23/04/09

Amulet, Livre Un : Le gardien de la pierre ~ Kazu Kibuishi

Ce livre traînait dans la chambre de ma fille depuis plusieurs mois, je voyais bien le marque-page dépassé, à mi-parcours, donc la demoiselle avait soit calé, soit pas aimé du tout... ou que sais-je. J'ai donc chipé le bouquin pour m'en faire une idée, et j'ai compris le dilemme : en fait mademoiselle ma fille a eu les jetons ! :))

amulet

Deux ans après l'accident qui a coûté la vie de son père, Emily, son petit frère Navin et leur mère emménagent dans une maison de famille abandonnée depuis des années, héritée d'un grand-père mystérieusement disparu, Silas Charnon. Il y règne une drôle d'ambiance dans cette maison sans électricité, sans confort, et seul le bureau du grand-père rutile, tel un modèle de laboratoire pour ingénieur fou. Emily fait une étrange découverte, un collier avec une amulette qu'elle décide de porter autour du cou. Ce médaillon est en fait magique, la nuit une voix murmure de faire très attention car la famille est en danger.

Quelques heures plus tard, la mère d'Emily est enlevée sous les yeux des enfants, avalée par une créature immonde. N'écoutant que son courage, la fillette et son frère partent à l'aventure pour sauver leur maman. Ils vont se rendre dans des territoires inconnus, croiser des êtres extraordinaires, devoir affronter des dangers et se frotter à un inconnu au teint pâle et aux yeux lumineux qui convoite Emily et l'amulette qu'elle ne quitte plus. Ce médaillon dégage un vrai pouvoir, mais exerce une ascendance qui n'est pas du goût de Navin. Et on se rend compte qu'il y a une succession d'événements pas toujours profitables, enfin bref je ne raconte pas davantage !

**********

J'ai beaucoup aimé ce premier tome (trilogie en route) et j'ai trouvé certaines planches d'une beauté à couper le souffle, par contre j'ai aussi trouvé que les visages de la mère étaient souvent loupés... L'ambiance d'Amulet est magique, fantastique, épique, ok le scénario est parfois exagéré en mettant en scène cette fillette pleine d'énergie et de courage qui affronte des monstres plus gros qu'elle sans trembler une seconde. Ouah, chapeau ! ;o))

Certaines scènes peuvent choquer les plus jeunes lecteurs (il faut compter à partir de 10 ans, je crois), on parle de disparition, de mort, de kidnapping et les créatures ne sont pas toujours très sympathiques, il faut se méfier ! D'un autre côté, l'aventure est au coeur de l'histoire, les décors sont splendides, l'intrigue ne manque pas d'originalité, on trouve aussi des personnages attachants, des petits robots très rigolos, ou un doudou peureux. Cette épopée qui plonge dans une dimension fantastique ne manque décidément pas de souffle ! Le tome 2 sort très prochainement.

Akileos, 2008 - 192 pages - 12€

Posté par clarabel76 à 13:00:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


11/03/09

Et qu'on m'emporte - Carole Zalberg

31_N_nEp21L__SS500_Emma, coincée sur son lit de malade, sent que la vie est en train de la quitter. A bout de souffle, et de forces, elle s'adresse à sa fille disparue et lui raconte son parcours, ses choix, sa vie de femme, d'épouse et de mère. Mariée très jeune, mère dans la foulée, Emma a longtemps eu le sentiment de traîner un boulet, alors qu'elle était ivre d'une chose : de liberté. Ivre d'amour, également. D'aventures en aventures, Emma va rencontrer un homme qui lui donnera le coup de pouce pour tout quitter et tout recommencer. Sans un mot, sans une explication, elle va prendre la fuite. Son amour en bandoulière. Abandonner ses enfants. Ni remords, ni regrets.

Emma incarne la femme féminine, sensuelle, animale par excellence. C'est un portrait qui fait sortir les griffes, qui inspire l'admiration ou l'incompréhension, car en tant que mère, elle est à blâmer. Egoïste et amoureuse, tout le temps dans la démesure, incapable de sacrifice, à fond dans ses goûts et ses choix, n'hésitant jamais une seconde, Emma a toujours foncé. Traumatisée par une mère qui n'était pas exemplaire, et l'image du couple usé que renvoyaient ses parents, Emma s'est jurée d'en finir, d'en sortir, de ne jamais abdiquer. Ne jamais plier.

Sa liberté, précieuse et choyée, lui sera longuement reprochée par sa propre fille, la disparue. Il aura fallu que celle-ci soit également à l'article de la mort pour qu'Emma retrouve son amour in extremis, pour que le miracle se produise. Non, elle n'a jamais été maternelle, ce n'est pas un secret. Mais qui sommes-nous pour juger ? Aujourd'hui Emma est en train de mourir, elle ne s'apitoie pas sur son sort, elle lance un regard par-dessus son épaule et elle ne regrette rien. Elle reste toutefois fixée sur le petit caillou rose, symbole de sa relation conflictuelle avec sa fille. Mais impossible de le retrouver. Comme si, de toute façon, il était impossible de renouer avec le passé, de réparer les erreurs. Elles ont été bues et jugées, en somme.

C'est en cela un roman profond, sensible, parfois délicat, qui ne verse jamais dans le pathos. Carole Zalberg reprend le miroir d'une histoire déjà racontée dans La mère horizontale, que je n'ai cependant pas lue. Il doit être très intéressant d'avoir ce jeu des miroirs, de prendre un bout d'histoires et de le revoir sous un autre jour. Le récit d'Emma a su me toucher en même temps qu'il est venu me troubler, la femme en moi est bouleversée par ce portrait d'une féminité pleinement endossée, d'un choix de vie qui ne se discute pas, « le sacrifice, le renoncement au nom de l'amour, au nom de la responsabilité à l'égard de ses enfants, merci bien ». Le titre dit déjà beaucoup, « Et qu'on m'emporte », envie d'aller voir ailleurs, de rêver grand. Pourquoi pas ? N'être femme, après tout.

Albin Michel, 2009 - 130 pages - 12€

Léthée en parle...

J'avais lu :  Chez eux, un autre roman de Carole Zalberg (Phébus, 2004)

http://www.carolezalberg.com/

Posté par clarabel76 à 09:30:00 - - Commentaires [22] - Permalien [#]
Tags : , ,

07/02/09

Tout pour toi - Agnès Marietta

« Ma mère aime les belles histoires. Mais elle ne les lit pas, elle fait son possible pour les vivre. Et ses belles histoires se transforment en problèmes insolubles qui la laissent sur le flanc un moment, jusqu'à ce qu'elle saute dans un train en marche. »

51Eef9i3aPL__SS500_Aline est une jeune femme pleine de vie, très jolie, qui vit essentiellement pour son plaisir et celui de sa fille, Manon. Après le neuvième anniversaire de l'enfant, sa mère décide de l'arracher du petit appartement parisien pour se mettre au vert, dans les Cévennes. C'est une nouvelle vie qui commence, dans un gîte tenu par un allemand, parmi une communauté très baba-cool. Aline vit des amours passionnées avec Nono, tandis que Manon grandit en se sentant de moins en moins à sa place. Pendant les vacances d'été, à treize ans et demi, l'adolescente part en colonie et y rencontre un jeune moniteur, Laurent, qui devient très vite son confident. Et plus. Un soir, peu avant la fin des réjouissances, Manon se retrouve dans le lit du garçon et connaît sa première fois. Elle garde pour elle cette expérience, car sa mère lui réserve une étonnante surprise à son retour.

Tout pour toi est un croisement entre la douceur et la tristesse, le portrait d'une jeune fille qui pousse au soleil à grands coups d'amour, mais sans comprendre véritablement le sens de l'amour. C'est soit trop tôt, ou trop tard. Elle est coincée, en peine. Comme sa mère, immature et égoïste, Manon a un gros contentieux à régler en matière de démonstrations affectives. C'est bien simple, Aline fuit tout le temps. A côté de ça, Manon ne sait plus. Elle grandit sans attentes, sans mécanique (comme le souligne un personnage). C'est un petit soldat qui monte au front, elle prend les coups sans comprendre, ça lui fait un peu mal, ça lui fait du bien. C'est kif-kif bourricot.

Sa rencontre avec Laurent va être déterminante, car le garçon ne va pas la lâcher et Manon s'imagine qu'avec lui elle est ce qu'il attendait depuis toujours... Une vision de conte de fées, en somme. Mais elle est comme ça, Manon. Un peu handicapée sentimentalement. Elle sait qu'elle a droit au bonheur, qu'elle aussi aura sa chance. Il suffit de saisir la main tendue, mais où ? quand ? comment ? C'est en fait tout le problème. En cela, la fin du roman est infiniment touchante, car elle montre que la course au bonheur n'est pas simple, et que rien n'est jamais acquis.

Ce portrait d'une âme en fuite, qui cherche un endroit pour éclore, est caressant, touchant, attendrissant.
Pas forcément essentielle, cette lecture n'en reste pas moins très sympathique.   

Il s'agit du deuxième roman d'Agnès Marietta, après N'attendez pas trop longtemps.

Anne Carrière, 2009 - 255 pages - 18€


Et la magnifique chanson d'Emily Loizeau : Sister !!!

Posté par clarabel76 à 09:30:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , ,