19/12/09

Graceling ~ Kristin Cashore

Livre un : Le don de Katsa
Hachette, 2009 - 425 pages - 14,90€
traduit de l'anglais (USA) par Raphaële Eschenbrenner

gracelingKatsa est une Graceling, un être rare doté de pouvoirs incroyables : elle peut tuer un homme à mains nues.  Sa réputation a déjà fait le tour du royaume et au-delà des frontières, elle est la Lady tueuse. Orpheline et nièce du roi Randa, elle est à son service pour accomplir les basses besognes avec ses compagnons d'armes, Giddon et Oll. Parallèlement, avec la complicité de son cousin, Raffin, le fils du roi, elle est à la tête du Conseil, une association secrète qui agit pour le bien et pour venir en aide à des situations de détresse. Leur dernière mission - libérer le vieux père du roi de Lienid - place sur le chemin de Katsa un individu dont les pouvoirs semblent être de compétence égale avec les siens. Cette rencontre rend la jeune femme perplexe, elle assomme le type au lieu de le tuer et prend la fuite. 

En fait, Katsa va prochainement retrouver son adversaire lorsqu'il se présente au château du roi Randa en tant que prince Greening Grandmalion de Lienid. Il est en quête d'informations sur l'étrange disparition de son grand-père, Tealiff, qui se trouve à l'abri dans les couloirs secrets des appartements de Raffin. C'est encore trop tôt pour faire confiance à ce jeune prince, et les membres du Conseil se tiennent à carreau. Katsa accepte pourtant de s'entraîner avec lui - il se prénomme Po, faisons plus court - et une connivence se crée. La jeune femme découvre des facettes cachées, prend conscience d'être une marionnette entre les mains de son oncle, ne veut plus assumer cette part de bestialité qui la rend si différente des autres et la tient à l'écart, Katsa découvre en Po un ami sûr, lui aussi possède le don du combat et pour la première fois elle se sent comprise et en confiance. Cela va leur permettre d'étudier la raison de l'étrange kidnapping de Tealiff, et de fil en aiguille d'étonnantes révélations vont fleurir !

J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman. Un roman dont le souffle gagne peu à peu le lecteur. Entre fantasy et romance, l'histoire a de formidables atouts pour étourdir en nous entraînant dans ce monde merveilleux et inquiétant des Gracelings. Les personnages sont de toute beauté, Katsa en tête est une jeune femme forte et qui revendique son désir d'indépendance et d'être libre. Elle refuse le mariage, les enfants et les prétendants. Aussi, est-elle bien embêtée lorsqu'elle prend conscience de ses sentiments pour le prince Po (formidable personnage, entre nous, compréhensif, charmeur, vaillant...). Il n'y a néanmoins pas un torrent d'érotisme dans ce roman (ou si peu), nous sommes à la frontière du roman pour jeunes adultes, mais point d'hypocrisie non plus car Katsa et Po vont vivre leur amour en choisissant d'être des amants. D'où passage à l'acte. (Je le précise, si vous souhaitez le confier à des lecteurs qui pourraient s'émouvoir d'une telle audace ! ;o) La description de la scène est gentille, je peste !).

A partir du moment où la liaison est affichée, le couple n'en devient pas niaiseux pour autant, et c'est tant mieux ! La demoiselle est une tigresse, son alter ego se révèle d'une noblesse exemplaire et digne pour établir le bon équilibre. En fait, l'émotion est très souvent bridée, ou n'est-ce que mon sentiment, au profit de l'action : longues chevauchées dans la forêt, lente ascension des cols montagneux, et j'en passe. L'ennemi que doivent affronter Katsa et Po est particulièrement redoutable, à tel point que la fin de l'histoire en devient frustrante (trop précipitée et improbable) ! Ce sont des défauts infimes, sans conséquence, car j'ai diablement savouré cette lecture ! Et n'imaginez pas que ce livre soit hermétique, totalement froid, exempt d'émotions sincères, il en possède aussi. D'ailleurs tous les instants que passent Katsa et Po ensemble sont de très, très beaux moments qui donnent le sourire (et serrent mon petit coeur de midinette).

Verdict : J'AI AIME ! Amis lecteurs, je vous préviens, nous sommes cernés par une pile de romans dont les échos sont tous meilleurs les uns que les autres. Les jours qui suivent vont nous perdre ! Comment allons-nous survivre !?! ... :/

Le nouveau roman de Kristin Cashore, déjà paru aux USA, s'intitule Fire. Il n'est pas la suite de Graceling, mais il est lié, il se passe trente ans plus tôt et introduit un personnage d'une importance considérable. Le troisième livre à paraître, Bitterblue, se passera six ans plus tard. J'ai hâte !!!   

 

-) pour lire un extrait

illustration couverture française : Anne-Claire Payet
la couverture uk graceling_vo2graceling_vo (us)

-) à lire, sur le blog de l'auteur, un billet où elle expose qu'elle n'a pas franchement de béguin pour tel ou tel acteur, mais plutôt des béguins pour des personnages - nuance !  j'ai trouvé ça excellent, car finalement je me sens un peu dans le même cas (bientôt je listerai tous ces personnages qui me font perdre la tête !)  LIEN

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17/12/09

La Cité des Ténèbres ~ Cassandra Clare

Livre 1 : La Coupe Mortelle
Pocket jeunesse, 2008 - 570 pages - 19,50€
traduit de l'anglais (USA) par Julie Lafon

Me voici donc une nouvelle fois étourdie par une lecture, par la faute d'une nouvelle série. Le premier tome a été traduit l'an dernier, et little g. m'avait dit : lis-le et j'avais dit ok en toute confiance, ne sachant pas que le temps allait passer si vite, le tome 2 est maintenant disponible (et même le 3ème en anglais ! il est déjà commandé, vous pensez bien). Qu'est-ce donc, encore ?

Hmm. Cette série n'est en rien révolutionnaire, je porte par exemple à Hunger Games un fanatisme plus fort (n'ayons pas peur des mots), elle a su néanmoins me surprendre. Je vous l'annonçais précédemment, j'ai commencé ma lecture bien sagement, pas franchement éblouie par ce qu'on me proposait, c'était bien sympa et gentil, mais où va-t-on, et puis le deuxième effet kiss cool est arrivé, j'avais les doigts collés au livre et je tournais les pages d'un air avide, en clair j'étais fichue. Et depuis, j'accumule les heures de sommeil en moins.

cite_des_tenebres_1Clary, quinze ans (bientôt seize), apprend brutalement que son sort est lié au Monde Obscur, lorsqu'elle découvre l'appartement qu'elle partage avec sa mère totalement dévasté par l'attaque d'un Vorace. La déconfiture s'enchaîne avec la disparition de sa mère et avec la défection de celui qu'elle prenait pour son oncle, Luke, qui ne veut plus la voir et le lui annonce par téléphone. Son seul recours, une bande de jeunes tueurs surentraînés pour anéantir les vilaines créatures. Ce sont des Chasseurs d'Ombres, ils appartiennent à un monde jusque-là inconnu pour Clary, et qu'elle apprendra peu à peu à cerner, à l'instar du lecteur. (Ceci signifie que je ne vous expliquerai rien du tout ! :o))

Parmi eux, il y a Jace. Et c'est un peu sa faute si j'ai des étoiles dans les yeux. Ce type a une beauté arrogante, il est sûr de lui, moqueur, drôle et ironique, il ne cache jamais son agacement ni la vérité, il a toute une histoire derrière lui qui explique son attitude, et ce qui est bien, c'est que l'héroïne n'est pas bouche bée, bave aux lèvres, devant lui. En fait, elle a d'autres chats à fouetter et ne prête pas attention à son charme, elle en a conscience, mais c'est le cadet de ses soucis (de même, son meilleur ami Simon tente de lui faire du pied pour qu'elle remarque qu'il est fou amoureux d'elle, mais la demoiselle ne voit rien du tout).

