31/05/17

Comment tomber amoureux... sans tomber, de Susie Morgenstern

Collection Médium poche - 7,80€ - Date de sortie pour cette édition : Mai 2017 
Année de 1ère parution : 2014

COMMENT TOMBER AMOUREUX

Samuel est américain, ne parle pas français et doit passer son Bac dans un lycée parisien. Annabelle, brillante élève en Terminale S, se voit proposer de le chaperonner. Une année riche et excitante s'annonce pour notre duo devenu inséparable, mais aussi pour leur famille aux vies bien mouvementées.

Chez Annabelle, son père a sciemment mis les voiles pour bousculer son épouse accro à son boulot. Et pourtant, ces deux-là s'aiment encore et devront trouver un compromis pour recoller leur famille éparse.
Marguerite, la grand-mère, est également une boulimique du boulot - elle vise la deuxième étoile pour son restaurant dans le Sud. Toutefois, fantasque et rêveuse, elle ne réfléchira pas à deux fois lorsque l'amour se présentera sous son nez, en la personne du grand-père de Samuel !

L'américain, lui, est complètement dingue d'Annabelle, qui le considère comme un véritable ami. Son obsession, c'est sa réussite au Bac. Rester concentrée. Et butiner quelques grammes de légèreté à dose homéopathique. Sauf que l'amour, c'est une affaire de famille ! Même son jeune frère Anatole va plonger dans la marmite les deux mains devant.

Et qu'est-ce que c'est bon ! Je me suis surprise à bouquiner avec allégresse ce roman léger et charmant, qui papillonne de bonheur à vous parler du sentiment amoureux sous toutes ses coutures, en famille, entre amis ou entre amants.
C'est aussi et avant tout une jolie comédie familiale, pétillante et insouciante, avec des personnages attachants, qui nous embarquent chaleureusement dans leur univers. 
C'est lisse, quasi parfait et proprement invraisemblable, à réserver donc en lecture idéale pour les vacances. 

« Je tombe, tu tombes, nous tombons amoureux. C'est bien trouvé ! Il n'y a pas d'amour sans tomber ! Sans planer ! Et c'est tant mieux ! »

 

heart

 

Posté par clarabel76 à 15:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


20/12/13

Un auteur, deux livres : Nathalie Kuperman

IMG_0235

Il y a un monstre dans le cartable de Joseph ! Il fait des bruits bizarres qui l'empêchent de se concentrer sur la leçon de géographie. Quand il se décide à y jeter un petit coup d'oeil, le garçon manque de tomber à la renverse : il a sous les yeux une représentation minuscule de sa mère, en train de grignoter le croissant qu'elle avait promis à son fils pour son goûter.

Quelle histoire ! Peu de temps après, sa mère fait encore des siennes en se pointant derrière lui aussi grande que Gulliver ! Elle fait fuir les petits caïds qui cherchaient à intimider son rejeton et lui donne de gros bisous baveux en l'étouffant de câlins. Mais la coupe est pleine, pour Joseph, il est temps d'en finir avec cette maman abusive et débordante d'amour. Trop, c'est trop.

Le garçonnet entre en rébellion et impose ses nouvelles conditions, le revers de la médaille risque toutefois de sérieusement le chambouler. C'est qu'il ne sait plus ce qu'il veut, notre little Jo, il veut s'assurer qu'on l'aime, mais pas qu'on l'oppresse. Pour sa maman aussi, la conversion s'annonce quelque peu délicate.

Mais ce roman est drôle, farceur, tendre et follement amusant. Il dresse un portrait haut en couleur d'une maman envahissante, capable de démarrer au quart de tour sitôt que son gros bébé chouine, tempête ou manifeste un soupçon d'indépendance. En parallèle, les réactions du garçonnet valent aussi leur pesant de cacahuètes !

Le résultat est délicieusement cocasse, on ne fait que sourire du début à la fin ! Et les illustrations d'Aurélie Guillerey sont tout simplement parfaites.

