16/10/08

Le premier qui pleure a perdu - Sherman Alexie

Junior, un indien Spokane de 14 ans et résidant dans la réserve de Wellpinit avec sa famille, est souvent la cible des balèzes et des crétins qui l'entourent. Il collectionne les tares physiques, mais surtout a un potentiel intellectuel qui le démarque de ses congénères. Son prof le remarque et le pousse à quitter la réserve pour entrer au lycée de Reardan. Cela signifie se rendre dans le bourg voisin, celui des Blancs !

Cela implique beaucoup de choses : faire honte aux siens, à sa communauté. Devenir le traître. Aussitôt son meilleur pote, Rowdy, lui crache au visage. Il n'est pas le seul à le renier, l'insulter et le tabasser au coin d'une rue. Junior en bave mais il veut s'accrocher, ses parents le soutiennent, la réalité de leur misérable vie ne peut que les inciter à souhaiter le meilleur pour leur fils. Et puis il y a la grand-mère Spirit, la plus sage et la plus philosophe de Wellpinit, qui sait donner les bons conseils.

Alors Junior suit son bonhomme de chemin : à Reardan, rien n'est simple non plus. Il est amoureux de la jolie Penelope, il met k-o un élève de terminale qui cherche à l'humilier, il réussit à intégrer l'équipe de basket, vomit avant toutes les compétitions et récolte un trauma crânien lors de sa première rencontre face à son ancienne équipe.

A Wellpinit aussi, il y a du malheur, on ne s'en lasse pas, mais mieux vaut en rire (on enterre mieux ceux qu'on aime dans un grand éclat de rire, paraît-il). Les catastrophes s'enchaînent, surtout vers la fin, mais le temps n'est plus à l'apitoiement. En fait, on regarde vers l'horizon, on pousse un grand soupir et on cogite.

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Un roman qui porte bien plus loin qu'on le pense, et c'est un vrai régal ! Dès les premières pages, j'ai été séduite et touchée par Junior, son histoire est sordide, pas toujours gaie non plus, et pourtant on n'a pas du tout le moral dans les chaussettes. Il faut dire que l'histoire est racontée avec humour et comporte pas mal d'autodérision, ce qui décomplexe nos tendances à faire la grise mine. Et puis c'est un roman juste, qui ne fait pas dans la dentelle alors que Junior porte un jugement sur les indiens de la réserve, sur leur tendance à se réfugier dans l'alcool et la fainéantise, et sur la condamnation, presque jalouse, contre celui qui veut s'en sortir et qui semble commettre un acte de traîtrise (de quitter la réserve, quelle honte !). 

Enfin bref, l'auteur a réussi un exploit à mettre dans la balance toutes ces considérations de valeurs et de place dans la société sans vilipender l'un plus que l'aure, l'histoire montre que tout le monde porte la responsabilité de ses erreurs. Et Junior apparaît comme un petit bonhomme courageux et trèèès attachant. J'ai aimé sa manie de gribouiller son journal, ses dessins sont cocasses et révèlent tant de vérités cachées... J'ai vraiment, vraiment apprécié ce qu'il y avait dans ce roman, c'est comme lire le journal d'un adolescent mal dans sa peau, avec une dose de tendresse et de cynisme, et surtout une volonté de ne pas accepter la fatalité. Junior est un gamin qui ne se plaint jamais, qui veut aller toujours plus loin, en se posant les bonnes questions, en reconnaissant que ce n'est pas rose tous les jours, après tout c'est la force d'y croire qui le fera sortir des situations les plus pathétiques. Toujours. En refermant ce livre, j'en étais plus que convaincue ! 

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz / Septembre 2008, 280 pages - 13€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec
Illustrations de Ellen Forney

Gawou a bien aimé, Cuné pas du tout
Claire a adoré

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23/05/08

Un Monde sans rêves - Nicola Morgan

un_monde_sans_r_vesDans un futur proche, au coeur de la société anglaise, le libre arbitre a été totalement effacé de la conscience des humains, désormais divisés en Citoyens ou en Exclus, ceux qui refusent l'implant d'une puce dans leurs cerveaux pour inhiber toutes émotions. Imaginez une vie sans imagination, pré-programmée, sans la possibilité de rêver, d'espérer ou d'étonner. Un monde sans rêves. Dans cette Cité, la fiction a été interdite, l'émotion proscrite et l'espérance totalement évanouie. Pourtant, il y a les résistants, avec le Poète et Milton parmi les têtes pensantes. Le premier a choisi de s'exiler à Balmoral et recueille les nouveaux-nés que lui confie son camarade qui vit dans les tunnels de la Cité. Plus qu'un meilleur cadre de vie, le Poète offre à ces enfants une motivation pour boucler un projet élaboré de longue date. Et seize ans plus tard, trois adolescents, Livia, Marcus et Tavius, sont rappelés auprès de Milton pour venir en aide à la communauté des Exclus, frappée par une épidémie de peste.

