18/06/13

L'île des oubliés, lu par Pulcherie Gadmer (Audiolib)

heart red

IMG_8979   IMG_8980

Quelle lecture envoûtante ! A priori, l'histoire traitant d'une léproserie n'avait pas lieu de m'attirer, mais j'ai tout de même tenté l'expérience car les avis sur ce livre étaient tous extrêmement positifs. Bien m'en a pris, j'ai succombé moi aussi à cette atmosphère douce, nostalgique et ensorcelante, qui s'annonce comme la lecture idéale pour les vacances !

A l'occasion de son excursion en Crète, Alexis se rend sur les terres où sa mère a passé son enfance, dans le petit village de Plaka, qui se situe face à l'île de Spinalonga, réputée pour avoir abrité une colonie de lépreux entre 1903 et 1957. En rencontrant une vieille amie de sa mère, Alexis découvre alors la bouleversante destinée de ses aïeux, que sa mère avait choisi de fuir sans jamais expliquer les véritables raisons à ses propres enfants.

Se dévoile alors une histoire de famille avec ses drames, ses secrets mais aussi ses passions. Sans mentir, j'ai plongé tête la première dans ce décor paradisiaque, baigné par le soleil éclatant de la Crète, pourtant marqué par des tragédies, mais duquel se dégage un formidable élan d'optimisme et d'amour. Même la vie à Spinalonga est captivante, on y découvre une communauté attachante, qui va mener une vie presque ordinaire, en s'organisant pour ne jamais baisser les bras.

C'est vraiment un beau et doux roman, qu'on savoure avec délectation. La lecture de Pulcherie Gadmer a également fortement contribué à mon état d'ébahissement et de fascination. Son timbre de voix est apaisant, une vraie caresse, la promesse tenue d'un instant d'évasion et d'une lecture dépaysante. Forte de cette rencontre, je tente prochainement Le fil des souvenirs du même auteur, Victoria Hislop.

L'île des oubliés, par Victoria Hislop
Audiolib / Livre de poche (2013) ; éditions Les Escales, 2012 - Traduit par Alice Delarbre
Texte intégral lu par Pulcherie Gadmer (durée : 14 h 35)


Teaser Tuesday #47

Les chansons. Ah, elles peuvent être tellement parfaites... Une chanson. Une simple chanson. Trois minutes et demie d'instruments et de voix, rien de plus en général. Et pourtant ces trois minutes et demie peuvent vous faire voir le monde, dans toute son horreur ou dans toute sa gloire ; elles peuvent vous émouvoir aux larmes ou bien vous faire danser en pantoufles dans votre cuisine. Elles peuvent exprimer une émotion que vous n'aviez pas conscience de ressentir, ou bien une aspiration profondément ancrée en vous. Je sais que j'ai l'air de me la jouer quand je parle de musique, mais j'ai passé trop d'heures à écouter en boucle la même chanson, les yeux écarquillés d'émerveillement, pour qu'il en soit autrement.

Marilyn elvis

Gracie Flowers, la petite vingtaine, agent immobilier à Londres, avec une voix en or (et l'incapacité de se produire en public pour chanter depuis la mort de son père), a tracé son avenir selon un Plan en 5 ans, mais celui-ci mord la poussière sitôt qu'elle loupe sa promotion au boulot. Les ennuis ne cessent de s'enchaîner : elle court dans toute la ville pour s'acheter la pilule du lendemain, vole au secours de sa mère au bord de la banqueroute, veut sauver le lopin de terre où est enterré son père, loin des griffes de promoteurs avides, et cerise sur le gâteau, reçoit un coup de fil de sa belle-mère lui annonçant que son petit copain la quitte !

Mais Gracie Flowers ne manque pas de ressources et nous entraîne dans sa course folle avec une fraîcheur et un bonheur qui donnent des étoiles dans les yeux. En effet, cette lecture m'est apparue pétillante, tartinée de belles réflexions sur l'amour paternel et sur la musique, les chansons, l'amour aussi... C'est un régal à lire !

Marilyn, Elvis, le prince William et moi, par Lucy-Anne Holmes
Pocket, 2013 - traduit de l'anglais par Odile Carton

Posté par clarabel76 à 08:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

12/06/13

“I must seem like the biggest nagging idiot in the world!” (Le garçon d'en face)

IMG_8957 

Avant toute chose, ce livre a déjà fait l'objet d'une édition en 2004, sous le titre Melissa et son voisin. Le roman a seulement subi une petite modernisation au niveau des anecdotes sur les pipoles (on cite désormais Jennifer Lawrence, Bradley Cooper, Kristen Stewart, Kate Middleton, Lindsay Lohan, etc.). L'héroïne, Melissa Fuller, est en effet chroniqueuse de la rubrique mondaine, à la page 10 du NY Journal.

Un matin, elle ne se présente pas à son poste car elle a porté secours à sa voisine, la vieille Mme Friedlander, qui a été agressée chez elle et emmenée aux urgences, laissant son danois et ses deux chats à l'abandon. En bon samaritain, Mel a tout pris en charge mais cherche aussi à joindre le neveu de la dame, un certain Max, pour assumer ses responsabilités. Le type, en fait, est un photographe très imbu de sa personne, qui n'a que faire des déboires de Mel et délègue un vieil ami de sa connaissance, John Trent, de se faire passer pour lui pendant un mois, car il lui doit bien ce vieux service.

Et John se fourre ainsi dans le pétrin, en prétendant être un type qu'il exècre, dupant par la même occasion une jeune femme qu'il va trouver de plus en plus charmante, sans possibilité de lui avouer toute la vérité sous peine de la froisser. Quel micmac ! De son côté, Melissa va naturellement tout gober et s'enticher de son nouveau voisin. Elle partage son bonheur avec sa meilleure amie Nadine, mais pas seulement, puisque tous ses collègues du journal sont au courant de son aventure et se permettent de s'immiscer dans sa vie sentimentale.

Les mails ne cessent de pleuvoir, ça tombe à droite et à gauche, tout le monde a son mot à dire, et c'est ça qui est la force du livre, uniquement composé d'une monstrueuse correspondance électronique, entre amis, amoureux, collègues et proches (la famille de John Trent va aussi mettre son grain de sel !). C'est un joyeux fourre-tout, c'est très distrayant, Meg Cabot est douée pour nous embarquer dans des petites comédies romantiques et légères, donc on passe un très bon moment et c'est ça l'essentiel !

Le garçon d'en face, par Meg Cabot
Hachette (2013) - traduit par Cécile Leclère

Posté par clarabel76 à 19:45:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

03/06/13

“Honestly, it’s so easy to get what you want from people if they think you’re a psycho.”

IMG_8907   heart red

Cette lecture a été un pur délice ! Lara est une jeune femme de 27 ans, qui traverse une très mauvaise période (son petit ami vient de la larguer par mail et son associée a mis les bouts pour se payer une amourette sous le soleil, sans se soucier du devenir de leur fraîche agence de chasseuses de têtes). En accompagnant ses parents aux funérailles de sa grand-tante Sadie, 105 ans, jamais elle n'aurait imaginé que sa vie allait connaître un revers étourdissant !

Au cours de la cérémonie, plate et sans tralala, Lara se trouve nez à nez avec le fantôme de Sadie, fraîche, pimpante et exubérante. Elle a une vingtaine d'années, un look de garçonne et un sale caractère. Ce qu'elle veut, c'est récupérer son collier fétiche. Elle jure, elle supplie, elle ordonne Lara de tout mettre en œuvre pour le retrouver. Prise d'une impulsion folle, la jeune femme crie à l'assassinat et gagne ainsi un temps précieux avant l'incinération fatale.

