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Chez Clarabel
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14 novembre 2006

Equinoxe - Arnauld Pontier

equinoxeC'est la rage au ventre qui vous prend en lisant ce roman d'Arnauld Pontier, la même que celle qui fait rugir la jeune narratrice, Carine, clouée dans un fauteuil, à demi paralysée, les jambes mortes, le corps complètement mis en échec depuis l'accident qui a coûté la vie à son père. Elle vit désormais seule avec sa mère, leur dialogue de sourds nourrit ce texte du début à la fin. Carine ne peut pas parler, juste griffonner sur une ardoise, mais elle a cette haine dévorante vis-à-vis de sa génitrice. Celle-ci tente de se rassurer, d'accomplir ses gestes de bonne maman infirmière, mais la honte est plus forte, la culpabilité aussi.
La relation entre les deux est prédominante. C'est une relation d'amour et de haine, on ignore exactement ce que ressent la mère mais on devine son abattement. La jeune Carine laisse échapper des traces, des indices. Mais on ne sait qui plaindre dans l'affaire : Carine a cette violence particulière et compréhensible d'en vouloir à la terre entière d'être figée sur son fauteuil. Et puis la jeune fille crève et rêve d'amour, de rencontrer un homme, d'avoir sa dose de sexe, de revivre à nouveau par les yeux d'un autre...
C'est très fort. Le texte nous embarque dès les premières lignes, cela se lit très vite. La boule est au ventre. On tient la main de Carine, on reçoit ses griffes, ses crachats. On comprend qu'elle refuse la pitié. Et les passages sur la disparition de son père sont bouleversants; on conçoit qu'elle s'en veut de verser des larmes, qu'elle se venge sur sa mère et qu'elle ne lui pardonne pas ses méprises. C'est un roman qui n'est pas larmoyant, tout au contraire ! Il met en lumière le combat douloureux, l'ambivalence du handicap et l'auteur a ce double talent étourdissant car  il s'est glissé dans la peau d'une jeune fille, paralysée qui plus est ! J'ai vraiment reçu ce roman comme un coup de poing en plein coeur, coup de boule dans le ventre ! Lisez-le ! ! !

Actes Sud

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13 novembre 2006

107 ans - Diastème

107_ansBon honnêtement, au début tout lecteur (non adolescent) pensera s'être trompé de livre, car le héros, Simon, est un ado qui parle de ses problèmes en employant des expressions débiles, souvent limites à supporter. Et puis finalement, ça le fait... Ce ton juvénile, arrogant, moqueur, délirant et comique donne du charme au récit, auquel on s'accroche.

Simon est désespéré, il est fou amoureux d'une jeune fille, Lucie, qui ne veut plus le voir. Impossible pour lui de faire comme si. Il est fou de cette fille et refuse de l'oublier, il décide donc de la traquer. Simon devient aussi fou de jalousie, complètement obsédé par sa belle qui l'ignore. Un comportement dérangeant, qu'on parvient difficilement à blâmer. Un comble ! 

« 107 ans » est aussi une expression populaire pour exprimer une attente trèèèès longue. Un bon indice pour imaginer l'orientation de l'intrigue. Diastème, l'auteur, a bercé mon adolescence en écrivant ses brèves dans le magazine "20 ans". J'ai naturellement beaucoup apprécié retrouver son humour, son insolence, sa folie douce chez cet adulescent avant l'heure... 

Points

12 novembre 2006

J'ai nom sans bruit - Isabelle Jarry

j_ai_nomLa narratrice quitte Paris en auto-stop et part se réfugier à la campagne, dans une petite maison où elle a coulé des jours idylliques avec son compagnon, Philippe. Cet homme est mort et la jeune femme se sent désormais démunie avec leur fille, Nisa. D'ailleurs l'enfant a été confié aux soins d'une assistante sociale, après la chute de la mère qui s'est retrouvée dans la rue. Elle pense regagner sa dignité perdue à la campagne, où elle va faire communion avec la nature, rencontrer un viticulteur et s'enfermer dans un silence de plus en plus désarmant. Car au-delà du matériel et de l'affectif, la narratrice a également perdu le coeur même de son intimité. Elle était poète, mais elle a perdu l'usage des mots. Il faut à tout prix qu'elle redevienne "elle", il lui faut récupérer sa fille et aussi reprendre le sens des mots. "J'ai nom sans bruit" est donc le roman de ce combat, écrit avec sobriété et émotion. Un roman fort et farouche, à découvrir si ce n'est pas déjà fait !

