Chez Clarabel (2)

Des livres, de la passion de lire et des dessous chics

09/03/09

Chocolat amer - Laura Esquivel

Roman-feuilleton où l'on trouvera des recettes, des histoires d'amour et des remèdes de bonne femme.

51rBTnBB8bL__SS500_Au Mexique, dans une ferme située en plein désert, vit une femme, Mama Elena, avec ses trois filles. La benjamine, Tita, est tombée amoureuse de Pedro, mais sa mère rompt les fiançailles, sous prétexte d'une tradition familiale qui veut que la plus jeune fille doit se sacrifier pour veiller sur sa mère jusqu'à sa mort. A la place, Mama Elena donne la main de sa deuxième fille, Rosaura. Pedro accepte de se marier, ce qui brise le coeur de Tita. Le jour des noces, elle apprend qu'il a agi ainsi pour rester proche de sa bien-aimée, car c'est elle, Tita, qu'il aime et nulle autre.
Mama Elena n'est pas dupe de cette passion entre les deux amants maudits, elle fait tout pour les éloigner. Tita est confinée en cuisine, non pas contre son gré, car la jeune fille a hérité d'un vrai talent, transmis par sa vieille nourrice indienne, Nacha. Elle sent les aliments, leur communique ses émotions, aussi n'est-il pas surprenant de voir Pedro succomber à ses plats et être ensorcelé par cette magie culinaire. « Tita s'insinuait dans le corps de Pedro, voluptueuse, aromatique, chaude, sensuelle. » Les plans de Mama Elena, tyrannique et sans coeur, sont déjoués mais sa colère est décuplée.

A coup sûr, ce roman offre un festival de couleurs, d'odeurs, de sensations. Les recettes de cuisine y sont très importantes, totalement fondues dans l'histoire. L'intrigue pourrait paraître sentimentale - l'histoire d'un amour impossible, et également une chronique familiale, sur fond de guerre civile. J'ai particulièrement trouvé qu'elle était enlevée, chatoyante et pleine de rebondissements. En clair, j'ai adoré ! Le dernier chapitre crée un vraie surprise, qui aurait pu gâcher mon plaisir. En fait, et pour mieux comprendre, ce roman est empreint d'un réalisme magique, ce qui le rend parfois exubérant, détaché du réel et mille fois exaltant (ou exalté).
Au final, un seul adjectif se dégage pour qualifier ce roman : savoureux !

Folio, 2009 - 246 pages - 6,50€
Traduit du l'espagnol (Mexique) par Eduardo Jimenez et Jacques Rémy-Zéphir. Traduction révisée.
Préalablement édité par Robert Laffont, en 1991.

**********

coeur_cousuJ'en profite pour rappeler la sortie en poche du roman de Carole Martinez, Le Coeur Cousu.
Un roman farouche et flamboyant, qui raconte une fresque familiale dans l'Espagne des années 30. Au centre, Soledad raconte l'histoire de sa mère, Frasquita, qui a hérité des dons de guérisseuse de sa propre mère. Chacun de ses six enfants possède lui aussi un don surnaturel. Le destin va les entraîner dans des aventures qui les conduiront, après une traversée d'Espagne, jusqu'au Maroc.
J'en parlais longuement ici.

Folio, 2009 - 440 pages - 8,10€ 

23/02/09

Los Demonios - Valérie Boronad

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« Ma mère a perdu son coeur. La douleur l'a fait tomber par la fenêtre. Peut-être qu'il a rebondi comme une boule de chewing-gum. Peut-être qu'il était si usé qu'il s'est brisé en arrivant au sol. Peut-être que quelqu'un l'a attrapé et l'a enfermé dans une cage dorée et que jamais plus il ne pourra voler jusqu'à moi.
Le coeur de ma mère s'appelle Luis. J'ai beau savoir son nom, je ne l'ai pas retrouvé. Mais je n'arrête pas de l'appeler. A force, peut-être finira-t-il par revenir.
Connaître le nom que porte le coeur de quelqu'un ne donne aucun pouvoir sur le coeur de ce quelqu'un. »

