11/06/18

Le couple d'à côté, de Shari Lapena

le couple d'à côté lizzieAnne et Marco passent la soirée chez leurs voisins. Leur bébé de six mois dort tranquillement dans son lit, surveillé par un babyphone et leurs allées-et-venues toutes les trente minutes. Malgré toutes ces précautions, au moment de rentrer chez eux, le couple découvre avec horreur que leur petite Cora a disparu ! La police est aussitôt prévenue pour lancer les recherches. L'inspecteur Rasbach prend leurs dépositions mais soupçonne Anne et Marco de ne pas tout lui révéler. En grattant bien, il découvre notamment que l'épouse est dépressive et l'homme cachottier (boulot, liaison, belle-famille). D'autres révélations sont à craindre, qui viendront brouiller les pistes et faire perdre tous les repères.
En gros, l'intrigue va prendre des tours et des détours tantôt faciles tantôt inattendus. Ce n'est pas la révolution à tous les étages mais la lecture a au moins le mérite de titiller notre intérêt jusqu'au bout. J'ai d'ailleurs quasiment tout lu d'une traite - comptez une lecture audio de 9 heures, entrecoupée de brèves pauses - j'étais sacrément harponnée ! On a beau se dire qu'on a déjà tout lu, tout vu, que plus rien ne nous étonne, et bim on mord bêtement à l'hameçon. L'auteur réussit en effet à nous tenir en haleine à partir d'un scénario ordinaire (basique mais diablement efficace). Elle nous entraîne dans l'intimité d'un couple défaillant, au-delà de l'image du modèle fantasmé, elle met à nu les pensées et les non-dits. En deux temps trois mouvements elle nous retourne comme une crêpe, et on n'en attendait pas moins. 
Il s'agit aussi du premier titre que je découvre chez Lizzie - la nouvelle marque de livres audio lancée par Editis. Le texte lu par Taric Mehani est parfait : justesse du ton, intonation pertinente, mise en scène entraînante. On plonge sans chichis dans l'histoire, la réalisation sonore est sans artifice et irréprochable, en bref on va à l'essentiel. Suite à cette expérience plus que positive, je m'en vais piocher d'autres titres parmi un catalogue alléchant !  

©2017 Presses de la Cité. Traduit par Valérie Le Plouihinec

(P)2018 LizzieTitre téléchargé sur Audible FR

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Shari Lapena est anglaise mais a basé son histoire à New York - damned !

 

 


06/02/18

Billy Blaireau : Son enlèvement (presque) réussi mais finalement raté, de A.L. Kennedy

Billy blaireauÀ la base, c'est le titre à rallonge et la couverture pleine de détails saugrenus qui m'ont incitée à découvrir cette lecture un peu barge ! Et en effet, le contenu a vite révélé une histoire complètement déjantée. 
Direction la verte campagne écossaise, où se trouve la ferme des affreux McGloone. Chez eux, les lamas et les blaireaux finissent en chaussettes ou en tourtes. Piégée, déprimée et malheureuse, la famille Lama (Brian, Guenièvre, Carlos et Ginalolobrigida) prennent tardivement connaissance de ce triste destin. Quant au jeune Billy Blaireau, kidnappé et jeté dans une cage, il est contraint de porter un short pour s'entraîner durement avant un combat de titans et des paris perdus d'avance. Mais pas d'inquiétude à avoir, car Oncle Shawn est là! Cet amoureux de la nature, en quête d'aventure et d'amis, ne tolère ni la souffrance ni la cruauté. En découvrant ce trafic honteux, notre homme comprend que son heure est venue et lance un grand plan d'action. Chez les McGloone, le temps aussi est compté, les lames sont affûtées et les vilains trépignent d'impatience, tandis que nos bêtes à poils se roulent en boule en se résignant sur leur sort.
Absurde et néanmoins rigolote, la lecture raconte une aventure pleine d'anecdotes burlesques, avec des personnages aux traits grossis et des animaux franchement nigauds. On sent la volonté de partir loin dans un délire à prendre à la légère, même si j'ai parfois trouvé le ton lourd et pesant. Bon point pour les illustrations qui complètent joyeusement cette fable farfelue... laquelle se conclut en dévoilant, mine de rien, les secrets du bonheur  (de la limonade, des hamacs, des flocons d'avoine avec bananes et fraises, du soleil et des gens qui parlent en espagnol) ! Pourquoi pas ? ☺ 