Folio

12 novembre 2006

Je m'appelle Elisabeth - Anne Wiazemsky

je_m_appelle"Je m'appelle Elisabeth", c'est l'histoire de Betty, douze ans, la petite dernière d'une famille de cinq enfants. Son père est directeur d'un hôpital psychiatrique et la famille vit dans une villa au-delà du mur qui sépare l'enceinte de l'hôpital. Le roman débute avec le départ de sa soeur préférée qui rentre en pensionnat, se pliant là à la sacro-sainte tradition familiale. Betty est seule, un peu déprimée et persécutée par deux frères cruels. Un jour, elle fait une rencontre peu banale : un homme sans âge et sans intellect, un malade de l'hôpital de son père, un homme qui a fui. Betty décide de le cacher et d'en faire son secret, elle veut "apprivoiser son fou". Et effectivement, quelque chose entre eux se passe... Ok, ce n'est pas palpitant mais honnêtement l'histoire est admirablement écrite. C'est là tout le talent d'Anne Wiazemsky qui décrit d'une façon très personnelle le monde de l'enfance (déjà prouvée dans "Sept garçons"). A bas la fausse innocence, l'enfance se nourrit de sentiments troubles, obsessionnels et exclusifs. Tout ce que j'aime ! (Cette histoire va être adaptée sur grand écran.)

Folio

11 novembre 2006

Mon père sera de retour pour les vendanges - Olivier Larizza

mon_pere_seraL'histoire est racontée par un enfant de dix ans : son père part au front, nous sommes le 1er août 1914. En partant, le père promet d'être de retour pour les vendanges. Mais hélas, le conflit s'enlise et l'absence va se creuser au fil des jours chez le jeune garçon et sa maman, qui attend son deuxième enfant. Cette histoire est magique car elle est racontée au travers des yeux d'un enfant. La guerre nous apparaît sous ses mots, une triste et cruelle vérité qu'il découvre en lisant les lettres de son père en cachette de sa mère. Et cette guerre est également l'occasion de dévoiler non seulement les âmes torturées, mais aussi les rencontres humaines que fait son père. C'est un homme plein de poésie, de philosophie et très attachant!.. D'un autre côté, on découvre la vie de ceux qui attendent et là c'est le jeune garçon qui est aux premières lignes. Fin et observateur, il guette sa jolie maman qui rencontre de plus en plus souvent un homme blond. Petit roman bourré de poésie, d'humour et d'émotions multiples. Très beau.

Pocket (ou Anne Carrière)

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9 novembre 2006

Marilyn dernières séances - Michel Schneider

marilyn_5En janvier 1960, Marilyn entre pour la première fois dans le cabinet du Dr Ralph Greenson, c'est son quatrième analyste, l'actrice est dans un état psychique et physique délabré... La relation qui va s'établir entre Marilyn et Greenson va prendre un tour ambigu, complexe et trouble... une étrange relation de dépendance mutuelle, une liaison amoureuse sans sexe, une addiction réciproque... "Greenson et Marilyn étaient attachés par l'amour et la mort, mais ils n'avaient pas fait l'amour. Il leur restait à faire la mort. Ensemble ou chacun pour soi.". Greenson a été la dernière personne à l'avoir vue vivante et la première à l'avoir trouvée morte. Pourra-t-on jamais expliquer les événements étranges de la nuit du 4 au 5 août 1962, où Marilyn Monroe a trouvé la mort ? Non, jamais. Et d'ailleurs le livre de Michel Schneider n'est pas un énième ouvrage pour découvrir qui a tué Marilyn, mais pourquoi est-elle morte.

Le livre de Schneider, aussi bizarre que cela puisse paraître, est en fait un roman. Les personnages et les faits sont réels, les propos reproduits avec la plus stricte exactitude, et pourtant Schneider a pris le parti d'en faire "un roman". Belle idée, l'auteur a décidé d'écrire un roman sur la blonde et le psychanalyste, sur les trente mois de leurs rapports, et sur les fameuses dernières séances de Marilyn, avec play / rewind sur les cassettes enregistrées...

"Au fil du temps, l'espace qui séparait Greenson et Marilyn ne s'était pas comblé, mais il s'était en quelque sorte inversé. Ils avaient échangé leurs idéaux et chacun avait pris le symptôme de l'autre. L'analyste s'était laissé prendre dans une fascination croissante pour les films et pour sa propre image. Il évitait les patients et les colloques et passait son temps dans les couloirs de la 20th Century Fox. Marilyn parlait plus, et quand elle avait un interlocuteur à qui se fier, elle trouvait ses mots. Les images lui faisaient peur."

