comme pour tous les auteurs que j'apprécie et que je suis fidèlement. Chaque rendez-vous n'est pas systématiquement gagnant, mais c'est aussi ce qui rend le challenge excitant.

lire les premières pages sur le site de L'Express

 

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