Ma mère est partout (Mouche de L'École des Loisirs, avril 2013 - ill. d'Aurélie Guillerey)

IMG_0236

Celui-ci est tout aussi poilant et s'adresse aux jeunes ados (niveau collège).

On suit l'histoire de Louis, 13 ans, qui est fou amoureux de son amie d'enfance, Mona. Hélas, cet amour est à sens unique car la demoiselle en aime un autre. Louis a le cœur brisé et décide de changer de tactique en jouant les indifférents et en s'affichant avec une autre fille. Ce sera Déborah, la meilleure amie de Mona.

S'enchaîne alors une étourdissante valse des sentiments, au centre de laquelle notre ami Louis se sent carrément chavirer. C'est qu'il ne sait plus qui il aime, pourquoi il aime, s'il est aimé en retour, et pourquoi toute cette confusion s'empare de lui, pourquoi se sent-il aussi bête et paralysé, pourquoi c'est devenu soudain aussi compliqué d'être en présence d'une fille qu'on a connu depuis la crèche ! ?

Que de questions pertinentes et perspicaces dans ce petit roman ! C'est une lecture qui a su brillamment interpréter la délicate phase de transition qui se joue dans la tête de nos adolescents “en crise”, notamment au sujet des rapports entre filles et garçons et des premiers émois amoureux. Naturellement, c'est traité avec beaucoup d'humour et de légèreté !

Le garçon qui aimait deux filles qui ne l'aimaient pas (Médium de L'École des Loisirs, octobre 2013, ill. de couv. : Magali Bardos)

Posté par clarabel76 à 08:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

19/12/13

La double vie de Cassiel Roadnight, de Jenny Valentine

« Je n'ai pas choisi d'être lui. Je n'ai pas désigné Cassiel Roadnight, je ne l'ai pas fait sortir d'une file de personnes qui me ressemblaient comme deux gouttes d'eau. J'ai simplement laissé faire. Je voulais simplement que ce soit vrai. C'est le seul tort que j'ai eu, au début. »

IMG_0227

Cassiel Roadnight a disparu de la circulation depuis deux ans, aussi sa famille n'en croit pas ses yeux lorsque les services sociaux leur signalent avoir retrouvé le garçon. C'est sa soeur Edie qui vient à sa rencontre. Très émue, la jeune fille lui tombe dans les bras et le ramène aussitôt à la maison. Le hic, c'est qu'il ne s'agit pas du vrai Cassiel Roadnight, mais d'un prénommé Chap, dont la ressemblance troublante avec le fugitif a confondu tout le monde.

Chap est aussi un adolescent en fugue, depuis quatre ans, il se débrouille par lui-même après avoir été séparé de son grand-père. Le garçon ne voulait pas duper les Roadnight en se faisant passer pour Cassiel, mais c'est suite à un malentendu et le voici maintenant prisonnier de cette mascarade. Il n'est pas fier de lui de tromper son entourage, il se sent même oppressé et songe à disparaître de nouveau du paysage.

Et pourtant, il continue de jouer la comédie. Un mystère plane sur la famille Roadnight et les causes du départ de Cassiel. Ce dernier semblait être un type arrogant et difficile à vivre, Chap tente de coller au moule, sans grande conviction. Il cherche alors à en savoir plus, il questionne, il rencontre les (mauvaises) personnes, il sonde les proches et il comprend assez rapidement qu'il est en danger.

Oui, parce que ce roman est tout de même ancré sur une solide base de mystère et de suspense. Non seulement on s'interroge sur le cas de Cassiel, mais on se demande aussi jusqu'où pourra tenir Chap dans son double rôle. C'est frustrant, très prenant, assez stressant aussi. Les doigts sont collés aux pages du livre, on n'en peut plus de savoir la vérité et on ne cesse de recevoir de nouvelles informations, toutes plus aberrantes les unes que les autres. (À ce propos, la fin est tout de même abusée. Trop facile.)