Casterman, 2018 - Traduction de Valérie Le Plouhinec

Illustrations de Gemma Correll / Dès 8 ans.

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01/03/17

Dernier meurtre avant la fin du monde, T.2 : J-77, de Ben H. Winters

dernier meurtreAprès l'excellente appréciation du premier tome de la série, cf. Dernier meurtre avant la fin du monde, c'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé Hank Palace, flic de la police de Concord, récemment remercié pour ses bons et loyaux services. Depuis l'annonce du crash de l'astéroïde sur la planète, le monde est sens dessus-dessous, les services de police règlent les problèmes à la légère, mais Hank refuse de baisser les bras et d'accepter cette fatalité.
Approché par Martha Cavatone, la baby-sitter de son enfance, Hank est touché par sa détresse, lorsqu'elle lui apprend que son époux Brett a mystérieusement disparu alors qu'il faisait une course pour son beau-père. Aucun indice dans la vie des Cavatone ne laisse entendre une discorde, une infidélité, un coup de folie. Brett est décrit par tous comme un homme exemplaire, droit dans ses bottes, un ancien trooper aux valeurs morales irréprochables. Au fil de ses investigations, Hank reprend également contact avec sa sœur Nico, qui a rejoint une communauté d'irréductibles convaincus de pouvoir sauver le monde en accusant le gouvernement de détenir des informations. Même s'il désire par-dessus tout l'extraire de ce semblant de groupe sectaire, blindé d'activistes, Hank a besoin de leurs connaissances du terrain, lesquelles pourraient même le guider jusqu'à son disparu ! 
Ce que j'apprécie toujours dans cette série, c'est son climat lourd et pesant, accablé par le spectre d'une fin du monde imminente. La description est si réaliste qu'on a l'impression d'être concrètement visée, de ressentir l'angoisse des personnages et de tourner comme des lions en cage face à cette condamnation programmée. Je ne cesserai de répéter combien l'ambiance est la très grande force de la série ! Nous évoluons dans un monde éteint et désabusé, où les principes les plus élémentaires sont promptement bafoués, et où les combats de Hank pour rétablir la vérité ou la justice sonnent comme des coups d'épée dans l'eau. Toutefois, ses enquêtes ne manquent jamais de poigne ni d'intensité dramatique. Elles vont souvent à contresens de ce qu'on trouve habituellement, puisqu'elles vont au-delà des apparences et des conclusions basiques. C'est très bon, très fort, absolument convaincant et saisissant d'authenticité. Le dernier volet est déjà disponible, au titre évocateur : Impact.
« This is the end. »

“Cette enquête était une ligne droite, simple et propre : un homme a disparu. Trouver l'homme. Et maintenant on dirait que la nature sauvage reprend ses droits le long de la route, transformant le monde en un épais sous-bois, un labyrinthe, une jungle.”

10x18 - Septembre 2016

Traduit par Valérie Le Plouinec pour Super 8 Editions [Countdown City]

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16/04/16

Geek Girl (1) par Holly Smale

Le premier tome de la série Geek Girl est en poche ! L'occasion de découvrir cette série pleine de pep's et d'humour. 

Geek Girl

Harriet Manners a 15 ans et déteste la mode. Elle était loin de s'imaginer qu'en accompagnant son amie Nat à la Fringues Expo de Birmingham, elle allait taper dans l'œil d'un photographe et d'une agence de mannequins. Oui, Harriet Manners, celle qui mélange les styles et les genres, qui se fiche un peu de sa coiffure, qui n'a jamais ouvert un magazine de mode de sa vie, qui avale tout ce qu'elle veut sans se soucier de sa silhouette, et qui préfère de loin les livres, les sciences, les études... 

