08/05/14

Geek Girl, par Holly Smale

« Je suis Harriet Manners : élève brillante, collectionneuse de pierres semi-précieuses, constructrice de petits trains électriques parfaitement proportionnés, rédactrice de listes, classeuse de livres par ordre alphabétique et par genre, utilisatrice de substantifs inventés, observatrice attentive de vingt-trois cloportes sous un gros caillou au fond de son jardin.
Je suis Harriet Manners : GEEK. »

geek girl

Harriet Manners, 15 ans, n'imaginait pas un seul instant qu'en accompagnant (sa Pire Pote) Nat à la Fringues Expo de Birmingham, déjà un véritable cauchemar pour elle, elle allait taper dans l'œil d'un photographe et d'une agence de mannequins. Oui, Harriet Manners, celle qui mélange les styles et les genres, qui se fiche un peu de sa coiffure, qui n'a jamais ouvert un magazine de mode de sa vie, qui avale tout ce qu'elle veut sans se soucier de sa silhouette, et qui préfère de loin les livres, les sciences, les études. Incroyable mais vrai. 

Sur le moment, Harriet imagine que cela n'ira pas plus loin et veut rassurer Nat qui tire la tronche. Puis, suite à une énième humiliation devant toute sa classe, elle décide sur un coup de tête de relever le défi du mannequinat pour changer son image (et devenir populaire!). Mais Harriet est embêtée, à trop vouloir ne pas décevoir ses proches, elle commence à raconter des petits mensonges, de ci de là, sans se douter du désordre, aux conséquences désastreuses, qu'elle va engendrer.

L'histoire fait doucement glousser et cumule les situations improbables et exagérées, je ne la trouvais d'ailleurs absolument pas crédible jusqu'à ce que j'apprenne qu'elle est inspirée de la propre expérience de l'auteur en tant que mannequin. Quoi qu'il en soit, Harriet est une héroïne formidable, attachante et très drôle (principalement à cause de ses maladresses). On ne s'ennuie pas avec elle !

Mais sous le ridicule et le superficiel, l'histoire nous rappelle qu'il faut rester soi-même, apprendre à s'accepter sans se préoccuper des autres et fait aussi la part belle à la culture Geek (dans le sens intello/1ère de la classe) ! En somme, vous avez là une lecture qui se lit en un battement de cils et qui a le dessein de vous divertir en toute insouciance. Pour lectrices niveau collège. ☺

Nathan, Avril 2014 ♦ traduit par Valérie Le Plouhinec ♦ Tome 2 à paraître en septembre

Posté par clarabel76 à 09:30:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,


06/02/14

Le premier qui pleure a perdu, de Sherman Alexie

Nouvelle couverture par Ellen Forney.

Le premier qui pleure a perdu

Junior, un indien Spokane de 14 ans, résidant dans la réserve de Wellpinit avec sa famille, est souvent la cible des balèzes et des crétins qui l'entourent. Il n'a pas un “physique facile”, mais surtout il est doté d'un QI exceptionnel, que son prof remarque avant de lui conseiller de s'inscrire au lycée de Reardan, en ville (chez les Blancs). Une décision lourde de conséquences, puisqu'il sera rejeté par tous, même par son meilleur ami.

La vie au lycée, pourtant, est loin d'être idyllique car il se trouve, encore une fois, taxé de tous les noms. Il est tombé amoureux de la jolie Penelope, s'est attiré les foudres d'un élève de Terminale, a intégré l'équipe de basket, mais il est mort de trouille et doit vomir avant chaque compétition, et pour finir il récolte un trauma crânien lors de sa rencontre face à ses anciens équipiers. 

À lire cet enchaînement de catastrophes et autres brimades, qui laissent apparaître une vie misérable et pathétique, on est en droit de craindre une lecture déprimante. Mais c'est tout le contraire, puisque Junior fait preuve d'humour et de dérision, qui rend son propos guilleret et sardonique. C'est drôle, très, très drôle. De plus, jamais il ne se plaint ou cherche à se faire plaindre. Il gribouille son petit carnet avec insouciance, même ses dessins sont hilarants et révèlent une pointe de cynisme délectable.

L'auteur en profite évidemment pour condamner les travers de ses semblables, qui se vautrent dans la paresse et l'alcoolisme en haussant les épaules et en vitupérant contre ceux qui cherchent à s'en sortir. À Wellpinit, il y a du malheur, beaucoup, mais finalement mieux vaut en rire (“on enterre mieux ceux qu'on aime dans un grand éclat de rire”, paraît-il) et regarder l'horizon en poussant de gros soupirs. Coup de coeur pour le personnage de la grand-mère Spirit, sage et philosophe, jamais avare de bons conseils...