Ce titre a reçu la Pépite du Roman pour ados décerné lors du dernier Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil. C'est totalement justifié. On plonge dans sa lecture avec une curiosité qui ne cesse d'être alimentée et grandement récompensée au fil des chapitres. L'histoire est pesante et mélancolique, sans frôler le désespoir absolu. C'est tout bonnement poignant de voir les liens qui se tissent entre les êtres, le portrait de la famille Roadnight qui est complètement brinquebalante et qui ne va pas forcément se reconsolider avec le retour du fils disparu.

C'est définitivement une ambiance qui envoûte et une histoire qui vous happe pour ne vous relâcher qu'à la toute dernière ligne. Très bon !

École des Loisirs, septembre 2013, traduit par Diane Ménard - illustration de couverture : Gabriel Gay.

Posté par clarabel76 à 08:15:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

13/12/13

Les filles de Cùchulainn, de Jean-François Chabas

IMG_0151

L'île de Greene, pas très loin des côtes irlandaises, est un petit coin de paradis, où il fait bon vivre auprès de son amoureux, à ressasser au coin du feu des vieilles légendes, à bercer son enfant dans les bras, à trembler dès que le vent se met à souffler plus fort et à accepter son destin lorsque la mer vous prend votre pêcheur d'époux, comme c'est souvent le cas pour la plupart des femmes.

Mary est seule, elle a perdu Conrad mais attend un bébé de lui. Finalement, elle mettra au monde deux petites filles, des jumelles prénommées Esther et Rebecca, deux beautés qui font la fierté de leur maman. Et pourtant, en grandissant, les fillettes sont comme deux coquilles vides, qui communiquent entre elles dans un dialecte inconnu, elles sont coupées du monde extérieur. Seul Cùchulainn, un cheval de race d'une musculature impressionnante, né borgne, paraît comprendre les filles. Il les accepte sur son encolure, se promène avec elles et va même risquer sa peau pour les sauver.

Car le soir où une bande de malfaiteurs tente de s'introduire dans la maison de Mary et la menacer de mort, l'animal noir et puissant va entrer dans une fureur vengeresse et va tout massacrer sur son chemin ! C'est spectaculaire, vraiment poignant. Ce petit roman de JF Chabas se lit d'une traite, il est beau, tellement doux et merveilleux, l'histoire baignant dans un cadre enchanteur et magique. J'ai beaucoup aimé cette ambiance !

Médium de l'École des Loisirs, janvier 2013 - (très belle) photographie de couverture : Franck Juery

Posté par clarabel76 à 08:15:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

28/03/13

«Mon domaine à moi, ce sont les bibliothèques et les librairies...»

«Entendons-nous bien, je ne rêve pas de me fondre dans la masse, ni d'adopter les loisirs de mes pairs... Certains rêvent d'une console de jeux, d'un poney ou d'un prince charmant... Mon domaine à moi, ce sont les bibliothèques et les librairies...»

IMG_8726

Louise est élève en Cinquième ... et ne se prend pas pour de la crotte ! Elle est très sûre d'elle, dans le sens où elle n'a jamais manqué d'amour, ses parents sont aux petits soins pour elle, ni d'accès à des loisirs comme la danse classique, la lecture, la chorale et le théâtre. Notre demoiselle est, en quelque sorte, élitiste. Même ses meilleures amies doivent la conforter dans son statut de fille brillante et admirable.

Détestable, la Louise ? Même pas. Car l'histoire va soudainement la malmener, avec l'arrivée d'une nouvelle élève dans sa classe. Elle s'appelle Manon, elle est douée et très intelligente. Par contre elle est issue d'un milieu modeste, Louise le sait, car les parents de Manon ont acheté sa robe de communion le jour du vide-grenier et depuis elle ne fait que la porter pour aller à l'école (comble du comble, elle joue aussi au foot avec !).

Louise est très snob, très prout-prout. Elle a pour habitude de mettre tous les adultes dans sa poche, d'être l'objet de leur admiration, une fille si jeune et déjà si cultivée... Battement de sourcils frénétique. Sauf qu'avec l'arrivée de Manon, on lui vole la vedette. Leur prof décide de lancer un projet d'opéra, en montant Carmen, un rôle sur mesure pour Louise, pense-t-elle... Han, han, c'est le début de la dégringolade !