J'ai vraiment beaucoup apprécié ce roman, totalement transportée dans cet univers que je pensais implacable et difficile de prime abord. Je me suis trompée, car j'ai découvert, certes, un monde terne et figé, où les Gouvernants aspirent les expressions de vie chez les Citoyens. Et ceux qui refusent une totale soumission, les Exclus, doivent endurer une vie clandestine et misérable dans les souterrains. Malgré tout cela, l'ambiance de ce livre n'est pas du tout glauque. L'oppression régnante et l'injustice flagrante poussent à encourager nos trois jeunes "soldats" à accomplir leur mission quasi désespérée (se rendre à la Tour centrale pour corrompre le système en place). C'est entre leurs mains que repose l'avenir de leur société, il leur faudra du courage et de l'intelligence, en plus de la bravoure pour affronter les Pols, cette milice qui abat de sang-froid tous les récalcitrants. Et je vous garantis une bonne dose de tension et de rebondissements, ça se lit très vite, c'est prenant. Ce roman de science-fiction n'est pas un produit pur jus, il élabore des théories mais ne s'embarque pas dans des phénomènes étranges et difficilement explicables. C'est simple, l'explication de la fin est même époustouflante, voir très séduisante. Cette histoire a pour atout majeur d'être truffée de clichés littéraires, parfois même c'est la clef pour résoudre l'énigme de ce Monde sans rêves. Oui, ce roman est totalement surprenant, vraiment enthousiasmant.

Albin Michel, 2008 - Coll. Wiz - 230 pages - 12€

Traduit de l'anglais par Raphaële Eschenbrenner. Titre vo : Sleepwalking.

 

A également été lu par Mélanie

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15/05/08

Comme des soeurs - Elizabeth Craft & Sarah Fain

comme_des_soeursAmies inséparables depuis le collège, Harper, Sophie, Kate et Becca vont devoir se séparer pour partir à l'université. Mais l'onde de choc a lieu lorsque Harper annonce qu'elle plaque tout pour son rêve : écrire un roman. (En fait, ses véritables raisons sont cachées et la copine, pas sympa, préfère se taire pour garder la tête haute.) Résultat, toutes les quatre s'emballent et font le choix d'aller jusqu'au bout de leurs rêves. Sophie renonce à l'université du Colorado et part inscrire son Etoile sur le chemin des stars à Hollywood, Kate tourne le dos à Harvard et s'envole pour l'Europe à la quête de son rêve (oui, elle ne sait pas ce dont elle rêve, la gourde !). Seule Becca, la plus réservée, ne change pas d'un iota et part dans le Vermont pour devenir une championne de ski. Un seul challenge, imposé par ses amies, celui de tomber amoureuse.

Même pas dix pages lues, et déjà vous sentez que vous allez engloutir ce roman ! D'un coup, d'un seul, vous faites leur connaissance et gagnez quatre copines que vous n'allez plus lâcher ! Leurs histoires sont un mélange d'humour, de causticité, de rebondissements chevaleresques, de tension surmontable et digeste, et tout ça in the name of love ! ;o)

En fait, c'est un roman qui prône les grandes valeurs de l'amitié avec un A majuscule, qui vous rappelle combien vous êtes prêtes à tout pour épauler une camarade, lui pardonner ses mensonges, la secouer gentiment pour la forcer à sortir la tête de l'eau. Parce que ce roman vous en raconte des vertes et des pas mûres, ok la complicité entre les quatre filles est le noyau dur et incassable, qui sert de carburant pour les matins grincheux ou les lendemains désenchantés, ou simplement pour se prendre la main et accomplir Son Destin. Leur amitié précieuse sert aussi de tampon pour les bleus à l'âme, pour les petites vérités qui ne sont pas bonnes à dire, pour les secrets tus en leur âme et conscience. Car malgré les apparences d'une vie facile, les filles vont aussi connaître des embûches - les appels des sirènes et les miroirs aux alouettes. Bref, c'est un roman qui rappelle Quatre filles et un jean d'Ann Brashares, dans le registre vivifiant, très drôle, et midinette !   