Sur le moment, Harriet pense que cela n'ira pas plus loin et veut rassurer Nat qui boude. Puis, suite à une énième humiliation devant toute sa classe, elle décide sur un coup de tête de relever le défi du mannequinat pour changer son image (et devenir populaire). Mais Harriet est embêtée, à trop vouloir ne pas décevoir ses proches, elle commence à raconter des petits mensonges, de ci de là, sans se douter du désordre, aux conséquences désastreuses, qu'elle va engendrer.

L'histoire fait doucement glousser et cumule les situations improbables et exagérées, je ne la trouvais d'ailleurs absolument pas crédible jusqu'à ce que j'apprenne qu'elle est inspirée de la propre expérience de l'auteur en tant que mannequin. Quoi qu'il en soit, Harriet est une héroïne formidable, attachante et très drôle (principalement à cause de ses maladresses). On ne s'ennuie pas avec elle !

Mais sous le ridicule et le superficiel, l'histoire nous rappelle qu'il faut rester soi-même, apprendre à s'accepter sans se préoccuper des autres, et fait aussi la part belle à la culture Geek (dans le sens intello/1ère de la classe) ! Une lecture parfaite pour pouffer niaisement - et en l'assumant - et surtout pour se distraire en toute insouciance. 

PKJ. Avril 2016 pour la présente édition - Traduit par Valérie Le Plouhinec

« Je suis Harriet Manners : élève brillante, collectionneuse de pierres semi-précieuses, constructrice de petits trains électriques parfaitement proportionnés, rédactrice de listes, classeuse de livres par ordre alphabétique et par genre, utilisatrice de substantifs inventés, observatrice attentive de vingt-trois cloportes sous un gros caillou au fond de son jardin.
Je suis Harriet Manners : GEEK. »

Le tome 4 vient de paraître chez Nathan ! 

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04/03/16

Dernier meurtre avant la fin du monde, de Ben H. Winters

DERNIER MEURTRE AVANT LA FIN DU MONDE

Le monde est devenu fou, depuis que les scientifiques ont annoncé l'impact de l'astéroïde Maïa sur la planète, sans espoir d'y échapper, l'humanité a compris qu'il lui restait moins d'un an à vivre. Pourquoi s'embêter dans sa routine si l'on peut enfin accomplir de vieux rêves et lâcher prise pour de bon ? C'est du moins ce que pense une grande majorité d'individus, à l'exception d'une poignée d'irréductibles, dont Hank Palace, flic à Concord, New Hampshire.

Alors qu'il se rend dans un vieux McDo pour constater un nouveau cas de suicide - un chargé en assurances, Peter Zell, qui a choisi de déposer les armes en avance - Hank a l'intime conviction que les apparences sont trompeuses et que la mort du type a été déguisée pour masquer un crime. Globalement, les services d'ordre bénéficient d'une réglementation plus stricte pour dissuader toute flambée de violence, mais nombre de policiers ne se donnent plus la peine de mener à bien leurs enquêtes et laissent trop souvent courir les affaires impunies. Aussi, l'obstination de Palace, à réfuter l'évidence et creuser une piste aléatoire, fait doucement glousser ses collègues. 

L'intrigue policière est en apparence conventionnelle et assez basique, dans le sens où on a là un pur roman noir, au déroulement classique et sans esbroufe. Ce qui le distingue du lot, finalement, c'est son contexte de fin du monde. Alors, là, chapeau pour la description de l'ambiance pré-apocalyptique, réaliste et poignante. On a franchement l'impression d'y être, de sentir la chape de plomb, prête à s'abattre, et d'éprouver un mélange d'impuissance, de colère et de désarroi. On baigne dans un climat pesant, limite démoralisant, mais on s'y habitue aussi, et c'est d'ailleurs en relevant le nez du livre qu'on se sent étourdi et plein de confusion. Quelles sont les limites de la réalité et de la fiction ?