Dans ce roman à plusieurs voix, on entend surtout une belle chanson d'amour. Celle d'abord d'Ana pour Luis, leur histoire est dramatique, marquée par la guerre sale en Argentine, qui se soldera par la séparation et un destin brisé, la jeune femme ne surmontera jamais cette épreuve, et enfermera même son fils, Tango, dans cet amour impossible. A dix ans, le gamin est malin, brillant et perspicace. Il a compris que sa mère avait le coeur en miettes, et jamais le temps ne pourrait recoller les morceaux épars. Il a bien tenté d'écrire à son père, mais les lettres sont restées sans réponse. Perdu dans son calvaire, entre la guérilla et la junte, Luis Montoya vit un véritable enfer. Son amour pour Ana illumine les missives qu'il griffonne pour son fils, sans espoir de retour.

Tout ceci sonne très triste, et pourtant cela ne l'est pas ! L'écriture est tellement belle, la plume de Valérie Boronad adopte un lyrisme sans emphase, c'est juste, parfois poignant mais surtout tendre de la part du petit garçon qu'on retrouvera avec quelques années de plus, après le décès de sa mère, de retour dans cet hôtel qui a servi de refuge, et qui est aujourd'hui toujours le repère du vieil Augusto. Le garçon porte une valise lourde, faite de secrets et de loupés, et sera emporté lui-même par les mirages de l'amour, qui lui feront peut-être prendre conscience du poids de la passion.

Superbe deuxième roman de Valérie Boronad, déjà coupable d'une invitation troublante dans les limbes de l'imagination créative, cf. Les constellations du hasard (premier roman récompensé par le prix Carrefour Savoirs).
A découvrir.

Belfond, 2009 - 220 pages - 18€

Ce roman sera adapté au théâtre, saison 2009 - 2010 en tournée nationale, et sur une scène parisienne (Vingtième théâtre) du 5 mars au 25 avril 2010.

Site officiel de l'auteur : http://www.valerieboronad.fr/

# The Pirate's Gospel - Alela Diane

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19/02/09

Au couvent des Petites Fleurs - Indu Sundaresan

51mtJCkbv_L__SS500_Ce sont la grâce et l'élégance qui se reflètent principalement à la lecture des neuf nouvelles qui composent le livre d'Indu Sundaresan. L'exercice est toujours périlleux, en 30 pages l'auteur doit réussir à capter l'attention du lecteur sans louvoyer. Il faut éviter les pièges - les personnages plats, la voix insipide et l'intrigue molle. En postface, l'auteur donne d'ailleurs une très bonne définition de la nouvelle : « Une nouvelle s'accomode plus facilement de la folie et de l'excentricité qu'un roman - où ce serait épuisant. Les romans, en effet, ont besoin de pauses, de respirations. Dans une nouvelle, la pause survient après coup, une fois l'histoire lue et reléguée dans un coin de la mémoire, quand on a le temps d'y repenser. »

C'est tout à fait exact. J'ai pu une nouvelle fois constater avoir été sensible, sur le long terme, à certaines histoires de ce recueil. "Trois secondes et demie" raconte le drame d'un couple uni par un amour incomparable dont la vie sera bouleversée par la naissance d'un fils, mais cet enfant les déçoit car il se montre colérique et violent, qu'importe, le couple va tout lui donner, jusqu'à se saigner aux quatre veines, en seront-ils récompensés ?  "L'épouse fidèle" dénonce une pratique pourtant illégale, celle du sati, qui consiste à sacrifier la jeune épousée sur le bûcher de son mari défunt. L'histoire est rapportée d'après le témoignage d'un journaliste, qui tentera le tout pour le tout afin d'interférer dans cette décision. "Le feu" voit le retour d'une jeune femme de trente ans, partie depuis dix ans en Amérique, au chevet de sa grand-mère mourante. C'est l'occasion de régler une affaire de famille, un drame épouvantable qui n'appelle aucun pardon. "L'enfant non désiré" raconte la honte et la douleur d'un vieil homme, alors que sa fille cadette a eu un enfant hors mariage.