Schneider a su me réconcilier avec l'image de Marilyn, entre les livres où on accuse trop et ceux où on ne dit pas assez, j'avoue m'être perdue dans des tonnes de considérations... bien souvent superflues. Le livre de Michel Schneider rend l'image d'un être mi-ange, mi-démon vis-à-vis de laquelle je ne suis pas fâchée. Il y a une grande intelligencmarilyn_dernieres_seancese dans le portrait dessiné des névroses de Marilyn et une grande objectivité dans la psychanalyse. Marilyn y croyait, fervente admiratrice de l'école freudienne, et pourtant Marilyn appartenait au monde de pacotilles qu'était Hollywood. Elle n'était pas la seule à être victime de ces deux systèmes parasités, on le découvre en lisant ce livre... C'est un "roman" riche, palpitant et lucide. Sans concessions, la réalité crue et sincère, oui il y a beaucoup d'honnêteté dans cette "Marilyn" et j'ai apprécié ce tableau, avec sa tendresse, sa voix, ses amitiés, ses amours et ses colères, ses trahisons et ses bêtises, ses courses vers le sexe, son besoin d'images... Il y a tout ça, en vrac : 530 pages de lecture lumineuse sur un sujet opaque et épineux.

Grasset

9 novembre 2006

Perturbations - Gisèle Fournier

perturbationsUne étrangère, Louise R., est installée depuis l'hiver dans une maison aux larges du village, dans un coin retiré, où rares sont ceux qui s'y aventurent par hasard. Un jour, Louise R. est portée disparue. Et aussitôt toutes les spéculations les plus folles courent à son sujet. Dans un fouillis narratif, plusieurs personnages interviennent : Matthieu, épieur obsessionnel, son épouse Constance, jalouse, silencieuse et malheureuse, forcément, mais aussi le facteur, le cafetier, le propriétaire de la maison, etc. Tous s'y mettent, tous commentent à leur tour, car tous ont épié, suspecté, mitonné leurs petites versions personnelles mais personne ne dit rien. Et donc l'ambiance au village devient lourde, intense et vicieuse.
Gisèle Fournier a beaucoup de talent pour préserver les secrets, faire planer les doutes et traduire les tourments de chacun en quelques pages. Ce condensé de rumeurs illustre ces sales atmosphères de villages reculés aux mentalités étriquées. Suite à un banal fait divers, les esprits s'échauffent et "Perturbations" en raconte tous les rouages sournoisement et efficacement.

Folio

5 novembre 2006

Corps de ballet - Michel Quint

corps_de_balletMaria est une ancienne danseuse, au corps déglingué et usé par le temps qui a passé, elle est aujourd'hui femme de ménage chez Paul, un prof d'histoire, et les Gamelin, un couple d'avocats, parents de deux jeunes enfants, Astrid et Vincent. Maria passe son temps libre au Comtesse à écouter son ancien amant Armand, ou s'éblouit les yeux devant la vitrine de Diva, la boutique de fripes vintage d'Adèle. Maria est d'ailleurs une femme extraordinaire, elle lit chez les autres les romans comme Giono, Steinbeck ou Dos Passos. Elle n'a jamais été mariée, a rompu avec ses amants car elle refusait tout engagement, ne voulait pas non plus d'enfants. Elle se rattrape chez les autres, comme les petits Astrid et Vincent, avec lesquels elle prépare en cachette un ballet pour la surprise du matin de Noël. Au coeur de ce fantastique remue-ménage, Maria est également fâchée après Paul, fâchée d'avoir répondu à des questions sur sa vie, sur son père et son passé dans l'armée Rouge, durant la bataille de Stalingrad. Maria est chamboulée d'avoir commencé à "déboutonner la mémoire", des vieux démons semblent s'échapper de sa boîte de Pandore...

En un mot comme en cent, "Corps de ballet" est un livre éblouissant et remarquable, il met en scène cette femme, Maria Voronina, dont le parler ne s'enrobe d'aucun maniérisme, qui fait fi des ronds-de-jambe, "mes mots je les vois d'en dehors, je les juge à la carcasse, m'en fous un peu de leur sens, pourvu qu'ils se tiennent correctement et soient sages, et qu'ils dansent bien, évidemment". C'est un exercice ensorcellant, impossible de ne pas s'attacher à cette ancienne ballerine, désormais âgée de soixante ans, qui vit dans le Vieux Lille, dans ses petits quartiers qui constituent à eux seuls un village dans la ville. Son histoire est touchante, à la fois entraînante et élégante, comme un "corps de ballet", mais elle cache en fond de tiroir un passé plus troublant, plus opaque et qui est sincèrement bouleversant. Michel Quint est un prodige qui entend ce que lui chuchotent "les murs, les rues, les pavés" de ce Vieux Lille qu'a su attraper Cyrille Derouineau du fond de son objectif, "un attrapeur d'âmes". Emparez-vous de ce livre, il est étourdissant, poétique et émouvant, il montre également qu'on peut faire de la littérature avec d'autres matériaux que 900 pages d'un vocabulaire ronflant ! Pssst, suivez cette ombre qui porte un ocelot et qui se balade dans les rues de Lille, c'est sans doute Maria Voronina...

