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Chez Clarabel
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fayard
23 octobre 2008

Remington - Joseph Incardona

Matteo Greco, vingt-neuf ans, mène une vie de peu : chômeur, il bosse par interim pour Fixe Gardiennage, fait de la boxe, se rend à un atelier d'écriture, arpente les rayons de la fnac et sort sa carte bleue pour gonfler sa collection de films. Il vit seul dans un petit appart' avec son chat Basile et il découpe tous les faits divers trouvés dans la presse.

Cette petite vie insipide va être bouleversée par la rencontre d'une femme fatale. Elsa Duvivier. Elle vient aux ateliers d'écriture, joue les serveuses dans les soirées pour chicos et séduit à tour de bras tous les hommes qu'elle croise. Matteo tombe dans le piège, malgré les mises en garde. Il vit auprès d'elle une liaison forte mais fragile, il est utilisé par Elsa, ne s'en rend pas compte. Il a notamment accepté de revoir son manuscrit en lui apportant quelques corrections. Et sans le vouloir, Matteo le réécrit complètement et lui donne un titre plus accrocheur : Treize à table.

Il s'absente quelques jours pour un job à Paris et s'inquiète de n'avoir plus de nouvelles d'Elsa. En cherchant davantage, il découvre qu'elle est folle de rage contre lui et ne souhaite plus le revoir. Cependant, elle s'abstient d'annoncer que son roman va être publié et qu'elle fréquente quelqu'un d'autre. Le sang de Matteo ne fait qu'un tour. La pilule sera encore plus amère lorsque le bouquin deviendra un triomphe.

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J'ai l'impression d'avoir quasiment raconté tout le roman, oui et non.
Parce que le roman s'écoule aussi assez lentement, il n'y a jamais d'action trépidante, de renversement de situation et on entend encore moins les trois coups de théâtre qui sonnent le glas de cette intrigue frissonnante.
En fait, l'histoire elle-même ne nous surprend pas, le coup du pauvre type gentil mais niais qui se laisse entuber par une mante religieuse est assez commun. A ceci s'ajoute la trame du manuscrit volé par essence...
Par bien des aspects, cette lecture est donc prévisible. Jusqu'au bout du tunnel, on suit son chemin et on n'en sort pas aveuglé. Ceci ne veut pas dire que c'est mauvais, trop copié ou souvent imité. Car finalement on s'interroge, on ne quitte pas un instant le personnage principal, on vit dans la peau de Matteo Greco. On sue sang et encre, on a de la sympathie pour lui et on ressent toute sa frustration, sa jalousie et sa peine. Bien sûr on ne porte pas dans notre coeur Elsa Duvivier, une vraie garce. On la déteste, on devine son jeu et on en vient à réclamer le divorce auprès de Matteo qui reste bêtement aveugle à sa machination diabolique.

« On a beau dire, on écrit pour se raconter soi-même, le plus souvent, les autres ne sont qu'un prétexte. Meubler le vide est une imposture. »

Ce qui tient en haleine, dans ce roman plus noir que noir, c'est la tension qui ne lâche jamais sa prise, même dans les moindres détails, dans le dédale d'une vie courante ou l'accomplissement de gestes anodins, dans le cadre d'une routine. On s'attend toujours à être saisi à la gorge par je-ne-sais quelle harpie en folie au détour d'une rue, ou dans les rayons de la fnac ! C'est appliqué, au millimètre carré près. La violence est distillée au compte-goutte, elle n'intervient pas gratuitement. Elle n'est même pas assise, bien à l'aise dans les vicissitudes de cette histoire tordue. On sent qu'il faudra qu'elle intervienne tôt ou tard, rien ne nous surprend de toute façon !
Et pourtant, si. On a peut-être tenu la main de Matteo, on ne la lâche pas si facilement. Car c'est un personnage affable de prime abord, mais pas seulement. Froid, implacable, cynique et sans état d'âme. Et si on s'était gourré de victime sur toute la ligne ?
A vous de voir.

Fayard Noir, Octobre 2008 - 316 pages - 19€

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12 septembre 2008

Dessous, c'est l'enfer - Claire Castillon

L'homme est un âne. C'est ce que nous raconte l'héroïne de Claire Castillon. C'est une jeune femme écrivain, qui est agacée par celui qui partage sa vie. Souvent elle le méprise, lui trouve une tête de grenouille et prend sur elle de ne pas trop le repousser. Mais c'est plus fort qu'elle. Ses efforts sont contrebalancés par ses propres souvenirs d'enfance. Elle était une petite fille coincée entre la vieille et sa mère - une génération de femmes qui a mis à l'honneur de respecter l'homme aimé et de n'être que soumission. On a pourtant bien du mal à y croire, en replongeant dans la bassine des souvenirs de la demoiselle...