Toutes ces histoires montrent bien l'importance de la caste et du rang à respecter, des traditions et coutumes à suivre, et le fossé entre les générations. Huit textes sur neuf se passent en Inde, ils sont à la fois tragiques, drôles, cocasses, tendres et émouvants. Mais c'est une lecture forte, et qui touche instantanément. Le titre du livre fait référence à la première histoire, "A l'abri sous la pluie", la narratrice a grandi dans un orphelinat qui s'appelait le Couvent des Petites Fleurs, elle a été adoptée par un couple d'américains et vingt-trois ans plus tard la jeune femme reçoit une lettre de la directrice qui lui parle de sa propre mère, de sa maladie et du fait qu'elle ne l'a jamais oubliée... Pour moi, c'est la nouvelle qui dégage le moins d'étincelles.

Lisez également "Le Key Club", un texte étonnant, un peu grinçant. C'est l'Inde chez les riches, une génération qui roule sur l'or et travaille pour s'occuper, part en Amérique en attendant d'être en âge de prendre un poste à responsabilités dans la boîte familiale, donc cette jeunesse dorée ouvre un club très particulier pour tuer le temps. Il y a cela, mais pas seulement. Lisez, vous verrez. On attend le moment où le couperet va tomber, on croise les doigts, on l'espère, et là...  ah ?

C'est très bon, tout ça. Lecture fort plaisante !

Michel Lafon, 2009 - 220 pages - 18€
traduit de l'anglais (USA) par Sylvie Cohen

# L'odalisque - Claire DiTerzi

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27/12/08

A tout jamais - Nicholas Sparks

Ohlala ! Cette couverture, ce titre, cet auteur américain prolifique... beaucoup de niaiserie droit à l'horizon, et je mords à l'hameçon. Mais pourquoi ? Il a fallu un film découvert et apprécié récemment pour que je m'intéresse à cet auteur américain, Nicholas Sparks. Le film en question est celui de Cassavetes, The Notebook, adapté du roman "Les pages de notre amour". J'ai été purement fascinée, j'ai adoré cette histoire d'amour et je me suis dit qu'une telle adaptation s'est nourrie d'une bonne intrigue, et donc que les livres de l'écrivain ne devaient pas être dénués d'intérêt... Alors j'ai choisi parmi son importante bibliographie ce titre - A tout jamais. De là à croire que j'avais bientôt entre les mains un nouveau Love Story, d'E. Segal... il n'y a qu'un pas que je ne saurais franchir. Toutefois il ne faut pas s'emballer !

418SGQ977WL__SS500_Ce roman réunit tous les ingrédients pour faire chavirer le lecteur, qui est d'ailleurs prévenu au début du roman : vous allez rire et pleurer. Pour ma part, je n'ai été concernée ni par l'un ni par l'autre. N'en concluez pas que j'ai été déçue, car l'histoire est efficace, très rapide et assez exaltante. Cela raconte une rencontre improbable, un garçon riche et soucieux du regard des autres (Landon Carter), une fille de pasteur, qui se promène avec sa bible et s'habille comme l'as de pique (Jamie Sullivan). Cette dernière dégage une humeur placide et confiante, elle semble se moquer des railleries de ses camarades au lycée. Elle est généreuse, atypique, elle agace Landon parce qu'elle est différente. Et puis, elle le choisit comme partenaire dans une pièce de théâtre. C'est important pour elle et son père, que le garçon de 17 ans a toujours eu en horreur. Pourquoi ferait-il plaisir à cette fille ? Et que vont penser ses copains ? Malgré tout, il accepte, s'embarque dans l'aventure, et il va l'inviter comme cavalière à la fête de l'école. De fil en aiguille, les deux jeunes gens passent de plus en plus de temps ensemble, apprennent à se connaître, disons surtout que Landon est surpris par la beauté insoupçonnée de Jamie. Il est séduit, s'amourache, malgré son interdiction. Jamie avait prévenu : "Promets-moi de ne pas tomber amoureux de moi."