Louise, donc, va perdre confiance en elle. Et comme c'est une jeune adolescente, sensible et vulnérable, elle ne va pas gérer la situation et donner à chaque petit événement une proportion démesurée. Tout le talent de Fanny Chiarello réside dans le fait d'avoir toujours su guider notre façon de penser, de ne pas détester cette héroïne bien prétentieuse, de cerner son mal-être, d'avancer dans cette histoire à tâtons, au rythme de la narratrice, et de savoir sourire devant ses raisonnements, parfois, saugrenus.

Encore une fois, l'histoire cherche à nous montrer que la culture est accessible à tous, non pas réservée à une élite, et qu'il ne faudrait surtout pas juger Louise, piquée de jalousie qu'une fille comme Manon soit son égale. Il y a chez elle un mélange de tendresse et de naïveté, pas seulement de la pédanterie, et puis de toute façon elle va apprendre à redescendre sur Terre. Bizarrement, avec son tempérament insupportable, Louise donne à cette lecture un caractère pétillant !

Prends garde à toi, par Fanny Chiarello
Medium de l'Ecole des Loisirs, 2013 - illustration de couverture : Gabriel Gay

Posté par clarabel76 à 12:00:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,


"Je suis devenu un lecteur."

IMG_8725

Comme à son habitude, le père de Kévin Pouchin a mis les bouts sans crier gare, et cela dure depuis deux semaines. La mère est à cran, entre colère et dépression elle ne supporte plus rien, ni les enfants, ni le chien qui pisse sur le paillasson, elle met tout le monde dehors, qu'importe s'il gèle à pierre fendre. De plus, ce sont les vacances, Kévin n'a nulle part où traîner, alors il se décide à pousser la porte de la bibliothèque, là où il pourra se réchauffer.

Chez lui, les livres n'ont pas droit de cité. C'est pour les intellos, les têtes d'ampoule, pour ceux qui parlent de façon maniérée, bref ce n'est pas de leur monde. La famille de Kévin passe uniquement du temps ensemble lorsqu'il faut laver la BMW du père ou regarder une émission débile à la télévision. D'abord, le garçon hésite. Il redoute d'être mis à la porte, dénoncé comme étant un imposteur, qu'ici non plus il n'est pas à sa place.

Puis il croise une fille de sa classe, Laurie, qui le prend pour un poète. Mais surtout, il rencontre une mamie révolutionnaire, Dame Chamallow, qui lui colle entre les mains "L'attrape-cœur" avec ordre de lui faire un compte-rendu de sa lecture. A partir de là, la vie de Kévin va se dédoubler : d'un côté, il voit en secret ses nouvelles copines de bibliothèque, de l'autre il est le fils de personne, dans une maison où ça braille tout le temps, où les blagues sont crasses, où les penchants culturels sont inexistants.

Ce livre m'a fait énormément soupirer, de dépit et de désespoir. Heureusement, le jeune héros est un garçon formidable. Il en bave, mais c'est tout de même un môme qui comprend peu à peu qu'il a le droit de sortir de sa condition. Qu'il n'est pas dit qu'il appartenait à un milieu et se devait d'y rester. Alors, oui c'est grâce à la lecture qu'il va prendre confiance en lui. Toutefois, son apprentissage se fait aussi dans la violence, parce qu'on se moque de lui d'aimer lire ou de passer du temps à la bibliothèque, pour autre chose que bécoter sa petite copine.

Les clichés ont la dent dure, vous verrez que l'histoire est loin d'être mielleuse ou niaise, par contre il y a aussi beaucoup de dérision, de l'humour et du cynisme pour sauver les apparences, pour se protéger et pour rendre les coups. Il y a vraiment de belles réflexions de la part de Kévin en tant que lecteur qui découvre le pouvoir des mots et la force des histoires. D'ailleurs, pour moi, le cap le plus important, c'est lorsqu'il reconnaît enfin qu'il est devenu un lecteur. Que cette passion lui dure !