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Claire Castillon est folle, oui c'est une vérité entendue. Depuis son premier roman publié (Le Grenier) elle n'a jamais cessé de raconter des histoires tordues, avec des héroïnes amoureuses et fragiles, mais pleines de caractère aussi. C'est une « experte en contes cruels » selon Le Monde des livres ; elle seule est capable de créer un univers sur la corde raide, hanté de personnages proches de la psychopathie. Généralement je ne supporte pas ce qui touche à la démence et aux comportements déséquilibrés dans une histoire, mais Claire Castillon est bien l'une des rares romancières à ne pas m'inspirer ce dégoût.

Toutefois, j'ai eu du mal à entrer dans ce tableau familial acide et féroce : la vieille est grincheuse, le vieux vicieux, la mère égoïste et la petite mal embouchée. Adulte, elle est devenue une jeune femme difficile et pleine de sarcasmes, nourrie d'exemples ayant pour vocation d'humilier les hommes. Elle ne sait pas aimer, voilà tout son héritage ! Elle ne veut plus de l'âne et lui préfère l'homme à la pomme d'Adam, parce que "l'amour ça se fabrique tout entier, alors on choisit bien avant d'aimer le bon".

Derrière cette accumulation de petitesses et autres récriminations, Dessous, c'est l'enfer traite de l'incapacité d'aimer, de la vie de couple, de la maternité, des rapports intergénérationnels et de la vieillesse. C'est franchement hostile à toutes niaiseries, très moqueur aussi. On a du mal à adhérer à toute cette méchanceté, même si l'humour, en surface, sauve un peu les meubles. Est-ce assez ?

Fayard, août 2008 - 230 pages - 17€

Le site de l'auteur : http://www.clairecastillon.com/

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19 août 2008

Les moustaches de Staline - François Cérésa

Tout a commencé à Cabourg, un 6 juin. Jean, le narrateur, croise Garance sur la promenade Marcel-Proust. C'est alors un bond de trente-cinq ans en arrière qu'il effectue, le ramenant du temps de son adolescence, lorsqu'il passait ses vacances au Home avec ses parents. Sur la plage, il s'était lié d'amitié avec Garance, aussi jolie qu'intrépide, la fille d'un couple glamour, Yvonne et Paul, propriétaires de la Colline, une splendide demeure où aimait se retrouver une faune excentrique.

Jean, qu'on surnomme le petit campeur, est fasciné par ce monde clinquant, où paradent la beauté, l'exubérance, l'intelligence et l'audace. Yvonne, en tête, est la figure stellaire de ce petit groupe. Elle a trente-trois ans lorsqu'il en a treize ans. Elle est blonde, façon Candice Bergen, porte un petit short rose sur la plage, bronze en tenue d'Eve et elle est amoureuse de deux hommes, son mari Paul et Tom l'aviateur. Jean aussi est amoureux mais il est trop pudique, trop intimidé par tant d'aisance.

Ses retrouvailles inopinées avec Garance sont l'occasion d'évoquer la crème des souvenirs, de faire revivre les soirées folles de la Colline, de suivre la silhouette élégante et sensuelle d'Yvonne, de ne pas comprendre ses épanchements sentimentaux. Car Yvonne Lannes-Perrodeau reste la reine de ce roman, de même qu'elle était la coqueluche de ce petit cercle fermé qui gravitait autour du manoir familial. Elle savait attiser les passions, faire tourner les têtes, rendre fou amoureux, elle séduisait et aimait être séduite, être le centre d'intérêt, c'était une mante religieuse. Jean et Garance ne tracent pas le même portrait d'Yvonne, quand l'un est subjugué, l'autre est jalouse et pleine de reproches. Le temps passant, Garance a décidé de régler ses comptes avec cette mère qui la vampirisait.

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Les moustaches de Staline est un roman plein de charme, qui baigne dans une ambiance que n'aurait pas boudé Fitzgerald, faisant aussi écho aux amours de Jules et Jim. C'est tour à tour la photographie d'une ville - Cabourg - vue et revisitée à travers les yeux d'un homme qui a gardé le souvenir ému de vacances mémorables, et c'est également la résurrection d'une époque, avec ses fantômes. Ce séduisant voyage dans le temps réveille des passions, il met aussi en exergue la frustration et la douleur. L'heure de la vengeance a peut-être sonné, en tout cas ce court roman dégaine une langueur et une sensualité indéniables. Et puis plane un petit vent de mystère, sur les motivations de Garance, son étrange jeu de séduction, et la portée de toutes ses réminiscences. Au final, le lecteur est ému, troublé, ébloui et déboussolé. La rencontre avec Yvonne, femme fatale devant l'Eternel, n'est pas sans risque...