Ce qui rend cette histoire poignante et percutante est, sans aucun doute, sa briéveté. En quelques 200 pages, le tableau est dressé. Quarante ans ont passé et Landon est à jamais marqué par ses 17 ans. Il nous raconte son histoire, qui est belle parce qu'elle est éphémère et tragique.  C'est du pur mélo, prédisposé pour le grand écran (un film est d'ailleurs sorti en 2002 : Le temps d'un automne). Je n'ai toutefois pas réussi à être pleinement touchée par le récit. C'est très paradoxal car je n'ai pas décroché de ma lecture, que j'ai dévorée en quelques heures. Et ma foi, j'en suis là à me demander ce que j'ai à ce point apprécié pour ne pas m'en détacher... car j'ai été profondément agacée par l'influence judéo-chrétienne qui se glisse entre les lignes, jugeant finalement que ça devenait gnan-gnan à la longue. Ceci me laisse perplexe, parce que j'ai aimé ce petit bouquin (qui est très, très sentimental !). C'est peut-être ça...

      Robert Laffont, 2000 / Pocket, 2002 - 214 pages - 5,90€
traduit de l'anglais (USA) par Christine Bouchareine

Acheter : A tout jamais

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13/11/08

Et une histoire d'amour !

S'il est un film que vous ne devez pas louper, le voici :

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En ce moment, il fait aussi gris dans ma tête que dans le ciel.
Mais j'ai décidé de me soigner en me gavant de douceurs, et ce film a figuré au programme.

Le titre français est : N'oublie jamais.
C'est une histoire tirée du roman de Nicholas Sparks (Les pages de notre amour).

Le film s'ouvre sur un couple de personnes âgées. L'homme vient faire la lecture à une dame atteinte de la maladie d'Alzheimer. Il commence à lui raconter une histoire d'amour entre Noah et Allie, le temps d'un été, dans les années 40. Ils avaient 17 ans et tout les séparait. Sauf cet amour, passionnel et dévorant.

Il n'y a pas de gros suspense dans le scénario, ou peut-être un petit peu. Toutefois ce n'est vraiment pas ce qui compte. C'est juste ce vent qui vous emporte dans cette histoire entre Allie et Noah. Ils sont jeunes, beaux, impertinents. Ils vivent quelque chose de rare et unique.

Mais leur histoire d'amour est vouée à l'échec. C'est dit en préambule. Aïe !

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Je vous promets que vous n'allez pas verser toutes les larmes de votre corps, comme devant Love Story ! Il y a de l'émotion, c'est vrai. Cependant l'interprétation exceptionnelle des acteurs rend les sentiments encore plus beaux et touchants. Allie est gracieuse, éclatante. Son sourire est désarmant. Et son jeune partenaire a un côté brut de décoffrage qui le rend diablement séduisant !

Une histoire d'amour, une vraie.
Un amour qui défie le temps.
Une passion éternelle.

Film de John Cassavetes / 2004
Acteurs : Ryan Gosling, Rachel McAdams, Gena Rowlands, James Garner, Joan Allen, Sam Shepard

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11/10/08

Des caramels fondent dans le sable Leur goût de miel est un peu diable *

* Paroles de Daphné / Théo Soleil

Des chocolats, rappelle moi
D'éviter ça pour la prochaine fois...

A moins que ta peau, Théo, tout l'été dans l'eau
J'la parfume au sirop d'érable de Toronto

**********

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C'est l'histoire d'une légende. A Paea, sur les terres de Tahiti, on raconte qu'une enfant plus brillante que l'aurore vit le jour. On l'appela Anani. Elle était très belle, avec de longs cheveux roux et une peau étonnamment claire. Mais Anani le savait et avait ainsi développé un amour-propre disproportionné. Tous les hommes souhaitaient l'épouser, mais elle refusait de se marier.