Editions Albin Michel, 2008 - coll. Wiz - 440 pages. 14€

Traduit de l'anglais (américain) par Madeleine Nasalik.

NB : Après vérification, une suite est donc déjà disponible : Footfree and Fancyloose (sortie 2008 pour les USA). Et la série ne semble pas s'arrêter là !

L'avis de Gaelle la libraire ;o)

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28/04/08

Une (irrésistible) envie de sucré - Meg Cabot

une_irresistible_envieAncienne star de la pop, Heather Wells est aujourd'hui directrice adjointe de Fisher Hall, une résidence universitaire new-yorkaise. C'est un nouveau départ pour elle, avec un salaire de misère, quelques kilos en trop et la nauséeuse nostalgie du passé (petit ami goujat, fortune lapidée, carrière ruinée). Elle a trouvé refuge auprès de Cooper Cartwright, le frère de son ex, qui a hérité d'un immeuble par un grand-père excentrique. Elle occupe le deuxième étage du bâtiment rose sans payer de loyer, en échange elle s'occupe de sa comptabilité. Cooper est détective privé. Heather a un gros béguin pour lui, il est sexy, intelligent, gentil et attentionné, fâché avec sa famille, bref il est totalement différent de Jordan (son ex). Mais Cooper ne semble préférer que les grandes bringues brillantes qui font sentir au taille 46 de Heather une cruelle différence ! Qu'importe, la jeune femme de 28 ans est bien décidée à s'investir dans son job et de venir à bout de sa période d'essai de six mois à Fisher Hall. Or, c'est le drame : deux filles sont retrouvées mortes, à quelques jours d'intervalle. Heather refuse l'hypothèse de l'accident ou de la coincidence malheureuse, elle est persuadée d'avoir affaire à un tueur en série ! Paniquée, elle demande l'assistance de Cooper, essuie les rebuffades de la police et s'improvise détective en herbe pour démasquer le coupable. Sauf qu'à ce jeu-là, Heather Wells n'est pas la plus futée ni la plus perspicace des fins limiers !

C'est drôle, léger, appétissant et savoureux. C'est une lecture facile, idéale pour la détente. Aux USA, cette série est publiée en section adulte car elle se destine bien évidemment à tous, pas seulement à la jeunesse.  

Quelques perles, au passage, du genre : "Comment fantasmer sur quelqu'un une fois qu'on l'a vu en robe de chambre ?" ... Oui, moi ça me fait rire !  :o)

Traduit de l'anglais (américain) par Florence Schneider - Titre vo : Size 12 is not fat

Editions Albin Michel, 2007. Coll. Wiz - 427 pages.

Extrait : "Enlacer Rachel, c'est un peu comme enlacer un bâton. Elle est si maigre. Elle me fait un peu pitié. Qui voudrait enlacer un bâton ? Soit, je sais qu'il y a quantité de gars qui courent après les mannequins. Mais... enfin... quel homme normalement constitué voudrait étreindre - ou être étreint par - un sac d'os saillants ? Si encore elle était naturellement mince. Seulement voilà... je sais que Rachel se prive de tout, parce qu'elle a envie d'être comme ça. ça me paraît tordu."

20/03/08

La Disparition d'Anastasia Cayne - Gregory Galloway

anastasia_cayneC'est au début une histoire simple et ordinaire autour d'une rencontre entre deux lycéens que tout séparait. Le narrateur est un garçon effacé, la jeune fille - Anna - vient d'arriver en ville et affiche une attitude qui la différencie d'emblée du reste du troupeau. Avec son look gothique, ses mèches blondes et son maquillage noir, elle impose son style, en plus d'être totalement imprévisible et foncièrement originale. Par exemple, Anna aime écrire des nécrologies, 1516 au total, soit le nombre de tous les habitants de la ville. C'est une fille qui cultive une curiosité insatiable : elle lit sans arrêt, écoute de la musique, regarde des tonnes de films et surfe sur le Net pour se chercher de nouveaux bouquins à lire, de nouveaux disques à écouter, de nouvelles choses à voir. Il n'existait rien au monde qu'elle n'ait pas envie de connaître. Le narrateur est rapidement séduit par Anna. Ils vont sortir ensemble, et la jeune fille pimente leur relation avec des cartes postales, des livres, des chansons, des codes secrets... Et puis un jour, Anna disparaît. Le narrateur va tenter de comprendre les messages codés qu'elle a laissés, persuadé que ce sont des indices pour la retrouver.

