07/01/10

Des corps en silence

Il fallait s'attendre à une déception et elle est venue, trop tôt, à mon goût. Et c'est sous la plume de Valentine Goby qu'elle est survenue, de quoi me désoler plus particulièrement. Je suis très sensible à ce qu'écrit cet auteur depuis ses débuts, j'ai pu noter son évolution, ses changements, ses intérêts pour la femme, son intimité et tout ce qui touche le corps féminin. Son dernier roman s'intitule Des corps en silence, un joli nom, pour un roman dont le sujet ne pouvait que me plaire. On y parle de deux femmes, l'une à notre époque et l'autre en 1913. Claire roule avec sa fille Kay et refuse de rentrer chez elle où l'attend Alex. Plus d'amour, plus d'envie. Claire tend vers une rupture définitive et douloureuse. De son côté, Henriette est folle amoureuse de son homme, lequel l'a initiée aux plaisirs charnels alors qu'elle vivait un mariage sans éclat. Elle aime son homme, passionnément. Elle n'en peut plus de sentir qu'il se détache, elle veut renouer ce lien entre eux qui était si fort et qu'elle pensait indéfectible. Oui, elle est prête à tout. Par amour, pour son amour. Ses deux femmes s'entrechoquent, ou disons que ce sont leurs parcours qui se font écho. La construction est plutôt habile car chaque chapitre se termine sur un coup de tête, pour embrayer sur le suivant, comme par un effet de ricochet. Les deux femmes sont ainsi unies, elles ont en point commun de refuser le silence des corps. C'est un roman que je voulais à tout prix aimer, et que je pensais lire en me délectant, hélas je l'ai trouvé froid, cru et déroutant. Je m'y suis très vite sentie mal à l'aise. Je préfère le ranger de côté et envisager qu'un jour je vais le reprendre, Valentine Goby possède beaucoup de tact et de maîtrise pour impressionner ses lecteurs, je sens que des retrouvailles sont proches !

... elle aime ça : se perdre, à nouveau, et c'est aussi, pense-t-elle, parce que au bout du voyage il y a Alex, d'ailleurs moins Alex que la douceur d'une vie qui l'attend, une fois la parenthèse refermée, la quiétude, sa certitude quand elle rentrera chez elle, après. Un soir, dans sa chambre d'hôtel, elle reçoit un message sur son téléphone portable : "Ta peau me manque." Elle regarde s'afficher les lettres sur fond d'écran orange. Elle frémit. De ne rien sentir. Elle relit. N'éprouve rien. Ne sait pas quoi répondre. Caresse son bras. Sa nuque. Son ventre. Touche son clitoris sous la chemise de nuit. Les aréoles de ses seins. Se couche. Garde les yeux ouverts sur le noir. Elle est en train de mourir, comme Alex meurt dans sa tour de la Défense. La fin du manque. Du désir. La fin.

A noter, son précédent roman - Qui touche à mon corps je le tue - est disponible en poche chez folio.

des_corps_en_silenceDes corps en silence
Gallimard, 2010  -143 pages - 13,50€

 

NB : Ce roman a en fait besoin de temps, d'espace et de patience. C'est en relisant un bref passage, pioché au hasard, que je me suis aperçue combien j'avais été trop gourmande et maladroite avec ce livre. Il se délecte par petites gorgées, même si c'est un livre de moins de 150 pages.   

Voilà donc un roman à garder sous le coude, et qui demande une approche timide, farouche et fatale.

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04/09/08

Qui touche à mon corps je le tue - Valentine Goby

C'est une histoire qui ne laisse pas deviner sa violence, et pourtant son thème est lourd, dangereux, sulfureux : les faiseuses d'anges. Valentine Goby a choisi d'en toucher quelques mots, avec sa grâce exemplaire et son allure sophistiquée. Elle ne crache pas les mots, elle les couche sur papier. Avec délicatesse. Elle bichonne ses personnages, qui sont trois : Marie G. qui attend sa condamnation, Lucie L. qui a avorté et Henri D. le bourreau "qui n'existe que les matins d'exécution par le dégoût des autres et l'horreur qu'il inspire".

C'est par ellipse que l'auteur procède en cherchant à élargir le procès muet qui tient lieu dans l'esprit de l'opinion publique. Elle glisse sa plume d'un caractère à l'autre, sans frémir ni flancher. Elle se met dans la peau de "la blanchisseuse des corps", celle qui "gomme les taches disgracieuses, au point de passage entre la vie et la mort" ou elle fait corps avec celle qui a été "faible ou juste pas avertie", celle qui a voulu ce rapt d'elle-même. Chaque personnage porte sa croix, on le soupçonne et l'apprend au fur et à mesure. Cette histoire n'est d'ailleurs pas sans rappeler le film de Chabrol, Une Affaire de femmes, que je vous recommande également.