Un jeune voisin, Hangaroa, tomba fou amoureux d'elle lorsqu'il la vit la première fois, la belle déclina sa demande en mariage car il n'était qu'un simple cultivateur.

Le chef du village, qui était d'une grande beauté, demanda lui aussi sa main mais elle refusa encore. Elle voulait être reine, sans jamais se plier devant un roi.

Le roi, piqué de curiosité, décida d'envoyer des messagers pour rendre compte de cette beauté légendaire, mais Anani s'offusqua. Cette attitude provoqua la colère du roi qui dépêcha son grand prêtre, le Tahua, pour punir l'insolente. C'était un vieillard, philosophe et un peu sorcier. Il fit la leçon à Anani, lui déclara qu'elle ne savait pas aimer et qu'elle était sèche comme le bois que l'on met dans le feu.

Anani éclata de rire et le Tahua, agacé, transforma la prétentieuse en un arbre majestueux au tronc pâle comme sa peau.

" Si un homme est encore amoureux de toi à présent, sans ta voix veloutée et ton doux sourire, s'il te choisit pour épouse, alors dans toute ta beauté tu réapparaîtras. "

L'ancien soupirant d'Anani, Hangaroa, n'avait pas oublié sa belle et priait en regardant les étoiles pour être aimé en retour. Ses longues promenades dans les hauts plateaux de l'île le mirent sur le chemin de l'arbre auprès duquel il trouva de l'ombre, de la fraîcheur et un délicieux parfum qui lui rappelait son amour perdu.

L'arbre avait fleuri et Hangaroa fut fou de joie de trouver du réconfort grâce à cet arbre. Il décida de le bichonner. Quelques temps après, les fleurs blanches avaient disparu à la place de gros fruits ronds et oranges. La peau était dure et amère, il fallait l'enlever car à l'intérieur se trouvait une chair délicieuse, juteuse et sucrée.

  Tant d'émotions avaient réveillé les désirs de l'homme,
" je suis fait pour la vie, je suis fait pour aimer. Je rêve d'une épouse que je laisserai libre comme le vent pour qu'elle ne soit pas comme mon bel oranger, prisonnier de ses racines. "

A ses mots, l'arbre dans lequel le corps de la jeune fille habitait frissonna. Et Anani apprit l'amour.

Elle sera libérée de sa prison, et Hangaroa obtiendra son amour éternel. Et c'est ainsi que les orangers de Tahiti - appelés Tamu Anani - devinrent les symboles de l'amour profond et sincère. Chaque année, les hommes descendent les bras chargés d'oranges pour partager leur parfum sucré et le plaisir des amoureux.

Un magnifique album, plein de poésie, de senteurs, de goûts et de sensations.
C'est aussi une histoire sensuelle, assez magique et porteuse d'espoir.

De Roxane Marie Galliez
Illustrations de Marie Diaz

Balivernes, 2008 - 14,50€

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03/10/08

La petite cloche au son grêle - Paul Vacca

Attention, pépite ! Gros coup de coeur pour ce roman.
D'ailleurs, il est tellement incroyable que c'est presque lui faire injustice d'en parler, mes mots n'arriveront jamais à la cheville d'une telle histoire. Mais je vais essayer, par souci de vouloir partager mon amour pour ce roman. Et puis, comme il est écrit à un moment dans le livre : "Quel bonheur de partager un secret ! Maintenant, ils savent comme nous que ce livre est un grimoire empli d'heureux sortilèges."