Jace et Clary ne vont plus se quitter, ils ont une mission à mener, car pour retrouver la mère de la jeune fille, ils doivent d'abord mettre la main sur la Coupe mortelle, et de préférence avant un certain individu à la sale réputation. Une figure du passé, qu'on croyait zigouillée, mais qui refait surface en clamant vengeance.
Damned.

Pas grand-chose à rajouter, si ce n'est que je n'ai pas du tout aimé la révélation finale, bouh c'est quoi ce truc, cela ne peut pas se passer comme ça, ce n'est pas possible, alors y'a intérêt que ça change, et fissa !
Je suis déjà plongée dans le tome 2...

-)  Anne, je te comprends maintenant !!!!

NB : devinez quoi,  The Mortal Instruments by Cassandra Clare has been optioned for a movie. Comme beaucoup de fans, moi aussi je mets une option sur l'acteur Alex P. pour incarner Jace !!!

to be continued...

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Livre 2 : L'Epée Mortelle
Pocket jeunesse, 2009 - 525 pages - 19,50€
traduit de l'anglais (USA) par Julie Lafon

cite_des_tenebres_2Après les révélations stupéfiantes du premier tome, ce deuxième semble bien mou, bien frustrant dès les premières pages. Car ce qu'on sait désormais touche de plein fouet Clary et Jace, notre petit couple fétiche, on sait qu'entre eux tout est fermé, caduc, impossible, à jamais ! Il y a bien ce cher Simon, l'ami fidèle et dévoué, qui rôde dans les parages et se trémousse de plaisir d'avoir le champ libre pour déclarer sa flamme, mais... que voulez-vous, aussi sympathique soit-il, Simon n'est pas Jace, et c'est un crève-coeur.

Bon, heureusement l'histoire n'est pas non plus une lente complainte d'âmes torturées, nous avons aussi droit à notre lot d'action et de suspense. L'ennemi est toujours en place, celui-là même qui se déclare du même sang que ... vous savez qui. Il a choisi de dérober un deuxième instrument mortel - l'Epée - et ses ambitions sont plus noires et démoniaques que jamais. Jace, accusé par l'Inquisitrice d'être l'espion de Valentin, voit sa famille d'adoption lui tourner le dos. Le type est complètement largué, il se blinde derrière son cynisme mais dès qu'il est en présence de Clary, il est plus vulnérable que jamais. Plusieurs scènes m'ont offert de plaisants moments où j'ai senti mon petit coeur battre à tout rompre (la fête chez les elfes ou la soirée mouvementée chez Luke).

Argh, comment vous dire sans trop en dire, c'est désappointant. En fait, c'est très difficile d'admettre ce que l'auteur cherche à nous raconter, et très vite on scrute les petits indices qui indiqueraient une autre voie à suivre. En attendant, oui c'est frustrant ! Très frustrant. Au début je craignais m'ennuyer, mais heureusement Jace n'est pas un individu ordinaire qui se plie aux règles. Toujours excessif dans ses décisions, il nous gratifie de déclarations qui feraient se pâmer tout un couvent de bonnes soeurs !!! (Par contre, haro sur son discours à la toute fin !) Et c'est très bizarre, car jamais je n'ai trouvé que c'était révoltant ou immoral.

Tout le roman n'est pas totalement ancré autour de Jace et Clary, même si cela reste le nerf de l'intrigue. On retrouve avec plaisir les secrets du Monde Obscur, en faisant connaissance avec des créatures toutes plus charmantes les unes que les autres (ahem). Il y a aussi beaucoup d'humour - Magnus Bane et Simon n'y sont pas étrangers - et pas mal de vicissitudes  - Valentin en tête, presque détrôné par l'Inquisitrice, aveuglée par son chagrin et rendue folle de rage. Dans ce tome, la question des choix et du libre arbitre pèse énormément. Les personnages sont face à des décisions qui peuvent faire basculer leur propre destin, en plus de toucher leur entourage et le monde dans lequel ils vivent. On le devine d'emblée que le prochain livre sera déterminant, la guerre est imminente !

Je suis donc toujours accro, les sens en ébullition et l'amertume en arrière-goût, car je n'ai pas encore le troisième tome sous la main. (Pour la traduction française, il faut patienter en mai 2010. Je ne suis pas folle !) Et c'est difficile d'envisager une pause forcée, je sens comme un vide... Bladelor, où puis-je trouver ton patch pour lecteurs en manque ?! 

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City of Glass, le tome 3, va paraître en mai 2010 chez pocket jeunesse sous le titre Le Miroir Mortel.

Les autres projets de l'auteur,

September 7, 2010: The Clockwork Angel (qui ouvre une nouvelle série se passant à l'époque victorienne et serait le prequel de la série de The Mortal Instruments)

March 11, 2011: City of Fallen Angels (en fait le quatrième tome de la série, qui n'était pas prévue à la base, et qui raconte l'histoire de Simon)

 

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02/12/09

doudouthérapie # 2

la suite ! ...

Miss Charity ~ Marie-Aude Murail

miss_charityCe roman est un refuge, 560 pages durant lesquelles une demoiselle prénommée Charity voit jour, grandit, se passionne pour les animaux et la botanique, s'isole dans son monde, où la peinture et les histoires sont ses principales sources d'intérêt. Nous sommes dans l'Angleterre victorienne, riche et prospère, crispée et hypocrite sur ses arrières. Charity Tiddler n'a pas d'autre choix que parfaire son éducation pour briller dans les hautes sphères de la société, elle fera cependant montre d'un tempérament exceptionnel (pour l'époque) en refusant de se plier aux règles établies et de se fondre dans le moule.

Ce roman est un bel hommage à la littérature, en s'inspirant de Beatrix Potter, Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, de même en citant Shakespeare que Charity apprend par coeur pour réciter à tue-tête, dès son plus jeune âge. C'est un roman épais, près de 600 pages, qui pourtant se lit avec plaisir et grande facilité, les illustrations de Philippe Dumas apportent un raffinement précieux, en pleine osmose avec l'aura de l'histoire. Cette peinture de l'époque est savoureuse, le portrait de Charity est attachant, très beau. Il soulève l'excentricité d'une demoiselle qui s'émancipe avant l'heure, et qui va accomplir de belles choses dans le domaine qui la touche, malgré la désapprobation générale, de même en s'affichant avec un garnement passionné de théâtre, qu'on considérait alors comme un voyou !

Marie-Aude Murail réussit à partager avec son lecteur son amour pour la lecture et sa reconnaissance pour cette littérature d'antan qui continue d'influencer les oeuvres romanesques de nos jours ! Ce serait merveilleux d'en trouver davantage.

