15/03/09

Vingt fragments d'une jeunesse vorace - Xiaolu Guo

vingt_fragmentsFenfang a dix-sept ans lorsqu'elle quitte sa campagne pour vivre à Pékin asseoir son ambition de vie moderne et devenir actrice. A la place, elle trouve déception et désoeuvrement. Elle ne décroche que des petits boulots, ou fait de la simple figuration, elle loge dans des appartements communautaires, elle est épiée par des voisins qui cohabitent avec des poules, et elle connaît sa première aventure amoureuse avec un type qui aime la sauce de soja et qui a un caractère de jaloux despotique et violent. La mélancolie gagne peu à peu Fenfang, qui a soif de réussite, et forte du soutien de quelques camarades, elle commence à écrire ses propres scripts.

C'est un portrait original sur la jeunesse chinoise qui, de nos jours, se heurte à affirmer son individualisme et son désir de fortune dans une société dressée à penser collectif. Fenfang ne fait pas exception à la règle, elle s'est échappée de sa campagne car elle ne voulait pas finir plouc, mais dans la mégalopole chinoise, elle découve aussi son lot de misères. C'est ainsi que la jeune femme appréhende la notion abstraite de la solitude, et plus le temps passe et plus elle va se sentir démoralisée et abattue. Pourtant le roman ne sombre pas dans la morosité, le spleen n'empiète pas sur la lecture, sans pour autant affirmer qu'il y règne une pleine allégresse.
Xiaolu Guo est brillante, son Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants avait été une révélation, un mélange d'humour et de réflexion sur la complexité culturelle et émotionnelle entre l'orient et l'occident. Ses Vingt fragments d'une jeunesse vorace laissent entrevoir une nouvelle génération pleine de contradictions, à l'image de Fenchang, intelligente et belle, mais qui comprend que son pays ne sait pas ce qu'est le romantisme alors qu'il revendique la communion d'esprit et le culte patriotique. C'est différent, mais intéressant. Et cette fois, la langue est moins tarabiscotée, c'est simple, limpide et évident.

Le mantra du jour : « Le café bien chaud, c'est comme un homme à 37°2. Ça vous donne le courage d'affronter la journée. »

Buchet Chastel, 2009 - 185 pages - 17€
traduit de l'anglais (Chine) par Karine Lalechère

l'avis de cocola

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21/02/08

Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants - Xiaolu Guo

petit_dictionnaire« Personne ne sait mon nom ici. Même s'il lit : Zhuang Xiao Qiao, il ne sait pas dire. Quand il voit que mon nom commence à Z, il abandonne. Je suis l'indisable, Miss Z. »
Non, vous n'avez pas la berlue. Ce n'est pas une petite fille de quatre ans qui vous parle, ni un relevé de fautes de frappe. C'est bel et bien un langage livré dans toute sa crudité, d'une chinoise débarquant à Londres pour apprendre l'anglais, une langue maladroite, truffée de fautes, parfois exécrable et intraduisible, mais qui, au final, se révèle craquante !
La jeune narratrice, âgée de 24 ans, arrive donc dans la capitale anglaise, envoyée par ses parents, pour suivre les cours d'une Mrs Margaret. Elle découvrira très vite les us et coutumes d'un pays qui la déconcerte au plus haut point. Déboussolée dans ses repères, ne comprenant pas le moindre mot, elle erre dans les rues londoniennes, armée de son dictionnaire Collins bilingue. Elle veut tout savoir, tout décrypter, tout piger.
Un soir, dans une salle de cinéma, elle rencontre l'Autre, cet homme de vingt ans son aîné qui va l'héberger sous son toit et devenir son amant. Après la nourriture, la grammaire et les films d'auteurs, la jeune fille découvre l'amour. Et c'est toujours un fossé qui se creuse, le même qui sépare le chinois de l'anglais.
Miss Z pose sans cesse des questions, raconte des « non-sens philosophiques occidentaux », s'étonne de tout et de rien (le passage avec le vibromasseur est piquant !). Forcée de partir cinq semaines pour découvrir le continent européen, la narratrice prend contact avec des notions, comme la solitude, qui échappent totalement à son vocabulaire de chinoise vivant dans un esprit communautaire.
Le contraste entre les deux mondes, les deux cultures est savoureux. Il ne cesse de s'enrichir et de renvoyer à deux fausses vérités qui, sans cesse, se contredisent. Personne ne sort gagnant ou perdant, peut-être l'héroïne acquerra-t-elle une plus grande autonomie, dans son pays communiste ! Un comble, subtil et désarmant.
Absolument hilarant à lire, tour à tour brillant, intelligent et futé, ce Petit Dictionnaire est un roman, mais aussi un carnet de voyage, un journal intime, un recueil avec des mots, des définitions qui rappellent les problèmes du couple et la vision perplexe d'une jeune fille de l'Est sur les travers de l'Occident. C'est aussi un voyage à travers le langage, complexe et poétique, délirant et sensible. C'est tout simplement réjouissant, ça se lit en une goulée et ça vous donne un léger tournis euphorique et grisant, bref un livre à recommander !

Buchet Chastel - 330 pages  / 21 €

Traduit de l'anglais (Chine) par Karine Laléchère

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