06/09/09

D'Or Que Landes, ou L'étrange aventure d'Harvey Squire ~ Denis Bretin

Syros "Hors Série", 2009 - 224 pages - 14,90€

dor_que_landesCe livre appelle les soirées d'hiver, pas celles qui vous dépriment toute la saison, mais celles qui vous voient blottis sous la couette ou au coin du feu en train de bouquiner au point de ne plus vouloir mettre le nez dehors.
C'est l'histoire d'un fils de barbier, Harvey Squire, il a dix ans et il est forcé de sortir par la glaciale nuit de Noël pour raser le mort du manoir des Fearnwood. Le chemin est long, le gamin doit traverser les landes mystérieuses et inquiétantes de ce bourg écossais, nous sommes en 1862.
Accueilli par le majordome revêche, Harvey pénètre chez les Fearnwood en tremblant comme une feuille. Il accomplit sa tâche, s'apprête à repartir lorsqu'il surprend une conservation entre deux types dans la bibliothèque de la maison. Le mort aurait caché un trésor, mais impossible de trouver le moindre indice. La suite se perd dans un brouhaha, car Harvey doit regagner le foyer où son père est en train de cuver son vin.
Depuis cette nuit de Noël, la vie d'Harvey Squire va changer. Il va faire la connaissance d'un libraire, Boniface Swifft, et d'une charmante et intrépide demoiselle, Amélia Fearnwood, qui lui confiera la suite de la discussion entendue dans le secret.
Inutile de vous en révéler davantage, si ce n'est que l'histoire s'annonce palpitante. Tout se passe dans un cadre fantastique, avec des énigmes à décoder, des vieilles légendes vont revoir le jour pour comprendre le secret du vieux Fearnwood qui est mort, probablement empoisonné, et rendu fou par ses propres découvertes.
Ambiance merveilleuse et fascinante !
De plus, le narrateur est un jeune garçon sympathique, naïf et courageux, malgré les nombreuses embûches sur son chemin. Et puis, il n'a pas la vie facile mais il trouve un formidable appui auprès de son meilleur ami Julius, avec lequel il ambitionne de devenir libraire et éditeur.
A Drisdale, petit village écossais, la lande est sauvage, hantée par des fantômes et le théâtre de scènes hallucinantes, qui vous donneront le frisson. On croirait un roman d'inspiration victorienne, un conte ou une nouvelle fantastique, tout cela ensemble, c'est clair,  l'auteur n'a pas hésité à puiser dans divers registres pour nous servir une lecture savoureuse et tout simplement envoûtante !

 