Ecole des Loisirs, 24,80€

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Au Pays de mes histoires ~ Michael Morpurgo

au_paysCe livre se présente sous la forme d'une anthologie ponctuée des illustrations de Peter Bailey. Les courts chapitres s'entrelacent au fil des souvenirs d'enfance, de textes inédits et bouleversants, de lectures et de rencontres qui ont marqué M. Morpurgo. Certains passages expliquent même la genèse de romans aussi célèbres que Le roi Arthur, Soldat Peaceful, L'histoire de la licorne, Le naufrage de Zanzibar ou Le royaume de Kensuké. C'est bien simple, vous sortez de ce livre avec l'envie d'en lire toujours plus, c'est insatiable ! Cet ouvrage est absolument précieux, et vous confirme quel conteur merveilleux est Michael Morpurgo, qui se décrit lui-même comme un « cultivateur d'histoires, un tisseur de rêves », et ce livre est selon lui « non pas l'histoire de ma vie, mais celle du voyage au cours duquel l'écrivain que je suis forge ses histoires ».

Gallimard jeunesse, 13,50€

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Pépites ~ Anne-Laure Bondoux

pepitesBella Rossa a vingt ans, elle est sublime avec sa chevelure rousse, ses formes généreuses et sa poitrine opulente mais qui lui attire bien des ennuis. Elle s'occupe seule de la ferme familiale à Maussad-Vallée avec son père rendu paralytique suite à une chute de toit, et qui passe désormais son temps à ergoter et boire. La mère est partie quinze ans auparavant, en suivant une troupe de pélerins pour l'Ouest.
La vie de Bella Rossa va basculer avec l'arrivée de la guerre. En croisant des soldats en déroute, elle décide de charger son barda à bord d'une vieille carriole et s'en va chercher sa bonne fortune. Le chemin sera long, douloureux, criblé de plombs avec une pépite fichée dans le ventre... bref Bella Rossa doit composer avec la misère, les hommes, la pauvreté et s'enfonce toujours plus vers l'Ouest, sur les traces des chercheurs d'or.
En route, le coeur de Bella Rossa a cogné pour un séduisant sergent, Jaroslaw Modrzejewski, pour qui ses sentiments sont si forts qu'ils vont se briser en découvrant la nature complexe du suborneur.

L'histoire est passionnante !
Les émotions sont vives, bouleversantes et très fortes. C'est un livre qui raconte une histoire d'amour, mais qui trace aussi un remarquable portrait de femme, sa conquête de la liberté, de la fortune et ses peines. Anne-Laure Bondoux offre un aperçu du Far-West dans sa splendide réalité : un univers cru, violent, réservé aux plus forts.
Le long périple de Bella Rossa est une visite de petites villes, peuplées de communautés inquiétantes, passablement rassurantes, derrière lesquelles des drames couvent. Mais la fascination n'en est que plus profonde. Dès les premières lignes lues, le lecteur est captivé par cette atmosphère. C'est rude, on ne fait pas dans la dentelle, aussi bien dans les dialogues ou dans la sexualité sous-jacente (mais jamais de scènes grivoises !). C'est totalement dépaysant et justement envoûtant ! Excellent !

Bayard, 11,90€

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shinobi_01Shinobi Life est un petit chef d'oeuvre poignant et passionnant, une véritable histoire d'amour profonde et intelligente, intense et romantique, une romance touchante qui devrait plaire à toutes les lectrices qui aiment les shôjos !!!

A la base, Shinobi Life n'était voué qu'à être un one-shot (on s'en rend facilement compte à la lecture du tome 1). Le succès aidant, la mangaka a été invitée à créer une série.

Au programme, une intrigue prenante et un humour décapant, des personnages lumineux, un ninja beau à damner un saint, une jeune fille moderne et têtue, et des vilains très méchants, des bonds dans le temps, bref c'est original sans être révolutionnaire, mais l'histoire d'amour entre Kagetora et Beni vaut son pesant d'or !

Série en cours, 7 tomes publiés, 6,95€ le volume.
On peut facilement se contenter du tome 1, mais la série aussi est vraiment bien !

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Une famille aux petits oignons ~ Jean-Philippe Arrou-Vignod

famille_petits_oignonsUne famille aux petits oignons reprend toutes les histoires des Jean-Quelque-Chose parues séparément : L'omelette au sucre ; Le camembert volant ; La soupe de poissons rouges ; avec en bonus, Des vacances en chocolat.

Toutes ces histoires sont fraîches, pleines d'humour, empreintes d'une douceur nostalgique de la fin des années 60, à décrire la vie d'une famille nombreuse, qui habite Cherbourg avant de déménager pour Toulon. Il y a 6 enfants dans cette maison, 6 garçons (dans le premier livre, la maman est enceinte et tout le monde s'imagine déjà accueillir une petite fille dans la tribu !). Il y a une multitude d'anecdotes de la vie de tous les jours, entre les castagnes, les fessées déculottées, les parties de cache-cache, les vacances à la campagne, la piscine municipale, les cousins Fougasse, le mystère de François Archampault (son père est-il un espion qui risque sa peau tous les jours ?)... Il n'y a pas la télévision dans cette maison (au grand dam de l'aîné des Jean, qui se cache dans les toilettes, avec une paire de jumelles, pour observer chez un voisin les épisodes de Rintintin !). A la place, la fatrie s'occupe en jouant à des jeux de société (le monopoly, le 1000 bornes...), ou en créant un club de détectives privés (on sent la très forte influence du Club des Cinq !!!).

Je recommande ce livre comme Au pays de mes histoires, le recueil de Michael Morpurgo. C'est une lecture indispensable, sans âge, qu'on prend plaisir à lire et relire, et qu'on garde sous le coude pour les périodes de blues ou de bobos à l'âme. C'est tout à fait l'antidote en matière de lecture qui vous redonne le sourire !

Gallimard jeunesse, 13,50€

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Tobie Lolness ~ Timothée de Fombelle

tobie_lolnessTobie Lolness, un millimètre et demi, appartient au peuple du grand chêne. Le père de Tobie, savant génial aux réflexions très sages, a refusé de livrer le secret d'une invention pour transformer la sève de l'arbre en énergie motrice. Furieux, le Grand Conseil a condamné les Lolness à l'exil dans les basses branches, territoire sauvage. Tobie y rencontre Elisha.

Il faut savoir que lire ce roman est un appel vers un ailleurs envoûtant et enchanteur. Pas seulement destiné à la jeunesse, ce livre est une invitation à la poésie, la philosophie et le respect pour l'environnement. L'arbre dans lequel vit le jeune Tobie détient un coeur qu'il faut sauver et préserver de la vilennie du terrible Jo Mitch. L'idée qu'une communauté s'affaiblit à force de subir la peur et l'humiliation fait émerger une étrange dualité entre l'amour et la trahison. Jusqu'à la dernière page, le souffle est tenu en haleine. C'est une prodigieuse réussite, un joli monde sans magie, sans esprit surnaturel. C'est de la poésie, vibrante et touchante, accessible pour tous les lecteurs !

Gallimard, 22€

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Toi et moi, à jamais ~ Ann Brashares

toi_moi_jamaisAlice et sa soeur Riley passent l'été dans la maison familiale de Fire Island, près de New York. Sportive, vive et garçon manqué, Riley est maître sauveteur. Très différente, Alice est féminine, douce et brillante, elle prépare sa rentrée en fac de droit. Paul, l'ami d'enfance, revient après trois ans d'absence. Attirés l'un par l'autre, Paul et Alice vont avoir une liaison, dans le secret, mais Riley va les surprendre un soir.