C'est un roman singulier, où règne une atmosphère étrange et indicible. La disparition d'une adolescente de 16 ans va plonger le narrateur dans un profond désarroi. Anastasia Cayne avait tout pour elle, mais était différente des autres. Rebelle, gothique, intelligente, atypique et frondeuse. Sa disparition est d'ailleurs étrange, car elle est parsemée d'indices, probablement abandonnés par la jeune fille elle-même.
Cela occupe toute la deuxième partie du roman, avant cela il faut passer par une lente mise en place qui implique l'arrivée d'Anastasia Cayne en ville, l'amitié naissante, et la personnalité complexe de cette fille qui aime écrire des nécrologies, par exemple.
Le roman ne répond pas à toutes les questions (pour cela, il me semble que des sites internet américains avaient été créés pour inviter les lecteurs à pousser leur soif de savoir). Anastasia Cayne est un micro phénomène, celui qui s'applique à ne pas juger sur les apparences, à jongler entre le réel et le fantasme.
Ce roman n'est pas sans rappeler Qui es-tu Alaska ? de John Green (Scripto Gallimard) pour le traitement réservé à la disparition subite d'une adolescente, et qui reste sans explication.
Un roman délicat et poignant, également fort déstabilisant. .

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz Suspense - 362 pages - 15€

Traduit de l'anglais (américain) par Nathalie Peronny.

http://www.assimpleassnow.com

D'autres avis de lecture : Cuné ; Marie ; Chez Claire (bis) ; Citrouille ; Ricochet ; Sitartmag ; Les Minots

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19/02/08

Fantômes à tous les étages - Laura Ruby

fantomes_a_tous_les_etagesLa charmante bourgade de Cape May se trouve à la pointe du New Jersey, en bordure d'océan, et est réputée pour « ses maisons victoriennes pareilles à des gâteaux nappés de sucre glace rose et blanc, ses plages ensoleillées et jonchées de diamants de mer, et ses nombreux fantômes égarés ».
Sur ce dernier point, l'information n'est pas de source publique.
Lily Caldwell, 13 ans, va en faire l'expérience, et ce, au terme d'une aventure éclatante, pleine de rebondissements, et étonnante de fraîcheur.
Sa mère Arden vient de quitter son énième boyfriend, n'a plus un sou en poche et trouve salutaire l'invitation de son oncle Wesley d'occuper la maison d'été de la famille Wood. Cette demeure au luxe rococo a toutefois été le théâtre de drames tenus secrets, qui impliquent un incendie criminel ayant coûté la vie de l'oncle Max et entraîné la mort prématurée de l'arrière-grand-mère Katherine...
Lily est une adolescente assez amère, forcée de suivre les lubies de sa mère fofolle et irresponsable. Elle voit dans cette nouvelle vie à Cape May une étape provisoire, en attendant son entrée au collège, et avant une prochaine virée vers un ailleurs plus réjouissant - pense-t-elle.
Aussi classe soit-elle, la maison lui apparaît lugubre et étrange. Des objets disparaissent, des souffles se font entendre, son linge est teinté en rose, ou son visage est barbouillé de maquillage grotesque. Pourtant rationnelle, Lily croit de plus en plus que la maison est hantée !
Pour comprendre les mystères du 206 Perry Street, Lily va donc espérer trouver dans les archives de la bibliothèque quelques précieuses indications sur sa famille. Aidée dans cette mission par un esprit fantôme, Lily est aussi soutenue par un garçon qu'elle vient de renverser près de chez elle, un dénommé Vaz, aussi séduisant que mystérieux !

