20/06/19

Dix battements de cœur, par N.M. Zimmermann

Dix battements de coeurAmbiance envoûtante pour lecture énigmatique !
C'est l'histoire d'un contrat invisible qui lie deux familles depuis des générations. Les White et les Chapel partagent aujourd'hui le même appartement à Fleet Street. Toutefois, le père d'Isabella est avocat, celui d'Andrew son assistant. L'un connaît la prospérité et l'aisance, au détriment de l'autre, soucieux et maladif.
Pour la fillette, son amitié avec Andrew a toujours semblé acquise et naturelle. Le temps passant, le garçon va néanmoins manifester des signes de mécontentement et de rébellion. 
En septembre 1939, l'Allemagne entre en guerre. Les enfants sont expédiés à la campagne, au cottage de Mrs Cole, où ils vont rencontrer Winter et Rosie Warren, un frère et une sœur sans cesse en fugue. Le garçon, surtout, va entraîner Andrew dans ses combines et tenter de lui dessiller les yeux. À nouveau, les rapports entre les deux amis vont être mis à mal car la mère d'Isabella réclame leur retour à Londres.

C'est difficile de mettre des mots sur cette relation inhabituelle et contraignante entre les White et les Chapel, d'autant qu'elle est vécue à travers le regard d'une fille de treize ans qui souhaiterait que ça cesse - consciente de la détresse de son ami et se sentant coupable de lui infliger un tel poids. Malheureusement, rompre le contrat implique aussi de mourir. Les deux familles sont donc pieds et poings liés, sans issue possible. 
On reste seulement sur notre faim face à ce concept trop flou et aux accents fantastiques un peu brouillons. Pour le reste, c'est grandiose ! On débarque dans l'Angleterre de Churchill qui se prémunit contre les bombardements ennemis. On vit les heures sombres de l'attente, puis les dégâts du Blitz, l'angoisse dans les refuges, la peur d'être sans nouvelles de ses proches. La mise en place est remarquable, l'ambiance poignante et dramatique. On s'exporte littéralement dans le temps et on devient les premiers rôles d'une histoire sombre mais envoûtante.
J'ai beaucoup aimé le contexte historique et l'aura globale de cette lecture qui la rend aussi fascinante !

Médium de L'École des Loisirs (2019) - Couverture illustrée par Séverin Millet

 

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23/05/19

Longtemps, j'ai rêvé de mon île, de Lauren Wolk

LONGTEMPS J'AI RÊVÉ DE MON ÎLEElizabeth Islands, Massachusetts, 1925. Corneille a douze ans et vit sur l'île de Cuttyhunk chez Osh, un peintre solitaire et bourru. De sa naissance, elle sait juste qu'elle a été abandonnée dans un vieux rafiot avant de s'échouer sur cette plage. Les autres habitants se sont toujours méfiés d'elle - exception faite pour Miss Maggie qui lui a appris à lire et écrire - et pensent qu'elle a été envoyée de Penikese, l'île voisine ayant abrité un hôpital de lépreux.
Corneille est naturellement curieuse. Elle se pose des questions. Elle a envie de savoir qui est sa famille. Comprendre son passé. Son instinct la pousse vers l'inconnu et elle s'y rend spontanément. À Penikese, les découvertes ne vont pas manquer. On parle d'un trésor caché et d'un Pat Hibulaire qui fouillerait les vestiges de la léproserie avec une arme au poing. Aventure, nous voilà !
Bref. Je m'apprêtais donc à plonger dans une histoire passionnante - ce qui est vrai - et en même temps je suis longtemps restée en retrait. Ça ne s'explique pas. Pourtant, le cadre est magnifique, un petit coin de paradis à l'abri du regard, seulement troublé par les caprices de la météo et des marées. Osh, Miss Maggie et Corneille y mènent une existence rudimentaire mais heureuse.
On absorbe tout ça de bonne grâce, le rythme est nonchalant, les journées occupées à la pêche, au jardinage, à la peinture ou à la contemplation. C'est lent, doux et poétique. Tout ce dont je suis très sensible habituellement. Il y a aussi une part de mystère sur la naissance de la fillette et une belle quête initiatique. Des ingrédients appréciables pour un roman non dénué de charme.