Ann Brashares, auteur de la série Quatre filles et un jean, signe un bon gros mélo sentimental, cousu de fil blanc, voilà pour les défauts, mais alors qu'est-ce que j'ai aimé ! J'ai complètement mordu à l'hameçon, j'ai aimé cette histoire d'amitié et d'amour, j'étais toute vibrante d'émotions pour ce que vivaient les personnages, j'étais à leurs côtés, j'avais mon petit mouchoir dans la main, j'étais nouée par les révélations, et puis dégoûtée par certains choix, je ne comprenais pas qu'on puisse garder pour soi autant de souffrance, mazette j'étais à fond dedans, d'ailleurs, j'ai lu ce roman en une soirée parce que j'étais totalement mordue !

Gallimard, 13€

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La vie est un arc-en-ciel ~ Cecelia Ahern

 

la_vie_arcRosie et Alex ont 7 ans, ils se filent en douce leurs petits mots, au nez et à la barbe de leur maîtresse. Ils se sont jurés de ne jamais se séparer, mais le garçon doit suivre sa famille et quitter Dublin pour Boston. Et les années passent, les promesses défilent, les rendez-vous manqués aussi... Les aléas de la vie mettent en péril leur amitié, Rosie et Alex restent soudés. Ils n'ont pas conscience que cet attachement entre eux a dépassé le stade amical, ou oui ils s'en doutent, chacun de leur côté, mais jamais au bon moment. Tout le temps, ils se loupent, ils hésitent aussi. Leurs proches ont depuis longtemps deviné qu'ils étaient faits l'un pour l'autre, et pourtant leur histoire ne cesse de s'écrire d'après un scénario tordu. Ah, la vie ! Elle ne fait pas toujours des cadeaux. Rosie et Alex l'ont bien compris.

C'est délicieux, adorable, craquant, drôle, crispant et tout et tout. Rosie Dunne est une jeune femme extraordinaire, pleine d'esprit, sarcastique, orgueilleuse, butée et attachante. Son parcours est dessiné sous le signe de l'indépendance, des coups bas, de la sensibilité et d'une force exemplaire. C'est une héroïne exceptionnelle ! Le roman, ensuite, est très vite prenant car il est écrit avec vivacité, composé de messages (lettres ou emails) qui s'échangent à la vitesse de l'éclair. C'est entraînant, un subtil assortiment de badinage, de cynisme, de larmes, de colère et j'en passe. J'ai juste, en tout petit reproche, trouvé que ça s'étirait un peu trop en longueur sur la fin, cependant j'ai beaucoup beaucoup aimé !

J'ai Lu, 6.70€

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et d'autres lectures présentées dans la catégorie chick-lit à prendre à la légère :

  • Vamp in Love, Kimberly Raye

  • la série de Meg Cabot avec Heather Wells en héroïne (Une irrésistible envie de sucré, etc.)

  • Confessions d'une accro du shopping, Sophie Kinsella

 

 

 

...

Dans le soleil
Tu sais que la vie est éternelle
Y a plus de combat
On n'est plus seul
On n'est plus seul, au ciel

Paroles de chansons

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26/11/09

doudouthérapie # 1

pour toi, Bladelor ... une première salve de romans qui font du bien en période de flottement.

Le mec de la tombe d'à côté ~ Katarina Mazetti

le_mecDésirée a 35 ans, elle est trop jeune pour être veuve. Benny en a 36, il est célibataire et agriculteur. Tous deux se rencontrent au cimetière, ils sont assis sur le même banc et c'est sur un délicieux malentendu que commence leur histoire. Il a suffi d'un sourire, mais pas n'importe lequel..., pour que Désirée et Benny tombent dans les bras l'un de l'autre. Et ainsi naît une passion dévorante.

Ce roman a tout pour lui : il est romantique, fou, actuel, coquin, humoristique, cocasse et virtuose ! Il parle d'amour, mais aussi de la difficulté des couples à accorder leurs violons, grâce à des personnages mémorables et adorables (Désirée est bibliothécaire, citadine, indépendante et cultivée ; Benny travaille la terre, s'occupe de ses vaches, il vit dans la maison de ses parents, qui est vieillotte, sale et en pleine campagne, et il lit un livre par an).

Et malgré tout, c'est une histoire d'amour, une vraie, qu'on va suivre. Avec les bons moments et les versants glissants. Rien de sérieux, du genre prise de tête ! Et pas trop de miel, ni de clichés écoeurants. Non, c'est franchement drôle. Simple. Un vrai coup de coeur.

Babel, 7,50€

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Dans les rapides ~ Maylis de Kerangal

dans_les_rapidesElles sont trois copines, Lise, Marie et Nina, elles ont 15 ans et grandissent au Havre.
Elles se sont connues en cours d'aviron. Elles laissent filer les jours comme l'eau qu'elles brassent dans le froid tous les mercredis après-midis.
Nous sommes en 1978.
Un Dimanche pluvieux, elles sont prises en stop dans une R16 pistache et là c'est le choc : "déboule une voix de fille, une voix de fille qui sonne comme une voix de fille justement, une voix qui chante vite, et fort, et vite et fort et vite". Blondie !
Les trois filles vont courir acheter le disque, le passer en boucle en se pâmant sur cette voix, cette personnalité, ce culot de fille leader d'un groupe de mecs. C'est la rencontre du rock, du mot "rock" et ce qu'il implique.
Comme Blondie, les filles aussi veulent partir à New York et conquérir leur liberté !

"Dans les rapides" est un roman qu'on lit les cheveux au vent, avec la nostalgie euphorisante de se baigner dans les beaux jours de la fin des 70s et à l'aube des 80s.
C'est l'hymne de la jeunesse, d'une volonté de prendre l'instant présent à bras le corps, de croire en ses rêves et de suivre son étoile.
C'est aussi la figure époustouflante de Debbie Harry, la blonde icône du groupe Blondie, une image glamour et une présence étincelante. Blondie fascine, elle montre aussi à ces trois adolescentes une vie plus rock. 

Avec son style syncopé, son écriture débraillée et sa gouaille de rockeuse, Maylis de Kerangal file le vent en poupe à son histoire qui commence presque par "il était une fois" et qui clame en musique la passion d'une époque, d'une griffe et d'un genre révolutionnaire.
C'est tout l'esprit d'une jeunesse en province, déchantée et exubérante, qui nous rappelle de beaux moments et quand on finit le livre, on se dit "déjà !?" avec dépit, mais réconfortée d'avoir passé quelques heures lumineuses, et inoubliables !

Naïve, 12,00€

 

 

Après cette lecture, impossible d'échapper à la discographie de Blondie ! ... La musique vous trotte dans la tête, pour un bon bout de temps.

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Le corps de Liane ~ Cypora Petitjean-Cerf

corps_de_lianeAprès un conte enchanteur et enchanté (cf. Le musée de la sirène), Cypora Petitjean-Cerf continue d'émerveiller avec cette histoire sur la féminité et l'amour, où elle démontre avec élégance et sans maniérisme l'étendue de ces deux pôles qu'on cherche toutes à atteindre. Ce n'est pas rien si ce livre est dédié "aux mères et à leurs filles", car Huguette, Christine et Liane rassemblent en trois générations les affres de leurs conditions liées à leur sexe. Les personnages de Roselyne, Eva, Armelle et Lamia viennent apporter à leur façon une bouffée de fraîcheur qui perpétue le ravissement. C'est beau, c'est attachant. Au départ, elles sont toutes paumées, songeuses et s'isolent sans trop en dire, puis la richesse du roman viendra les confronter à s'ouvrir et se dire "des beautés". Il y a un superbe message dans ce roman, sur l'espoir, sur l'envie et ça vous donne un sourire jusqu'aux oreilles.
De belles lectures comme ça, personnellement je trouve que ça fait du bien et qu'on en a besoin de nos jours ! A recommander, chaudement !!! 
lu
ICI

Livre de Poche, 6,50€

Dans le même esprit que "Ensemble c'est tout" d'Anna Gavalda ou "Mangez-moi" d'Agnès Desarthe.