Rien que pour ça, je trouve ce roman très réussi et je le recommande chaudement. Il sera suivi de deux autres livres, et vu le compte à rebours (l'histoire se déroule en mars, la fin du monde est prévue en octobre) cela présage des frissons d'angoisse et d'excitation ! 

10/18 / Février 2016 

Traduit par Valérie Le Plouhinec (The Last Policeman) pour les éditions Super 8.


23/02/15

Frozen, de Melissa de La Cruz & Michael Johnston

« Ne démarre jamais une histoire que tu ne peux pas arrêter. »

Frozen

Natasha Kestal est croupière dans un casino à New Vegas (monde post-apo, plongé dans l'ère glaciaire) quand elle rencontre l'irrésistible Ryan Wesson. Celui-ci est un mercenaire aguerri, capable de traverser tous les dangers, pour conduire des désespérés vers leurs paradis perdus. Nat lui propose un deal, il l'accepte... en grinçant des dents. Le temps de réunir un équipage de bras cassés, les voilà traversant des paysages de désolation, hantés par des silhouettes effroyables et aux intentions douteuses, puis bravant l'océan et ses “trashbergs”, à la conquête d'un rêve impossible.

Leur épopée, loin d'être glamour, ne se lit pas comme une aventure légère et enlevée. C'est tout le contraire. Le monde dépeint est en effet rustre et violent, peuplé de sinistres truands et de créatures effrayantes (= des Thrillers, en référence au roi de la pop !). De plus, les auteurs s'éparpillent dans leurs idées et brassent des genres multiples - dystopie, aventure, fantastique, romance, ce qui pose un petit souci de rythme et de dosage.

Sans quoi, j'ai découvert une histoire divertissante, dynamique et détonante, où flotte un parfum d'Atlantide (= le Bleu), avec ses êtres mystiques et ses secrets farouchement protégés. Le duo Nat-Wes est attachant, à se flairer et s'apprivoiser en douceur, leur batifolage fait presque oublier le contexte âpre et sans charme. La petite touche théâtrale de la fin prête aussi à sourire mais donne envie de lire la suite !

Ce 1er tome est quelque peu déconcertant, mais invite à la découverte.

Albin Michel, coll. Wiz, janvier 2015 ♦ traduit par Valérie Le Plouhinec (Frozen : Heart of Dread, #1) 

26/11/14

Un jour, de Morris Gleitzman

En Poche ! 

Un jour

Où il est question de l'holocauste et de la fin de l'innocence, mais aussi d'amour et de solidarité...

Pologne, 1942. Félix a dix ans et vit dans un orphelinat, en attendant le retour de ses parents (disparus depuis trois ans). Ces derniers, libraires, prétendent parcourir le pays pour sauver les livres et éviter qu'ils terminent au bûcher. Félix patiente en écrivant des histoires. Il a une imagination débordante, pas du tout conscience du danger et clame sa candeur à longueur de pages. Quelque part, c'est drôle et très attachant, même si cette naïveté fait un peu froid dans le dos. Car tout ce que nous raconte le garçon ne masque pas la terrible réalité : l'occupation allemande, l'horreur nazie, l'holocauste, etc.

Un jour, Félix décide pourtant de quitter l'orphelinat pour retrouver ses parents. En chemin, il sauve une fillette de six ans, Zelda, d'une maison en feu et entreprend de continuer l'aventure avec elle. Ils seront, hélas, arrêtés et conduits au ghetto juif où un vieux dentiste, Barney, va les prendre sous son aile. Nouvelles arrestations, autres tentatives de fuite, bref les péripéties ne manquent pas ! Et notre cœur bat à tout rompre.