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz, nouvelle édition novembre 2013 - traduit par Valérie Le Plouhinec

Posté par clarabel76 à 14:00:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

04/12/13

Un jour, par Morris Gleitzman

IMG_0102

Pologne, 1942.
Félix a dix ans et vit dans un orphelinat, en attendant le retour de ses parents (disparus depuis trois ans). Ces derniers, libraires, parcourent le pays pour sauver les livres et éviter qu'ils terminent au bûcher. Félix patiente en écrivant des histoires. Il a une imagination débordante, pas du tout conscience du danger et clame sa candeur à longueur de pages. Quelque part, c'est drôle et très attachant, même si cette naïveté fait un peu froid dans le dos. Car tout ce que nous raconte le garçon ne masque pas la terrible réalité : l'occupation allemande, l'horreur nazie, l'holocauste, etc.

Un jour, Félix décide de quitter l'orphelinat pour retrouver ses parents. En chemin, il sauve une fillette de six ans, Zelda, d'une maison en feu et entreprend de continuer l'aventure avec elle. Ils seront, hélas, arrêtés et conduits au ghetto juif où un vieux dentiste, Barney, va les prendre sous son aile. Nouvelles arrestations, autres tentatives de fuite, bref les péripéties ne manquent pas ! Et notre cœur bat à tout rompre.

Ce petit roman est extraordinaire. Il alterne les émotions fortes aux séquences légères et désopilantes, puisque l'histoire est racontée par Félix lui-même. Rappelez-vous, il est jeune, dix ans seulement, et d'une naïveté confondante. Mais son innocence fait aussi tout le charme du livre ! Confronté à la réalité du terrain (les fusillades sauvages, les convois vers la mort, la délation, le vol des biens d'autrui, etc.), l'enfant sera meurtri et déçu, mais conservera cette volonté de toujours se raconter des histoires, pour oublier la laideur qui l'entoure et se donner du courage.

Cette lecture, c'est vraiment une petite perle de douceur (et d'humour) dans un univers de brutes ! C'est un livre adorable et attachant, qui devrait d'ailleurs être indispensable dans toutes les bibliothèques des écoles.  

éditions (Les Grandes Personnes), janvier 2011, traduit par Valérie Le Plouhinec, illustration de couv. : Henri Galeron

Posté par clarabel76 à 08:15:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

22/11/13

Temps de chien pour les requins, de Morris Gleitzman

IMG_0094

Oliver a dix ans et passe tout son temps devant la vitrine d'une animalerie, en rêvant du jour où il pourra adopter un chien. Pour l'instant ses parents ne sont pas d'accord, ils ont trop de boulot, une banque à faire tourner et des gouvernantes à embaucher pour veiller sur leur fiston. C'est ainsi qu'il retrouve Nancy, son ancienne nounou, énervée d'avoir perdu toutes ses économies, par la faute d'un mauvais placement. Elle accuse les parents du garçon et veut lui faire payer leur erreur.

Notre jeune héros a une semaine pour trouver une solution, il tentera alors de faire fortune sur le dos de ses camarades d'école avant de se rétracter, impossible aussi d'avoir une conversation avec son père ou sa mère, tous deux tiennent un discours rigoureux sur l'argent, la confiance et le système bancaire implacable (pas de sentiment en affaires !). Mais Oliver a pris fait et cause pour les problèmes de Nancy, depuis sa rencontre avec Rose et Meuh, leur dromadaire.

C'est toute une ferme, finalement, qu'il faut sauver, en plus du chien Barclay. Ajoutez que la crise financière s'invite à la fête, créant un séisme sans précédent. La famille Owen veut sauver ses actifs, prendre la poudre d'escampette. Trop, c'est trop pour notre cher Oliver ... qui décide de se faire oublier, puis de réclamer une rançon à ses parents en prétextant avoir été kidnappé dans le bush australien !

L'histoire est complètement loufoque, mais elle a pour elle de traiter de la crise des subprimes et des excès de la finance de façon ludique, tout en apportant un fond de vérité. On suit Oliver à travers des situations invraisemblables, au cours desquelles le garçon pose un regard naïf mais aiguisé sur le monde qui l'entoure, sur ses parents surtout et sur la vie telle qu'il rêverait de la vivre (un retour aux vraies valeurs). C'est une jolie découverte, avec un jeune héros particulièrement adorable.