Et les voici, tous les deux, Lara et son fantôme, dans les rues de Londres, à tenter d'élaborer un plan d'action et mener une petite enquête brinquebalante (mais absolument jouissive, tellement c'est cocasse !). Lara va aussi céder aux moindres caprices de sa grand-tante, comme de s'habiller comme dans les années folles, inviter un inconnu à danser et flirter avec lui en souvenir du bon vieux temps. Si jamais Lara ne chipote, ou si peu, c'est qu'elle se sent coupable d'avoir négligé Sadie du temps où elle croupissait seule dans sa maison de retraite, sans la moindre visite.

Mais cette aventure lui offrira l'occasion de s'épanouir, d'élargir son réseau relationnel, de tirer un trait sur le passé (out, Josh !) et de tomber amoureuse. Elle découvrira aussi l'étonnante personnalité de sa grand-tante, débroussaillera un secret de famille et résoudra par la même occasion le mystère d'une toile de maître. C'est une lecture qui booste le moral et vous fait vous sentir heureux, l'histoire est pleine d'entrain, avec des situations tendrement farfelues, cela fait un bien fou de s'y plonger, j'ai beaucoup aimé !

Très chère Sadie, par Sophie Kinsella
Pocket, 2013 - traduit par Daphné Bernard

31/05/13

♪♫ Don't Stop 'Til You Get Enough ♫♪

IMG_8903   

Charlotte, bientôt trente ans, vit une liaison avec un homme marié, Richard, un réalisateur qui vient justement de sortir son nouveau film ... qui parle de son histoire avec sa jeune maîtresse, qu'il tourne en ridicule. Le goujat ! Charlotte, pigiste pour un journal de cinéma, se fait un plaisir de défouler sa rage et son désespoir dans un article assassin, en jurant ses grands dieux qu'elle ne veut plus entendre parler de lui.

Dans l'intervalle, la demoiselle a fait la connaissance de Martin, charmant, charmeur et disponible. Charlotte n'écoute que son cœur et savoure son bonheur. Mais disons que la vie n'est pas un long fleuve tranquille, et de nouvelles aventures cocasses et amusantes vont jalonner le récit. Pour notre plus grand plaisir ! Car j'ai dévoré ce livre en deux coups de cuillères à pot. Slurp, c'était délicieux. Je n'ai pas manqué de pouffer en lisant deux, trois scènes hallucinantes (la tentative de fuite par la lucarne des toilettes de La Closerie des Lilas, le serveur bien aimable, le coup du karaoké dans la cour d'école, le déjeuner cauchemardesque que Charlotte subit en tentant de retenir le zèle du groupe de gospel, la soirée anniversaire, etc. etc.).

Le ton est vif, sans temps mort, avec des répliques tordantes, des jeux de mots parfois ridicules, une mise en scène survoltée (et un final en clin d'œil au film Elle et lui de Leo McCarey), bref c'est du petit lait à boire, de la chick-lit légère, enjouée, drôle, coquine et charmante, j'avais besoin de rire et décompresser, cette lecture a su pleinement remplir son office, j'ai adoré !

Apocalipstick, par Charlotte Marin & Marion Michau
Pocket, 2012 - illustration de couverture : Diglee

Charlotte Marin est également chanteuse (clic) et double la voix de Katherine Heigl dans Grey's Anatomy.


14/05/13

"... l'oubli n'est pas seulement une forme du souvenir, mais le souvenir est une forme de l'oubli."

IMG_8862 

C'est probablement un livre qui a été écrit pour moi. Il est en effet question d'une maison et d'une famille où il n'y a que des filles. Le reste, c'est de la poésie, de la gourmandise, de la nostalgie, de la tendresse et de la délicatesse. Comment résister ?

Iris vient d'hériter de sa grand-mère Bertha la grande maison de Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne. C'est l'été, le jardin regorge de couleurs et de senteurs, subrepticement tous les souvenirs d'enfance lui reviennent à la pelle : la maladie de Bertha, à la mémoire défaillante depuis sa chute du pommier, les balades dans la campagne, près de l'écluse, les heures à plonger ou nager dans le lac, sa cousine Rosemarie et leur amie Mira, les tragédies, la mort, les histoires d'amour naissantes, les trahisons, le désespoir, la jalousie...

Tout ça en un lent et langoureux va-et-vient avec le présent, où Iris fouille les placards, revêt les vieilles robes de bal de ses tantes ou sa mère, croise avec nonchalance Max, le jeune avoué qui doit régler les questions de succession. C'est une lecture qui doit se vivre, être ressentie comme un cadeau, ou être considérée comme un écho à vos propres souvenirs. Ce roman aborde d'ailleurs la délicate suggestion de la mémoire et de l'oubli, avec les histoires qu'on se construit à partir des souvenirs qu'on se force à faire renaître, ou qu'on tente d'inventer.

C'est une lecture que j'ai savourée, en regrettant sincèrement la fin et le moment de devoir dire adieu aux fantômes de Bootshaven, à Iris et à sa fabuleuse histoire familiale. Très belle et passionnante version Audiolib, comme d'habitude !

Le goût des pépins de pomme, par Katharina Hagena
Audiolib / Anne Carrière, 2010 (existe en format poche) - Traduit de l'allemand par Bernard Kreiss
Texte intégral lu par Cachou Kirsch

"J'aimais lire et manger en même temps (...). C'était merveilleux les histoires d'amour avec une portion de gouda, les récits d'aventures avec du chocolat aux noisettes, les drames familiaux avec du muesli, les contes de fées avec des caramels mous, les romans de chevalerie avec des cookies..."

Un grand merci à Bladelor pour la découverte ! ♥

01/05/13

"Tant qu'on peut boire, profitons-en pendant qu'on est vivants."

IMG_8825 

Paris, fin 1959. Michel Marini a douze ans. Il aime la lecture, le rock et le baby-foot. Souvent, il se rend au Balto, un bistro de l'avenue Denfert-Rochereau, où il est intrigué par les activités secrètes d'un club, derrière une porte verte, dans l'arrière-salle. Le jour où il obtiendra enfin son sésame, Michel va plonger dans une autre galaxie : celle d'exilés des pays de l'Europe centrale ou de l'Est, des réfugiés politiques, des énergumènes qui refont le monde autour d'une bouteille d'alcool ou d'une partie d'échecs.

C'est ainsi qu'on s'aventure dans ce roman foisonnant, entre les anecdotes de ces hommes brisés, mélancoliques et meurtris, aux parcours malmenés suite à la guerre et à la révolution, à leurs nombreuses tentatives pour survivre, aimer, oublier... Sans se rendre compte, on se passionne vite pour ces bouts de vie saccagés (la folle histoire d'amour de Leonid, par exemple, ou les frasques de l'acteur Tibor Balazs, tellement beau et orgueilleux qu'il ne supportait plus de vivre chichement). Viendra aussi le mystère autour de Sacha, cet homme discret, que tous les membres du club conspuent, haïssent haut et fort, sans jamais en expliquer les raisons.

Michel, lui, est un garçon heureux, curieux et sensible. Chez lui aussi, ça va barder entre ses parents, depuis le coup d'état de l'aîné de la famille, Franck, qui va partir en Algérie, où la guerre d'indépendance n'atteint pas le quotidien des Parisiens, qui subissent de très loin les ondes de choc. Michel va donc consoler Cécile, la petite copine délaissée de son frère, et l'aider à maintenir la tête hors de l'eau lorsque ce dernier disparaîtra sans donner la moindre nouvelle.

Cette lecture est, sans conteste, un long moment de plaisir. C'est une promenade d'un autre temps, dans un contexte chaleureux et florissant, mais toujours marqué par les blessures du passé, de la guerre, de ses trahisons, de la perte des valeurs et des utopies aussi. J'ai dégusté chaque instant de ce livre, je m'y sentais à l'aise, je n'avais plus envie d'en sortir, et pourtant la lecture est très longue, plus de 21 heures d'écoute, mais sérieusement je n'ai pas vu le temps passer ! Je réinscris ce livre parmi mes rares moments de lecture où j'ai adoré perdre la notion du temps pour me retrouver au cœur d'histoires palpitantes, bouleversantes, avec un pincement de cœur au moment de devoir les abandonner.

Le Club des incorrigibles optimistes, par Jean-Michel Guenassia
Audiolib, 2013 / Albin Michel, 2009
Texte intégral lu par Stéphane Ronchewski (suivi d'un entretien inédit avec l'auteur)

“Il y a dans la lecture quelque chose qui relève de l'irrationnel. Avant d'avoir lu, on devine tout de suite si on va aimer ou pas. On hume, on flaire le livre, on se demande si ça vaut la peine de passer du temps en sa compagnie. C'est l'alchimie invisible des signes tracés sur une feuille qui s'impriment dans notre cerveau. Un livre, c'est un être vivant.”

26/03/13

“Write about what disturbs you, particularly if it bothers no one else.”

IMG_8718   

Quelle magnifique histoire ! J'avais vaguement suivi le buzz autour du roman au moment de sa parution, encore une fois j'avais préféré attendre avant de me faire ma propre opinion, et puis j'ai opté pour l'audio-livre, qui a fini de planter le clou dans mon appréciation plus qu'enthousiaste ! Les trois comédiennes nous transportent littéralement dans leur monde, dans leur histoire, c'est un délice pour les oreilles.

Nous plongeons donc dans le Sud des Etats-Unis, à Jackson, dans le Mississippi, dans les années 60, et nous découvrons la vie des bonnes noires, qui élèvent les enfants des familles blanches, lesquelles ne se conduisent pas toujours de façon charitable ou honorable avec elles. Nous sommes aux balbutiements des droits civils, de Martin Luther King et du président Kennedy, ça fourmille, ça grouille, ça songe mais ça n'ébranle pas cette petite société sudiste, rétrograde et endormie sur elle-même.

Alors, nous faisons connaissance avec plusieurs bonnes, dont Aibileen et Minny. La première a déjà une longue expérience derrière elle, c'est une femme sage, un peu usée, mais qui n'aime pas faire de vagues. Elle est folle de la petite Mae Mobley, la fillette rondouillette dont elle s'occupe, mais envers laquelle sa propre mère, Miss Leefolt, est souvent maladroite et exigeante. Minny, elle, est une tigresse, elle n'a pas sa langue dans sa poche, elle dit tout haut ce qu'elle pense, ce qui lui fait souvent perdre sa place. Elle a un sérieux contentieux avec Miss Hilly, une redoutable mégère qui mène tout le monde à la baguette et qui interdit quiconque de l'embaucher dans tout le Mississippi !

Heureusement, Minny va rencontrer Miss Célia, un clone de Marilyn Monroe, jeune femme douce, complètement à côté de ses pompes, qui ne sait rien faire de ses dix doigts et qui voudrait apprendre à cuisiner, sans que son mari en sache quelque chose. Alors Minny doit travailler en cachette. Quelle farce ! Le nombre de fois où la bonne se retrouvera dans des situations saugrenues est aussi l'occasion de bonnes séances de gloussements... Sans quoi, ce duo est foncièrement attachant. J'ai beaucoup aimé leurs séquences.

Bref, parmi les amies de Miss Leefolt et Miss Hilly, nous avons Miss Skeeter, qui est pourtant tout le contraire de ces dames. C'est une grande branche, à la coiffure rebelle, toujours célibataire, au grand dam de sa mère. Elle rêve de mener une carrière dans le journalisme ou l'édition. En attendant, elle rédige des conseils de ménagère pour la gazette locale (une blague !), avant de se lancer dans son grand projet qui va la réunir, elle et Aibileen, puis toutes les bonnes de la région, autour de leurs conditions de travail et du regard qu'elles posent sur leur situation.