Ce petit roman est extraordinaire. Il alterne les émotions fortes aux séquences légères et désopilantes, puisque l'histoire est racontée par Félix lui-même (dix ans et d'une naïveté confondante). Mais son innocence fait aussi tout le charme du livre ! Confronté à la réalité du terrain (les fusillades sauvages, les convois vers la mort, la délation, le vol des biens d'autrui, etc.), l'enfant sera meurtri et déçu, mais conservera cette volonté de toujours se raconter des histoires, pour oublier la laideur qui l'entoure et se donner du courage.

Cette lecture, c'est vraiment une petite perle de douceur (et d'humour) dans un univers de brutes ! Adorable et attachant, ce livre devrait être prescrit dans toutes les bibliothèques des écoles.  

Folio junior, novembre 2014 ♦ traduit par Valérine Le Plouhinec (Once & Then)

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20/09/14

Au bout du voyage, de Meg Rosoff

Au bout du voyage

Mila et son père Gil se rendent ensemble à New York pour retrouver un vieil ami (Matthew) qui a quitté le foyer sans la moindre explication. Son épouse, seule avec leur bébé sur les bras, est déboussolée et pense qu'il a trouvé refuge dans une cabane à la frontière du Canada. Pourtant, Matthew ne répond à aucun coup de fil et est parti sans son chien. Mila, qui prétend posséder une sensibilité accrue, perçoit des émotions que les personnes tentent de filtrer. Il lui paraît alors possible que l'ami de son père a orchestré son départ pour des raisons plus graves que celles que tous soupçonnent.

On s'engage alors dans un périple père-fille complice et singulier. L'esprit de Mila turbine à fond la caisse, tandis que son père reste silencieux, avare de confidences. Peu à peu certaines vérités vont apparaître, des drames du passé vont se révéler sous un autre jour et Mila va se sentir dépossédée de sa zone de confort. La jeune fille n'a que douze ans, même si son discours souvent la fait paraître plus vieille, elle n'a pas cette maturité nécessaire pour appréhender le clair-obscur et absorber ses conséquences.

J'ai beaucoup aimé l'entrée en matière du roman, le début de l'enquête, les pistes envisagées et le suspense de l'histoire. De plus, c'est admirablement écrit, du Meg Rosoff raffiné et lâchant ses indices en pointillés. Le récit prend davantage d'ampleur dans la 2ème moitié, plus opaque et en même temps plus frelatée. On absorbe complètement les sensations de Mila, troublée par les révélations qui s'imposent, notamment sur ses propres parents.

Petit détail aussi, il n'y a aucune ponctuation pour indiquer les dialogues (guillemets, tirets) donc au départ c'est un peu déstabilisant. Le récit forme un bloc, à nous d'en démêler les introspections et les réflexions à voix haute. Finalement, cela montre bien cette volonté de flouter les frontières, comme celle entre l'enfance et l'âge adulte. Chacun y assimilera ce qu'il entend, ou veut, selon sa propre interprétation. Un roman qui s'inscrit en toute délicatesse !

Albin Michel, coll. Wiz, septembre 2014 ♦  traduit par Valérie Le Plouhinec (Picture me gone)

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08/05/14

Geek Girl, par Holly Smale

« Je suis Harriet Manners : élève brillante, collectionneuse de pierres semi-précieuses, constructrice de petits trains électriques parfaitement proportionnés, rédactrice de listes, classeuse de livres par ordre alphabétique et par genre, utilisatrice de substantifs inventés, observatrice attentive de vingt-trois cloportes sous un gros caillou au fond de son jardin.
Je suis Harriet Manners : GEEK. »

geek girl

Harriet Manners, 15 ans, n'imaginait pas un seul instant qu'en accompagnant (sa Pire Pote) Nat à la Fringues Expo de Birmingham, déjà un véritable cauchemar pour elle, elle allait taper dans l'œil d'un photographe et d'une agence de mannequins. Oui, Harriet Manners, celle qui mélange les styles et les genres, qui se fiche un peu de sa coiffure, qui n'a jamais ouvert un magazine de mode de sa vie, qui avale tout ce qu'elle veut sans se soucier de sa silhouette, et qui préfère de loin les livres, les sciences, les études. Incroyable mais vrai. 