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Famille, tracas & Cie - Laurie Colwin

 

famille_tracasJ'ai souvenir d'une lecture un dimanche, par saison grise et pluvieuse. J'étais tranquille chez moi lorsque j'ai ouvert ce roman, et puis doucement, mais sûrement, j'ai coulé tranquille dans cette ambiance. Je suis en fait amoureuse des romans de Laurie Colwin, lui ou un autre, quelle importance, j'aime la sensation qu'ils me procurent, ils savent tous me bercer.
L'histoire de ce livre n'est pas exceptionnelle, on suit un couple qui a peur de ses propres engagements du fait d'un passé marqué par les séparations. Au fil des pages, on comprend que le rythme sera fluide, paisible et trop confortable pour le goût de certains. Qu'importe... Lire L. Colwin, c'est s'embarquer vers un ailleurs bon chic bon genre (la côte est des états-unis, début des années 80), tout est raffiné, distingué, simple, pas un pas de travers. On y trouve des week-ends à la campagne, une veillée de Noël, le goût de chiner, vraiment une vie facile, sans souci matériel. Les seules contraintes sont de se heurter à la belle-famille, lui trouver une place au sein du couple, se questionner sur la maternité, le travail, la tentation d'aller ailleurs... Pas un roman tape-à-l'oeil, mais rassurant.

Livre de Poche, 6,50€

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Le treizième conte ~ Diane Setterfield

treizieme_contePar son roman dense, épais et foisonnant, Diane Setterfield renoue avec la tradition des grandes passions romanesques du 19ème siècle. L'histoire se passe dans le domaine d'Angelfield, théâtre de drames, de mystères et de folie. Les personnages sont beaux, dessinés avec ivresse et dévotion. On retrouve chez Vida Winter, cette vieille dame au coeur de toutes les intrigues, un portrait remarquable, fait d'excentricité et qui dégage un pouvoir d'attaction.
L'oeuvre entière force l'admiration, on suit une jeune fille passionnée de vieux livres, Margaret Lea, qui vient d'accepter la proposition d'écrire la biographie de la célèbre auteur de bestsellers, Vida Winter. Elle débarque dans le Yorkshire, sur les terres des soeurs Brontë - comment ne pas y penser ? Elle découvre qu'un livre ancien, Le Treizième Conte, serait le commencement d'une autre histoire - la sienne, qui était enfouie depuis sa naissance.
Remarquable sur toute la ligne ! Ce roman vous happe et ne vous lâche plus ! !

Pocket, 7,80€

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Un Noël blanc ~ Jennifer Johnston

un_noel_blancConstance Keating est une héroïne attendrissante par son entêtement, son cynisme et sa légèreté. Elle a quarante-cinq ans, vient de rentrer à Dublin pour y mourir en paix dans la maison de son père. Au commencement du roman, elle envoie une lettre à Jacob Weinberg, écrivain perdu dans le monde, père de sa petite fille. Elle lui demande de venir la chercher. La suite, c'est un peu la valse des souvenirs, entre l'enfance, la jeune fille qui grandit et souhaite s'émanciper, partir hors d'Irlande, devenir écrivain. Avec en toile de fond, l'amour, bien sûr.

Comme dans "Petite musique des adieux", j'ai retrouvé dans "Un Noël blanc" la même chaleur, le sentiment d'un cocon dans lequel une femme meurtrie s'enferme, épaulée par l'amitié d'un homme, amoureux repoussé. Constance se noie dans sa maladie, se voue à sa mort et écrit ses derniers souvenirs qui affluent (attention, ce n'est pas morbide non plus). Il y a même l'apparition du fantôme de sa mère qui complète ce kaléidoscope de la mémoire. C'est tout bonnement ardent, émouvant et vibrant. Constance est impossible et butée, mais son combat la rend si passionnante. J'ai une nouvelle fois beaucoup aimé cette lecture de Jennifer Johnston, auteur que j'affectionne définitivement. A conseiller vivement.

Le Serpent à Plumes, 7,50€

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Couleurs ~ Clare Morrall

couleursKitty a 32 ans, elle est mariée à James mais ils vivent tout deux dans des appartements séparés, sur le même palier du même immeuble. Le couple se porte très bien, mais Kitty et James sont incapables de vivre ensemble. De plus, le couple a perdu leur bébé, Henry. Kitty aimerait de nouveau avoir son enfant à elle, mais elle n'en parle à personne. Il y a, en général, un gros manque d'affection chez cette jeune femme, marquée par une histoire d'enfance où elle n'a jamais connu sa mère, qui est morte quand Kitty avait 3 ans. C'est entouré de son père (un peintre fou) et de ses quatre frères qu'elle a grandi. Cependant, dans leur maison, personne ne parlait de cette maman disparue. Gros silence radio. Déjà, Kitty partait avec un gros handicap, une habitude génétique du non-dit, du silence et du secret familial.

Kitty est un personnage très "à fleur de peau". Elle est fragile, un peu déséquilibrée, en manque de repères, et à un moment, elle n'arrive plus à faire face. Le roman laisse présager le drame et le "clash", Kitty devient de plus en plus dangereuse et imprévisible. Elle n'est plus logique, c'est au lecteur, alors, de s'accrocher si le coup de coeur a eu lieu. Car personnellement, j'ai trouvé que Kitty était une femme bouleversante et attachante. Son histoire de famille, son mari incroyable de dévouement, sa névrose pathologique, bref autant d'éléments disparates, font que, en fin de compte, on ne peut plus se passer de ce roman ! On le dévore, on ne veut plus quitter cette "bulle". Mais je peux comprendre que certains puissent être agacés, Kitty est tout de même un "cas particulier".
J'ai adoré !