Cette ébauche de livre est un futur brûlot. Et pourtant, toutes vont s'y consacrer, d'abord avec maladresse et la peur au ventre, puis animées d'une foi véritable, d'une envie d'en découdre, de parler, de raconter, de se libérer. Car elles ont toutes une histoire poignante, révoltante, attachante à partager. Et c'est fascinant avec quelle simplicité, quel amour et quelle passion nous adhérons à leur incroyable parcours. Ce sera comme une gestation dans la douleur, avec un voile de folie et d'insouciance, mais quel acte de courage aussi !

Sincèrement, je n'ai pas vu le temps passer. Tout de suite, j'ai été absorbée par cette formidable aventure humaine, parsemée d'anecdotes très drôles (le premier rendez-vous entre Miss Skeeter et Stuart, le moment où Minny se planque dans les toilettes, la pathétique collection de trônes éparpillés dans le jardin pour protester contre la loi sur les WC, sans oublier la fameuse tarte au chocolat ... un potin tout bonnement hilarant, même s'il est tout sauf appétissant !). Il y a donc matière à sourire, rire, soupirer aussi, face à tant de bêtises, d'injustice et de discrimination, mais globalement il en sort un message très positif et une sensation jubilatoire. Je recommande fortement !!!

La couleur des sentiments, par Kathryn Stockett
éditions Jacqueline Chambon, 2010 / en poche, Babel pour Actes Sud, 2012 / Audiolib, 2011
Traduit de l'anglais (USA) par Pierre Girard
Texte intégral lu par Nathalie Hons, Nathalie Hugo, Cachou Kirch et la participation de Valérie Lemaître
durée : 17 h 50

14/02/11

C'est pas parce qu'on écrit qu'on est bien dans sa tête, ça veut rien dire...

IMG_2471C'est un très, très joli roman qui absorbe toute votre attention pendant 500 pages et qui vous recrache contre votre gré, le coeur lourd et la tête à l'envers, car c'est vraiment difficile de quitter tous les personnages, même si on sait que tout va mieux pour eux.
C'est l'histoire d'une ferme, qui s'appelle Le Bout du Monde. Un lieu paumé pour accueillir tous les bras cassés. On y rencontre Marlène, la responsable, et trois adolescents, Solam, Jul et Malo. On ne connaît pas tout de suite leurs histoires, on en aperçoit des bribes et c'est tant mieux. Cela rend la lecture plus intriguante et passionnante.

Le roman se construit autour des pages de journaux intimes de chacun - ils doivent se livrer à cet exercice imposé par Marlène. Tous n'y mettent pas le même coeur à l'ouvrage, certains préfèrent se défouler dans l'agressivité, d'autres dans leur détresse affective ou dans une poignante candeur. Mis bout à bout, leurs confessions nous bouleversent, nous touchent et nous racontent une vraie histoire, dans la lignée de celle d'Anna Gavalda. Ensemble, c'est tout est devenu un slogan à part entière, un slogan qui colle parfaitement à l'esprit du roman de Maud Lethielleux. C'est vous dire le bonheur et le bien qu'il procure.

J'ai ressenti des élans d'amour, de tendresse, de colère, de frustration et d'amertume au cours de ma lecture. Tout est vécu vite et fort, tout s'exprime au centuple. Ce n'est pas un roman banal. Pas une histoire commune. Et j'ai aimé aussi l'idée de créer sa propre famille, de se consoler comme on peut, avec les moyens du bord, jusqu'à l'issue de secours, inattendue mais pas vaine, rassurante et loin d'être mielleuse. Oui, c'est bien que ça se termine ainsi, c'est mieux, ça donne de l'espoir.
J'ai réellement apprécié me fondre dans cette aventure humaine, me faire une place parmi cette communauté toute cabossée. Je leur souhaite bonne chance, comme à tous ceux qui grandissent trop vite ou que la vie inquiète.

