14/06/10

L'été où je suis devenue jolie

Je me suis demandé si les amours d'enfance mouraient toujours ainsi, lentement d'abord, dans un sanglot, avant de s'évanouir comme ça, d'un coup.

Jenny_Han

L'été où je suis devenue jolie, roman de Jenny Han, est un livre sur l'été et pour l'été. J'avais ce bonheur, en le lisant, de ressentir la chaleur des rayons du soleil, de savourer l'eau qui glisse sur le corps, des bains de minuit, du sable qui file entre les doigts, de l'huile qu'on applique sur la peau, du ronronnement de la mer, de la fraîcheur du thé ou de la grenadine... C'est un avant-goût appréciable. L'histoire aussi est pleine de charme et ne manque pas de nous renvoyer vers l'été de nos quinze ans.

Belly, devenue une vraie beauté, retrouve ses amis d'enfance, Conrad et Jeremiah, avec lesquels elle a toujours passé ses vacances dans leur maison près de la mer, à Cousins Beach. Depuis ses dix ans, Belly est amoureuse de Conrad mais n'a jamais osé lui avouer ses sentiments. Et cet été, particulièrement, promet d'être différent pour l'adolescente : son corps a changé, l'attitude des garçons aussi, leurs mères ne cessent de faire des messes basses, Belly s'ennuie, elle rencontre Cam, tombe amoureuse mais se fâche avec Conrad qui a choisi de saboter leurs vacances. Il boit, il fume, il est taciturne, il repousse Belly alors qu'il ne digère pas sa relation avec un autre, et au milieu, Jeremiah, charmant, drôle, séducteur...

Au début, j'avais peur de me sentir une intruse au sein de cette famille, riche en souvenirs, soudée par des liens d'amitié et solidaire face à toutes les épreuves de la vie. Heureusement, l'histoire se déploie joliment, nous ouvre les pans du passé en sélectionnant quelques échantillons d'autres étés, et ainsi on les accompagne en toute confiance, on trouve progressivement sa place et on vit à leurs côtés, partageant leurs rires, leurs larmes, leurs colères, leurs doutes. C'est un roman touchant, juste et attachant, où l'on parle d'amitié et d'amour, de la vie vie qui change, de la douleur de grandir, de l'instant présent et fragile, de la confiance qui vacille et des certitudes qui perdent de leur superbe. C'est un roman qui se lit en quelques heures, et qu'on quitte à regret en souhaitant très vite lire la suite pour retrouver Belly au coeur de son propre tourbillon de la vie. 

Le deuxième tome (oui, il s'agit d'une trilogie) s'intitule It's Not Summer Without You. Cette lecture m'a aussi fait beaucoup penser à Toi et moi à jamais de Ann Brashares.

J'avais d'ailleurs noté cette citation à l'époque, et je la trouve également parfaitement adaptée au roman de Jenny Han, "L'amour peut-il durer toute une vie ? Peut-il passer indemne de l'enfance à l'âge adulte en survivant aux tourments et aux écueils de l'adolescence ? Est-il toujours le même à l'arrivée, simplement exprimé de façon différente ? Ou ces deux formes d'amour sont-elles radicalement étrangères et incompatibles ?"

Verdict : un roman adorable, qui nous prend par la main et qu'on lâche le coeur serré.

L'été où je suis devenue jolie ~ Jenny Han
Albin Michel, coll. Wiz (2010) - 300 pages - 13 euros
traduit de l'anglais (USA) par Alice Delarbre


26/05/10

Le Ciel est partout

C'est notre histoire. Il prononce cette phrase avec sa voix des dix commandements, et leur résonnance en moi est à l'avenant : profonde. Avec tous les bouquins que je lis, j'aurais pourtant pu y penser avant. Mais non. Pas une fois je n'ai songé à l'interprétation, au récit que l'on donne de sa vie, ma propre vie. J'ai toujours eu le sentiment que c'était une histoire, oui, mais pas une histoire dont je serais l'auteur et dont je pourrais influencer le déroulement.
Chacun est libre de raconter son histoire comme il l'entend.
Chacun son solo.