Texte de Michel Quint, Photos de Cyrille Derouineau - Estuaire

  • échappée de lecture : "Voilà tout mon royaume de Cendrillon qu'a passé l'âge des citrouilles. La paix y régnait, jusqu'aux curiosités de Paul. De vouloir à tout prix me grimper à l'arbre généalogique, remonter à mes origines, il a tout chamboulé mes amnésies tranquilles. Et moi, bécasse, qui suis entrée dans son manicrac ! Faut croire que j'avais besoin de vider mes poches... Ce que je finis de faire aujourd'hui, dimanche de Noël, maintenant que les plaies de maintenant sont à vif, celles du passé rouvertes comme une tombe profanée, et qu'on s'écarquille la bouche sur un grand cri sans fin... Mais faut revenir sur nos vieilles danses, retrouver là où on a fait des faux pas et qu'on a dansé un monde inhumain. Peut-être que le dire ça va le remettre d'aplomb, allez savoir. "
4 novembre 2006

Ne quittez pas - Marie Magdeleine Lessana

ne_quittez_pasC'est au commencement un homme (Louis), marié à Pauline depuis dix ans, qui entend leur fils dire à celle-ci que Louis est en trop dans cette maison, qu'ils seraient bien heureux sans lui !.. L'homme prend mouche, il décide de "disparaître" et emménage dans un appartement où il reste à sa table en observant par la fenêtre. Il aperçoit un individu au profil marqué et décide de lui écrire sa vie... Le deuxième roman glisse dans le premier, pour le lecteur il y a une façon claire de s'y reconnaître : les chapitres sont soit intitulés "je" ou "vous", selon le narrateur en question. Louis va donc imaginer une existence folle à cet inconnu, qu'il baptise Antoine, qui rencontre une femme russe superbe et avec qui il va vivre une histoire passionnelle, pour laquelle il quitte tout. C'est en quelque sorte un exutoire pour Louis qui va se nourrir de cette frénésie de fantasmes pour remplir le vide de sa propre vie. En somme, ce dérivatif va conduire Louis à une autre quête plus personnelle, plus identitaire. Pour en savoir plus, lisez le livre...

Car si votre curiosité est éveillée, voici le principal dynamisme qui motive la lecture du roman. En ce qui me concerne, je suis venue à bout du livre pour justement connaître les fins de la crise de Louis, dans une deuxième partie beaucoup plus palpitante que le début de l'histoire. J'ai failli mettre de côté ce livre de Marie-Magdeleine Lessana car j'ai pris en grippe les héros masculins de son récit. Question de goût... Puis, en découvrant ce qui "réveille" Louis, j'ai aussitôt été prise dans l'engrenage de son enquête et impossible de lâcher le livre avant d'en savoir le bout. Un peu fangeux pour commencer, puis savamment plus croustillant !

Maren Sell éditeurs

30 octobre 2006

Prix Femina et Médicis 2006

Si j'évoque les Prix Femina & Prix Médicis 2006, c'est parce que les deux lauréats sont deux romans que j'ai lus et (plus ou moins) approuvés. En effet, j'avais un autre favori pour le Médicis : Vues sur la mer, de Hélène Gaudy qui aurait pu bénéficier d'un coup de phare bénéfique pour ce premier roman d'une jeune femme prometteuse. Cela n'empêche pas de la découvrir encore !

Donc, c'est Une promesse, de Sorj Chalandon qui a décroché la timbale. Joli roman, certes, avec une ambiance inquiétante et nébuleuse d'un culte de mémoire pour une maison... ce n'était pas un coup de coeur pour moi, mais ce n'est pas mauvais non plus. :-)

Bref, le  Prix Fémina a été attribué à Lignes de Faille, de Nancy Huston : le roman d'une famille américaine sur quatre générations, depuis l'Amérique en passant par Israël et l'Allemagne nazie... Une histoire de secrets et de non-dits étouffés depuis 1944 et qui entraîne la lignée à porter le sceau du silence maudit. Poignante histoire, à recommander fortement !

Psst, il y a du rififi chez ces dames du Femina avec l'exclusion de Madeleine Chapsal et la démission de Régine Deforges, par solidarité ! Voir l'article de l'AFP ici. 

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