éditions (Les Grandes Personnes), septembre 2013, traduit par Valérie Le Plouhinec, illustration de couv. : Olivier Latyk

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

21/11/13

☼ Mon été mortel, par Jack Gantos ☼

IMG_0091

Jack a douze ans et vit dans la petite ville de Norvelt, en Pennsylvanie. Nous sommes en 1962, c'est l'été mais le garçon doit rester confiné dans sa chambre. Un, il a joué avec une arme japonaise interdite. Deux, il a fauché tout le champ de maïs de sa mère (son père veut construire un abri antiatomique, ou plutôt une piste d'aviation, mais le projet est top secret !). Seule consolation, Jack a droit de se rendre chez la vieille Mlle Volker, qui ne peut plus se servir de ses doigts (elle plonge ses mains dans de la paraffine brûlante pour les assouplir !), et a besoin de lui pour rédiger ses nécrologies.

Par un fait étrange, la ville de Norvelt est frappée d'une vague de disparitions soudaines. Les unes après les autres, toutes les petites vieilles tombent comme des mouches. Jack commence à trouver ça douteux, mais Mlle Volker est persuadée qu'il s'agit d'une malédiction. Quelques jours plutôt tôt, un motard a été aplati par un camion. Une bande de Hells Angels a fait irruption pour réclamer le corps, avant de repartir en maudissant la ville et ses habitants.

Ce n'est pas tout ça, car il se passe une multitude de petites intrigues au cœur de l'histoire, qui nous régale sur toute la ligne (pour mémoire, la visite en tenue de Faucheuse, pour vérifier si une petite dame est bien morte, suivie d'un dialogue surréaliste, mais à mourir de rire !). C'est tendrement saugrenu, riche en mésaventures hilarantes, avec une bonne brochette de personnages excentriques et attachants (l'insupportable Spizz, amoureux transi éconduit, qui circule en tricycle !).

C'est un roman très drôle, avec un sens de la dérision absolument divin. J'ai beaucoup aimé !

éditions (Les Grandes Personnes), août 2013, traduit par Valérie Le Plouhinec, illustration de couv. : Jean-François Martin

18/05/09

Bleu Cauchemar ~ Laurie Faria Stolarz

Côté face, Lucy est une étudiante jolie, intelligente, entourée d'amis, amoureuse en secret du petit copain de sa meilleure amie. Côté pile, Lucy possède un don particulier : elle fait des rêves prémonitoires. En fait, ce sont des cauchemars qui s'accompagnent par des manifestations étranges sur son corps (dans ce premier tome, on découvre par exemple qu'elle fait pipi au lit !). Lucy maîtrise très mal son don, elle se sent aussi responsable de n'avoir pu sauver une jeune fille quelques années plus tôt, parce qu'elle n'avait pas su interpréter ses rêves correctement. Il lui faut donc à tout prix comprendre ce que ses cauchemars tentent de lui expliquer, et sauver sa meilleure amie Drea qui serait en danger de mort.  

bleu_cauchemar

Cela peut paraître bizarre, mais en fait je ne sais pas quoi penser sur ce livre ! J'ai peiné à entrer dans l'histoire, à comprendre tout le schmilblick, à suivre l'héroïne et ses pratiques de magie, à ne pas trop me focaliser sur le détail du pipi au lit, mais l'allusion revient trop souvent pour faire comme si cela ne comptait pas, et franchement ça en devient gênant. 
Sans quoi, le roman se lit sans déplaisir. L'histoire est vraiment flippante et mystérieuse (impossible de deviner l'identité du détraqué). Cela fait penser aux teen-movies avec un groupe de jeunes insouciants, lorqu'un malade cherche à semer la panique, l'héroïne s'improvise enquêtrice prête à sauver le monde tandis que l'ennemi gagne du terrain et que tous paraissent plus suspects les uns que les autres. Ce n'est peut-être pas un hasard si l'auteur saupoudre son récit d'une bonne multitude de références dignes de ce nom.

C'est le premier livre d'une série de quatre tomes - le suivant est déjà annoncé (Blanc Fantôme) grâce à un extrait en fin de roman. Je compte le lire car je suis curieuse de connaître la tournure des événements.

Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 315 pages - 13€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec

le site de l'auteur : http://www.lauriestolarz.com/

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [22] - Permalien [#]
Tags : , , ,