Le_ciel_est_partout_de_Jandy_Nelson

Follement romanesque et romantique, poignante et exaltante, l'histoire de notre John Lennon (Lennie, pour ses proches) nous touche et nous bouleverse. Son chemin vers la guérison (ne pas s'en vouloir d'être en vie et heureuse sans sa soeur décédée) est parsemé de petits cailloux, sur lesquels elle trébuche, et de petits bouts de papier sur lesquels l'adolescente griffonne ses états d'âme, ses bouts d'elle, avec ou sans sa soeur, lâchés au vent, confiés dans le vide, égarés volontairement pour que ses pensées sortent d'elle et ne l'enferment plus.

C'est frais, poétique, émouvant. Beau comme la vie, avec ses hauts et ses bas, ses coups durs, ses éclats, ses trahisons, ses révélations. J'ai aimé ... comme le goût des baisers de Joe et Lennie qui atteignent le firmament. Mention spéciale pour la grand-mère et l'oncle de Lennie, pour Sarah, sa meilleure amie, pour Joe et ses frères, tous plus renversants les uns que les autres, pour la musique aussi, dont la puissance d'évocation frise l'érotisme, comme le souffle du vent dans les arbres de la forêt, sans oublier le jardin de Manou, pour sa douce et tendre excentricité, pour ses rosiers au pouvoir aphrodisiaque.

C'était mon plaisir de lecture arrivé au bon moment, mon histoire d'amour, de manque, de deuil et de souffrance qui a su me redonner confiance en la vie. Plus belle, plus joyeuse, plus optimiste. J'ai beaucoup aimé.

Tandis que je regagne la table pour m'asseoir, une certitude s'éclaire en moi : la vie n'est qu'un vaste bazar. En fait, je vais dire à Sarah qu'il nous faut créer un nouveau mouvement philosophique - le bazaressentialisme au lieu de l'existentialisme, pour tous ceux capables d'apprécier ce bazar fondamental qu'est l'existence. Car Manou a raison. Il n'existe pas qu'une seule vérité, mais une multitude d'histoires qui se déroulent toutes en même temps, dans nos têtes et dans nos coeurs, et empiètent toutes l'une sur l'autre. En bref, un immense bazar, calamiteux et magnifique. Comme le jour où Mr James nous a emmenés dans les bois et s'est écrié triomphalement : "Voilà, c'est ça !" face à l'étourdissante cacophonie provoquée par les instruments solistes essayant de jouer ensemble. Voilà : c'est ça.
J'examine les piles de mots qui constituaient autrefois mon livre préféré. Je voudrais recomposer toute l'histoire dans le bon ordre pour que Cathy et Heathcliff puissent faire d'autres choix, qu'ils cessent de se rentrer dedans à chaque virage, qu'ils écoutent la rage volcanique de leurs coeurs et tombent enfin dans les bras l'un de l'autre. Mais il est trop tard. Je vais jusqu'à l'évier, j'ouvre la poubelle et y déverse Cathy, Heathcliff et le reste de leurs malheurs.

Le ciel est partout ~ Jandy Nelson
Gallimard, coll. Scripto (2010) - 330 pages - 11€
traduit de l'anglais (USA) par Nathalie Peronny

16/04/10

En poche ! #30 : Corniche Kennedy, de Maylis de Kerangal

Corniche_Kennedy

 

Puisque frimer précisément, tchatcher, sauter, plonger, parader, c'est ce qu'ils font quand ils sont là, c'est ce qu'ils viennent faire.

 

Un roman de l'été, de l'interdit, du danger. Ce sont les petits cons de la corniche, vus par Maylis de Kerangal.

en savoir plus, ici

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01/02/10

Scarlett, Spencer, Lola, Marlène. New York. Et moi !

Voici un roman absolument charmant, délicieux, à déguster la bouche en coeur. Il plaira aux lectrices dès 13 ans, qui savoureront l'histoire de cette famille new-yorkaise qui vit dans un hôtel Art Deco, lequel hélas tombe un peu en décrépitude. 

Les finances de la famille Martin sont au plus mal, Scarlett le découvre le matin de son quinzième anniversaire, en recevant la précieuse clef de la Suite Empire, attribuant ainsi à l'adolescente la pleine responsabilité de cette chambre. Cet été, Scarlett est priée de rallier les rangs familiaux pour donner un coup de main à l'hôtel. Ses amis ont tous quitté la ville, occupés à d'autres projets plus palpitants, Scarlett traîne les pieds mais ne sait pas encore que ses vacances seront riches, très riches et excitantes !

Suite_Scarlett_de_Maureen_JohnsonCela commence par la venue d'une cliente, Mrs Amberson, qui occupe la Suite Empire. Avec elle, c'est un vent chaud, exotique, léger, aérien, déchaîné qui s'installe à Hopewell. Mrs Amberson est une femme excentrique et mystérieuse, un peu casse-pied sur les bords, elle harcèle Scarlett de coups de fil à répétition et la jeune fille se plie à ses moindres caprices. Toutefois, cette Mrs Amberson est aussi une personne formidable et pleine de ressources. Elle le prouvera lorsque le frère aîné de Scarlett, Spencer, qui rêve de devenir comédien à Broadway et répète actuellement la pièce de Hamlet avec une troupe de débutants, connaîtra bien des galères pour mener son projet dans les meilleures conditions.

Les deux autres soeurs de Scarlett, Lola et Marlène, sont aussi très présentes, elles butinent, elles minaudent, elles sont volubiles, excessives, discrètes et cachottières. Les anecdotes ne manquent pas non plus en ce qui les concerne.
Le roman raconte définitivement l'histoire d'une famille, avec des hauts et des bas, des moments d'euphorie, d'entente à merveille, de combines et de débrouillardises, des journées magiques où tout se goupille comme dans un rêve, les bonnes rencontres, les nouvelles qui font du bien, les intentions les meilleures. Puis, les nuages viennent obscurir ce ciel si beau, les doutes et la jalousie sont de sortie, les jolis garçons deviennent fuyants, colériques, compliqués, les filles sont minées, compliquées, soucieuses, malheureuses. Mais sous le ciel de New York, les beaux jours sont toujours de rappel !

Les aventures de la famille Martin me rappellent quelque part celles de la famille des Jean Quelque-chose (la série de Jean-Philippe Arrou-Vignod) pour son côté optimiste, joyeux et solidaire. Même dans les coups durs, même si l'argent fait défaut, même si les petits copains se font la malle et même si les clients sont étranges et fantastiques à la fois, l'histoire montre énormément de complicité, de bonheur, de gaieté et fait preuve d'humour.
C'est vraiment un petit roman très chouette, comme dirait ma fille.

Suite Scarlett ~ Maureen Johnson
Gallimard, coll. Scripto, 2010 - 384 pages - 13,00€
traduit de l'anglais (USA) par Cécile Dutheil de la Rochère
illustrations : Dominique Corbasson

Une suite va paraître en février 2010 aux USA sous le titre : Scarlett fever.

 

31/08/09

Je ne sais plus pourquoi je t'aime ~ Gabrielle Zevin

Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 315 pages - 14€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec

je_ne_sais_plus_pourquoiUne chute dans les escaliers, un beau plongeon sur la tête et Naomi Porter, hospitalisée en urgence, se réveille amnésique des quatre dernières années de sa vie. Un cas étrange, auquel la médecine consacre peu d'intérêt, jugeant que l'adolescente de seize ans est en fait victime d'un trauma refoulé. C'est plutôt stressant pour elle, qui se demande alors quel genre de vie elle menait et quel genre de fille elle était ! ?
Aidée des listes de son père et des compilations musicales de son meilleur ami, Naomi tente de remodeler cette fille qui lui paraît de plus en plus étrangère : jolie, intelligente, sportive, superficielle. Elle a pour petit ami un joueur de tennis qui a un petit pois dans la tête, elle est adepte des soirées de beuverie sans lendemain, elle mange tous les midis avec une bande de m'as-tu-vu.
En fait, elle n'adhère plus du tout à cette image.
Elle découvre également qu'elle est fâchée avec sa mère, remariée avec une fillette de trois ans, et qu'elle accepte difficilement la liaison de son père avec une ancienne danseuse qui porte une fleur dans les cheveux.
Pas facile, cette vie nouvelle. Toutefois c'est l'occasion de redessiner un profil qui partait en sucette, Naomi s'en rend compte et fait son petit ménage.
Depuis le jour de sa chute, elle est aussi totalement obsédée par ce garçon, James Larkin, qui a été le premier à lui venir en aide. A l'accompagner à l'hôpital, sous prétexte qu'il était son petit ami. Un mensonge, bien évidemment.
Ce béguin aura un prix à payer, dont son amitié avec Will Landsman, un type charmant et vieux jeu, avec qui elle collabore pour réaliser l'album du lycée.
Bref, vous l'aviez déjà compris, cette histoire est avant tout une histoire d'amour. Et également une histoire d'identité, de quête, de hasard et de perte. 
J'ai aimé à un point que je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit avant d'avoir tourné la dernière page ! Car c'est un roman attachant et captivant, où le ton  est tour à tour drôle, triste, sensé, sincère, léger, rempli de doutes et d'interrogations. D'une justesse appréciable et appréciée, malgré quelques caricatures et une intrigue prévisible. Néanmoins l'auteur parvient à nous attirer vers d'autres chemins, où elle traite des issues possibles et inattendues. C'est une vraie réussite. La possibilité de réfléchir à notre vie, s'il était possible de la changer et/ou de corriger certains chapitres.
Un roman qui se rapproche du coup de coeur, avec beaucoup d'émotion et d'humour au tournant.
Une lecture pleine de peps, qui donne foi en la vie !