Traduit par Marie-Anne de Béru pour L'école des Loisirs, 2019

Titre VO : Beyond The Bright Sea

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06/05/19

Summer kids, de Mathieu Pierloot

SUMMER KIDS

Comment survivre à une rupture amoureuse ? Antoine a 18 ans et le bac en poche, un été caniculaire pour horizon et aucune perspective pour la prochaine rentrée. Sa mère grogne, le môme soupire. Au lieu de rassurer son entourage, il sort, il boit, il fume trop. Ses meilleurs potes refusent d'aborder LE sujet qui fâche. Hannah. Le grand Amour. L'amour déçu, brisé, envolé.
Il est très agaçant, Antoine. Il a besoin qu'on lui secoue les puces. Il est lourd avec son désespoir. Mais il est le reflet de sa génération. Au cœur de cet été, il va finalement trouver un job et rencontrer une nana mal fagotée. Il va écouter de la musique et passer des coups de fil rageurs. Il va demander pardon. Il va pleurer. Pas forcément dans cet ordre. Et durant 150 pages.
On oublie vite qu'on n'a plus 18 ans et les émotions à fleur de peau. Pourtant cette lecture nous en rappelle les codes - avec dérision parfois. Elle nous replonge dans nos souvenirs - sans aucune nostalgie. C'est vrai que j'ai souri car cela m'a fait plaisir de retrouver la bande d'En grève ! qui poursuit son bonhomme de chemin en se frottant à la vie.
Ça se cherche énormément et ça confirme combien grandir est compliqué. Même les parents en prennent pour leur grade. Comme ça, tout le monde est rhabillé pour l'hiver. Cela reste un bon petit bouquin sympa, très lucide et plein de sincérité. En plus il donne du bonheur aux oreilles avec des playlists canons s'il vous plaît ! ♪♫ And in the end the love you take is equal to the love you make ♪♫

L'école des loisirs, 2018

 

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02/07/18

Martin perché, de Christian de Montella

martin perchéUn soir de mai 68, alors que Paris est “à feu et à sang”, le père de Martin décide de partir à la campagne, sans demander son avis à sa famille. Pour Martin, quatorze ans, cet exil a un goût de frustration... Il ne cesse de penser à ELLE - une révolutionnaire en herbe, qui croque la vie à pleines dents et court à perdre haleine en dépavant les rues du Quartier Latin sous le nez des CRS. Et lui, en une journée, il a également couru après elle et pénétré dans son monde avec un cœur qui a fait boum-boum-boum. Comme son père est soudain résolu à abattre le chêne ancestral qui siège dans leur jardin (pour construire une piscine), Martin dit non. La nuit, il grimpe dans l'arbre et refuse d'en descendre au petit matin. Sa mère Francine va alors entendre toute son histoire sur sa rencontre avec l'étonnante Angie...

« Angie est arrivée dans notre classe en décembre. On dit qu'elle vient des États-Unis, mais, pour moi, elle vient de nulle part. Elle ne ressemble à aucune des filles que je connais. Elle porte des jeans, des ponchos, des vestes en peau de mouton, et les cheveux frisés, longs et libres.
Elle parle aux garçons comme si elle en était un. Elle interrompt les profs d'histoire et de français pour exiger qu'ils précisent leurs opinions. Quand on la menace de l'envoyer chez le censeur, elle réplique : “Vous ne connaissez que ça : la répression.” Bien sûr, on l'envoie chez le censeur et elle collectionne les heures de colle. Il paraît qu'elle n'y va jamais et qu'elle passera bientôt en conseil de discipline.
- Vous êtes un trublion ! lui dit un jour le prof de latin.
- Vous n'avez pas votre place dans le système scolaire, a renchéri la prof d'histoire, un autre jour.
- Petite enquiquineuse ! s'est écriée la prof de gym le matin où elle lui a demandé pourquoi les filles ne pouvaient pas jouer au foot comme les garçons, tout en ajoutant que, par ailleurs, elle considérait le football comme une activité frivole dont le but était de “détourner les masses populaires de son seul objectif légitime : la révolution”.
Elle n'est même pas jolie. Elle a l'air d'une folle trop intelligente et trop maigre. Et pourtant, elle me plaît. » 

En seulement 90 pages, le roman nous emporte dans sa frénésie, son exubérance et sa joie de vivre. Les personnages sont tous déjantés et fascinants. Puis l'histoire nous embarque dans une exploration, aussi brève qu'exaltante, des événements survenus en mai 68 - on croise ainsi Dany le Rouge, les slogans endiablés, la fougue populaire et la jeunesse en liesse. Tout paraît survolté, tant l'approche est joyeuse et insouciante.
À lire, c'est un vrai régal. 