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21/07/09

Un amour vintage ~ Isabel Wolff

un_amour_vintageIl y a des romans, on le sait, qui ne marqueront pas les annales de la littérature, et pourtant on leur voue une franche reconnaissance du fait d'exister, pour la sensation de confort qu'ils procurent. "Un amour vintage" d'Isabel Wolff en fait partie. Je m'attendais à un roman dans la veine de la "chick-lit" et finalement j'ai été surprise du résultat, l'ensemble est beaucoup moins volage qu'il n'y paraît.
C'est l'histoire de Phoebe Swift qui démarre une nouvelle vie en ouvrant une boutique de vêtements vintage à Blackheath. Elle a trente-trois ans, elle vient de plaquer son fiancé à qui elle reprochait la mort de sa meilleure amie. Très vite, et grâce à l'article de Dan, un journaliste habillé comme l'as de pique, son Village Vintage connaît un bel essor, la clientèle est au rendez-vous et la jeune femme ne sait plus où donner de la tête. Elle embauche une actrice sans emploi, Annie, pour la seconder et court les salles de ventes pour grossir sa collection. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de Miles, un avocat qui frise la cinquantaine, veuf et père d'une adolescente de seize ans.
Dans le même temps, elle reçoit le coup de fil d'une vieille dame malade, Mme Bell, qui désire se délester de sa garde-robe. Une connivence s'installe entre les deux femmes, Phoebe est poussée à la confidence et reçoit en retour le témoignage émouvant de son aînée, laquelle lui confie une histoire qui lui rappelle étrangement la sienne.
C'est évident que ce roman est constitué de ficelles disgracieuses qui forment un noeud grossier, le lecteur n'est pas dupe du chemin qu'il emprunte, toutefois cela demeure un agréable traquenard. De suite, je l'avoue, il y a un paquet de maladresses dans ce livre, comme de rendre les clientes toutes plus sympathiques les unes que les autres, d'offrir un éventail de toilettes providentielles ou d'insister fâcheusement sur l'âge de Miles, quarante-huit ans et déjà l'impression d'être poussé dans les orties, c'est rude ! La rencontre avec Mme Bell aussi sonne terriblement romanesque, et je peux encore allonger la liste des points fâcheux mais cela semblerait incompréhensible, alors, d'affirmer que j'ai beaucoup aimé ce roman.
Car, oui j'ai beaucoup aimé. La passion du vintage de Phoebe Swift est belle, admirable. Elle pourrait convaincre les plus réfractaires, ceux qui ne saisissent pas le sens des (belles) choses qui ont déjà vécu et qui sont porteurs d'une histoire secrète. Je ne m'aventure pas sur ce terrain, mais je vous invite à découvrir la passion communicative de Phoebe. C'est franchement excitant. Et puis je me pose beaucoup de questions sur ce livre, des questions essentielles (rires), comme de savoir à quoi ressemblent ces fichues robes "cupcake" qui sont constamment citées dans l'histoire et qui rendent les femmes "heureuses".
A bon entendeur.

JC Lattès, 2009 - 410 pages - 20€
Traduit de l'anglais par Denyse Beaulieu

L'avis de Lily

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27/06/09

Miel et vin ~ Myriam Chirousse

Empoignant son édredon, Judith le serra si fort dans ses bras qu'il lui sembla que Charles était encore là, dans la tiédeur des draps, contre sa peau, au bout de ses ongles... Emergeant du sommeil comme un noyé refait surface, elle sentit croître en elle une douleur diffuse, comme si sa peau lui faisait mal, comme si ses yeux lui faisaient mal, comme si respirer  et sentir son coeur battre lui faisaient mal aussi. C'était une douleur indéfinissable tapie avec elle dans les limbes de la nuit, une vieille souffrance endormie depuis longtemps, un manque atroce, un arrachement, le mal des amputés qui n'ont plus que la moitié d'eux-mêmes pour aller par le monde et ressentent jour et nuit le néant de la part manquante... Elle se recroquevilla. Dans la confusion du réveil, elle le pressentit dès cet instant : plus rien ne serait comme avant.

miel_et_vin

Premier roman, certes... mais quel talent ! Nous sommes dans le Périgord, en 1773, lorsque Guillaume de Salerac, génial inventeur loufoque, découvre une petite fille dans les bois. Elle sera recueillie par sa soeur, Louison, et adoptée sous le nom de Judith de Monterlant. Ignorant tout de son passé, la demoiselle reçoit une éducation de jeune fille appliquée mais son caractère impétueux et frondeur la distingue de son rang. Judith a le goût de l'espace, de la liberté. S'échappant de la vigilance des adultes, elle s'envole à bord de l'aérostat de son oncle alors qu'elle n'est qu'une gamine et rencontre chez un voisin celui qui lui fera battre son coeur et perdre tout bon sens dans les années à venir. Charles de l'Eperai, héritier en titre, est également connu pour être un enfant maudit et un bâtard. Il a le coeur dur, le regard froid et le diable dans le ventre. Lorsque le couple se croise à nouveau, lors du mariage de la soeur de Judith, l'attirance est évidente, la passion palpable. Et pourtant, il faudra attendre la fin de l'été pour assouvir cette soif et cette faim qui les poussent l'un vers l'autre.