Holden, mon frère - par Fanny Chiarello
Medium de l'Ecole des Loisirs, 2012 - illustration de couverture : Séverin Millet

"Drôle d'idée que de lire des romans, quand on  y pense bien : on s'attache à des personnages qui n'existent pas, on se sent moins seul alors qu'il suffirait de lever la tête de sa page pour constater qu'on l'est toujours autant dans le vrai monde, et après, tout est fini. Chacun rentre chez soi..."

Posté par clarabel76 à 11:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

11/12/12

Il lèchera une petite goutte de sang sur son doigt avec la gourmandise d'un vampire.

Nous voilà avec,

IMG_8368

160 pages de pure rigolade.
160 pages d'une recherche d'identité, déclinée en vingt-cinq vies, allant du caniche royal à la fourmi neurasthénique, la gazelle rusée comme un renard, la souris déglinguée, au gros chat de gouttière ou au haricot en boîte.
160 pages à sympathiser avec une héroïne extra, Sandra Bullot, élève quelconque, amie médiocre, petite copine en manque.
160 pages de jeux de mots, de langues déliées, de mails échangés, de questions qui se posent, de larmes qui coulent sur les joues, de rendez-vous autour d'une machine à laver, de l'art de bécoter pour attiser la jalousie de l'autre, de l'ennui, de soupirs, de trahisons en famille, de crimes entre amis et d'un soupirant secret.
160 pages à se demander qui est l'endive au jambon.
160 pages à adorer ça.
160 pages à grignoter le plaisir d'être une adolescente, qui aimerait qu'on la comprenne et qu'on l'accepte pour ce qu'elle est. Pas seulement un clown qui détend l'atmosphère pour masquer ses frousses, mais une chic fille, qui cherche aussi le grand amour, alors qu'il est juste sous son nez.
160 pages à confier autour de soi, en disant lis ça, tu verras, tu ne comprends rien aux filles, c'est normal, elles non plus ne se comprennent pas, mais ce bouquin-là t'en expliquera un morceau, et tu trouveras ça vachement décomplexant, et carrément déjanté. Forcément, connaissant ton humour sarcastique, ça te plaira ! ;o)
Sur ces 160 pages, je souris à la lune, je lui chuchote un grand merci, merci à Colas Gutman et à Marc Boutavant (chouette couverture, encore et toujours), merci de servir encore des petits romans qui donnent le sourire et qui racontent la vraie vie sans frémir, sans tanguer, sinon vers l'impossible légèreté de l'être.
MERCI ! 

Les vingt-cinq vies de Sandra Bullot, par Colas Gutman
Médium chez l'Ecole des Loisirs, 2012 -  couverture : Marc Boutavant

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

09/07/10

Pêle-mêle Polly

Le Mot de l'éditeur : Pêle-mêle Polly

Déjà le premier jour de septembre et bientôt la rentrée. Polly n’a aucune envie de reprendre les cours ni de retrouver les autres. À coup sûr, pour être heureuse, il faudrait fuir. Fuguer. Maintenant. Pourtant, avant la fin de l’été, les choses étaient différentes. Polly croyait qu’il existait des sésames pour le bonheur. Comme cette Cléo aux yeux bleus dansant pour elle sur la plage d’Houlgate. Mais tout se perd. Tout s’abandonne, même les amies. Polly n’a pas pu faire autrement. Elle a fait comme son père : abandonner avant de l’être. À Houlgate, Polly s’est souvenue de lui, de leur unique rencontre, l’été de ses six ans. Une angoisse terrible, comme une bulle pleine de rien, l’a envahie. Depuis, Polly ne voit plus que lui. Elle doit reconstruire le puzzle de ce père absent. Maintenant. Mais avec quoi attrape-t-on un fantôme ?