Tout près le bout du monde - Maud Lethielleuxsmileyc219
Flammarion (2010) - 508 pages - 10€

Quand elle sourit j'ai l'impression d'être en coton, comme la poupée doudou que j'avais quand j'étais petit, toute molle. J'aimerais bien être un doudou toujours au chaud avec quelqu'un comme Djoule qui me cherche partout.

***

Parfois je me sens libre. Je respire, c'est tout ce dont je suis capable : respirer, me nourrir, dormir. Et il m'arrive de penser que c'est suffisant, qu'après tout la vie n'est rien de plus, et que tout le reste n'est qu'un leurre.

> les cris d'amour de Zazou et Gaëlle

Posté par clarabel76 à 11:15:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , , ,

17/11/10

La douce tranquillité des samedis

mccall_smith

Je n'avais pas encore lu la série avec Isabel Dalhousie alors que j'apprécie beaucoup Alexander McCall Smith (Mma Ramotswe, Les chroniques d'Edimbourg) et le hasard faisant souvent bien les choses ... C'est donc avec La douce tranquillité des samedis que je me suis lancée.

Isabel est une femme d'une quarantaine d'années, fort aisée, qui dirige la très sérieuse Revue d'éthique appliquée. Elle a un enfant, Charlie, et un compagnon, Jamie, de quinze ans son cadet. Il faut vraiment que je me mette à jour concernant cette relation, car ici on découvre une femme amoureuse et sur la réserve, elle ne souhaite pas étouffer son jeune amant, et tremble à l'idée de le perdre. C'est donc une Isabel jalouse et peu sûre d'elle en amour que je rencontre, sauf que ce serait trop réducteur de la qualifier ainsi, aussi j'ai pesté in petto d'avoir loupé les précédents épisodes (mais je me suis promise de ne pas en rester là afin de mieux évaluer les personnalités et connaître les petites histoires de chacun).

En attendant, ce que j'aperçois me plaît beaucoup ! McCall Smith, une fois encore, réussit à nous bercer dans un cocon chaleureux et pratiquement familier. On s'y sent bien, à Edimbourg, dans les quartiers chics, les parcs municipaux, la boutique de Cat ou dans les couloirs du Queen's Hall. C'est confortable, je m'étais d'abord leurrée en m'imaginant à une autre époque que celle proposée par l'auteur (l'époque contemporaine, tout bonnement !), tant Edimbourg donne l'illusion d'appartenir à un autre temps.

Ce n'est bien évidemment pas l'intrigue policière qui retiendra mon attention, l'histoire d'un homme, un médecin, qui répugne d'avoir été mis au pilori suite à un scandale pharmaceutique. L'épouse de cet homme demande l'assistance d'Isabel, mais il est davantage intéressant de la suivre dans sa vie de tous les jours, d'apprendre à connaître Eddie, qui travaille chez Cat (laquelle part en vacances au Sri-Lanka et demande à Isabel de la remplacer), ou de discuter avec Grace, la gouvernante, sans oublier Jamie, pour qui son petit coeur de femme amoureuse bat fort, beaucoup trop fort. Et à raison ! (Jamie est charmant !) Bref, je compte bien rattraper mon retard, et découvrir un peu mieux cette série sympathique, pas révolutionnaire, mais qui possède le gros avantage de nous absorber dans son univers douillet.

La douce tranquillité des samedis - Alexander McCall Smith
10-18 coll. Grands détectives (2010) - 285 pages - 7,90€
Traduit de l'anglais par Martine Skopan

A découvrir (dans l'ordre) :

  • Le Club des philosophes amateurs

  • Amis, amants, chocolat

  • Une question d'attitude

  • Le bon usage des compliments

  • La douce tranquillité des samedis

  • L'importance d'être reconnaissant