C'est effectivement un grand roman sentimental et historique. Nous sommes en 1788, le peuple français est mécontent, les états généraux sont réunis. Judith a rejoint Paris avec son mari, mais son histoire avec Charles n'est bien évidemment pas terminée. Car c'est de cette passion que se nourrit l'intrigue et qui rend le lecteur dépendant, au point d'absorber sa lecture en ingurgitant page après page, sans hoqueter. Il en fallait bien - de l'amour, de la flamboyance, des éclats - pour attacher le lecteur à 544 pages, sans susciter de l'ennui. C'est un pari réussi, un roman passionnant, acquis dès les premiers chapitres. Impossible de s'en séparer. Et puis, le soleil aidant, les beaux jours et les vacances s'installant, il devient une prescription incontournable pour tuer le temps. S'il ne fallait en lire qu'un, dans vos bagages, glissez Miel et Vin. Parce que c'est un roman doux et sucré et piquant, gourmand et langoureux, avec des personnages aux destins inextricablement liés, par le secret de leurs origines et par cet amour fou qui les enchaîne. Ce n'est pas un roman mièvre ou trop long, avec des détails inutiles. Le romanesque est présent, très important, et l'amour a un pouvoir magique, troublant, envoûtant. Ce n'est pas du harlequin déguisé, c'est un bon gros roman captivant, qui ne vous lâche plus une fois la première page ouverte. A dévorer !

Buchet Chastel, 2009 - 544 pages - 24,50€

Feuilleter les premières pages

Invitation à un pique-nique littéraire, en compagnie de Myriam Chirousse, le dimanche 28 juin 2009, dans le bois de Vincennes : confirmer ou non sa participation sur Facebook

20/03/09

J'aimerais tant te retrouver ~ Fanny Brucker

fanny_brucker_2Claire, Rose et Nicolas ont en commun ce besoin de fuir, de s'enfermer dans leur coquille, de se protéger et de chercher. Quoi ? Le bonheur, l'amour, la sécurité. C'est ça, et plus encore.
Claire a quitté son compagnon car elle ne supportait plus cette vie qu'elle menait avec les enfants d'une autre et où elle ne trouvait plus sa place. Rose a perdu son mari et s'est réfugiée dans sa maison qui ressemble à un ranch, elle mène une existence tranquille, coupée du reste du monde. Nicolas vient d'apprendre qu'il n'est pas le père de l'enfant de sa partenaire, cela réveille sa blessure secrète : être un orphelin, né sous X. Il a choisi de placarder une petite annonce dans les journaux locaux de Rochefort pour retrouver sa mère. Quarante ans après.
En Charente Maritime, ces trois âmes en peine vont se croiser, se toucher, se comprendre et bouleverser tout lecteur qui va vouloir s'intéresser à leurs histoires. Forcément, l'attirance est totale, la séduction imparable. Il y a un charme indéniable derrière ces parcours, les personnages sont remplis de générosité. Ils sont bancals, ont besoin de raccomoder leurs cicatrices, portent un regard lucide et triste sur ce qui les entoure.
Mais c'est poignant, c'est très beau, raconté avec justesse, sans pathos. On sent comme une famille de bras cassés qui se serre les coudes parce qu'ils ont compris qu'ensemble c'est tout, et la beauté des paysages, la chaleur derrière les rapports humains, l'espoir de se tendre vers un inconnu meilleur rendent forcément ce roman tendre et attachant.
Inutile de préciser que j'ai beaucoup aimé. Voici typiquement le genre de lecture réconfortante, qui inspire mille pensées et qui provoque milles soupirs. J'en avais vraiment besoin, j'ai franchement savouré !
« Cet endroit était merveilleux comme un dessin d'enfant. Un dessin qu'elle avait fait, ou qu'elle avait vu, elle ne se souvenait plus. Séjourner ici revenait à s'installer dans un livre. Un album aux grosses pages en carton colorées, avec des animaux partout dont on retient les noms, des fleurs, un arrosoir, des pommes rouges et des papillons. »