Cela se passe dans un petit village du Nord de la France, au charme bucolique rafraîchissant et enchanteur. La Solène coule le long d'un sentier herbeux, à travers les sous-bois. Là, le jeune narrateur de 13 ans et sa mère Paola ont trouvé leur refuge et butinent l'air fleuri en laissant éclater leur bonheur. Il y a une vraie complicité entre eux, un amour grand comme le monde. Le père est témoin passif, mais pas totalement en retrait non plus. Il est le cafetier du village, il voue à son épouse une admiration sans bornes. En gros, tout le monde est beau, tout le monde est gentil et c'est la belle vie.

Non, bien sûr. La belle Paola est malade et doit se rendre à Paris pour des examens. Il faut ne pas inquiéter le garçon et prétendre qu'elle rend visite à une vieille tante. C'est juste une histoire de quelques jours... En attendant, notre jeune héros est amoureux d'une demoiselle qui le snobe. Avec son copain Mouche, il échafaude des plans tordus pour attirer son attention et le résultat n'est pas à la hauteur des attentes. Et puis, il y a aussi la prof de français, la terrible Mlle Jeannin, qui vante les barbaries et autres solécismes dans lesquelles se noient ses rédactions avec un sadisme écoeurant, et ce, devant toute la classe !

C'en est trop pour la mère. C'est vrai que son fils n'aime pas les livres et c'est dommage pour réaliser son rêve secret d'en faire un grand écrivain. Mais elle ignore que ce même fiston est plongé, tous les soirs, dans un pavé aux longues phrases sinueuses, qui éveillent en lui des sentiments nouveaux et vertigineux. En rentrant d'une promenade, le garçon a trouvé un livre abandonné, qui appartenait à une femme belle comme le jour, il s'en est emparé et le cache sous son oreiller. Il s'agit de Marcel Proust, Du côté de chez Swann. "Je ne sais pas encore à quel point ce livre va changer notre vie."

La suite est une valse étourdissante entre les éclats de rire, la tendresse, l'envie et le désespoir. C'est beau à en pleurer ! J'ai longtemps cru qu'on allait échapper au chagrin tant l'auteur s'ingéniait à faire basculer les passages tristes avec ceux plus joyeux. Bien entendu, j'ai versé ma petite larme. Pourtant je ne voudrais pas qu'on charge ce roman d'un pathos gluant et déplacé, c'est tout le contraire. C'est une histoire d'admiration, d'amour et de grandeur. On peut aussi y voir un hymne formidable au pouvoir des mots et de la lecture, à son bienfait fédérateur (tout un village se mobilise pour créer un spectacle). Ne passez pas votre chemin et dévorez ce livre... il est magnifique !   

un grand merci à l'auteur de m'avoir fait partager ce plaisir de lecture ***

Philippe Rey, mars 2008 - 180 pages - 16€

L'avis de Cathulu

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01/10/08

Les Âmes Vagabondes - Stephenie Meyer

Dans une société du futur, la planète Terre a été envahie par une entité difficile à représenter, imaginez une espèce de mille-pattes qui vient prendre possession de votre corps et devient votre Âme. La population humaine a été anéantie, remplacée par des mutants qui réclament paix et sérénité au sein de notre civilisation, jugée incapable (trop de vicissitudes, trop de guerre, etc). Votre apparence et votre mode de vie font illusion, calqués sur le modèle humain, or cela ne trompe personne, notamment les rebelles qui s'opposent à cette invasion perfide et criminelle.

Melanie Stryder, 20 ans, était un humain sauvage jusqu'à sa capture par les Traqueurs. Entre les mains d'un Soigneur, son corps devient l'hôte d'une âme exceptionnelle, qui a déjà voyagé dans plusieurs mondes et vécu moults vies. Elle se nomme Vagabonde. Son insertion est douloureuse, violente ; l'afflux des souvenirs bouleverse cette entité peu habituée aux émotions humaines. C'est tout nouveau pour elle, pas loin de la déstabiliser, et pourtant elle refuse de paraître faible en laissant son hôte la dominer.

