01/06/09

Le monde attend derrière la porte ~ Pascale Maret

le_monde_attendLa famille de Sarah, quatorze ans, appartient à la communauté des chrétiens rigoristes, régie par le Tuteur et des ministres autoproclamés de Dieu. Cette vie totalement fermée au monde extérieur commence à peser sur le moral de l'adolescente. Celle-ci s'interroge sur le fait de se marier à 18 ans et d'avoir obligatoirement six enfants, de porter un foulard sur la tête, des jupes longues et des pulls qui couvrent les bras, de ne pas avoir le droit d'écouter la musique ni de regarder la télé, de ne pas lire, de ne pas parler aux garçons, d'accepter un coca ou un bonbon de la part d'un insensé qui vit dans le monde en oubliant les vraies valeurs. Sarah prend peu à peu conscience des notions comme la liberté et le choix. En elle, gronde une violente rage d'émancipation. Hélas, elle va se cogner contre un mur quasi impossible à escalader, et encore moins à renverser.
J'ai été totalement happée par l'histoire de Sarah et par sa volonté d'affranchissement, sa soif d'indépendance, ses questions pertinentes et ses tâtonnements pour parvenir à savoir ce qu'elle veut, ce qu'elle doit faire, même si cela implique d'autres sacrifices. A un moment, son frère lui donne cette très belle réplique, pleine de sens : « Tu vois, on est comme des loups qui sont pris dans le piège et qui préfèrent s'arracher la patte plutôt que de rester coincés. Ça fait mal, mais après on sera libres. »
C'est un texte intelligent et nécessaire, qu'il faut lire pour ne pas ignorer l'aveuglement et les dogmatismes toujours persistants, qui enferment plutôt qu'ils n'ouvrent au monde. Il existera toujours des portes à ouvrir ou fermer, des seuils à franchir, la liberté est parfois chèrement payée, il est possible de boîter pour la vie ensuite, mais c'est tellement précieux de disposer du libre arbitre, de pouvoir assouvir ses désirs sans aucune emprise, juste selon sa volonté.
Ce roman de Pascale Maret se révèle pratiquement indispensable à découvrir. C'est un sujet tellement fort, tellement captivant qu'il vous laissera plus d'une fois bouche bée.

achevé d'imprimer (sans parjure) pour les éditions thierry magnier, 2009
195 pages /  8.50€

A rapprocher avec :  Trop de chance, le roman écrit par Hélène Vignal (rouergue, 2007)

Pascale Maret est également l'auteur de A vos risques et périls (thierry magnier, 2007)

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23/03/09

Un soir, j'ai divorcé de mes parents ~ Rachel Hausfater

un_soirSuite au divorce de ses parents, qu'il a beaucoup de mal à digérer, le jeune narrateur prend la décision de divorcer de ses parents. C'est sa façon à lui de manifester son mécontentement, mais aussi d'exprimer son chagrin. Il passe en revue deux parents divorcés qui ne ressemblent plus à la famille d'avant. De dépit en consternation, le garçon comprend qu'il n'a plus sa place, qu'il doit la trouver ailleurs. Il choisit de se réfugier dans la chambre de bonne de ses grand-parents, un week-end sur deux. En secret.
Toutefois cette liberté a aussi un goût amer, c'est un coup pour son moral. Comment passer ces journées sans adultes ? 
Beaucoup de réflexion dans ce court roman qui traite du divorce et des enfants de divorcés, "Un soir, j'ai divorcé de mes parents" raconte le parcours d'un adolescent qui se cherche, qui choisit de s'éloigner pour mieux se trouver. Son histoire est celle d'un enfant qui doit quitter brutalement le nid douillet, qui doit accepter la décision de ses parents et apprendre à vivre avec. Un divorce, ça fait grandir un peu trop vite, ça détruit, c'est une fin et ça tue aussi.
Mais heureusement, après on reconstruit, on recommence, on renaît. On aime ailleurs, et on aime encore. Le message est positif, même si le procédé peut paraître un peu excessif et exubérant (vivre seul dans une chambre de bonne, mener son petit cirque dans le dos des adultes). Disons que souvent cela m'est apparu trop profond dans la bouche d'un adolescent, trop mûri dans la tête d'un môme en détresse. A la fin, par exemple, ses discours avec ses parents sonnent incroyablement consciencieux, tellement adultes, alors qu'il s'agit tout de même d'un lycéen. Je ne sais pas. Il y a comme un fossé entre le fictif et le réel, sur tout ce qui touche le narrateur, sa parole et ses pensées. Cela me semble moyennement crédible.
Au moins cette histoire a pour vertu de faire réfléchir, je ne sais pas si un adolescent s'y retrouvera forcément, et même si j'apprécie personnellement beaucoup le style de Rachel Hausfater, je trouve qu'ici le texte manque parfois d'un léger plus (j'aurais préféré qu'on passe plus de temps avec Madeleine, cette voisine âgée qui recueille le garçon les soirs de blues, lui sèche ses larmes, lui offre du thé et des gâteaux, ou même avec Alma, sa petite fée de liberté).
Quelques frustrations, donc... mais ce n'est pas méchant.
J'attends vos retours avec une certaine curiosité !

Thierry Magnier, 2009 (achevé d'imprimer dans une chambre de bonne) - 115 pages - 7,50€ 

Posté par clarabel76 à 07:45:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
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