Je n'ai pas assez de qualificatifs pour exprimer ce que la lecture de « Fantômes à tous les étages » saura vous apporter : elle est étonnante, captivante, pleine de rebondissements jusqu'à la fin. Elle n'est pas totalement du domaine du fantastique, même si quelques fantômes planent ci et là, ces derniers tiennent une place assez plaisante, mais que j'estime plutôt espiègle ! Oubliez toutes les histoires à la Casper ! Ce roman saura davantage vous épater, par sa fraîcheur et sa richesse. L'histoire fourmille d'anecdotes, de retournements de situations. C'est finalement plus une quête des origines, une recherche sur les secrets de famille. Et le résultat est une vraie réussite ! On se laisse happer par l'histoire, qu'on lit d'une traite.
A souligner aussi : la merveilleuse couverture a été réalisée par Benjamin Lacombe !

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz. 296 pages / 13 €

Traduit de l'anglais (américain) par Nathalie Serval

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07/02/08

L'Horloge du Temps - Jeanette Winterson

horloge_du_tempsLondres, en 2009. Silver Rivière, 11 ans, suit sa tante Mme Jetandor, désormais sa tutrice légale, chez un antiquaire, grand collectionneur d'horloges, qui tient boutique, appelée Tempus Fugit, dans la capitale. Cet homme se nomme Abel Abysses et c'est une vieille connaissance de la famille Rivière. Abysses recherche un objet rare et précieux, le Garde-Temps, et espère cuisiner la petite fille pendant son séjour à Londres, avec toute la complicité de la sotte Mme Jetandor.
Il y a quatre ans, les parents de Silver et sa petite soeur ont pris le train pour rejoindre Abysses et lui présenter cette horloge, mais la famille a brutalement disparu, emportée par une Tornade Temporelle.
Qu'est-ce donc ? Le gouvernement s'alarme, les scientifiques n'ont aucune réponse. Brutalement, le Temps s'emballe et fait un arrêt sur lui-même, parfois les personnes plongent dans le passé, parfois dans le futur, mais il est impossible d'en revenir.
Il y a une personne capable d'apporter des solutions : Régalia Mason, de la société Quanta qui s'occupe d'acheter le temps pour le revendre aux plus offrants. Mais collaborer avec cette femme redoutablement belle, potentiellement dangereuse, ressemble à s'y méprendre à pactiser avec le Diable !
De son côté, Silver ignore véritablement où se trouve l'horloge convoitée par Abel Abysses ET Régalia Mason. Mais elle comprend très vite qu'il faut fuir ces deux-là et se réfugier auprès du peuple des Divergents, des habitants sous Terre, où Silver vient de rencontrer un nouvel ami, Gabriel, qui a pour fidèle compagnon un Mammouth du nom de Goliath.

L'aventure commence dans le manoir familial, Château-Chevêtre, étrange demeure qui tombe un peu en ruines, mais qui semble vivante et pleine de trésors cachés. Puis l'histoire nous emporte à Londres, dans une boutique extraordinaire, mais habité par un antiquaire faussement débonnaire. Et puis brusquement, c'est la découverte de nouveaux décors, de possibilités infimes et innombrables, d'ouvertures à une imagination complètement folle. C'est passionnant, étourdissant presque. Mais il faut s'accrocher aux détails, car ça tourbillonne dans tous les coins.
C'est un réel divertissement, un pur bonheur d'évasion et c'est très richement décrit, soigneusement paré, avec une ingénieuse solution pour la fin, qui a d'ailleurs failli me duper ! A noter, aussi, que la jeune héroïne, Silver Rivière est la digne héritière de ses ancêtres les pirates, et doit son prénom en clin d'oeil à Long John Silver de L'Île au Trésor.
Un roman qui ne finit pas de nous surprendre !

Albin Michel jeunesse - coll. Wiz - 360 pages.  15 €

Traduit de l'anglais par Hélène Collon. Titre vo : Tanglewreck.  Couverture : David Wyatt.

A aussi été lu par Mélanie (Book in !)

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06/12/06

Blanche ou la triple contrainte de l'Enfer - Hervé Jubert

Blanche1870. Engagée contre l'armée prussienne, la France vit des heures sombres qui font trembler de peur les Parisiens et les poussent à quitter la capitale pour se réfugier à la campagne. Dans une gare bondée, la famille Paichain entend regagner la Sarthe en poussant du coude. C'est alors que, dans la cohue générale, la plus jeune fille, Blanche, 17 ans, est séparée des siens et voit le train partir sans elle. Seule dans Paris, Blanche est aussitôt prise en charge par son oncle Gaston Loiseau, commissaire de police, et sa meilleure amie Emilienne, la fille de la concierge. Et comme notre demoiselle ne tient jamais en place et aime fourrer son nez partout, elle va se mouiller dans une enquête criminelle pour le moins étrange, car les cadavres ont la particularité d'être marqués d'un singulier tatouage au bras avant de disparaître. Pour disculper un innocent, Blanche intervient dans les affaires de son oncle et tente de le mettre sur la piste d'un individu polymorphe, amateur de sorcellerie et de magie noire.

Blanche Painchain est une héroïne épatante, qui sous des dehors ordinaires, jeune fille de bonne famille, aimant la lecture et les activités intellectuelles, se passionne aussi d'anthropologie, d'anatomie et de théâtre, d'où son impassabilité face aux blessures des soldats sur leur lit d'hôpital ou face aux scènes de dissection qui ne la font pas flancher. Ce petit bout de femme a tout pour plaire ! Elle nous entraîne à sa suite dans un Paris du 19ème décrit de manière authentique, c'est bruyant, c'est violent, c'est le chaos général, et au milieu de tout ça, des crimes barbares font leur nid à la barbe de la police dont l'enquête piétine. L'intervention de Blanche n'est pas anodine, pas incongrue non plus, sa relation avec son oncle Gaston étant riche en complicité, et plus encore... De son côté, l'auteur s'éclate à nous planter son décor, à peaufiner les détails, à truffer ses dialogues de l'argot de l'époque et à insuffler une verve étourdissante à son récit. L'intrigue est également rondement menée et tient le lecteur en haleine. Pour une première approche du personnage de Blanche, cette lecture contient un souffle romanesque flamboyant, lequel ne manquera pas de se déployer dans les deux autres tomes de la série (L'œil du Grand Khan & Le Vampire de Paris). Pour l'heure, la séduction a déjà pleinement opéré. Je. Suis. Conquise. 

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz / Mai 2005 ***

Relooking de la couverture en  mai 2014 : 

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05/12/06

Grimpow, l'élu des Templiers - Rafael Abalos

grimpowSur une route enneigée des Alpes, en plein hiver 1313, Grimpow, petit bandit des grands chemins, découvre un cadavre. A ses côtés, quelques richesses, un sceau en or, un parchemin et une mystérieuse amulette. Cette pierre prend une lueur différente dans la main du garçon, c'est forcément un signe, car elle lui révèle un message : "L'ombre et la lumière sont dans le ciel. Aidor Bilbicum. Strasbourg". S'apercevant qu'il détient un savoir insoupçonné, Grimpow se réfugie à l'abbaye de Brinkdum où le bibliothécaire Rinaldo de Metz va le prendre sous son aile et lui enseigner d'étranges leçons qui sont liées à cette pierre.

Car Grimpow a été élu. Sa vie est désormais transformée. Il va au-devant d'une prédestination nouvelle où s'affrontent le secret des templiers, un mystérieux trésor revenu des Croisades, la convoitise du roi de France, la persécution des sages... L'amulette qu'il porte autour du cou n'est-elle pas porteuse de malheurs ? est-elle la clef de tous les mystères, surtout sur "le secret des sages", capable d'assurer richesse et immortalité à celui qui le démasquera ?!

Le parcours de Grimpow n'est pas de tout repos, il doit déjouer les convoitises, se cacher du terrible chef de l'inquisition, un certain Boulvar de Goztell. Pour atteindre son but, Grimpow a repris la route aux côtés d'un chevalier errant, Salietti d'Estaglia. Cet homme est-il ce qu'il prétend être ? Car au fil des pages, les secrets enflent, un souffle de terreur sanguinaire apparaît, une menace de plus en plus imminente est aux trousses des protagonistes et de la société qu'ils tentent de protéger.

Ce roman de l'espagnol Rafael Abalos sait admirablement emporter son lecteur, quelque peu circonspect aux 100 premières pages de l'aventure. Il faut dire que l'histoire est un tantinet complexe et riche en longues descriptions sur le contexte historique. J'ai quelques doutes sur l'intérêt littéraire que pourrait porter un jeune lecteur auquel ce livre est destiné (publié dans l'excellente collection Wiz, d'Albin Michel). "Grimpow" a une portée plus spirituelle et philosophique qui varie complètement des romans d'aventures habituels. C'est passionnant, la quête du jeune héros ne manque pas de rebondissements, mais c'est une lecture exigeante pour lecteur averti. A mon avis.

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz

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