03/11/15

Les Autodafeurs, Tome 1 : Mon frère est un gardien, de Marine Carteron

Les autodafeurs - tome 1

Il me tardait de découvrir cette série couverte d'éloges - et je maudissais ma procrastination légendaire - quand enfin j'ai tout envoyé balader pour me plonger dans les aventures de la famille Mars. Et quel bonheur ! J'ai été littéralement transportée par l'histoire qui nous réserve de belles surprises, habilement mises en scène pour notre plus grand plaisir. Découvrons, donc. 

À la mort de leur père, Auguste se voit quitter Paris avec sa mère et sa petite sœur Césarine, pour vivre avec leurs grands-parents à La Commanderie, une demeure qui appartient à la famille depuis des générations. Le garçon tente de cacher sa détresse et son chagrin derrière des attitudes de guignol et des répliques sarcastiques, mais la perte tragique de son père le taraude. Son entrée au lycée ne lui réussit pas non plus - épinglé par le directeur dès le premier jour, il récolte aussi coups et blessures par un trio de choc, aux manches retroussées, qui fait la pluie et le beau temps sur l'école. Son existence va finalement s'éclairer par une nouvelle révélation en faisant de lui un maillon indispensable au sein d'une Confrérie secrète, qui s'oppose depuis des siècles aux Autodafeurs, afin de protéger la connaissance qui se trouve dans les livres, jalousement conservés comme des trésors. Les enjeux sont énormes et c'est tout doucement, parfois par la force des choses, qu'Auguste en prend conscience, alors que sa jeune sœur Césarine a déjà une longueur d'avance selon sa logique d'«artiste» (comprendre : autiste).

Le duo frère/sœur est attachant et fonctionne à merveille dans la conduite de l'histoire (se glisser dans la peau de Césarine est d'ailleurs une expérience fantastique et incroyable). Tandis que l'un se débat avec ses problèmes d'ado parfaitement crédibles, qui se mouille aussi à une entreprise périlleuse et inquiétante, l'autre collecte des informations précieuses, sans avoir l'air d'y toucher, et ébauche une piste tangible vers leurs nombreux secrets de famille. Il y a du danger, du suspense, de l'action, mais aussi de la tendresse et de l'émotion dans ce roman d'aventures, qui est intelligent, drôle, original et passionnant. J'ai adoré et je me réjouis déjà de plonger dans la suite de cette trilogie franchement excitante.

éditions du Rouergue / mai 2014 ♦ couverture : © Barrère & Simon

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29/06/15

Presque parfait, d'Annie Lyons

Presque parfait

Les sœurs Darcy, Rachel et Emma, ont coutume de se soutenir dans toutes les épreuves, même si elles mènent des existences plutôt ordinaires (famille, amour, boulot), pimentées par les aléas de la vie. Rachel ne supporte plus d'être à la maison, avec ses trois enfants, et panique à l'idée de déménager en Écosse pour le boulot de Steve. Emma se plie en quatre pour booster sa carrière d'éditrice et vient de décrocher le jackpot en publiant un potentiel bestseller, dont l'auteur sûr de son charme ne la laisse pas indifférente, sauf qu'elle vient de se fiancer avec Martin.

Quel micmac, savamment désordonné, mais franchement ça se lit avec grand plaisir, en toute simplicité et sans réserve. On a là des personnages ordinaires, qui vivent des choses tout aussi basiques, sans tomber dans une routine assommante. Au contraire, on se sent en territoire familier et confortable. J'ai beaucoup apprécié, alors que j'avais tendance à juger le début lisse et platonique, j'ai fini par m'attacher à la banalité ambiante, et malgré tout chaleureuse ! L'histoire est aussi adorable que possible, avec des séquences drôles, pathétiques ou émouvantes. J'ai vite succombé.

Par contre, contrairement à ce qu'on cherche à nous vendre, ce livre n'a strictement rien à voir avec Jane Austen ! Je le précise, car j'ai personnellement entamé ma lecture sur un malentendu et ainsi manqué de l'apprécier à sa juste valeur. Après quoi, j'ai dégusté les dialogues francs et naturels, les soirées entre filles, les questions qu'on se pose sur son couple, l'importance de la famille, les fous rires et les crises de larmes. Je pense aussi que le milieu professionnel d'Emma ne manquera pas de séduire d'autres amoureux des livres, comme moi, en y découvrant les coulisses et les rouages diaboliques !

En bref, ce roman a été une agréable et onctueuse découverte, ni trop sucrée, ni trop mielleuse, juste ce qu'il faut pour se détendre pendant les vacances.

Harlequin, coll. &H / juin 2015 ♦ Traduit par Marion Przetak (Not Quite Perfect)

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02/03/15

Le Bureau des Objets perdus, de Catherine Grive

« Je passais ma vie à chercher mes affaires ... »

Le bureau des objets perdus

Ce court roman de 120 pages nous régale par son écriture légère et poétique et son histoire insolite d'une adolescente habituée de perdre ses affaires. Mais quand disparaît son blouson fétiche - un cuir usé, offert par le frère de son grand-père et donc chargé de souvenirs - elle va remuer ciel et terre pour résoudre ce mystère.

C'est un fait, l'héroïne a coutume de vivre dans sa bulle et ne voit plus les indices sous son nez, ni la menace qui plane sur son cocon douillet. Et de s'interroger alors sur le détachement de la jeune fille ou la place des objets dans sa vie. L'approche est sympathique, avec juste ce qu'il faut de fantaisie, car le portrait de cette rêveuse est brodé avec beaucoup de tendresse.

L'histoire au format court reste constamment sur la retenue, de manière subtile et délicate, et propose une jolie réflexion existentielle (« cette mémoire de ce qui avait disparu, nous allions la placer contre notre cœur en nous forçant à bien regarder le monde qui nous entourait »). Le plaisir est fugace, mais la lecture ne demande qu'à se dévoiler. Premier roman. Doux et prometteur.

éditions du Rouergue, février 2015

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23/11/11

A bas le lait de vache. Vive les graines de sésame et l'huile de pépins de pamplemousse.

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Et tandis que l'encens de bois de cèdre se répandait dans sa chambre d'enfant ordinaire, j'ai enfin compris ce que le petit nuage d'Elianor me raconte depuis le premier jour. 
Il me dit que nous sommes pareils, elle et moi. Que chez nous on respire le même air, qu'on voit la même tristesse chez nos parents, qu'on a beau vivre dans un manoir en ruine ou dans un appart HLM, on a beau se gaver de graines macrobiotiques ou de biscuits Nestlé, on en revient toujours au même problème, à la même sensation que quelque chose ne tourne pas rond. 
Car Elianor a perdu sa mère, et moi j'ai perdu mon père.

Noah ne cesse de s'interroger sur la nouvelle élève de sa classe, Elianor, secrète, silencieuse et gracieuse à sa façon. Tous ses camarades se moquent d'elle, notamment sur son odeur, mais elle s'en moque et s'isole dans la bibliothèque ou tourne en ridicule la grosse brute de la récré avec un sourire mutin. Noah est perplexe, admiratif. Oui, il se pose mille questions. Après une période d'observation, le garçon tente donc une technique d'approche et découvre une fillette remarquable, intelligente et futée. Elle cultive aussi un régime alimentaire très strict, en proscrivant tous les acides gras, et recommande à Noah d'agir en conséquence (manger des graines ou boire du lait de soja). Il accepte, mais sur le bout des lèvres (Noah aime la viande, le sucre, les colorants. A qui la faute ?). 
Bon, on s'en doute, c'est loin d'être simple et le garçon va inévitablement craquer et faire des tonnes de reproches ridicules à son amie, Elianor aussi va se fâcher avant d'expliquer pourquoi ce régime lui tient tant à coeur. (Elle le fait en souvenir de sa maman, pour respecter son souvenir et se sentir proche d'elle.) C'est ce qu'elle reproche d'ailleurs à Noah, d'oublier volontairement son père (également décédé) pour ne pas avoir à affronter son chagrin. C'est plus facile d'en vouloir aux absents que de reconnaître ô combien ils nous manquent.
Les deux amis vont heureusement se réconcilier, le papa d'Elianor, qualifié de gourou du bonheur et passeur d'amour, va également sortir de sa bulle pour retoucher Terre et la maman de Noah va retrouver le sourire et l'étincelle dans les yeux (non, non, je vous rassure, pas d'histoire d'amour entre ces deux-là !). Il est aussi question d'odeur corporelle dans ce livre (les enfants entre eux sont sans pitié), alors il est donc clairement expliqué qu'il s'agit effectivement d'un mystère de la science, avec possibilité d'alchimie lorsque nos petits nuages (de phéromones) se rencontrent, se comprennent, se reconnaissent ou se fuient. 
C'est un petit roman tendre et généreux, frais et drôle, terriblement attachant, avec des personnages adorables, qui tient un discours sur tout et rien, qui touche et fait réfléchir, en plus d'une couverture illustrée par Lili Scratchy qui donne vraiment envie d'en savoir plus. Une belle promesse de lecture.

Mayo, ketchup ou lait de soja par Gaia Guasti
Ed. Thierry Magnier, 2011 - illustration de couverture : Lili Scratchy. 

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19/09/11

Blanche

lu et tendrement apprécié,

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Nô, l'ami de Blanche, a le blues et ne veut plus bouger de son lit. Inquiète, la petite fille décide de partir pour un long voyage afin de lui trouver un remède. Commence alors une épopée fantastique, qui plonge l'héroïne vers l'inconnu, où il lui faudra affronter ses peurs et ses cauchemars, la violence, la haine, la colère, le chagrin... mais n'hésitant pas à récolter des échantillons de toutes ces émotions dans sa petite valise. Car heureusement ce qui est méconnu ou inexploré est également source de découverte, de bonté, de générosité. En chemin, donc, Blanche croisera l'amitié, le réconfort, la douceur, la gourmandise de la barbe à papa aussi. Et des mots, des sons, des murmures... des matières à histoires. De son voyage, Blanche rapportera à son ami Nô une envolée de mots, lesquels, mis bout à bout, vont lui redonner le sourire ... parce qu'en prêtant bien l'oreille, on entend des histoires, toutes sortes d'histoires.

Une belle histoire poétique et sensible, avec des illustrations magnifiques et justes. Bravo, et merci les filles! 

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Blanche, par Anne Cortey et Françoise de Guibert - illustrations de Nathalie Choux (Hélium, 2011)

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