21/08/08

Un jour avant Pâques - Zoyâ Pirzâd

Ce roman se présente sous la forme d'un triptyque et met en scène le même homme - le narrateur, Edmond - à différentes époques de sa vie. Cela commence alors qu'il a douze ans et fait sa rentrée à l'école, qui se trouve en face de chez lui. Il s'est lié d'amitié avec Tahereh, sauf que ce n'est pas du goût de sa famille. Est-ce parce qu'elle est la fille du concierge ou parce qu'elle est musulmane ? La famille d'Edmond est d'origine arménienne, comme les 3/4 du voisinage, et a trouvé refuge dans cette petite ville de la côte iranienne. Quelques jours avant Pâques, le garçon va assister à une scène éprouvante, pleine de larmes et de cris, dans le bureau du directeur. Il est encore trop jeune pour comprendre, il en ressortira juste que ses liens avec Tahereh risquent d'être fort détachés...

La suite du roman nous offre un Edmond dans sa vie d'homme marié et père de famille. Un drame va ébranler le couple, qui rappelle - de façon muette - cette scène poignante alors qu'il n'était qu'un gamin solitaire et qui aimait inventer des jeux avec ses objets de collection. En fait, le sujet de ce livre concerne, en grande partie, les rapports tendus entre les différentes communautés - musulmane et arménienne. La grande Histoire est évoquée (un génocide arménien survenu en 1915 à Constantinople), qui ravive les plus fortes inimitiés - surtout de la part de l'ancienne génération, tandis que la nouvelle cherche la réconciliation - voir, l'union !

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Mais on trouve également les frictions inaltérables entre maris et femmes, qui s'achèvent dans un grand déménagement et un choix de vie contestable. Comme à son habitude, Zoyâ Pirzâd tisse des portraits de femmes étonnantes - de caractère, pour leur indépendance, par leur choix de vie. Sur trois générations, elles se communiquent une volonté d'affranchissement - et ce, bien malgré elles. Au centre, Edmond est le témoin passif et débonnaire de ces passes d'armes. Très souvent, on attendrait de lui qu'il tape du poing sur la table - notamment avec sa collègue, Danik, qui porte un lourd secret dont elle ne se décharge pas. Et ce qui me chagrine, surtout, c'est de perdre de vue Tahereh. Que devient-elle ? Pourquoi Edmond a-t-il effacé de sa vie son amie d'enfance ?

Dans ce roman que j'ai beaucoup aimé, il me manque pourtant de l'épaisseur, des pages en plus, des précisions, une fin qui n'en finit pas (oui, j'aurais apprécié). D'un autre côté, ce roman gagne en profondeur car il ne fait que survoler et évoquer par ellipses. La poésie est présente - indissociable de la plume de Zoyâ Pirzâd - et s'étale dans le folklore des fêtes pascales (les oeufs peints qu'on s'amuse à écraser dans la main, les pensées blanches ou jaunes, les pâtisseries à la fleur d’oranger) ou dans le secret des coccinelles, dans les effluves de la confiture de griottes. De quoi vous affamer, lisez donc ce livre !

Un jour avant Pâques

Zulma, août 2008 - 140 pages - 16,50€

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Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
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03/09/07

On s'y fera - Zoyâ Pirzâd

On_s_y_feraL'histoire se passe en Iran. Nous suivons Arezou Sarem, 41 ans, divorcée et mère d'une fille de 19 ans, Ayeh. Elle est responsable d'une agence immobilière, qu'elle dirige avec son amie Shirine, laquelle va jouer l'entremetteuse en lui faisant rencontrer un client, lors d'une banale visite d'une maison. Zardjou est un homme sûr de lui, qui va réussir à décrocher une signature et un rendez-vous, au grand dam d'Arezou. Elle ne se sent pas prête pour vivre une histoire sentimentale, elle n'a pas follement envie de se changer les idées. Elle a déjà fort à faire entre sa fille, têtue et soupe au lait, et sa mère, qu'on surnomme la Princesse, bref elle se sent prise en sandwich par ces deux ogresses. Où pourrait-elle trouver de la place pour un homme ?

"On s'y fera" est un roman entier, au nom des femmes. On y découvre des destins croisés, des désirs d'émancipation et ce, malgré les liens de la famille qui étranglent et vous lient pieds et poings. La pression est tapie dans l'ombre, on admet une femme indépendante, qui travaille, divorcée, élevant seule sa fille, et finalement c'est au coeur du foyer qu'on ne pardonne pas cet anti-conformisme. On comprend alors combien il sera difficile pour Arezou de faire accepter l'intrusion de Zardjou dans ce schéma complexe.
A elle, donc, d'invoquer le génie de la lampe pour s'offrir une chance de prendre son avenir à bras le corps, et de réussir à braver celles qui font de sa vie une prison dorée. Car après tout, les rencontres aidant, Arezou s'aperçoit qu'elle n'est pas si mal lotie et que d'autres femmes sont dix fois plus infortunées qu'elle.
Le roman est moins doux et poétique que son recueil de nouvelles, Comme tous les après-midi, toutefois cela reste une lecture grisante, tendre et désespérante. Un léger souffle de révolution fait battre le coeur des femmes iraniennes et ce n'est que plaisir à entendre !

Editions Zulma, 325 pages. Traduit du persan par Christophe Balaÿ -  En librairie le 23 Août 2007.

** Rentrée Littéraire 2007 **

Mon avis sur " Comme tous les après-midi " .

Posté par clarabel76 à 19:30:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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