médium / l'école des loisirs (2018)

*** avec une chouette couverture qui donne envie ***

 

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07/03/18

Le célèbre catalogue Walker & Dawn, de Davide Morosinotto

« Il ne restait qu'une chose à déterminer, la plus importante : qui serait le chef de l'expédition ?
Je ne voulais pas me proposer car c'était on ne peut plus évident : ça ne pouvait pas être Eddie parce qu'il était trop fragile (et puis il avait des lunettes), ni Joju parce que c'était une fille, et je ne parle même pas de Min. Forcément, c'était le plus petit et, par-dessus le marché, il était noir.
Malgré tout, un vrai chef ne doit pas se mettre en avant, il doit être choisi et acclamé par son peuple.
J'ai donc attendu d'être acclamé en songeant déjà à ce que je dirais avant d'accepter, non, non, je ne suis pas à la hauteur, vous êtes trop gentils, des choses dans ce goût-là, la modestie incarnée, quoi.
Au lieu de ça, Eddie a prétendu que c'était à lui d'être le chef car il était un chaman qui savait parler aux alligators ; Joju, elle, pensait que cette mission lui revenait car elle était la plus dégourdie de la bande, et Min lui-même donnait l'impression d'avoir son mot à dire en agitant la montre.
J'ai laissé échapper un soupir. »

le CÉLÈBRE CATALOGUE WALKER et DAWN

Quatre amis vivent et grandissent dans le bayou, se réunissant dans leur refuge secret pour inventer de nouveaux jeux, comme bricoler un nouveau canoé pour pêcher dans les flots boueux. Ce jour d'été 1904, P'Tit Trois, Eddie, Min et Julie trouvent une boîte à conserve rouillée, avec à l'intérieur trois dollars. Sans rien dire à personne, ils décident de passer commande dans le “célèbre catalogue Walker & Dawn” mais sont finalement déçus le jour de la livraison du colis, car celui-ci ne contient pas l'article attendu (un revolver de police) mais une vieille montre cassée. Même si le catalogue garantit les prix les plus bas et une totale satisfaction sous peine de remboursement, les enfants doivent se rendre en personne à Chicago pour obtenir gain de cause. Une perspective peu envisageable pour leurs familles qui triment, qui râlent, qui punissent à coup de ceinture en cuir sur les fesses. Finalement, des événements dramatiques vont précipiter leur décision et pousser la bande des quatre à se sauver par la rivière jusqu'à La Nouvelle-Orléans. Sur place, ils devront encore se débrouiller pour rejoindre la grande ville du Nord, en veillant à ne pas tomber dans les nombreux pièges tendus. 

Tout est absolument épatant dans cette lecture ! On a quatre enfants formidables, généreux, drôles, courageux et attachants, qui prennent tour à tour la parole au cours des quatre parties composant leurs aventures. On apprend ainsi à mieux découvrir les uns et les autres, à cerner leurs secrets, à aimer leurs rêves et leurs envies, à partager leurs émotions. On se sent un peu le cinquième membre du gang et on échangerait notre place pour rien au monde. De plus, malgré une épaisseur consistante, ce gros roman de 425 pages se dévore en un clin d'œil ! La lecture nous transporte dans une Amérique vintage, avec ses bateaux à aube, son jazz coloré, son bayou, ses trains de marchandises avec des wagons en bois, ses grandes villes semées de danger, ses bureaux de presse aux rédactions bourdonnantes, ses chasses au trésor et j'en passe... On n'a qu'à fermer les yeux pour y croire. Nos jeunes héros prennent une part active au dynamisme ambiant, et on plonge le cœur battant dans leurs péripéties, rapportées sur un ton plein d'humour et de suspense.