Les moustaches de Staline

Fayard, 2008 - 258 pages - 16€

mise en vente : le 20 août 2008

 

16 septembre 2007

Loin de soi ~ Anita Brookner

Londres, fin des années 70. Emma quitte sa mère avec laquelle elle vivait seule depuis la mort de son père. Elle part étudier à Paris l'art des jardins. En France, elle croit rencontrer son alter-ego en la personne de Françoise, jeune femme volubile qui travaille à la bibliothèque, et qui vit également seule avec sa mère veuve. Françoise est, cependant, plus extravertie et délurée, elle noue des contacts et des liaisons amoureuses. Emma a fait la connaissance de Michael, jeune écrivain qui réside dans la capitale française, et une relation amicale prend naissance.
Le temps passant, Emma est rappelée à la cruelle loi des séries noires en apprenant le décès de sa mère. Son existence oisive trouve son terme, et les rapports avec son amie Françoise vont lentement atteindre leur croisement de direction. La mère de Françoise a le projet de marier sa fille à un riche fiston d'une aimable fréquentation, un peu contre le principe de Françoise qui cherchera longtemps à louvoyer. Mais l'amour filial et la dévotion d'une fille pour sa mère pèseront finalement plus lourds dans la balance.

Il faut suivre son instinct : ce nouveau roman d'Anita Brookner, auteur prolixe parmi les romancières anglaises contemporaines, m'a incroyablement semblé caduc et fané. Comble de tout : le charme a été inopérant ! C'est difficile de cerner pourquoi la petite musique n'a pas été entraînante, pourquoi le charme anglais n'a pas opéré. J'y ai certainement détecté trop de sentimentalisme, trop de langueur dans les personnages comme celui d'Emma, beaucoup trop de convention à respecter, dans le style et dans le fond. Il me manque le piquant, l'audace franche et l'humour, ah ! cette pointe pince-sans-rire qui caractère l'écriture anglaise !.. Ah non honnêtement, Mrs Brookner a été bien trop guindée. Pas touchée, moi.

septembre 2006

15 décembre 2006

La Maison Mer - Esther Freud

maison_merLily, une jeune étudiante en architecture, décide de passer quelques mois loin de Nick, son fiancé trop négligent, et de s'installer à Steerborough, un petit village situé sur la côte orientale de l'Angleterre. C'est là que Klaus Lehman, un célèbre architecte juif allemand, s'était réfugié dans les années trente pour y mourir en 1953. Lily part sur ses traces et découvre, fascinée, les lettres enflammées que Klaus n'a cessé d'envoyer à son épouse, Elsa. Au regard de cette fougue amoureuse, sa propre histoire avec Nick lui paraît bien terne. Mais Lily ignore tout des tempêtes et des tourments secrets survenus dans cette même campagne lumineuse, un demi-siècle plus tôt...  (quatrième de couverture).

Il y a des romans qui commencent par une phrase et qui aussitôt vous emportent. Dans "La Maison Mer", la petite mélodie de départ est celle-ci : "La maison de Gertrude était rose, de ce crépi typique du Suffolk, non dénué de virilité." C'est un charme indéfinissable et puissant, une histoire d'un autre temps, mais bien plus encore. Il y a en fait une structure double du récit, narrant la vie du même village anglais à deux périodes différentes. Le principe est impeccable, d'ailleurs le livre lui-même est irréprochable, c'est ce qui le rend terriblement flippant ! C'est un sans-faute ! L'écriture est limpide, la construction sans défaut, l'histoire romanesque comme ce n'est pas permis, et voilà... un roman tellement parfait qu'on pourrait presque le lui reprocher ! Esther Freud est une raconteuse d'histoires avec les outils que sont la grâce et l'élégance. Il y a une finesse dans chacune des ses lignes, c'est du petit lait à boire !

Ce qu'on en dit : Pour écrire La Maison mer, Esther Freud (arrière-petite-fille de Sigmund) s'est librement inspirée de la correspondance de son grand-père, Ernst, qu'elle met en scène sous les traits de Klaus Lehman, tandis qu'Anna Freud, sa grand-tante, inspire le personnage de Gertrude, une psychanalyste pour enfants amie du couple Lehman. Ce faisant, elle brosse ici un nouvel épisode de la saga freudienne.

Fayard

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