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Ce qui ressort de ce livre, c'est son intensité. C'est vibrant d'émotion, certains passages flirtent avec la rage, l'impuissance et la frustration. On retrouve d'ailleurs la même écriture éprouvée dans L'échappée, son précédent roman. Une nouvelle fois, donc, Valentine Goby se penche sur la destinée des femmes, durant la guerre. Après celles condamnées pour avoir reçu et/ou donné du plaisir durant cette époque mouvementée, voici les faiseuses d'anges qui connaîtront une sentence sans appel sous le gouvernement de Vichy. On graciait des pédophiles, mais on envoyait à la guillotine celles qui voulaient se substituer à la décision divine (sic) !

Valentine Goby ne verse jamais dans le pathos, elle expose des éventualités, brise les tabous et elle montre les silences, les injustices. Il y a aussi un refus de la fatalité derrière les personnages, et un aspect froid et clinique chez Henri D. qui parfois donne des frissons - mais l'homme est humain, on découvre ses failles et cela ne nous laisse pas indifférent. Les deux femmes sont également touchantes, à leur façon. Ce ne sont pas des criminelles, mais elles ont posé pour la postérité avec ce statut. C'est glaçant et c'est fort. On ne peut demeurer insensible à ce genre de lecture.

"(...) faut-il cesser de penser, de sentir, ou bien cette torture en vaut la peine parce qu'à la fin, peut-être, il y a une promesse de bonheur, ce que j'entrevois du bonheur, une sorte de plénitude où coexistent mon corps ma voix ma tête dans une seule enveloppe palpitante, et tout bat en même temps ? Ai-je raison de vouloir ? D'espérer ?"

Gallimard, août 2008 - 137 pages - 13,90€

 

 

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10/06/07

Sept jours ~ Valentine Goby

"Sept jours" est un roman assez pesant. L'histoire parle d'un moment grave: la mort d'un parent et la réunion des enfants pour le partage des biens. Une heure pénible, difficile et douloureuse, parfois source de conflits et de heurts. Dans le roman de Valentine Goby, tous ces sentiments sont couvés, étouffés vainement. Chacun des frères et soeurs est enfermé dans son chagrin et son incapacité à communiquer. Le deuil révèle (et réveille) des souffrances enfouies et les remet au goût du jour. Triste choix de mise au point ... En sept jours, Louise, Laure, Matthieu et Xavier vont tenter de jouer cartes sur table. Tentative maladroite et qui va meurtrir les plus sensibles...
Bref, "Sept jours" est un roman méticuleux et juste, "dont la force ne se montre pas : un récit tout en nuances, qui est moins là pour dénoncer les turpitudes de l'âme humaine que pour en montrer les méandres, les incertitudes et le retournement toujours possible de situations." . D'une grande sagesse, d'une jolie poésie et d'un émotion concentrée.

juin 2004

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24/05/07

Pour les lecteurs dès 10 ans

Folio Junior fête ses 30 ans et, pour l'occasion, arbore un design nouveau, flambant neuf, pour donner encore plus de tonus à leur collection ! ... J'aime bien la phrase qui caractère celle-ci : Rire, frissonner, imaginer, vibrer, rêver, découvrir, réfléchir, partir à l'aventure ... Lire un folio junior, c'est se laisser emporter dans un monde nouveau.

En voici un échantillon :

manuelo_de_la_plaineLe 21 juin 1937, premier jour de l'été, Manuelo est fou de joie : il vient d'être reçu premier au certificat d'études primaires. C'est une sacrée fierté pour ce fils d'immigrés portugais, installés dans l'impasse Boise, à la Plaine Saint-Denis. Le même jour, Manuelo apprend que sa mère est gravement malade, qu'elle souffre de tuberculose et que la famille n'a pas les moyens de l'envoyer se soigner au sanatorium.

Sans rien dire, Manuelo et sa bande de copains vont chercher du boulot. Ils n'ont pas 13 ans et pourtant ils trichent, osent affichent 15 ans, sont enrôlés dans une usine des "Petits Chevaux" ou tentent le tout pour le tout en risquant leur peau à bord d'un train à charbon. La vie est difficile et rude, mais le quartier est solidaire, souhaite échapper au misérabilisme en organisant des soirées dansantes dans les cafés ou des sorties au cinéma.

Manuelo de la Plaine est un roman très court mais qui ne peut pas laisser insensible. Il permet de rappeler la condition difficile des travailleurs immigrés, dans les années 30-40. De plus, le conflit en Espagne n'est pas loin et on en lit les grosses lignes entre les aventures de Manuelo, ce garçon au grand coeur, dépassé par les événements, et qui parfois s'oublie dans l'ingratitude et l'égoïsme.

Ce roman pour la jeunesse est écrit par Valentine Goby, autrement connue pour être l'auteur de La note sensible, Sept jours et L'antilope blanche.

Illustrations de François Lachèze. 92 pages

soupe_de_poissons_rougesLe retour de la famille des Jean-quelque chose ! Papa, maman et les six garçons ont donc quitté Cherbourg pour s'installer à Toulon. Jean-B entre en 6ème, l'absence de son meilleur ami le déprime un peu mais son frère Jean-A le tarabuste un bon coup et notre garçon va reprendre du poil de la bête !

Cette chronique familiale demeure attachante, désopilante. Les Jean-quelque chose sont de gentils garçons qui ne manquent pas d'imagination, ils n'ont pas la télé chez eux (flûte ! ils vont louper leur épisode de Zorro !) mais ils passent leur temps à jouer aux 1000 Bornes, à construire une cabane et un plan d'attaque contre le gang des Castors. Ils jouent à la carabine à patates, ont des nouveaux amis, des poissons rouges ( Wellington et Zakouski), une voisine qui leur offre des pâtisseries alsaciennes. Ils se rendent pour la 1ère fois à une boum, à la plage (interdiction de se baigner après manger, leur médecin de père recommande deux heures de répit !).

Encore un sympathique épisode des péripéties de la famille des Jean-quelque chose, de la maman très organisée et d'un papa qui sait tout faire de ses dix doigts !  Incontournable.

La soupe de poissons rouges, avec des illustrations de Dominique Corbasson. Egalement disponibles : L'omelette au sucre & Le camembert volant.  135 pages

reviens_papaLa jeune Emie et sa famille fêtent Noël et pensent qu'il s'agit d'une journée extraordinaire grâce aux cadeaux fantastiques qu'ils ont tous reçus ! Mais ce soir-là, Emie surprend son beau-père au téléphone avec une autre femme. Le drame éclate et papa annonce qu'il quitte la maison.

Emie, Vita et Maxie sont désespérés, comme leur mère. Seule leur grand-mère, chez qui ils vivent (pour une question de moyens financiers), exprime sa colère et remue toute la troupe un peu trop vivement. Il est difficile pour les enfants de comprendre le départ du papa, qu'ils vont voir de temps en temps avant de faire connaissance avec sa nouvelle petite amie. Les situations de catastrophes et de dépits sont nombreuses, et on suit cette histoire à travers le monologue de la jeune Emie, âgée de 12 ans. Celle-ci est un peu ronde, n'a jamais connu son vrai père, lit avec passion les romans de Jenna Williams et va commencer à raconter de fabuleuses histoires.

L'atmosphère oscille entre les rires, les larmes, les crises d'incompréhension et de colère. Reviens, papa ! est un livre actuel et qui traite de la famille et de la séparation. C'est un ensemble d'émotion et d'humour qui plaira aux adolescents, davantage qu'aux parents, plus sévères sur le dénouement de cette histoire. Mais c'est très bien écrit, très agréable à lire, avec une ambiance totally british.

Jacqueline Wilson / illustrations d'Anne Simon. 316 pages

girafe_blancheDans la nuit suivant sa journée d'anniversaire, Juliette, 11 ans, est réveillée par un rêve puis par la sensation de brûlé dans la maison. Effectivement, il y a le feu ! Juliette parvient à se sauver, mais découvre trop tard que ses parents sont restés prisonniers des flammes.

Brutalement orpheline, Juliette apprend qu'elle est confiée à la tutelle de sa grand-mère, Gwyn Thomas, qui vit en Afrique du Sud où elle s'occupe d'une réserve. L'arrivée dans cette nouvelle vie n'est pas sans bouleverser la jeune fille, et l'accueil de la grand-mère n'est franchement pas chaleureux. La cohabitation s'annonce difficile, et tout semble plus compliqué pour Juliette.

Mais d'un autre côté, l'adolescente va découvrir un monde nouveau, un univers enthousiasmant où on parle de légendes, d'animaux et de cultures ancestrales. D'ailleurs, une ancienne connaissance de Gwyn va confier à Juliette "qu'elle possède un don". Impossible d'en savoir plus.

Dans la nuit, Juliette croit apercevoir une girafe blanche. Est-ce un rêve ? On parle d'un conte autour de cet animal, certains prétendent que ce sont des sornettes, d'autres restent plus mystérieux. Il y a, toutefois, un point inquiétant : les braconniers qui espèrent mettre la main sur cette créature exceptionnelle.

Entre mythe, songe et sorcellerie, La girafe blanche se veut une histoire tout à fait passionnante. Elle suit les traces d'une jeune fille solitaire, et finalement guère ordinaire, qui découvre un monde inconnu et inattendu. A lire, c'est tout simplement captivant ! L'atmosphère africaine est bien rendue, l'auteur a passé son enfance au Zimbabwe, en bordure d'une réserve animalière. Son sujet n'est donc pas brodé à la légère.

Il est appréciable aussi de partager les conflits de Juliette, à l'école, avec sa grand-mère et dans la réserve, contre les braconniers. C'est à la fois poignant et léger, bien dans l'esprit actuel je trouve. Ce livre annonce une trilogie, à suivre donc ! Avec plaisir.

Lauren St John / illustrations de David Dean. 220 pages.