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22/08/09

non, non, l'été n'est pas fini !

encore une semaine, bon sang ! on s'y accroche avant de rentrer tête basse dans l'automne et avec ça la terriiiible reprise de l'école, qui implique son rythme contraignant des horaires à respecter, des devoirs du soir, des réveils du matin, des impôts à payer (sic), et des copines qu'on retrouve, des blablas interminables autour d'un café, des nouveaux projets à réaliser, des travaux qui voient enfin le bout du tunnel, pfiou... c'est chaque année la même rengaine, après le 15 août, je suis dans un état d'esprit qui touche le fond pour aussitôt rebondir et atteindre le nirvana, je suis lasse et impatiente à la fois, je ne sais pas, je devrais être habituée à la longue...

un petit de musique pour me consoler ^-^

 

petit passage en revue des lectures de cet été 2009, *programme de la Miss, 9 ans*, avec pour commencer :

 

les_grandes_vacances

Les grandes vacances de Maja Celija est un album sans paroles, où l'histoire se passe dans une maison abandonnée le temps des vacances par ses habitants, elle est alors hantée par ceux et celles qui ornent les photographies, jour de délivrance oblige, ils vont profiter du foyer en toute liberté et vivre leurs vacances à fond avec juste les moyens du bord. Au programme : beaucoup d'imagination, jamais de soucis ! 
Un album qui n'appelle pas les grands discours, mais juste la force de l'imagination.
Très belles illustrations de l'italienne Maja Celija, où il flotte un petit air de nostalgie et une atmosphère onirique. A feuilleter longuement, et plusieurs fois. Ce ne sera jamais la même histoire !
(autrement, 2006 - 12,50€)

lete_ou_jai_grandi

L'été où j'ai grandi de Jo Hoestlandt est un parfait petit roman pour ma jeune Miss C. qui grandit. L'histoire se déroule en 1960, la narratrice a dix ans et elle passe toutes ses journées à la plage avec son petit frère, ou à bouquiner tranquille dans sa chambre. Le hic pour la demoiselle c'est ce slip de bain tricoté laine (hic), qui la cantonne au rang de petite fille, mais en entendant la remarque d'un adulte la fillette rougit et prend conscience de son corps, heureusement la maman intervient avec tact pour lui offrir ce maillot une pièce qui lui fera sentir la douceur de vivre et le bonheur de grandir !  (actes sud junior, 2006 - 6,00€)
illustré par Camille Jourdy

des_vacances_en_chocolat

Des vacances en chocolat de Jean-Philippe Arrou-Vignod est enfin disponible en folio junior puisqu'il était jusqu'à présent vendu avec l'édition spéciale, Une famille aux petits oignons, en texte inédit. L'histoire : Cet été, la famille des Jean-Quelque-Chose au grand complet part à l'Hôtel des Roches Rouges. Au programme, excursions à la mer avec le canoë et les chaussures en plastique qui donnent des ampoules, visite clandestine de l'hôtel à l'heure de la sieste, représentation exceptionnelle du grand cirque Pipolo, sans oublier te passage du tour de France... Et surtout, quelques cartes postales bien senties aux cousins Fougasse !
Plus besoin de clamer combien j'adore la famille des Jean Quelque-Chose et je trouve qu'il n'y a d'ailleurs pas d'âge pour apprécier leurs aventures !