Melanie n'est pas une jeune femme facile à endormir, son esprit est encore présent, sa personnalité vibrante. Elle se rebiffe et tente d'ériger des murs pour ne pas rendre facile l'accès à sa mémoire. C'est l'affrontement de deux battantes, l'une et l'autre perdent du terrain et Vagabonde reçoit en plein coeur l'image d'un homme, d'une beauté à couper le souffle. C'est Jared, le grand amour de Melanie.

L'âme est chavirée par ce souvenir, par le flot de sensations qui monte en elle, dans le corps de Melanie. Cette fusion met en péril la mission de Vagabonde - chargée de fouiller les pensées de son hôte pour les rapporter à son Traqueur. Totalement ébranlée dans ses certitudes, mais émue et poussée par la curiosité, Vagabonde accepte de suivre les conseils de Melanie qui veut la guider dans le désert, à la recherche de Jared et de Jamie, son jeune frère.

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J'avais plusieurs craintes avant d'ouvrir ce livre, 1°) c'est un nouveau roman de Stephenie Meyer - 2°) allait-elle être capable de se renouveller après le succès de sa série Twilight - 3°) elle s'attaque au genre de la science-fiction qui n'est pas ma tasse de thé... Finalement, aucune appréhension à avoir car c'est une réussite sur toute la ligne. Stephenie Meyer prouve qu'elle est une remarquable romancière, qui sait proposer un autre univers, même s'il est toujours ancré dans la thématique de l'amour, la fascination, la sensualité etc.

Un carton plein, assurément. Après une lente et complexe introduction (50 à 80 pages), l'histoire se met en branle, racontée à la première personne, un atout majeur, car cela apporte une introspection plus palpable et attendrissante. L'étrange paradoxe, aussi, est de ressentir ce récit par deux personnes coincées dans le même corps. Si la narratrice principale reste Vagabonde, le personnage qui incarne l'hôte - Melanie - n'est pas ténu. Sa présence est encore forte et prégnante, assez pugnace.

Bref, j'ai adoré ! On oublie très vite qu'on lit un bouquin de science-fiction, on dépasse les théories selon lesquelles l'humanité a flanché, à force de concourir dans la médiocrité et les petitesses (l'homme apparaît vil, tricheur, fourbe et tortionnaire !). On se rend compte qu'on tient entre les mains une histoire d'amour véritable, d'un romantisme à toutes épreuves !

Une relation triangulaire se profile, mais avec beaucoup d'intensité et de complications. On s'en doute. C'est une configuration unique, conflictuelle (deux femmes, coincées dans un même corps, s'opposent pour atteindre le coeur d'un homme) et ce dernier est lui-même déchiré, partagé par ce qu'il ressent. Rien n'est simple !

J'ai beaucoup apprécié les personnages, qui ont été bien étudiés et décrits. La communauté des rebelles, réfugiée dans des cavernes souterraines, a su recréer un cycle de la vie primitif, indispensable à leur survie. Je n'ai pas eu le sentiment d'un espace clos et étouffant, au contraire j'ai trouvé que cela accentuait l'atmosphère d'angoisse et le sursis qui plane au-dessus de leurs têtes. Vagabonde est le pion central, mais tous les caractères jouent un rôle crucial et qui s'imbriquent les uns avec les autres. Non, je ne vous parlerai pas de Jared, l'élu de ces dames, le beau ténébreux par puissance... Mais c'est appréciable de se mettre sous la dent une palette de personnages bien croqués !

En règle générale, cette lecture force à se remettre en question, tout le temps. Elle nous renvoie à nos choix et nos prises de positions, à nos sacrifices et nos abnégations. Stephenie Meyer mérite de prendre du galon, parce que ce roman est remarquable. L'intrigue est singulièrement excitante, totalement imprévisible et captivante, l'action dense, palpitante et dramatique, du genre à vous couper le sifflet. Est-il nécessaire de préciser combien j'ai été envoûtée ? !