JC Lattès, 2009 - 334 pages - 18€

l'avis de Cathulu

Premier roman de Fanny Brucker : Far-Ouest  (JC Lattès, 2008)

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19/01/09

Pendant le reste du voyage, j'ai tiré sur les Indiens - Fabio Geda

Emil Constantin Sabau, treize ans, 1 mètre 58, réfugié roumain installé à Turin chez la nouvelle petite copine de son père, doit retrouver son fantasque grand-père, artiste de rue, qui sillonne l'Europe avec sa troupe. Sa situation est critique, il vient de mettre ko son bon samaritain (l'Architecte), son père a été rapatrié en Roumanie, mais s'est fait jeter en prison à cause d'un faux passeport. Sa mère est morte quand il avait onze ans. Emil est donc seul.
On se croirait bientôt dans Rémi Sans Famille, mais heureusement c'est beaucoup plus gai !

Emil va croiser en chemin Asia et quelques amis qui roulent à bord d'un volkswagen caravelle bleu marine pour Berlin. Une aubaine. Il va les suivre dans un squat, chercher son grand-père d'après les indices assez vagues qu'il peut trouver dans ses lettres, et connaître encore d'incroyables aventures. Mais toujours Emil nous raconte son périple sans atermoiement, sans complaisance. Il en est loin. Lui se sent dans la peau de son héros de bande dessinée (Tex), il pense winchester et cavalcade dans le désert aride. Il ne se voile pas la face, mais il préfère se donner du courage comme il peut.
Et on le comprend. Son périple est étonnant, on le vit à ses côtés en partageant ses émotions. C'est le couplet du stress, de l'impatience, de la curiosité, de l'angoisse etc. Toutefois c'est aussi d'un optimisme infaillible. Le jeune garçon a une bonne étoile au-dessus de la tête, il n'est pas avare de belles rencontres époustouflantes. Sans cesse opportunes.

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J'ai trouvé ce roman formidable ! Il est frais, tonique, bourré d'une imagination débordante. Ce n'est jamais tristounet, jamais sinistre ou déprimant. Et pourtant c'était facile de tomber dans la morosité, un adolescent tout seul sur les routes d'Europe, à chercher une aiguille dans une meule de foin. Mazette ! Cela tient du prodige de nous tirer d'aussi beaux sourires plutôt que les larmes. Rien que pour ça, je tire mon chapeau.
Et puis quelle tendresse aussi. Emil est un gamin attachant, on le sait, d'autres aussi le sentent car il attire bien souvent que du bon autour de lui. Cela se résume dans ce passage :
« - C'est toujours bien de trouver quelqu'un.
- C'est vrai.
- Parce que si on est tout seul, on n'a personne pour nous donner la becquée.
»

Ce livre me fait penser, encore et toujours, qu'ensemble c'est tout. Oui, vraiment. J'ai découvert ce roman par un pur hasard, j'en suis tombée amoureuse, oui !!! Et pas seulement du titre. Que j'aime beaucoup. C'est normal, c'est un tout !

Gaïa, 2009 - 272 pages - 21€
traduit de l'italien par Augusta Nechtschein
 

« Grand-père Viorel dit que parfois, il est possible de tomber amoureux d'un mot qu'on a jamais entendu auparavant, un mot nouveau, et que d'un seul coup on commence à l'entendre partout et à s'en servir en permanence. A tel point qu'on peut se demander comment on avait fait pour vivre jusque-là sans le connaître. »

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30/12/08

Miss Charity - Marie Aude Murail

Ce roman est un refuge, 560 pages durant lesquelles une demoiselle prénommée Charity voit jour, grandit, se passionne pour les animaux et la botanique, grandit et s'isole dans son monde, où la peinture et les histoires sont ses principales sources d'intérêt. Nous sommes dans l'Angleterre victorienne, riche et prospère, crispée et hypocrite sur ses arrières. Charity Tiddler n'a pas d'autre choix que parfaire son éducation pour briller dans les hautes sphères de la société, elle fera cependant montre d'un tempérament exceptionnel (pour l'époque) en refusant de se plier aux règles établies et de se fondre dans le moule.