J'ai Lu, 6,70€

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J'aimerais tant te retrouver ~ Fanny Brucker

jaimeraisClaire, Rose et Nicolas ont en commun ce besoin de fuir, de s'enfermer dans leur coquille, de se protéger et de chercher. Quoi ? Le bonheur, l'amour, la sécurité. C'est ça, et plus encore.
Claire a quitté son compagnon car elle ne supportait plus cette vie qu'elle menait avec les enfants d'une autre et où elle ne trouvait plus sa place. Rose a perdu son mari et s'est réfugiée dans sa maison qui ressemble à un ranch, elle mène une existence tranquille, coupée du reste du monde. Nicolas vient d'apprendre qu'il n'est pas le père de l'enfant de sa partenaire, cela réveille sa blessure secrète : être un orphelin, né sous X. Il a choisi de placarder une petite annonce dans les journaux locaux de Rochefort pour retrouver sa mère. Quarante ans après.
En Charente Maritime, ces trois âmes en peine vont se croiser, se toucher, se comprendre et bouleverser tout lecteur qui va vouloir s'intéresser à leurs histoires. Forcément, l'attirance est totale, la séduction imparable. Il y a un charme indéniable derrière ces parcours, les personnages sont remplis de générosité. Ils sont bancals, ont besoin de raccomoder leurs cicatrices, portent un regard lucide et triste sur ce qui les entoure.
Mais c'est poignant, c'est très beau, raconté avec justesse, sans pathos. On sent comme une famille de bras cassés qui se serre les coudes parce qu'ils ont compris qu'ensemble c'est tout, et la beauté des paysages, la chaleur derrière les rapports humains, l'espoir de se tendre vers un inconnu meilleur rendent forcément ce roman tendre et attachant.
Inutile de préciser que j'ai beaucoup aimé. Voici typiquement le genre de lecture réconfortante, qui inspire mille pensées et qui provoque milles soupirs. J'en avais vraiment besoin, j'ai franchement savouré !
« Cet endroit était merveilleux comme un dessin d'enfant. Un dessin qu'elle avait fait, ou qu'elle avait vu, elle ne se souvenait plus. Séjourner ici revenait à s'installer dans un livre. Un album aux grosses pages en carton colorées, avec des animaux partout dont on retient les noms, des fleurs, un arrosoir, des pommes rouges et des papillons. »

JC Lattès, 18€

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et aussi ...

Un amour vintage ~ Isabel Wolff

amour_vintage clic !

L'amour comme par hasard ~ Eva Rice

clic ! amour_hasard

  Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

cercle_litteraire

Miel et vin ~ Myriam Chirousse

miel_et_vin

toutes les infos en cliquant sur la couverture !

à suivre, d'autres lectures pour compléter cette doudouthérapie ...

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06/09/09

D'Or Que Landes, ou L'étrange aventure d'Harvey Squire ~ Denis Bretin

Syros "Hors Série", 2009 - 224 pages - 14,90€

dor_que_landesCe livre appelle les soirées d'hiver, pas celles qui vous dépriment toute la saison, mais celles qui vous voient blottis sous la couette ou au coin du feu en train de bouquiner au point de ne plus vouloir mettre le nez dehors.
C'est l'histoire d'un fils de barbier, Harvey Squire, il a dix ans et il est forcé de sortir par la glaciale nuit de Noël pour raser le mort du manoir des Fearnwood. Le chemin est long, le gamin doit traverser les landes mystérieuses et inquiétantes de ce bourg écossais, nous sommes en 1862.
Accueilli par le majordome revêche, Harvey pénètre chez les Fearnwood en tremblant comme une feuille. Il accomplit sa tâche, s'apprête à repartir lorsqu'il surprend une conservation entre deux types dans la bibliothèque de la maison. Le mort aurait caché un trésor, mais impossible de trouver le moindre indice. La suite se perd dans un brouhaha, car Harvey doit regagner le foyer où son père est en train de cuver son vin.
Depuis cette nuit de Noël, la vie d'Harvey Squire va changer. Il va faire la connaissance d'un libraire, Boniface Swifft, et d'une charmante et intrépide demoiselle, Amélia Fearnwood, qui lui confiera la suite de la discussion entendue dans le secret.
Inutile de vous en révéler davantage, si ce n'est que l'histoire s'annonce palpitante. Tout se passe dans un cadre fantastique, avec des énigmes à décoder, des vieilles légendes vont revoir le jour pour comprendre le secret du vieux Fearnwood qui est mort, probablement empoisonné, et rendu fou par ses propres découvertes.
Ambiance merveilleuse et fascinante !
De plus, le narrateur est un jeune garçon sympathique, naïf et courageux, malgré les nombreuses embûches sur son chemin. Et puis, il n'a pas la vie facile mais il trouve un formidable appui auprès de son meilleur ami Julius, avec lequel il ambitionne de devenir libraire et éditeur.
A Drisdale, petit village écossais, la lande est sauvage, hantée par des fantômes et le théâtre de scènes hallucinantes, qui vous donneront le frisson. On croirait un roman d'inspiration victorienne, un conte ou une nouvelle fantastique, tout cela ensemble, c'est clair,  l'auteur n'a pas hésité à puiser dans divers registres pour nous servir une lecture savoureuse et tout simplement envoûtante !

 

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21/07/09

Un amour vintage ~ Isabel Wolff

un_amour_vintageIl y a des romans, on le sait, qui ne marqueront pas les annales de la littérature, et pourtant on leur voue une franche reconnaissance du fait d'exister, pour la sensation de confort qu'ils procurent. "Un amour vintage" d'Isabel Wolff en fait partie. Je m'attendais à un roman dans la veine de la "chick-lit" et finalement j'ai été surprise du résultat, l'ensemble est beaucoup moins volage qu'il n'y paraît.
C'est l'histoire de Phoebe Swift qui démarre une nouvelle vie en ouvrant une boutique de vêtements vintage à Blackheath. Elle a trente-trois ans, elle vient de plaquer son fiancé à qui elle reprochait la mort de sa meilleure amie. Très vite, et grâce à l'article de Dan, un journaliste habillé comme l'as de pique, son Village Vintage connaît un bel essor, la clientèle est au rendez-vous et la jeune femme ne sait plus où donner de la tête. Elle embauche une actrice sans emploi, Annie, pour la seconder et court les salles de ventes pour grossir sa collection. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de Miles, un avocat qui frise la cinquantaine, veuf et père d'une adolescente de seize ans.
Dans le même temps, elle reçoit le coup de fil d'une vieille dame malade, Mme Bell, qui désire se délester de sa garde-robe. Une connivence s'installe entre les deux femmes, Phoebe est poussée à la confidence et reçoit en retour le témoignage émouvant de son aînée, laquelle lui confie une histoire qui lui rappelle étrangement la sienne.
C'est évident que ce roman est constitué de ficelles disgracieuses qui forment un noeud grossier, le lecteur n'est pas dupe du chemin qu'il emprunte, toutefois cela demeure un agréable traquenard. De suite, je l'avoue, il y a un paquet de maladresses dans ce livre, comme de rendre les clientes toutes plus sympathiques les unes que les autres, d'offrir un éventail de toilettes providentielles ou d'insister fâcheusement sur l'âge de Miles, quarante-huit ans et déjà l'impression d'être poussé dans les orties, c'est rude ! La rencontre avec Mme Bell aussi sonne terriblement romanesque, et je peux encore allonger la liste des points fâcheux mais cela semblerait incompréhensible, alors, d'affirmer que j'ai beaucoup aimé ce roman.
Car, oui j'ai beaucoup aimé. La passion du vintage de Phoebe Swift est belle, admirable. Elle pourrait convaincre les plus réfractaires, ceux qui ne saisissent pas le sens des (belles) choses qui ont déjà vécu et qui sont porteurs d'une histoire secrète. Je ne m'aventure pas sur ce terrain, mais je vous invite à découvrir la passion communicative de Phoebe. C'est franchement excitant. Et puis je me pose beaucoup de questions sur ce livre, des questions essentielles (rires), comme de savoir à quoi ressemblent ces fichues robes "cupcake" qui sont constamment citées dans l'histoire et qui rendent les femmes "heureuses".
A bon entendeur.

JC Lattès, 2009 - 410 pages - 20€
Traduit de l'anglais par Denyse Beaulieu

L'avis de Lily

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27/06/09

Miel et vin ~ Myriam Chirousse

Empoignant son édredon, Judith le serra si fort dans ses bras qu'il lui sembla que Charles était encore là, dans la tiédeur des draps, contre sa peau, au bout de ses ongles... Emergeant du sommeil comme un noyé refait surface, elle sentit croître en elle une douleur diffuse, comme si sa peau lui faisait mal, comme si ses yeux lui faisaient mal, comme si respirer  et sentir son coeur battre lui faisaient mal aussi. C'était une douleur indéfinissable tapie avec elle dans les limbes de la nuit, une vieille souffrance endormie depuis longtemps, un manque atroce, un arrachement, le mal des amputés qui n'ont plus que la moitié d'eux-mêmes pour aller par le monde et ressentent jour et nuit le néant de la part manquante... Elle se recroquevilla. Dans la confusion du réveil, elle le pressentit dès cet instant : plus rien ne serait comme avant.

miel_et_vin

Premier roman, certes... mais quel talent ! Nous sommes dans le Périgord, en 1773, lorsque Guillaume de Salerac, génial inventeur loufoque, découvre une petite fille dans les bois. Elle sera recueillie par sa soeur, Louison, et adoptée sous le nom de Judith de Monterlant. Ignorant tout de son passé, la demoiselle reçoit une éducation de jeune fille appliquée mais son caractère impétueux et frondeur la distingue de son rang. Judith a le goût de l'espace, de la liberté. S'échappant de la vigilance des adultes, elle s'envole à bord de l'aérostat de son oncle alors qu'elle n'est qu'une gamine et rencontre chez un voisin celui qui lui fera battre son coeur et perdre tout bon sens dans les années à venir. Charles de l'Eperai, héritier en titre, est également connu pour être un enfant maudit et un bâtard. Il a le coeur dur, le regard froid et le diable dans le ventre. Lorsque le couple se croise à nouveau, lors du mariage de la soeur de Judith, l'attirance est évidente, la passion palpable. Et pourtant, il faudra attendre la fin de l'été pour assouvir cette soif et cette faim qui les poussent l'un vers l'autre.

C'est effectivement un grand roman sentimental et historique. Nous sommes en 1788, le peuple français est mécontent, les états généraux sont réunis. Judith a rejoint Paris avec son mari, mais son histoire avec Charles n'est bien évidemment pas terminée. Car c'est de cette passion que se nourrit l'intrigue et qui rend le lecteur dépendant, au point d'absorber sa lecture en ingurgitant page après page, sans hoqueter. Il en fallait bien - de l'amour, de la flamboyance, des éclats - pour attacher le lecteur à 544 pages, sans susciter de l'ennui. C'est un pari réussi, un roman passionnant, acquis dès les premiers chapitres. Impossible de s'en séparer. Et puis, le soleil aidant, les beaux jours et les vacances s'installant, il devient une prescription incontournable pour tuer le temps. S'il ne fallait en lire qu'un, dans vos bagages, glissez Miel et Vin. Parce que c'est un roman doux et sucré et piquant, gourmand et langoureux, avec des personnages aux destins inextricablement liés, par le secret de leurs origines et par cet amour fou qui les enchaîne. Ce n'est pas un roman mièvre ou trop long, avec des détails inutiles. Le romanesque est présent, très important, et l'amour a un pouvoir magique, troublant, envoûtant. Ce n'est pas du harlequin déguisé, c'est un bon gros roman captivant, qui ne vous lâche plus une fois la première page ouverte. A dévorer !

Buchet Chastel, 2009 - 544 pages - 24,50€

Feuilleter les premières pages

Invitation à un pique-nique littéraire, en compagnie de Myriam Chirousse, le dimanche 28 juin 2009, dans le bois de Vincennes : confirmer ou non sa participation sur Facebook

20/03/09

J'aimerais tant te retrouver ~ Fanny Brucker

fanny_brucker_2Claire, Rose et Nicolas ont en commun ce besoin de fuir, de s'enfermer dans leur coquille, de se protéger et de chercher. Quoi ? Le bonheur, l'amour, la sécurité. C'est ça, et plus encore.
Claire a quitté son compagnon car elle ne supportait plus cette vie qu'elle menait avec les enfants d'une autre et où elle ne trouvait plus sa place. Rose a perdu son mari et s'est réfugiée dans sa maison qui ressemble à un ranch, elle mène une existence tranquille, coupée du reste du monde. Nicolas vient d'apprendre qu'il n'est pas le père de l'enfant de sa partenaire, cela réveille sa blessure secrète : être un orphelin, né sous X. Il a choisi de placarder une petite annonce dans les journaux locaux de Rochefort pour retrouver sa mère. Quarante ans après.
En Charente Maritime, ces trois âmes en peine vont se croiser, se toucher, se comprendre et bouleverser tout lecteur qui va vouloir s'intéresser à leurs histoires. Forcément, l'attirance est totale, la séduction imparable. Il y a un charme indéniable derrière ces parcours, les personnages sont remplis de générosité. Ils sont bancals, ont besoin de raccomoder leurs cicatrices, portent un regard lucide et triste sur ce qui les entoure.
Mais c'est poignant, c'est très beau, raconté avec justesse, sans pathos. On sent comme une famille de bras cassés qui se serre les coudes parce qu'ils ont compris qu'ensemble c'est tout, et la beauté des paysages, la chaleur derrière les rapports humains, l'espoir de se tendre vers un inconnu meilleur rendent forcément ce roman tendre et attachant.
Inutile de préciser que j'ai beaucoup aimé. Voici typiquement le genre de lecture réconfortante, qui inspire mille pensées et qui provoque milles soupirs. J'en avais vraiment besoin, j'ai franchement savouré !
« Cet endroit était merveilleux comme un dessin d'enfant. Un dessin qu'elle avait fait, ou qu'elle avait vu, elle ne se souvenait plus. Séjourner ici revenait à s'installer dans un livre. Un album aux grosses pages en carton colorées, avec des animaux partout dont on retient les noms, des fleurs, un arrosoir, des pommes rouges et des papillons. »

JC Lattès, 2009 - 334 pages - 18€

l'avis de Cathulu

Premier roman de Fanny Brucker : Far-Ouest  (JC Lattès, 2008)

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19/01/09

Pendant le reste du voyage, j'ai tiré sur les Indiens - Fabio Geda

Emil Constantin Sabau, treize ans, 1 mètre 58, réfugié roumain installé à Turin chez la nouvelle petite copine de son père, doit retrouver son fantasque grand-père, artiste de rue, qui sillonne l'Europe avec sa troupe. Sa situation est critique, il vient de mettre ko son bon samaritain (l'Architecte), son père a été rapatrié en Roumanie, mais s'est fait jeter en prison à cause d'un faux passeport. Sa mère est morte quand il avait onze ans. Emil est donc seul.
On se croirait bientôt dans Rémi Sans Famille, mais heureusement c'est beaucoup plus gai !

Emil va croiser en chemin Asia et quelques amis qui roulent à bord d'un volkswagen caravelle bleu marine pour Berlin. Une aubaine. Il va les suivre dans un squat, chercher son grand-père d'après les indices assez vagues qu'il peut trouver dans ses lettres, et connaître encore d'incroyables aventures. Mais toujours Emil nous raconte son périple sans atermoiement, sans complaisance. Il en est loin. Lui se sent dans la peau de son héros de bande dessinée (Tex), il pense winchester et cavalcade dans le désert aride. Il ne se voile pas la face, mais il préfère se donner du courage comme il peut.
Et on le comprend. Son périple est étonnant, on le vit à ses côtés en partageant ses émotions. C'est le couplet du stress, de l'impatience, de la curiosité, de l'angoisse etc. Toutefois c'est aussi d'un optimisme infaillible. Le jeune garçon a une bonne étoile au-dessus de la tête, il n'est pas avare de belles rencontres époustouflantes. Sans cesse opportunes.