Faisant également penser à Tom Sawyer, le roman se révèle audacieux, surprenant et plein de ressorts. J'ai aimé fort, fort, fort. C'est même UN GROS COUP DE CŒUR ! ♥

L'école des loisirs, 2018 - traduit de l'italien par Marc Lesage

illustrations de Stefano Moro, Annalisa Ventura et Gabriel Gay

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31/05/17

Comment tomber amoureux... sans tomber, de Susie Morgenstern

Collection Médium poche - 7,80€ - Date de sortie pour cette édition : Mai 2017 
Année de 1ère parution : 2014

COMMENT TOMBER AMOUREUX

Samuel est américain, ne parle pas français et doit passer son Bac dans un lycée parisien. Annabelle, brillante élève en Terminale S, se voit proposer de le chaperonner. Une année riche et excitante s'annonce pour notre duo devenu inséparable, mais aussi pour leur famille aux vies bien mouvementées.

Chez Annabelle, son père a sciemment mis les voiles pour bousculer son épouse accro à son boulot. Et pourtant, ces deux-là s'aiment encore et devront trouver un compromis pour recoller leur famille éparse.
Marguerite, la grand-mère, est également une boulimique du boulot - elle vise la deuxième étoile pour son restaurant dans le Sud. Toutefois, fantasque et rêveuse, elle ne réfléchira pas à deux fois lorsque l'amour se présentera sous son nez, en la personne du grand-père de Samuel !

L'américain, lui, est complètement dingue d'Annabelle, qui le considère comme un véritable ami. Son obsession, c'est sa réussite au Bac. Rester concentrée. Et butiner quelques grammes de légèreté à dose homéopathique. Sauf que l'amour, c'est une affaire de famille ! Même son jeune frère Anatole va plonger dans la marmite les deux mains devant.

Et qu'est-ce que c'est bon ! Je me suis surprise à bouquiner avec allégresse ce roman léger et charmant, qui papillonne de bonheur à vous parler du sentiment amoureux sous toutes ses coutures, en famille, entre amis ou entre amants.
C'est aussi et avant tout une jolie comédie familiale, pétillante et insouciante, avec des personnages attachants, qui nous embarquent chaleureusement dans leur univers. 
C'est lisse, quasi parfait et proprement invraisemblable, à réserver donc en lecture idéale pour les vacances. 

« Je tombe, tu tombes, nous tombons amoureux. C'est bien trouvé ! Il n'y a pas d'amour sans tomber ! Sans planer ! Et c'est tant mieux ! »

 

heart

 

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20/12/13

Un auteur, deux livres : Nathalie Kuperman

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Il y a un monstre dans le cartable de Joseph ! Il fait des bruits bizarres qui l'empêchent de se concentrer sur la leçon de géographie. Quand il se décide à y jeter un petit coup d'oeil, le garçon manque de tomber à la renverse : il a sous les yeux une représentation minuscule de sa mère, en train de grignoter le croissant qu'elle avait promis à son fils pour son goûter.

Quelle histoire ! Peu de temps après, sa mère fait encore des siennes en se pointant derrière lui aussi grande que Gulliver ! Elle fait fuir les petits caïds qui cherchaient à intimider son rejeton et lui donne de gros bisous baveux en l'étouffant de câlins. Mais la coupe est pleine, pour Joseph, il est temps d'en finir avec cette maman abusive et débordante d'amour. Trop, c'est trop.

Le garçonnet entre en rébellion et impose ses nouvelles conditions, le revers de la médaille risque toutefois de sérieusement le chambouler. C'est qu'il ne sait plus ce qu'il veut, notre little Jo, il veut s'assurer qu'on l'aime, mais pas qu'on l'oppresse. Pour sa maman aussi, la conversion s'annonce quelque peu délicate.

Mais ce roman est drôle, farceur, tendre et follement amusant. Il dresse un portrait haut en couleur d'une maman envahissante, capable de démarrer au quart de tour sitôt que son gros bébé chouine, tempête ou manifeste un soupçon d'indépendance. En parallèle, les réactions du garçonnet valent aussi leur pesant de cacahuètes !

Le résultat est délicieusement cocasse, on ne fait que sourire du début à la fin ! Et les illustrations d'Aurélie Guillerey sont tout simplement parfaites.

Ma mère est partout (Mouche de L'École des Loisirs, avril 2013 - ill. d'Aurélie Guillerey)

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Celui-ci est tout aussi poilant et s'adresse aux jeunes ados (niveau collège).

On suit l'histoire de Louis, 13 ans, qui est fou amoureux de son amie d'enfance, Mona. Hélas, cet amour est à sens unique car la demoiselle en aime un autre. Louis a le cœur brisé et décide de changer de tactique en jouant les indifférents et en s'affichant avec une autre fille. Ce sera Déborah, la meilleure amie de Mona.

S'enchaîne alors une étourdissante valse des sentiments, au centre de laquelle notre ami Louis se sent carrément chavirer. C'est qu'il ne sait plus qui il aime, pourquoi il aime, s'il est aimé en retour, et pourquoi toute cette confusion s'empare de lui, pourquoi se sent-il aussi bête et paralysé, pourquoi c'est devenu soudain aussi compliqué d'être en présence d'une fille qu'on a connu depuis la crèche ! ?

Que de questions pertinentes et perspicaces dans ce petit roman ! C'est une lecture qui a su brillamment interpréter la délicate phase de transition qui se joue dans la tête de nos adolescents “en crise”, notamment au sujet des rapports entre filles et garçons et des premiers émois amoureux. Naturellement, c'est traité avec beaucoup d'humour et de légèreté !

Le garçon qui aimait deux filles qui ne l'aimaient pas (Médium de L'École des Loisirs, octobre 2013, ill. de couv. : Magali Bardos)

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19/12/13

La double vie de Cassiel Roadnight, de Jenny Valentine

« Je n'ai pas choisi d'être lui. Je n'ai pas désigné Cassiel Roadnight, je ne l'ai pas fait sortir d'une file de personnes qui me ressemblaient comme deux gouttes d'eau. J'ai simplement laissé faire. Je voulais simplement que ce soit vrai. C'est le seul tort que j'ai eu, au début. »

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Cassiel Roadnight a disparu de la circulation depuis deux ans, aussi sa famille n'en croit pas ses yeux lorsque les services sociaux leur signalent avoir retrouvé le garçon. C'est sa soeur Edie qui vient à sa rencontre. Très émue, la jeune fille lui tombe dans les bras et le ramène aussitôt à la maison. Le hic, c'est qu'il ne s'agit pas du vrai Cassiel Roadnight, mais d'un prénommé Chap, dont la ressemblance troublante avec le fugitif a confondu tout le monde.

Chap est aussi un adolescent en fugue, depuis quatre ans, il se débrouille par lui-même après avoir été séparé de son grand-père. Le garçon ne voulait pas duper les Roadnight en se faisant passer pour Cassiel, mais c'est suite à un malentendu et le voici maintenant prisonnier de cette mascarade. Il n'est pas fier de lui de tromper son entourage, il se sent même oppressé et songe à disparaître de nouveau du paysage.

Et pourtant, il continue de jouer la comédie. Un mystère plane sur la famille Roadnight et les causes du départ de Cassiel. Ce dernier semblait être un type arrogant et difficile à vivre, Chap tente de coller au moule, sans grande conviction. Il cherche alors à en savoir plus, il questionne, il rencontre les (mauvaises) personnes, il sonde les proches et il comprend assez rapidement qu'il est en danger.

Oui, parce que ce roman est tout de même ancré sur une solide base de mystère et de suspense. Non seulement on s'interroge sur le cas de Cassiel, mais on se demande aussi jusqu'où pourra tenir Chap dans son double rôle. C'est frustrant, très prenant, assez stressant aussi. Les doigts sont collés aux pages du livre, on n'en peut plus de savoir la vérité et on ne cesse de recevoir de nouvelles informations, toutes plus aberrantes les unes que les autres. (À ce propos, la fin est tout de même abusée. Trop facile.)

Ce titre a reçu la Pépite du Roman pour ados décerné lors du dernier Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil. C'est totalement justifié. On plonge dans sa lecture avec une curiosité qui ne cesse d'être alimentée et grandement récompensée au fil des chapitres. L'histoire est pesante et mélancolique, sans frôler le désespoir absolu. C'est tout bonnement poignant de voir les liens qui se tissent entre les êtres, le portrait de la famille Roadnight qui est complètement brinquebalante et qui ne va pas forcément se reconsolider avec le retour du fils disparu.

C'est définitivement une ambiance qui envoûte et une histoire qui vous happe pour ne vous relâcher qu'à la toute dernière ligne. Très bon !

École des Loisirs, septembre 2013, traduit par Diane Ménard - illustration de couverture : Gabriel Gay.

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13/12/13

Les filles de Cùchulainn, de Jean-François Chabas

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L'île de Greene, pas très loin des côtes irlandaises, est un petit coin de paradis, où il fait bon vivre auprès de son amoureux, à ressasser au coin du feu des vieilles légendes, à bercer son enfant dans les bras, à trembler dès que le vent se met à souffler plus fort et à accepter son destin lorsque la mer vous prend votre pêcheur d'époux, comme c'est souvent le cas pour la plupart des femmes.

Mary est seule, elle a perdu Conrad mais attend un bébé de lui. Finalement, elle mettra au monde deux petites filles, des jumelles prénommées Esther et Rebecca, deux beautés qui font la fierté de leur maman. Et pourtant, en grandissant, les fillettes sont comme deux coquilles vides, qui communiquent entre elles dans un dialecte inconnu, elles sont coupées du monde extérieur. Seul Cùchulainn, un cheval de race d'une musculature impressionnante, né borgne, paraît comprendre les filles. Il les accepte sur son encolure, se promène avec elles et va même risquer sa peau pour les sauver.

Car le soir où une bande de malfaiteurs tente de s'introduire dans la maison de Mary et la menacer de mort, l'animal noir et puissant va entrer dans une fureur vengeresse et va tout massacrer sur son chemin ! C'est spectaculaire, vraiment poignant. Ce petit roman de JF Chabas se lit d'une traite, il est beau, tellement doux et merveilleux, l'histoire baignant dans un cadre enchanteur et magique. J'ai beaucoup aimé cette ambiance !

Médium de l'École des Loisirs, janvier 2013 - (très belle) photographie de couverture : Franck Juery

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28/03/13

«Mon domaine à moi, ce sont les bibliothèques et les librairies...»

«Entendons-nous bien, je ne rêve pas de me fondre dans la masse, ni d'adopter les loisirs de mes pairs... Certains rêvent d'une console de jeux, d'un poney ou d'un prince charmant... Mon domaine à moi, ce sont les bibliothèques et les librairies...»

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Louise est élève en Cinquième ... et ne se prend pas pour de la crotte ! Elle est très sûre d'elle, dans le sens où elle n'a jamais manqué d'amour, ses parents sont aux petits soins pour elle, ni d'accès à des loisirs comme la danse classique, la lecture, la chorale et le théâtre. Notre demoiselle est, en quelque sorte, élitiste. Même ses meilleures amies doivent la conforter dans son statut de fille brillante et admirable.

Détestable, la Louise ? Même pas. Car l'histoire va soudainement la malmener, avec l'arrivée d'une nouvelle élève dans sa classe. Elle s'appelle Manon, elle est douée et très intelligente. Par contre elle est issue d'un milieu modeste, Louise le sait, car les parents de Manon ont acheté sa robe de communion le jour du vide-grenier et depuis elle ne fait que la porter pour aller à l'école (comble du comble, elle joue aussi au foot avec !).

Louise est très snob, très prout-prout. Elle a pour habitude de mettre tous les adultes dans sa poche, d'être l'objet de leur admiration, une fille si jeune et déjà si cultivée... Battement de sourcils frénétique. Sauf qu'avec l'arrivée de Manon, on lui vole la vedette. Leur prof décide de lancer un projet d'opéra, en montant Carmen, un rôle sur mesure pour Louise, pense-t-elle... Han, han, c'est le début de la dégringolade !

Louise, donc, va perdre confiance en elle. Et comme c'est une jeune adolescente, sensible et vulnérable, elle ne va pas gérer la situation et donner à chaque petit événement une proportion démesurée. Tout le talent de Fanny Chiarello réside dans le fait d'avoir toujours su guider notre façon de penser, de ne pas détester cette héroïne bien prétentieuse, de cerner son mal-être, d'avancer dans cette histoire à tâtons, au rythme de la narratrice, et de savoir sourire devant ses raisonnements, parfois, saugrenus.

Encore une fois, l'histoire cherche à nous montrer que la culture est accessible à tous, non pas réservée à une élite, et qu'il ne faudrait surtout pas juger Louise, piquée de jalousie qu'une fille comme Manon soit son égale. Il y a chez elle un mélange de tendresse et de naïveté, pas seulement de la pédanterie, et puis de toute façon elle va apprendre à redescendre sur Terre. Bizarrement, avec son tempérament insupportable, Louise donne à cette lecture un caractère pétillant !

Prends garde à toi, par Fanny Chiarello
Medium de l'Ecole des Loisirs, 2013 - illustration de couverture : Gabriel Gay

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