Extrait : Chers cousins Fougasse,
On voulait vous remercier pour les vieux shorts déjà portés que vous nous avez envoyés. Ils nous boudinent juste un peu parce qu'on est plus costauds que vous, mais ça va. En échange, est-ce que vous voulez nos super tee-shirts rayés de La Famille Moderne ? On vous les donne avec plaisir, si maman est d'accord... A part ça, on est dans un hôtel trois étoiles avec frites à volonté. On fait du bateau, de la plongée, on va au cirque... Ah ! tiens, on a aussi rencontré Eddy Merckx et Poulidor. Dommage pour vous que le Tour de France passe trop loin de votre camping surchauffé. C'est vraiment pas de chance !
On vous embrasse très sincèrement.

(folio junior, 2009 - 4,00€)

cet_ete_la

Cet été-là d'Arnaud Alméras illustré par Robin est une petite merveille ! L'histoire est simple, on suit deux amis qui se rencontent sur la plage et vont se revoir au fil du temps. Suivant les âges, les centres d'intérêt et les occupations évoluent, ce qui ne change pas ce sont les bagarres et les réconciliations, sans compter que ces deux-là ne se quitteront plus ! Mais ça, ils ne le savent pas encore. L'histoire possède ce charme délicat de raconter combien un être est précieux dans votre vie, sans que ça vous saute aux yeux, il est là, et c'est ce qui compte, mais il suffit d'une pécadille pour que la terre tremble et que les oeillères tombent. Je me comprends ! ^-^
J'ai déjà aperçu ce livre présenté de nombreuses fois sur d'autres sites / blogs, ce n'est plus une nouveauté, toutefois n'attendez plus pour le découvrir, car c'est tendre, doux, drôle, charmant, ça vous parlera obligatoirement !
(éditions sarbacane, 2009 - 12,00€)

et pour conclure, mais c'est juste un avant-goût pour une prochaine bafouille :

lete_de_garmannla_rue_de_garmann

^L'été de Garmann & La rue de Garmann par Stian Hole ^

bel fin d'été à tous !

 

 

 

27/07/09

Dernier jour de beau avant la pluie ~ Marie-Sophie Vermot

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 116 pages - 8,50€

dernier_jour_de_beauL'histoire raconte le chagrin et la mélancolie de Chloé, dix-huit ans, inconsolable depuis vingt et un mois. Depuis la mort accidentelle de sa soeur jumelle, Beryl. L'histoire raconte donc la mise au vert de Chloé, son frère Alban et leur meilleur ami Félicien. Tous trois se sont isolés dans le cabanon familial, perdu au coeur d'un vallon, niché dans un jardin sauvage, bordé par une source. Ils ont décidé de bûcher sérieusement, avant les examens. Chloé n'a pas du tout la tête à ça, c'est la première fois qu'elle remet les pieds au cabanon depuis la disparition de Beryl. Son absence lui pèse. Tous, pour la plupart, ont su remonter à la surface, effectuer leur deuil, reprendre goût à la vie. Chloé en est incapable.
Poussée par les siens, dévisagée par ses camarades au lycée, elle n'en fait qu'à sa tête. Songer à prendre le large. Tourner le dos à cette existence qui l'étouffe.
Pensant avoir trouvé la solution à ses soucis, Chloé a invité sa nouvelle amie Madeleine. Elle est d'une présence irradiante, tout sourire, tout enthousiasme dehors. Sa fraicheur de vivre fait plaisir, pourtant elle ne contamine pas Chloé.
Veut-elle vraiment guérir de son chagrin ? Ne porte-t-elle pas une responsabilité trop lourde pour elle ? Que cache-t-elle au fond ?
D'un état d'esprit introverti et mélancolique, ce roman évite toutefois de sombrer dans la morosité pure. Point de cafard à l'horizon, si ce n'est dans le comportement de Chloé, constamment léthargique, plongée dans ses pensées noires, à ressasser un passé éteint, douloureux, mort. La finesse du roman se trouve dans le décor idyllique du cabanon, endroit coupé du reste du monde, petit paradis terrestre, une bulle réconfortante et apaisante. Vivre à quatre des journées en plein air, sous une chaleur accablante, déguster des grillades, manger des fruits, lire dans le hamac, se baigner, plonger du haut de la cascade, se lancer des défis... A travers ses diverses activités, grisée par l'enchaînement intense de ses vacances pas comme les autres, Chloé finira par ressentir le déclic final. Point d'honneur à un long, lent travail de maîtrise de soi.
Un joli roman de vacances, teinté de douceur de vivre et de spleen.

Illustration de couverture : Franck Juery

Autre avis : Reno a également apprécié toutes les subtilités de ce roman sensible et intelligent.

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16/07/09

Orages d'été ~ Barbara Hall

orages_deteDans une ferme en Virginie, en plein été caniculaire, les fermiers ont du souci à se faire car la sécheresse perdure et les récoltes de tabac s'annoncent catastrophiques. La famille de Dutch, quatorze ans, est sévèrement touchée, mais la jeune adolescente passe plus de temps à scruter les siens, au cours de ces mois particulièrement chauds et orageux, où les secrets remontent peu à peu à la surface.
Durant cet été, Dutch voit arriver sa cousine Norma, quinze ans, très belle et sûre d'elle, qui ignore hélas que ses parents l'ont écartée du foyer pour régler leur divorce. Dutch a beaucoup de mal à accepter cette adolescente pleine de charme, qui fait tourner les têtes des garçons, et notamment celle de son frère, Flood, papa d'un petit garçon de neuf ans. Dutch n'a pas digéré le départ de Becky, six ans auparavant, et espère secrètement qu'elle rentrera au bercail pour reprendre sa place. C'est typique des Peyton de s'enfermer dans le passé et les souvenirs, pour protéger son monde, c'est néanmoins un frein et un handicap. 
Cet été s'annonce définitivement différent des autres, avec la menace des banquiers qui harcèlent son père, les relations amoureuses compliquées, des révélations trop explosives et des remises en question permanentes.
Mais c'est dommage qu'en dernière partie de roman, l'histoire semble prendre plusieurs directions et trouve des solutions trop faciles et trop rapides pour ranger chaque cas dans sa boîte. Légère frustration me concernant, j'ai cependant apprécié l'atmosphère étouffante qui rend le récit tendu et captivant à lire. 

Achevé d'imprimer sous un soleil de plomb pour le compte des éditions Thierry Magnier, 2008  /  222 pages -- 11€

Traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch

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04/07/09

Mes vacances sans Edgar ~ Claire Julliard

mes_vacances_sans_edgarLes vacances aux Mansardes, la maison de campagne de la famille Maladier, s'annoncent mal, très mal. Atroces, comme disent les soeurs Alice et Mélanie. Accusées de trop manger, elles affichent des kilos en trop qui dégoûtent Annabelle, longiligne et rigoureuse, mais au tempérament mal trempé dans l'acide. Charlotte a suivi la petite troupe, s'est greffée au noyau familial qui compte également Emilien et Julius. Or, tous les cinq ont le mal d'Edgar, le cousin qui vit une success story entre Paris et Saint Tropez, heureux chanteur à la mode, détenteur du fameux tube de l'été. Edgar n'a donc pas tenu sa promesse, il ne se joindra pas au groupe pour l'été et son absence pèse sur l'atmosphère rendue électrique.
Charlotte, la narratrice, est mélancolique malgré elle. Elle avait une histoire secrète avec Edgar, une amourette qui n'a pas supporté le monde du showbiz, néanmoins elle préfère taire ses frustrations et jongle entre les cousins pour calmer les chaudes humeurs et les échanges de noms d'oiseaux.
Et puis Edgar débarque, et avec lui un mini cyclone qui va tout mettre sens dessus dessous.
L'histoire montre un groupe en souffrance, enfermé dans sa fascination pour un garçon en apparence formidable, mais en dedans moins extraordinaire. Son arrivée à l'improviste va propulser des émotions trop longtemps enfouies, va aussi permettre d'ôter des oeillères chez ces adolescents dégingandés et indolents. Le rythme du roman m'est apparu mou, dans le bon sens. Tous s'ennuient, guettent, épient et tendent l'oreille vers le retour du guerrier. A un moment la narratrice évoque sa lecture d'un roman de Françoise Sagan, Le garde du coeur, et justement je me faisais la réflexion que la prose de Claire Julliard s'y approchait magnifiquement.
Hélas, dès lors que le bel Edgar fait son apparition, l'histoire devient beaucoup moins intéressante. Tout y passe : la célébrité soudaine, la musique commerciale, le star-system, les dérives... L'ensemble m'a semblé trop cousu de clichés. J'ai beaucoup moins apprécié et j'ai préféré vite boucler ma lecture qui ne me correspondait plus du tout. Plus dans la bonne tranche d'âge, dirons-nous.
A conseiller aux ados, dès 12-13 ans. Ou plus. Ou moins. Je ne sais pas ! ;)

Medium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 146 pages - 9,00€

illustration de couverture : Franck Juery      

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27/06/09

Miel et vin ~ Myriam Chirousse

Empoignant son édredon, Judith le serra si fort dans ses bras qu'il lui sembla que Charles était encore là, dans la tiédeur des draps, contre sa peau, au bout de ses ongles... Emergeant du sommeil comme un noyé refait surface, elle sentit croître en elle une douleur diffuse, comme si sa peau lui faisait mal, comme si ses yeux lui faisaient mal, comme si respirer  et sentir son coeur battre lui faisaient mal aussi. C'était une douleur indéfinissable tapie avec elle dans les limbes de la nuit, une vieille souffrance endormie depuis longtemps, un manque atroce, un arrachement, le mal des amputés qui n'ont plus que la moitié d'eux-mêmes pour aller par le monde et ressentent jour et nuit le néant de la part manquante... Elle se recroquevilla. Dans la confusion du réveil, elle le pressentit dès cet instant : plus rien ne serait comme avant.

miel_et_vin

Premier roman, certes... mais quel talent ! Nous sommes dans le Périgord, en 1773, lorsque Guillaume de Salerac, génial inventeur loufoque, découvre une petite fille dans les bois. Elle sera recueillie par sa soeur, Louison, et adoptée sous le nom de Judith de Monterlant. Ignorant tout de son passé, la demoiselle reçoit une éducation de jeune fille appliquée mais son caractère impétueux et frondeur la distingue de son rang. Judith a le goût de l'espace, de la liberté. S'échappant de la vigilance des adultes, elle s'envole à bord de l'aérostat de son oncle alors qu'elle n'est qu'une gamine et rencontre chez un voisin celui qui lui fera battre son coeur et perdre tout bon sens dans les années à venir. Charles de l'Eperai, héritier en titre, est également connu pour être un enfant maudit et un bâtard. Il a le coeur dur, le regard froid et le diable dans le ventre. Lorsque le couple se croise à nouveau, lors du mariage de la soeur de Judith, l'attirance est évidente, la passion palpable. Et pourtant, il faudra attendre la fin de l'été pour assouvir cette soif et cette faim qui les poussent l'un vers l'autre.

C'est effectivement un grand roman sentimental et historique. Nous sommes en 1788, le peuple français est mécontent, les états généraux sont réunis. Judith a rejoint Paris avec son mari, mais son histoire avec Charles n'est bien évidemment pas terminée. Car c'est de cette passion que se nourrit l'intrigue et qui rend le lecteur dépendant, au point d'absorber sa lecture en ingurgitant page après page, sans hoqueter. Il en fallait bien - de l'amour, de la flamboyance, des éclats - pour attacher le lecteur à 544 pages, sans susciter de l'ennui. C'est un pari réussi, un roman passionnant, acquis dès les premiers chapitres. Impossible de s'en séparer. Et puis, le soleil aidant, les beaux jours et les vacances s'installant, il devient une prescription incontournable pour tuer le temps. S'il ne fallait en lire qu'un, dans vos bagages, glissez Miel et Vin. Parce que c'est un roman doux et sucré et piquant, gourmand et langoureux, avec des personnages aux destins inextricablement liés, par le secret de leurs origines et par cet amour fou qui les enchaîne. Ce n'est pas un roman mièvre ou trop long, avec des détails inutiles. Le romanesque est présent, très important, et l'amour a un pouvoir magique, troublant, envoûtant. Ce n'est pas du harlequin déguisé, c'est un bon gros roman captivant, qui ne vous lâche plus une fois la première page ouverte. A dévorer !

Buchet Chastel, 2009 - 544 pages - 24,50€

Feuilleter les premières pages

Invitation à un pique-nique littéraire, en compagnie de Myriam Chirousse, le dimanche 28 juin 2009, dans le bois de Vincennes : confirmer ou non sa participation sur Facebook