 

pele_mele_polly

Ce roman figure parmi les titres conseillés pour l'été par L'école des loisirs. Aussitôt, mon esprit s'est imaginé une lecture légère et rafraîchissante, d'ailleurs le résumé parle de la plage d'Houlgate, mon petit coeur a fait un bond, j'ai foncé tête baissée.
Ouch.
Ce roman est d'une sensibilité, c'est inattendu et extrêmement délicat. Très à fleur de peau. Je m'y sentais comme sur des coquilles d'oeufs. Donc, j'ai tout repris à zéro pour mieux plonger dans cette histoire de quête des origines. Polly, la narratrice, est une adolescente mature, réfléchie, solitaire et malheureuse. Elle ne connaît pas son père, ni sa mère ni sa grand-mère ne lui en parlent, elle ne dispose que d'une photographie très floue de lui et se souvient l'avoir vu pour la première (et seule) fois à l'âge de six ans. Elle se rappelle des détails et des contours mais a oublié les mots, les paroles, les traits de son visage.
Aujourd'hui, en cette veille de la rentrée, Polly vide et range les cartons de sa famille en nous offrant un pêle-mêle raffiné de ses émotions, ses souvenirs, ses doutes, ses besoins. Sur la plage, à Houlgate, Polly a rencontré Cléo qui dansait et dessinait des arabesques sur le sable. Et puis Cléo est partie... Sans le vouloir, cette rencontre a bouleversé Polly. Il faut que sa grand-mère lui explique pourquoi ceux qu'elle aime la quittent, car elle en souffre et sa bulle pleine de rien est en train de se crever.
Je me suis noyée de plaisir parmi les lignes de Gabriel Martiarena, c'est un roman admirablement bien écrit, très élégant, classique, guindé sans être pédant, et au charme suranné. Par contre, ce classicisme marque aussi une certaine distance et il n'est pas facile de se fondre dans l'histoire. C'est beau, très sensible mais l'histoire ne nous transporte pas. Il faut davantage considérer ce roman comme un brillant exercice stylistique.
A conseiller aux très bons lecteurs (adolescents) et plus.

Pourquoi faut-il que tout ait une fin ? En ce premier jour de septembre, une nostalgie lourde me serre la gorge. Je repense à cet été qui s'achève, aux arabesques de Cléo sur le sable de l'immense plage normande. Bientôt, il faudra retrouver la compagnie étouffante et imposée de camarades de classe. Je sens poindre l'envie de fuguer. Le goût de la fuite me taquine. Je ne suis pas courageuse, non, vraiment pas. J'ai le sentiment profond que seuls les fuyards sont heureux. Soyons lâches, évitons les contraintes !
J'ai perdu Cléo, l'escalier bigarré... Il me reste Mamée, maman. Et l'absence obsédante de mon père.

Si j'oublie son absence ? Si j'oublie son absence ! Est-il seulement possible de s'affranchir de ce qui n'est pas ? Oublier revient à soustraire quelque chose de sa mémoire. Mais quand cette chose est un néant, comment s'en délivre-t-on ? Par quel bout s'empoigne le vide quand on veut le flanquer dehors, le bazarder ?
Je ne connais pas mon père, ou si peu. Pourtant il me pourrit l'existence. Je voudrais le frapper, lui hurler ma haine. Mes poings s'agitent dans le vent, mes cris ne rebondissent sur aucune chair. Lutter contre un fantôme.

Pêle-mêle Polly ~ Gabriel Martiarena
Médium de l'école des loisirs (2010) - 118 pages - 8,00€
illustration de couverture : Franck Juery

Posté par clarabel76 à 14:00:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

13/05/10

Un automne à Kyoto (Karine Reysset) & Le tueur à la cravate (Marie-Aude Murail)

A suivre, deux romans récemment publiés par l'école des loisirs.

Je commence par mon préféré : Un automne à Kyoto de Karine Reysset.

Un_automne_a_Kyoto_de_Karine_ReyssetC'est un petit roman très attachant, qui raconte le voyage de Margaux au Japon (son père a obtenu une bourse pour résider à la Villa Kujoyama de Kyoto). En plus d'être dépaysante et poétique, l'histoire nous invite à explorer les états d'âme de l'adolescente dont le petit monde est en train de se fissurer de partout. D'abord, il y a la distance qui s'installe avec son petit copain, resté à Saint-Malo, puis l'humeur morose de son père, accaparé par son travail, et l'absence de leur mère, qui ne les a pas accompagnés à cause de son travail, et enfin Eric, leur voisin photographe, qu'on nous présente avec un sourire carnassier et qui, à force de croiser Margaux, va affoler les battements de son coeur. 

