09/04/18

Boys Band Killeuses, de Goldy Moldavsky

Boys band killeusesErin, Pomme, Isabel et la narratrice (alias Sloane Peterson, alias Bright Lights, Big City) se connaissent à travers leur passion commune pour le groupe des Ruperts. En apprenant que les garçons sont descendus dans un hôtel en ville, nos fans hystériques décident de réserver une chambre au même endroit et arpentent ainsi les couloirs pour les rencontrer. Bingo, Pomme croise le moins sexy du lot près de la machine à glaçons et passe à l'action en bondissant sur lui. Le type est mis k-o, traîné par la jambe jusqu'à la chambrée des nanas qui piaillent d'excitation. Hop, elles le saucissonnent sur une chaise, le bâillonnent, lui posent un bandeau sur les yeux. Et puis quoi, après ? Exit le self-control. Les filles sont ingérables et ont perdu tout sens commun, elles n'écoutent que leurs pulsions et vont au bout de leurs fantasmes.

Ce qui était, au départ, un simple délire de nanas déjantées va finalement dégénérer et laisser place à un truc glauque et malsain ! Mais tenez-vous bien, c'est sacrément drôle. Oh là là, ces filles sont de vraies tarées. Elles sont carrément flippantes, voire un peu pathétiques. Toutefois, leur obsession maladive va également révéler une introspection mortifiante (folie vengeresse, ambition dévorante, trouble paranoïaque et j'en passe). Le ton est acide, cruel et amer. L'humour est noir et implacable. Et pourtant, c'est jubilatoire. On bascule dans la dérision avec facilité et ahurissement, l'enchaînement des événements est inattendu et parfois grotesque. En clair, j'ai trouvé ça bon et redoutable. Pour un premier roman, c'est diablement prometteur. ☺

La Martinière J. (2018) - Traduction d'Yves Sarda

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18/01/17

L'Affaire de la belle évaporée, de J.J. Murphy

L'Affaire de la belle évaporée

Quelle lecture exquise ! Imaginez un soir de décembre dans les années 1920, dans le prestigieux hôtel Algonquin à New York...
L'acteur de cinéma Douglas Fairbanks et sa compagne Mary Pickford organisent un gigantesque raout où l'alcool prohibé coule à flot. Au milieu de l'effervescence générale, pourtant, un cas de variole se déclare et l'établissement est mis en quarantaine. Les esprits chagrins se consolent aussitôt en se servant une nouvelle coupe, pendant ce temps la starlette Bibi Bibelot fait le show. Entièrement nue, parée d'un médaillon d'argent, la blonde écervelée se glisse dans la baignoire remplie de vin pétillant et amuse la galerie avec ses air aguicheurs. Quelques heures plus tard, on retrouvera son corps sans vie dans la même position. 
J'avoue avoir immédiatement été embarquée par l'ambiance du roman ! C'est pimpant, c'est léger, c'est vintage et c'est charmant. Mais il y a un autre atout indéniable : cette chère Dorothy Parker. Femme de lettres et d'esprit, Dorothy est également connue pour son humour caustique et ses bons mots. Et il faut reconnaître à J.J. Murphy ce talent incontestable d'avoir saisi cette essence pour donner vie à une héroïne pleine de finesse et d'intelligence. L'Algonquin constituant son terrain de jeu propice pour son Cercle Vicieux, il n'était pas rare de la croiser autour de la fameuse table ronde en compagnie de son groupe d'intellectuels. On la retrouve ainsi avec Alexander Woolcott et Robert Benchley dans l'euphorie de la fête et au premier rang dans la découverte du drame. Experte dans l'art du Jeu de l'Assassin, notre éminente chroniqueuse se lance aussitôt sur la piste du coupable... avec l'assistance du non moins célèbre Sir Arthur Conan Doyle ! De passage en ville, l'écrivain britannique cherche ainsi à démontrer l'étendue de ses compétences, n'est pas le père de Sherlock Holmes qui veut, après tout. Mais le travail d'équipe peut poser souci et ne pas être l'apanage de cette fine équipe, chacun cherchant à asséner le coup de massue au détriment de l'autre, soit pour briller en société soit pour enquiquiner le monde.
C'est donc dans cette cacophonie que se dessine une intrigue guillerette et survoltée, où l'on suit les uns et les autres courir dans les escaliers, se planquer dans les monte-charges, batailler contre l'ennui, verser dans les plus folles spéculations, tirer des conclusions hâtives, observer leurs contemporains, épingler les anomalies, avaler une petite louche de champagne, espérer un interlude romantique et louper le gong final. C'est absolument réjouissant. On se croirait dans une comédie tout feu tout flamme, avec du rythme, du souffle, de l'éclat et des bulles. La mise en scène de personnages réels dans un contexte imaginaire apporte aussi ce supplément d'âme à une lecture par ailleurs ordinaire mais qui revêt soudain des couleurs chatoyantes. C'est raffiné, drôle et pittoresque. J'ai tout aimé dans ce livre ! 

éditions Baker Street / Novembre 2016 - Traduction par Yves Sarda [A Friendly Game of Murder]

Illustration de couverture : Lucie QZN

Disponible en Folio Le cercle des plumes assassines [Murder your darlings]

  

(cliché 1) Mary Pickford & Douglas Fairbanks (cliché 2) Art Samuels, Charlie MacArthur, Harpo Marx, Dorothy Parker & Alexander Woollcott "The Round Table Vicious Circle" 

 

28/10/15

Zarf le Troll, Tome 1 : Barouf chez les fouines, de Rob Harrell

Zarf le Troll

Zarf le troll est une nouvelle série pour les enfants qui adorent les histoires qui font rire et trembler pour de faux. On y croise des personnages pittoresques, plantés dans un univers original, qui se partage entre tradition médiévale, référence fantastique et clins d'œil aux contes traditionnels.

On découvre alors le royaume de Pagagne, où règne le roi Chèzenote, réputé pour être juste et bon, tandis que son fils le prince Roquefort a déjà gagné sa réputation de mielleux et sournois. De l'avis de notre ami Zarf, entendons-nous bien. Zarf, qui appartient à une longue lignée de trolls, se situe tout en bas de l'échelle sociale. Au collège, il passe pour maladroit, bêta et n'est pas du tout populaire. Ses seuls amis sont Kevin Petit-Cochon (qui a peur de tout) et Chester Pierre à Eau, le fils du bouffon officiel (sauf que lui n'est pas drôle). Autant dire que ce trio de choc est souvent la cible des quolibets mais s'en soucie comme d'une guigne. Or, tout bascule le jour où Zarf perd son sang-froid et insulte le prince Roquefort devant toute l'école. Défié en joute à dos de grenouille des marais, Zarf est humilié, trompé, raillé une bonne fois de trop. Et c'est le pétage de plomb, en version troll. Les conséquences sont désastreuses. Le royaume apprend en même temps la disparition du roi, lors d'une périlleuse mission contre les farfouines. Le prince Roquefort accède au trône et scelle le destin de Zarf - sa vie va devenir un véritable enfer, sauf s'il part sauver le bon vieux Chèzenote des griffes de leurs ennemis. 

Attendez-vous à une lecture drôle, enlevée, intelligente et déjantée ! Car il est vrai qu'on passe un chouette moment avec Zarf et ses amis, à travers leurs aventures délirantes et cocasses, et aux rencontres insolites (une miss Boucles grises, défraîchie et railleuse, qui bosse à la cantine du collège). Les illustrations en noir & blanc sont tout aussi loufoques et se font une place au soleil dans cet écrin d'humour et de nonchalance. Un rendez-vous impayable ! ☺

Seuil jeunesse / Septembre 2015 ♦ Traduit par Yves Sarda (Life of Zarf: The Trouble with Weasels)

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11/10/14

Dark Lord : Un démon au collège, de Jamie Thomson

DARK LORD,

Dark Lord est un prince du mal démoniaque, projeté depuis son monde à notre époque contemporaine, sous l'apparence d'un adolescent de 13 ans. Pourquoi, comment, lui aussi voudrait bien le savoir ! Ajoutez qu'il a perdu ses pouvoirs (sa bague et sa cape ne sont plus que de vulgaires accessoires aux allures gothiques) et qu'on le nomme désormais « Dirk Lloyd ». Placé dans une famille d'accueil, les Purejoie, Dirk découvre par leur fils Christopher la galaxie ado : Battlecraft, Star Wars, Darth Vader etc. Le démon est stupéfait. Ainsi, on entraîne les humains à se battre dès le plus jeune âge... Nul doute possible, il devra lutter pour survivre dans ce monde hostile !

Quelle partie de rigolade. On partage les pensées de ce prince des ténèbres (qui jure, vitupère, imagine les pires sévices à infliger aux autres), coincé dans un corps d'adolescent quelconque, à la découverte d'un univers nouveau (les téléphones, les voitures, la police etc.) mais surtout avec ses codes et ses contraintes (le collège !). Lui voit tout ça en tant que démon soupçonneux et défiant, il se sent constamment menacé, prêt à la riposte (impuissance, impuissance). Bref, il est ulcéré d'être pris pour un nigaud : son langage fleuri et ses manières rustres font glousser la foule en délire.

Ce récit plein d'humour se distingue par ses répliques vachardes et ses situations absurdes, pourtant ancrées dans un contexte familier, proche du lecteur. L'école, pour Dirk ? « Une séance de torture abominable qui ne cesserait jamais. Même lui, passé maître dans l'invention de châtiments cruels, n'aurait jamais pu imaginer un supplice pareil. » Ha, ha. Il en va ainsi pendant 295 pages... Seul regret : j'aurais préféré un récit à la 1ère personne. Et les illustrations ne sont pas très avenantes.

Seuil jeunesse, octobre 2014 ♦ illustré par Freya Hartas ♦ traduit par Yves Sarda (Dark Lord : The Teenage Years)

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