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J'ai trouvé ce roman formidable ! Il est frais, tonique, bourré d'une imagination débordante. Ce n'est jamais tristounet, jamais sinistre ou déprimant. Et pourtant c'était facile de tomber dans la morosité, un adolescent tout seul sur les routes d'Europe, à chercher une aiguille dans une meule de foin. Mazette ! Cela tient du prodige de nous tirer d'aussi beaux sourires plutôt que les larmes. Rien que pour ça, je tire mon chapeau.
Et puis quelle tendresse aussi. Emil est un gamin attachant, on le sait, d'autres aussi le sentent car il attire bien souvent que du bon autour de lui. Cela se résume dans ce passage :
« - C'est toujours bien de trouver quelqu'un.
- C'est vrai.
- Parce que si on est tout seul, on n'a personne pour nous donner la becquée.
»

Ce livre me fait penser, encore et toujours, qu'ensemble c'est tout. Oui, vraiment. J'ai découvert ce roman par un pur hasard, j'en suis tombée amoureuse, oui !!! Et pas seulement du titre. Que j'aime beaucoup. C'est normal, c'est un tout !

Gaïa, 2009 - 272 pages - 21€
traduit de l'italien par Augusta Nechtschein
 

« Grand-père Viorel dit que parfois, il est possible de tomber amoureux d'un mot qu'on a jamais entendu auparavant, un mot nouveau, et que d'un seul coup on commence à l'entendre partout et à s'en servir en permanence. A tel point qu'on peut se demander comment on avait fait pour vivre jusque-là sans le connaître. »

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30/12/08

Miss Charity - Marie Aude Murail

Ce roman est un refuge, 560 pages durant lesquelles une demoiselle prénommée Charity voit jour, grandit, se passionne pour les animaux et la botanique, grandit et s'isole dans son monde, où la peinture et les histoires sont ses principales sources d'intérêt. Nous sommes dans l'Angleterre victorienne, riche et prospère, crispée et hypocrite sur ses arrières. Charity Tiddler n'a pas d'autre choix que parfaire son éducation pour briller dans les hautes sphères de la société, elle fera cependant montre d'un tempérament exceptionnel (pour l'époque) en refusant de se plier aux règles établies et de se fondre dans le moule.

Ce roman est un bel hommage à la littérature, en s'inspirant de Beatrix Potter, Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, de même en citant Shakespeare que Charity apprend par coeur pour réciter à tue-tête, dès son plus jeune âge. C'est un roman épais, près de 600 pages, qui pourtant se lit avec plaisir et grande facilité, les illustrations de Philippe Dumas apportent un raffinement précieux, en pleine osmose avec l'aura de l'histoire. Cette peinture de l'époque est savoureuse, le portrait de Charity est attachant, très beau. Il soulève l'excentricité d'une demoiselle qui s'émancipe avant l'heure, et qui va accomplir de belles choses dans le domaine qui la touche, malgré la désapprobation générale, de même en s'affichant avec un garnement passionné de théâtre, qu'on considérait alors comme un voyou !

Marie-Aude Murail réussit à partager avec son lecteur son amour pour la lecture et sa reconnaissance pour cette littérature d'antan qui continue d'influencer les oeuvres romanesques de nos jours ! Ce serait merveilleux d'en trouver davantage.

9782211089258

(en savoir plus)

Ce roman est un refuge, dans lequel les 560 pages ne sont pas de trop pour nous couver, nous dorlotter, nous emporter. On ne se lasse pas une minute, on plonge, on adore et on décolle pour une autre dimension, on vit à l'heure victorienne dans cette Angleterre riche et prospère, un peu crispée et hypocrite sur ses arrières. C'est aussi l'histoire d'une jeune demoiselle, sensible et cultivée, intelligente et originale. Miss Charity Tiddler, née en 1870, est l'unique rejeton d'un couple guindé, qui appartient à la bonne société. C'est une enfant solitaire, elle aime trouver refuge au troisième étage de la demeure familiale, dans sa nursery où elle cache sa petite ménagerie. Car Charity s'entoure de petits animaux (des souris, des grenouilles, des lapins, des canards etc.) et passe son temps à les observer pour les dessiner, les peindre à l'aquarelle.

Son goût des sciences naturelles, ses longues promenades dans la campagne du Kent, ses discussions en aparté avec ses compagnons animaux et ses lectures de Shakespeare qu'elle apprend par coeur ne font pas d'elle une jeune lady appliquée. Et c'est justement parce que Charity Tiddler ne convient pas à l'image moulée et à l'archétype attendu qu'on s'attache à elle, en reconnaissant implicitement un parcours à la Beatrix Potter... Mais c'est de manière générale un hymne à la littérature, à travers Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, pour ne pas en nommer davantage, que cet épais ouvrage nous convie. C'est un véritable enchantement. Un remarquable travail de finesse, d'humour, de délicatesse. Et les illustrations de Philippe Dumas sont un atout inestimable dans cet ensemble raffiné.

J'ai tout bonnement adoré, c'est simple, je ne voulais plus en sortir. J'ai aimé les mille petits détails qui fourmillent à chaque page, la belle description de l'éducation anglaise, la volonté encore balbutiante de l'émancipation de Charity, son tempérament teinté de discrétion et de modestie, ses bonnes manières, sa gentillesse, son amitié pour sa gouvernante française et pour sa bonne, une écossaise à la chevelure rousse, Tabitha, qui raconte des histoires folles parce qu'elle-même est ravagée. Et Charity, à l'aube des manifestations d'indépendance pour la femme, apparaît davantage excentrique et incomprise. C'est une originale, certes, mais surtout elle est différente, rêveuse et douée. Elle chante faux, joue mal du piano, fuit la broderie mais elle se révèle dans le dessin et l'aquarelle. Elle comprend très vite une chose, 

« Autant les fleurs et les champignons trouvaient facilement leur nom et leur définition au clair soleil de ma raison, autant les choses humaines se déposaient au fond de moi, toutes grises et indécises. »

Miss Charity ne se mêle pas aux sorties mondaines, noue des relations profondes avec des personnages jugés inconvenables, comme Kenneth Ashley, un ami d'enfance de ses cousins, un fils de fermier qui s'est lancé dans le théâtre. Quelle belle rencontre, d'ailleurs. Ce jeune homme est remarquable, effronté et coquin pour l'apparat, mais sa fantaisie est attirante ; et on ressent presque des petits papillons dans le ventre lorsqu'il fait son entrée et taquine la timide Charity.

En bref, j'ai plus qu'aimé. Je me suis noyée avec bonheur dans ce roman-pavé de près de 600 pages. Impossible de l'abandonner. C'est en outre regrettable de tourner la dernière page et de lâcher la main de Miss Charity. Marie-Aude Murail a su brillamment nous enchaîner... encore, des lectures de la sorte !

Ecole des Loisirs, coll. Medium Grand Format - 2008 - 562 pages - 24,80€
Illustrations de Philippe Dumas

--) les avis de Marie , Alice et Emjy