Editions JC Lattès, octobre 2008 - 617 pages - 20,50€
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Dominique Defert
titre v.o : The Host

Le site : http://www.stepheniemeyer.com/thehost.html (en anglais)

Virginie (des Chroniques de Chrestomanci) l'a lu en anglais

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09/09/08

Oh, Roméo - Merete Pryds Helle

Ce sont deux amants d'aujourd'hui, dans la ville de Copenhague, ils se prénomment Roméo et Juliette et ce n'est pas fait exprès. Tout les oppose : elle est la fille du futur maire, issu du parti national ; il est immigré iranien, réfugié politique et installé avec sa famille de sang mais pas d'esprit, comme il dit. Il est chauffeur de taxi, elle est thésarde en médecine légale. Ils ont 30 ans, ils pensaient ne jamais connaître le véritable amour et leur rencontre a tout sauvé.

On ne réécrit pas une tragédie, dans le sens où on ne modifie pas la fin de cette histoire. Cela pourrait être handicapant, mais c'est tout le contraire. On savoure d'avance cette courte aventure, qu'on souhaite passionnelle, fusionnelle, totale et dévastatrice. Cela la rend encore plus précieuse ! On aimerait que Juliette et Roméo conjuguent leurs différences et démontrent à leur entourage la débilité de s'affronter sur des questions raciales. Les nationalistes sont particulièrement virulents dans ce Danemark de l'année 2005, avec en rappel de fond l'affaire des caricatures qui a mis le feu au poudre.

On reste dans le domaine du drame passionnel, en dépit des questions soulevées sur l'intégration, l'immigration et le racisme. L'auteur ne s'est pas contenté de décalquer la pièce de Shakespeare, elle a su insuffler une éloquence enflammée et musicale, une forme moderne (au lieu d'écrire dans son Journal, Juliette s'adresse à son blog). C'est un court roman qui rend hommage aux amours intemporelles, aux passions qui ne meurent jamais, enfin bref c'est divin !

traduit du danois par Catherine Lise Dubost

Gaïa, septembre 2008 - 187 pages - 19€

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07/09/08

Le fiancé de la lune - Eric Genetet

On ne tombe pas de haut avec ce livre : il est court (124 pages), agrémenté de 40 chapitres aérés et d'une intrigue guère originale mais qui fera pleurer dans les chaumières. C'est l'histoire d'un amour, rapide, fulgurant, poignant et bref. Arno approche de la quarantaine, il a parcouru le monde entier pour son boulot, ne s'est jamais attaché à une femme jusqu'à sa rencontre avec Giannina, une jeune chanteuse de jazz. Cela s'approche du coup de foudre, mais nos deux prétendants ne vont pas se jeter dans les bras de l'autre tout de suite, car l'homme doit repartir, régler ses affaires et éprouver ce qu'il ressent pour cette femme. C'est tout nouveau et ça n'a pas de nom.

Quand tous deux se rendent compte du lien invisible qui s'est tissé entre eux, à l'épreuve du temps et de la distance, c'est sûr que ça rappelle fatalement la grosse histoire d'amour. On s'aime, on ne se quitte plus, on partage le même toit et on fait un enfant. Cette fusion fait peur aussi et Arno n'est jamais sûr de lui. Mais le destin va lui sonner les cloches pour lui rappeler l'amour éphémère, la préciosité de l'instant présent et l'injonction qu'il faut toujours aller au bout de ses rêves.

Laissez-vous emporter entre deux mélodies - La chanson des vieux amants et la voix d'Ella Fitzgerald qui hante les pages de ce roman. L'histoire, un peu lyrique dans son écriture, saura vous toucher par sa simplicité et sa fatalité. C'est beau, émouvant, inexorable. Je vous invite à tenter l'aventure et encourager ce premier roman à la jolie couverture.

Editions Héloïse d'Ormesson, août 2008 - 124 pages - 15€

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Posté par clarabel76 à 08:30:00 - Roman francophone - Commentaires [14] - Permalien [#]
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