C'est une histoire touchante, avec quelques pointes d'amertume, sur ce qui fait et défait un lien, sur ce qui fait grandir aussi, sur les petites choses belles, touchantes, émouvantes, celles qu'on regrette, celles qu'on ne supporte plus. Ce beau voyage au Japon va faire exploser le coeur et la tête de Margaux, mille sensations sont attendues, avec cette petite phrase qui dit peu et tout à la fois : " Kyoto, il est temps que je parte, tu m'as ensorcelée, divine, tu m'as presque rendue folle, tu nous as tous rendus fous. Tu vas me manquer. "

Vraiment un joli roman qu'offre Karine Reysset, qui s'inscrit entre le carnet de voyage et le roman d'apprentissage, enrichi d'haïkus et d'illustrations sur les paysages de Kyoto.

Coll. Médium, EdL (2010) - 176 pages - 10,00€
illustration de couverture :  Hélène Millot

Le deuxième livre est celui de Marie-Aude Murail, Le tueur à la cravate.

Le_tueur_a_la_cravateJe crois avoir été plus emballée par le journal de bord que par l'histoire policière elle-même. En effet, sur quelques 70 pages, l'auteur nous raconte son métier d'écrivain et la lente élaboration de son dernier roman (pour tous ceux qui se posent la question, d'où vous vient l'inspiration, comment naît un roman, vous serez servis !). Donc, Marie-Aude Murail vient de terminer Malo de Lange et songe déjà à son prochain projet - un livre sur la mythologie grecque ou les réseaux sociaux du net. (Finalement, MAM optera pour la deuxième option.) Et c'est tout simplement cocasse de la suivre sur les pistes des blogs, de sites des copains d'avant, de facemachin, une sorte de pélerinage dans un pays inconnu qui la déconcerte et la met mal à l'aise. (Bon, il faut noter que l'auteur est absolument farouche au principe d'exhibition, mais elle ne juge pas, elle s'interroge et elle pose un regard innocent et sévère à la fois.)

Bien sûr, il y a d'abord le roman à lire pour frissonner de plaisir. Le Tueur à la cravate se veut un très bon thriller, où tout commence quand deux adolescentes postent la photo de classe des parents de Ruth sur un site du genre perdu-de-vue. A partir de là, les vieux démons vont se réveiller car nos demoiselles ignorent qu'un macabre fait divers a secoué la classe de TC3 qui appartenait au père de Ruth, à sa mère et la soeur jumelle de celle-ci. Vingt ans plus tôt, donc, cette dernière a été sauvagement étrangée, le corps jeté dans la Charente, le meurtrier mis sous les verroux, même si pendant un temps c'était le père de Ruth, lui-même, qui avait été suspecté. Aujourd'hui chirurgien estimé, Vincent Cassel élève seul ses deux filles, depuis la mort soudaine de son épouse. C'est beaucoup pour un seul homme, pense-t-on.

L'histoire nous en montrera d'autres, des vertes et des pas mûres, et durant une lente et haletante montée en pression, l'intrigue ressert son étau de façon inexorable (même si j'avais facilement deviné la fin). Malgré tout, cette histoire policière ne prend pas ses lecteurs pour des idiots, il y a des morts, des suspects, des psychopathes et des beaufs. Au milieu, on suit une jeune fille qui, en perte de repères, ne va plus savoir à qui accorder sa confiance (et on la comprend tout à fait !). C'est un roman noir, à l'ambiance oppressante. Et je crois que, pour un lecteur qui n'est pas encore trop usé par les ficelles du genre, ce livre conviendra parfaitement.

coll. Médium, EdL (2010) - 362 pages - 11,50€
illustration de couverture :  Franck Juery