Ce roman est un bel hommage à la littérature, en s'inspirant de Beatrix Potter, Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, de même en citant Shakespeare que Charity apprend par coeur pour réciter à tue-tête, dès son plus jeune âge. C'est un roman épais, près de 600 pages, qui pourtant se lit avec plaisir et grande facilité, les illustrations de Philippe Dumas apportent un raffinement précieux, en pleine osmose avec l'aura de l'histoire. Cette peinture de l'époque est savoureuse, le portrait de Charity est attachant, très beau. Il soulève l'excentricité d'une demoiselle qui s'émancipe avant l'heure, et qui va accomplir de belles choses dans le domaine qui la touche, malgré la désapprobation générale, de même en s'affichant avec un garnement passionné de théâtre, qu'on considérait alors comme un voyou !

Marie-Aude Murail réussit à partager avec son lecteur son amour pour la lecture et sa reconnaissance pour cette littérature d'antan qui continue d'influencer les oeuvres romanesques de nos jours ! Ce serait merveilleux d'en trouver davantage.

9782211089258

(en savoir plus)

Ce roman est un refuge, dans lequel les 560 pages ne sont pas de trop pour nous couver, nous dorlotter, nous emporter. On ne se lasse pas une minute, on plonge, on adore et on décolle pour une autre dimension, on vit à l'heure victorienne dans cette Angleterre riche et prospère, un peu crispée et hypocrite sur ses arrières. C'est aussi l'histoire d'une jeune demoiselle, sensible et cultivée, intelligente et originale. Miss Charity Tiddler, née en 1870, est l'unique rejeton d'un couple guindé, qui appartient à la bonne société. C'est une enfant solitaire, elle aime trouver refuge au troisième étage de la demeure familiale, dans sa nursery où elle cache sa petite ménagerie. Car Charity s'entoure de petits animaux (des souris, des grenouilles, des lapins, des canards etc.) et passe son temps à les observer pour les dessiner, les peindre à l'aquarelle.

Son goût des sciences naturelles, ses longues promenades dans la campagne du Kent, ses discussions en aparté avec ses compagnons animaux et ses lectures de Shakespeare qu'elle apprend par coeur ne font pas d'elle une jeune lady appliquée. Et c'est justement parce que Charity Tiddler ne convient pas à l'image moulée et à l'archétype attendu qu'on s'attache à elle, en reconnaissant implicitement un parcours à la Beatrix Potter... Mais c'est de manière générale un hymne à la littérature, à travers Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, pour ne pas en nommer davantage, que cet épais ouvrage nous convie. C'est un véritable enchantement. Un remarquable travail de finesse, d'humour, de délicatesse. Et les illustrations de Philippe Dumas sont un atout inestimable dans cet ensemble raffiné.

J'ai tout bonnement adoré, c'est simple, je ne voulais plus en sortir. J'ai aimé les mille petits détails qui fourmillent à chaque page, la belle description de l'éducation anglaise, la volonté encore balbutiante de l'émancipation de Charity, son tempérament teinté de discrétion et de modestie, ses bonnes manières, sa gentillesse, son amitié pour sa gouvernante française et pour sa bonne, une écossaise à la chevelure rousse, Tabitha, qui raconte des histoires folles parce qu'elle-même est ravagée. Et Charity, à l'aube des manifestations d'indépendance pour la femme, apparaît davantage excentrique et incomprise. C'est une originale, certes, mais surtout elle est différente, rêveuse et douée. Elle chante faux, joue mal du piano, fuit la broderie mais elle se révèle dans le dessin et l'aquarelle. Elle comprend très vite une chose, 

« Autant les fleurs et les champignons trouvaient facilement leur nom et leur définition au clair soleil de ma raison, autant les choses humaines se déposaient au fond de moi, toutes grises et indécises. »

Miss Charity ne se mêle pas aux sorties mondaines, noue des relations profondes avec des personnages jugés inconvenables, comme Kenneth Ashley, un ami d'enfance de ses cousins, un fils de fermier qui s'est lancé dans le théâtre. Quelle belle rencontre, d'ailleurs. Ce jeune homme est remarquable, effronté et coquin pour l'apparat, mais sa fantaisie est attirante ; et on ressent presque des petits papillons dans le ventre lorsqu'il fait son entrée et taquine la timide Charity.

En bref, j'ai plus qu'aimé. Je me suis noyée avec bonheur dans ce roman-pavé de près de 600 pages. Impossible de l'abandonner. C'est en outre regrettable de tourner la dernière page et de lâcher la main de Miss Charity. Marie-Aude Murail a su brillamment nous enchaîner... encore, des lectures de la sorte !

Ecole des Loisirs, coll. Medium Grand Format - 2008 - 562 pages - 24,80€
Illustrations de Philippe Dumas

--) les avis de Marie , Alice et Emjy

 

15/11/07

Au pays de mes histoires - Michael Morpurgo

Au_pays_de_mes_histoiresVoici un livre qui va plaire aux parents et qui va être dévoré par les enfants !
C'est aussi un livre destiné aux enseignants qui trouveront dans ces pages une matière étonnante pour lire et partager, tout en brassant des thèmes essentiels et incontournables (l'enfance, le goût de lire, la passion d'écrire, la guerre, le deuil et les légendes...).
J'ai été chavirée par ce livre de Michael Morpurgo, d'abord par cette couverture soignée et douce, une belle invitation à plonger son nez dans ce pays des histoires, puis j'ai été totalement captivée par les confessions de l'auteur, sur son parcours de jeune lecteur, d'apprenti écrivain et sa conception de la littérature. Quel regard ! Quelle intelligence !
Rien que pour cela, il faudrait placer ce livre entre toutes les mains des écoliers pour qu'ils comprennent d'où peut provenir l'essence des mots, ce qui fait qu'on s'attache à un lieu et qu'on s'y sente à jamais lié.
Enfin, ceci n'est qu'un détail dans l'ensemble de ce livre qui se présente sous la forme d'une anthologie ponctuée d'illustrations (de Peter Bailey). Les courts chapitres s'entrelacent au fil des souvenirs d'enfance, de textes inédits et bouleversants, de lectures et de rencontres qui ont marqué M. Morpurgo.
Certains passages expliquent même la genèse de romans aussi célèbres que Le roi Arthur, Soldat Peaceful, L'histoire de la licorne, Le naufrage de Zanzibar ou Le royaume de Kensuké.
C'est bien simple, vous sortez de ce livre avec l'envie d'en lire toujours plus, c'est insatiable !
Cet ouvrage est absolument précieux, et vous confirme quel conteur merveilleux est Michael Morpurgo, qui se décrit lui-même comme un « cultivateur d'histoires, un tisseur de rêves », et ce livre est selon lui « non pas l'histoire de ma vie, mais celle du voyage au cours duquel l'écrivain que je suis forge ses histoires ».

Gallimard jeunesse - 304 pages - Traduit de l'anglais par Diane Ménard - 13,50 €

  • Les premières lignes

Introduction : expliquez-vous

«Expliquez-vous, Morpurgo». C'est ce qu'on me demandait assez souvent lorsque j'allais à l'école. Le truc, bien sûr, était de trouver une excuse qui me sorte d'affaire. Je devins assez bon dans ce domaine, je crois, probablement parce que j'y étais obligé. C'était une question de survie, une technique absolument nécessaire que la plupart d'entre nous avaient dû apprendre à maîtriser à l'époque.
Dans ce livre, je ne suis pas en train de me justifier, mais j'essaie de m'expliquer, pour comprendre pourquoi et comment j'écris ce que j'écris. Je vais tenter de m'expliquer les choses à moi-même, et par la même occasion, je l'espère, vous les expli­quer à vous aussi.
Pourquoi se donner cette peine ? Pourquoi un écrivain chercherait-il à exposer son travail à ses lecteurs ? Dans quel but ? Les histoires ne se suf­fisent-elles pas à elles-mêmes ? N'est-ce pas en les lisant que l'on appréhende l'esprit et la méthode d'un auteur ? Cela semble évident, et devrait être suffisant. C'est pourquoi vous trouverez surtout des histoires dans ce livre. Cependant, il y a des gens qui aimeraient aller un peu plus loin, qui ne se contentent pas de regarder, émerveillés, le champ de blés mûrs qui dansent dans la brise. Ils veulent comprendre comment pousse un seul grain, d'où il vient, comment il est planté et fertilisé, comment la terre le berce, comment le soleil et la pluie le fortifient. Cette approche permet peut-être d'apprécier les histoires elles-mêmes avec plus de profondeur, mais ce qui est plus important encore, elle peut indiquer au lecteur que le processus qui mène à écrire une histoire ou à la raconter appartient à tout le monde, que nous avons tous le grain de blé des histoires en nous, qu'il reste simplement à le planter et à l'aider à pousser.
Je suis un cultivateur d'histoires. Je les cultive aussi sûrement qu'un paysan fait pousser ses céréales. Je suis un tisseur de rêves, un conteur. Grâce aux histoires que ma mère m'a lues, et à celles que j'ai lues moi-même, grâce à des profes­seurs inspirés, et à mes grands mentors Robert Louis Stevenson, Ted Hughes et Sean Rafferty, grâce à de nombreuses années de travail, j'ai trouvé ma propre démarche. La voie de chaque écrivain est unique, j'en suis sûr, bien que nous ayons sans doute davantage de choses en commun que nous ne le croyons. Ma voie ne sera pas la seule, mais c'est la mienne, et j'ai pensé qu'il pour­rait être intéressant et, peut-être même utile, encourageant, de raconter comment je suis devenu l'écrivain que je suis.
Voilà ce que je me suis efforcé de faire dans ce livre. J'ai entrecroisé certaines de mes histoires et de mes réflexions - écrites pour une bonne partie d'entre elles de 2003 à 2005 alors que j'étais Childrens Lauréate (ambassadeur de la littérature de jeunesse à travers le monde) de façon que les unes éclairent les autres, aident à mieux les comprendre, et les complètent. Ce n'est pas l'his­toire de ma vie - que je raconterai peut-être un jour - mais celle du voyage au cours duquel l'écrivain que je suis forge ses histoires.

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31/03/07

Echappée belle

ancre_des_revesLe sommeil attrapa Guinoux par les pieds, l'attira dans le fond. Il ne songea même pas à se débattre, tant son corps glissait avec délice dans le gouffre qui l'aspirait. Il dodelinait légèrement de la tête, telle une proie endormie à l'éther, tandis que son esprit s'enfonçait de plus en plus loin, jusqu'au point où sa conscience ne serait plus de taille à le rassurer mais saurait encore le défendre.

La frontière périlleuse n'était pas celle du jour et de la nuit mais celle de la veille et de l'endormissement.

Le sommeil exerçait sur lui une attirance vampirique.

Maintenant il dormait profondément. Sur l'oreiller, dans la pâle clarté de la lune filtrant à travers la lucarne de sa chambre, son visage d'enfant semblait las, mais ses yeux roulaient à l'intérieur de leurs orbites.

Où suis-je ? Où est l'interrupteur ?

Une plainte gutturale répercutée par l'écho le fit sursauter.

L'appel lointain d'une corne de brume.

Il cligna les yeux, effaré. Il ne voyait rien.

Tout autour de lui, une muraille de brouillard laiteux l'enserrait, l'asphyxiait.

Luttant contre la panique, il baissa les yeux.

Il se trouvait assis dans une barque.

(...)

L'Ancre des rêves, Gaelle Nohant  - ROBERT LAFFONT

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06/02/07

Le treizième conte - Diane Setterfield

 

treizieme_conteMargaret Lea n'aime pas les auteurs contemporains, elle ne lit que des auteurs morts, grandit dans une librairie de livres anciens auprès de son père, grand collectionneur de pièces rares.
Un jour, Margaret reçoit la lettre de Vida Winter, auteur de best-sellers, pour entreprendre l'écriture de sa biographie.
Pourquoi elle, pourquoi Margaret ? Elle n'a pas de goût pour les contes étranges et surréalistes qu'écrit Vida Winter. Avant toute chose, elle décide donc d'ouvrir un recueil très rare, "Le treizième conte", dans lequel Margaret découvre avec effarement qu'elle est subjuguée par l'univers de Vida Winter, et devine qu'un secret est renfermé dans ce livre !
Margaret choisit de partir dans le Yorkshire pour rencontrer Vida Winter. Cette dernière vit à l'écart du monde, dans une grande propriété isolée, où Margaret s'installe, aborde avec circonspection la grande romancière et commence à prendre des notes.
C'est dans cette maison à l'aura inquiétant que Margaret va ressentir le vertige des souvenirs, le poids du passé, la portée de sa naissance. Elle écoute avec intérêt les confidences de Vida Winter, se méfie de ses affabulations dont l'écrivain s'est rendue célèbre.
Margaret veut la vérité, toute la vérité. Confiez-moi la vôtre, l'engage Vida Winter, mais la jeune femme se ferme, non impossible de se résoudre, et pourtant "tout le monde a une histoire"...

Et c'est ainsi qu'on embarque dans ce roman puissant, dense, lourd de 400 pages, dans lequel on retrouve avec délice toute cette ambiance décalée des romans du 19ème siècle.
On pense très fort aux soeurs Brontë, dont "Jane Eyre" est moults fois évoqué, et où l'échappée belle de Margaret sur les landes entre la pluie et le vent rappelle sans équivoque les héroïnes des Hauts de Hurlevent.
On revoit aussi Daphné du Maurier et son célèbre "Rebecca" pour l'esprit austère et les présences de fantômes.
L'écriture scrupuleuse et passionnée de Diane Setterfield nous baigne dans un autre temps, au coeur du domaine d'Angelfied, théâtre de drames, de mystères et de folie. Et il faut aussi souligner le portrait remarquable de Vida Winter :

"Elle ressemblait à une reine, une sorcière ou une déesse des temps anciens. Sa silhouette raide émergeait, majestueuse, au milieu d'une profusion de pourpre cardinale et de coussins rouges. Drapés autour de ses épaules, les plis turquoise et vert qui habillaient son corps n'assouplissaient en rien sa rigidité. Ses cheveux cuivrés étaient coiffés en une savante composition de rouleaux, de boucles et de torsades autour d'un visage poudré, aussi quadrillé qu'un plan de ville, dont la blancheur faisait ressortir les lèvres hardiment soulignées d'un rouge écarlate. Sur ses genoux, ses mains n'étaient qu'un agrégat de rubis, d'émeraudes et de jointures blanches et osseuses; seuls ses ongles, dépourvus de vernis, coupés très court et carré, détonnaient. Ce qui me désarçonna le plus, ce furent ses lunettes." ...

Pour connaître la suite, je vous engage à découvrir vite fait ce roman captivant, envoûtant, dans la grande et pure tradition des romans anglais du 19ème ! A savourer.

Plon

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