Sur le moment, Harriet imagine que cela n'ira pas plus loin et veut rassurer Nat qui tire la tronche. Puis, suite à une énième humiliation devant toute sa classe, elle décide sur un coup de tête de relever le défi du mannequinat pour changer son image (et devenir populaire!). Mais Harriet est embêtée, à trop vouloir ne pas décevoir ses proches, elle commence à raconter des petits mensonges, de ci de là, sans se douter du désordre, aux conséquences désastreuses, qu'elle va engendrer.

L'histoire fait doucement glousser et cumule les situations improbables et exagérées, je ne la trouvais d'ailleurs absolument pas crédible jusqu'à ce que j'apprenne qu'elle est inspirée de la propre expérience de l'auteur en tant que mannequin. Quoi qu'il en soit, Harriet est une héroïne formidable, attachante et très drôle (principalement à cause de ses maladresses). On ne s'ennuie pas avec elle !

Mais sous le ridicule et le superficiel, l'histoire nous rappelle qu'il faut rester soi-même, apprendre à s'accepter sans se préoccuper des autres et fait aussi la part belle à la culture Geek (dans le sens intello/1ère de la classe) ! En somme, vous avez là une lecture qui se lit en un battement de cils et qui a le dessein de vous divertir en toute insouciance. Pour lectrices niveau collège. ☺

Nathan, Avril 2014 ♦ traduit par Valérie Le Plouhinec ♦ Tome 2 à paraître en septembre

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06/02/14

Le premier qui pleure a perdu, de Sherman Alexie

Nouvelle couverture par Ellen Forney.

Le premier qui pleure a perdu

Junior, un indien Spokane de 14 ans, résidant dans la réserve de Wellpinit avec sa famille, est souvent la cible des balèzes et des crétins qui l'entourent. Il n'a pas un “physique facile”, mais surtout il est doté d'un QI exceptionnel, que son prof remarque avant de lui conseiller de s'inscrire au lycée de Reardan, en ville (chez les Blancs). Une décision lourde de conséquences, puisqu'il sera rejeté par tous, même par son meilleur ami.

La vie au lycée, pourtant, est loin d'être idyllique car il se trouve, encore une fois, taxé de tous les noms. Il est tombé amoureux de la jolie Penelope, s'est attiré les foudres d'un élève de Terminale, a intégré l'équipe de basket, mais il est mort de trouille et doit vomir avant chaque compétition, et pour finir il récolte un trauma crânien lors de sa rencontre face à ses anciens équipiers. 

À lire cet enchaînement de catastrophes et autres brimades, qui laissent apparaître une vie misérable et pathétique, on est en droit de craindre une lecture déprimante. Mais c'est tout le contraire, puisque Junior fait preuve d'humour et de dérision, qui rend son propos guilleret et sardonique. C'est drôle, très, très drôle. De plus, jamais il ne se plaint ou cherche à se faire plaindre. Il gribouille son petit carnet avec insouciance, même ses dessins sont hilarants et révèlent une pointe de cynisme délectable.

L'auteur en profite évidemment pour condamner les travers de ses semblables, qui se vautrent dans la paresse et l'alcoolisme en haussant les épaules et en vitupérant contre ceux qui cherchent à s'en sortir. À Wellpinit, il y a du malheur, beaucoup, mais finalement mieux vaut en rire (“on enterre mieux ceux qu'on aime dans un grand éclat de rire”, paraît-il) et regarder l'horizon en poussant de gros soupirs. Coup de coeur pour le personnage de la grand-mère Spirit, sage et philosophe, jamais avare de bons conseils...

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz, nouvelle édition novembre 2013 - traduit par Valérie Le Plouhinec

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