Posté par clarabel76 à 16:15:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

24/11/09

Bjorn le Morphir ~ Thomas Lavachery

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2004 - 194 pages - 10,00€
photographie de couverture : Franck Juery

bjorn_morphirPrise au piège par une redoutable tempête de neige, la famille de Bjorn vit recluse dans sa maison, en compagnie de quelques-uns de leurs proches (Dizzir le demi-troll, Hari le pêcheur, Drunn le berger et Maga la cuisinière). Le siège peut commencer, la nature n'est pas simplement en colère, cette fois la neige est redoutable, elle tombe en gros flocons pendant de longs mois, elle se glisse par tous les interstices de la maison, elle cherche à les anéantir. Les Vikings sont habitués au froid, ils résistent et la structure de leur abri est solide, chacun prend son mal en patience. Mais vivre confinés à 11 finit par rendre marteau, le frère de Bjorn a son épée qui le démange et met au défi son cadet en lui infligeant une raclée - humiliante - devant tous.
Bjorn est un enfant chétif, faible, réservé. Il manque de courage, ne manifeste aucune curiosité pour les armes ou le combat, et pourtant il l'ignore encore, mais c'est un morphir, c'est-à-dire qu'il va se réveiller courageux et avec un destin à accomplir. Cela débute par des rêves où un garçon sans visage vient le forcer à se battre avec son épée, puis la menace d'une étrange créature de glace, venue dans leur refuge pour semer le chaos, voit la réalisation de ce secret éclater au grand jour. Bjorn le Morphir, se dit-il. Quelle ironie.
Son frère Gunnar lui porte désormais un autre regard, teinté de jalousie. Leur père Erik, un ancien guerrier redoutable, lui offre son précieux collier de dents de Vorages en récompense. Maga, la cuisinière, sombre dans la folie, et Drunn a presque la bave qui lui pend au bord des lèvres, l'oeil mauvais. Sigrid, la charmante cousine qui était restée muette, se glisse dans le lit de Bjorn en lui sussurant des mots d'amour. (!) Tsss. C'est du propre...
Bon, toute l'histoire ne se déroule pas non plus dans cette maison menacée par la neige, même si j'aimais l'idée, la tension est bien en place mais il faut faire évoluer tout ce petit monde vers d'autres aventures. Hélas, au même moment où l'histoire connaît de nouveaux rebondissements, introduit d'autres personnages et rend l'action plus palpable, j'ai commencé à me lasser.
C'est un bon roman, idéal pour les jeunes lecteurs (niveau collège) qui apprécient l'héroïc-fantasy, ici déclinée à partir du folkore viking (très bonne idée, d'ailleurs). Le roman est d'ailleurs devenue une série (cf. ci-dessous la liste des titres publiés) et même une BD publiée chez Casterman a été éditée dernièrement pour relancer l'attention du public pour ce héros sympathique.
C'est donc un bon roman, même je n'ai pas senti d'intérêt plus grand envers les personnages ou l'histoire. Et c'est aussi un détail, mais j'ai vraiment tiqué sur la partie qui concerne Sigrid, lorsqu'elle se faufile dans le lit de Bjorn (ils ont tout de même douze ans !). Heureusement l'histoire fait la part belle à l'incroyable épopée qui s'offre au garçon, le courage, la loyauté, l'amitié sont autant de valeurs qui rendent ce récit plus consistant. Je laisse néanmoins cette série entre les mains des lecteurs qui sont plus sensibles à l'aventure épique et fantasy.

-) Lael a aimé, mais sans plus. Sylvie est plus enthousiaste.

  • Titres disponibles :

  • Bjorn le Morphir, 2004
  • Bjorn aux Enfers : Le Prince oublié, 2005
  • Bjorn aux Enfers II : La Mort du loup, 2005
  • Bjorn aux Enfers III : Au cœur du Tanarbrok, 2006
  • Bjorn aux Enfers IV : La Reine Bleue, 2008

 

Posté par clarabel76 à 10:45:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , ,